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14/10/2013

Un curieux message

Parti socialiste, Communication, GouvernementReçu ce week-end, sur notre téléphone personnel, un SMS venant... d'un membre du gouvernement. Il disait ceci: «Ce dimanche, votez aux primaires citoyennes pour mettre fin au clientélisme et à l'immobilisme. Je compte sur vous!» Signé: la ministre Marie-Arlette Carlotti. Qui, à Marseille, avec cinq autres candidats, briguait l'investiture socialiste pour les élections municipales de mars prochain – et qui, au passage, a été lourdement défaite, au premier tour hier.

Curieux message. On n'a jamais communiqué notre numéro de téléphone à cette dame, ni donné au PS notre accord pour recevoir des textos de propagande électorale. Sans doute l'équipe de campagne de Marie-Arlette Carlotti a-t-elle retrouvé ce numéro, et probablement quantité d'autres de confrères, dans le fichier presse du candidat Hollande, l'an dernier. Puisque, lors des campagnes présidentielles, les journalistes et communicants des candidats échangent souvent par SMS: pour avertir des changements de programme de dernière minute, etc. Il n'empêche, aller retrouver des numéros de téléphone dans des fichiers de journalistes, puis solliciter ces derniers en tant qu'électeurs, cela paraît un peu cavalier, comme procédé.

En outre, quand bien même, par extraordinaire, aurait-on souhaité participer à ce scrutin partisan d'hier, qu'on n'aurait évidemment pas pu le faire. Puisqu'on vit à Paris, et non à Marseille. C'était donc, clairement, un SMS envoyé pour rien, quelques centimes d'un budget de campagne jetés par les fenêtres.

Espérerons donc, pour la bonne marche de l'Etat, que les dossiers de la ministre Carlotti sont plus en ordre que son fichier d'électeurs présumés.

08/05/2013

Un soleil moins brûlant

personnalités,hollande,parti socialisteIls ont bien changé, en un an: les slogans à caractère politique, peinturlurés sur les murs du quartier Bastille, dans notre onzième arrondissement parisien. C'est ce qu'on s'est dit, l'autre matin. En tombant nez à nez sur un énorme «LARMES A GAUCHE», écrit en lettres capitales. En mai 2012, en revanche, sur les murs de Paname, on ne lisait guère que des odes au nouveau Président.

A dire vrai, on a été tout sauf étonné en tombant sur ces larmes de peinture. L'un après l'autre, ces derniers jours, les instituts de sondage ont tous et parfaitement confirmé, si besoin en était, l'extraordinaire dégringolade de la popularité de l'hôte de l'Elysée et de sa politique, y compris au sein de l'électorat qui, il y a un an, l'avait supporté.

Des exemples? Selon la Sofres (là), sont mécontents du bilan de François Hollande 56% des électeurs ayant voté pour lui en avril 2012, au premier tour de la présidentielle. Et 70% de ceux qui l'ont choisi au second tour, en mai. Ce que confirme, globalement, l'institut CSA (là). Qui note une «démobilisation sensible de l’électorat de gauche, et plus particulièrement de celui ayant apporté ses suffrages à François Hollande. Seuls 59% des personnes ayant voté pour lui au premier tour de l’élection présidentielle en 2012 voteraient à nouveau pour lui».

Des exemples, encore? A en croire l'Ifop (ici), un an plus tard, 36% des électeurs de gauche n'approuvent pas l’action du Président. Enfin, selon Ipsos (là), «François Hollande bascule dans l’impopularité, même dans son propre camp: seulement 47% des sympathisants de gauche (-6 points par rapport à avril, -12 points en deux mois) lui accordent leur confiance, contre une majorité relative de 49% (+6 points) qui ne le font pas. Auprès des sympathisants PS, c’est à peine mieux : il recueille 58% d’avis favorables (en baisse également, de 5 points), contre 39% de mauvaises opinions».

personnalités,hollande,parti socialisteComme dit la célèbre vieille chanson française, en plus particulièrement de circonstance en ce mercredi parisien si nuageux: «Oh! je voudrais tant que tu te souviennes/ Des jours heureux où nous étions amis./ En ce temps-là la vie était plus belle, /Et le soleil plus brûlant qu'aujourd'hui».

02/05/2013

Un «honneur livré aux chiens»

Histoire, Parti socialiste, Personnalités, Mitterrand, Lang, Presse, MédiasD'un Premier ministre à l'autre. Mais, là, de façon pas du tout légère, à l'inverse de la précédente note sur Jean-Marc Ayrault. Puisque, hier soir, à 22h15 très exactement, la France a commémoré les 20 ans de la disparition de Pierre Bérégovoy: le 1er mai 1993.

Au-delà des thèses complotistes qui ont toujours circulé, mais n'ont jamais été avérées, la version officielle veut que l'ex-chef du gouvernement ait succombé lors de son transfert en hélicoptère à l'hôpital militaire parisien du Val de Grâce. Après s'être suicidé d'une balle en pleine tête, tirée avec l'arme de service du policier chargé de sa sécurité. Pour les lecteurs les plus jeunes, à l'époque, ce suicide avait traumatisé le pays. Et avait inspiré au Président Mitterrand une épitaphe mémorable: «Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu'on ait pu livrer aux chiens l'honneur d'un homme et finalement sa vie». Visés: ceux qui mettaient en doute la probité de l'ex-Premier ministre, sur base de la révélation du «Canard Enchaîné» selon laquelle il avait bénéficié d'un prêt sans intérêt (mais déclaré chez un notaire) de la part d'un proche du chef de l'Etat.

Vingt ans plus tard, l'examen de conscience à propos de ce drame se poursuit visiblement, dans la propre famille politique de Pierre Bérégovoy. Témoin, cet aveu de l'ex-ministre Jack Lang, hier sur une télé: «Le comportement de la plupart des socialistes à ce moment-là, à l'égard de Pierre Bérégovoy, n'a pas été à la hauteur».

C'est, vraiment, le moins que l'on puisse dire.

Histoire, Parti socialiste, Personnalités, Mitterrand, Lang, Presse, MédiasA l'époque, nul n'ignorait que l'intéressé était très dépressif. Officiellement, parce que son affaire de prêt le minait, et parce que ce scandale avait contribué à infliger une Bérézina historique au PS, aux élections législatives du printemps 1993: moins de 60 sièges à l'Assemblée (qui en compte 577). En son for intérieur, Pierre Bérégovoy était aussi extrêmement affecté par l'attitude de ses «camarades» à son égard. Les hiérarques socialistes le fuyaient, gênés par le scandale et/ou rendus furieux par la déroute électorale. Du jour au lendemain au sein de son parti, et y compris auprès de ceux qu'il croyait être ses amis, Pierre Bérégovoy avait dégringolé du statut de chef de la majorité à celui de pestiféré.

Peu de temps avant sa mort, d'ailleurs, si l'on en croit certains mémorialistes de la Vème République, l'ex-Premier ministre tenta à plusieurs reprises d'avoir François Mitterrand au téléphone. En vain. Jamais le Président ne prit ses appels, ni ne les lui retourna.

08/03/2012

Un manque de panache

Femmes, Activisme, Elections présidentielles, Personnalités, Hollande, Strauss-Kahn, Parti socialisteLe prince de l'esquive. Le roi de l'évitement. Le futur Président de l'accommodement et du renoncement permanents. C'est un des portraits que la droite dresse de François Hollande. Au vu des sondages, l'opinion n'a pas l'air de trop croire à cette description. Mais hier soir, en tout cas, le candidat socialiste à l'Elysée n'a pas saisi l'opportunité qui s'offrait à lui de nuancer ce portrait peu flatteur. En faisant preuve de panache.

C'était à La Cigale: la salle de spectacles du 18ème arrondissement de Paris. On y était, et on a trouvé que c'était assez instructif sur le tempérament de l'intéressé.

En cette veille de la Journée du 8 mars, un collectif d'associations féministes avait invité les présidentiables à venir présenter aux femmes le volet de leur projet les concernant. Le populiste Jean-Luc Mélenchon s'est prêté à l'exercice, comme l'écologiste Eva Joly et l'anticapitaliste Philippe Poutou. Dès que François Hollande ouvrit la bouche, ce fut l'incident. «DSK!», «DSK!», «DSK!» Des féministes radicales, d'un mouvement né dans la foulée des «affaires Strauss-Kahn», tentèrent de déployer une banderole, et balancèrent des brassées de tracts. Tracts où l'on pouvait notamment lire l'une ou l'autre petite phrase prononcée par François Hollande au moment de cette sordide actualité. Son «Tout cela n'est pas une affaire politique, cela n'implique pas le PS», ou son «DSK fait partie des voix que l'on veut entendre».

Le candidat socialiste aurait pu en profiter pour crever l'abcès de cette vilaine affaire. Qui, au PS, donna lieu à tant de remarques déplacées envers les femmes, à tant de commentaires complaisants envers DSK. Mais non, rien. François Hollande fit semblant de n'entendre ni les sifflets, ni les huées, ni les trois initiales fatales. Il fit mine de pas voir que les trublionnes étaient expulsées sans ménagement de la salle. Il continua à discourir, comme si de rien n'était.

femmes,activisme,elections présidentielles,personnalités,hollande,strauss-kahn,parti socialistePolitiquement, dans le chef d'un candidat socialiste dont le propre état-major de campagne comprend nombre de strauss-kahniens, c'était certainement très prudent. Surtout ne pas s'étendre sur le sujet qui fâche, surtout ne pas rouvrir les plaies, surtout faire comme si, oui oui, elles sont désormais cicatrisées.

Cependant, en observant l'homme au moment de cet incident, on trouvait que, humainement, il manquait fameusement de cran.

26/01/2012

Une terre de (centre-)gauche

Elections présidentielles, parti socialiste, personnalités, Patrimoine, activismePlus que jamais terre de gauche, notre 11ème arrondissement. Enfin, de gauche: de centre-gauche on va dire, s'agissant du PS. Parti dont le candidat à l'Elysée, François Hollande, présente ce jeudi ses 60 propositions, et il a choisi le 11ème pour ce faire. Et même un lieu emblématique de cet arrondissement si populaire jadis: la Maison des Métallos.

Laissé à l'abandon pendant les décennies où la droite chiraquienne régna sur Paris, ce temple des luttes d'ouvrières d'antan a été rénové, plutôt bien, par la mairie et la Région (toutes deux désormais socialistes, pour rappel), et est devenu un centre socio-culturel. L'automne dernier, déjà, c'est dans le 11ème que le favori à la présidentielle avait tenu le dernier meeting de sa campagne pour les primaires en vue de l'investiture socialiste. C'était à la salle de spectacles du Bataclan, boulevard Voltaire.

Mais, dans les rues de ce onzième, comme un pied de nez adressé au parti dominant de l'opposition, les petits partis de gauche ont, ces dernières semaines, collé, recollé et surcollé des tas d'affiches électorales. Cette intrusion picturale gauchiste est même assez impressionnante.

Les Parisiens du coin ont donc pu faire connaissance avec Nathalie Arthaud: qui a pris la succession d'Arlette Laguiller à Lutte Ouvrière, mais qui tarde à se faire un nom. Depuis dimanche, cela dit, les affiches de LO ont été détrônées par celles du Front de gauche. Un parti qui, au vu du nombre de ses affiches placardées sur les murs de notre quartier, y a envoyé une grosse escouade de colleurs.

Elections présidentielles, parti socialiste, personnalités, Patrimoine, activismeOn n'a pas compris, d'ailleurs, le slogan d'une de ses affiches: «C'est le moment de prendre parti pour LA RÉPUBLIQUE». Et quoi? Désormais, la formation du tribun populiste Jean-Luc Mélenchon constituerait le seul et unique parti républicain? Au printemps, les électeurs qui voteront pour un autre candidat et/ou voteront à droite ne serviront ni n'honoreront la République?

Cet accaparement, cette préemption somme toute, c'est, bien sûr, totalement abusif. Et péniblement prétentieux.

16/01/2012

Une comparaison (débile)

Personnalités, Gouvernement, Parti socialiste, Copé, HollandeC'était sur une télé d'info continue, ce matin. Le ministre de la Défense, Gérard Longuet, n'a rien trouvé de mieux que de comparer le candidat socialiste à l'Elysée, François Hollande, au capitaine du bateau de croisière «Costa Concordia», qui a fait naufrage ce week-end en Italie. Pour lui, «il y a des capitaines qui frôlent trop les côtes et qui conduisent leurs bateaux sur les récifs. Je trouve que François Hollande côtoie et tutoie les déficits publics avec beaucoup de complaisance».

Comparer le présidentiable du premier parti de l'opposition à un homme qui sera vraisemblablement poursuivi pour homicides involontaires. A un incompétent qui, d'après les témoignages des survivants de la catastrophe, sabrait le champagne avec son second dans un bar VIP alors que leur navire se dirigeait tout droit vers les récifs. A un couard qui, selon ces mêmes sources, a abandonné ses passagers et sauvé sa peau en s'enfuyant dans un des premiers canots de sauvetage.

Alors, on a parfaitement le droit de ne pas apprécier, et même de détester, François Hollande, son parti et son programme. Mais une comparaison de cet acabit est profondément débile. Et, s'il s'agit d'un trait d'humour, il est indigne d'un ministre de la République, sachant que des Français figurent parmi les disparus de la catastrophe.

Précédemment, déjà, des pontes de l'UMP avaient traité le présidentiable socialiste d'«homme dangereux». Comme on dit d'un criminel échappé de prison qu'il est considéré comme un homme dangereux. Et, l'autre jour, le président de l'Assemblée nationale en personne, l'UMP Bernard Accoyer, a estimé que, si François Hollande était élu à l'Elysée, les conséquences économiques et sociales, pour le pays, seraient comparables à celles d'«une guerre».

«Chez nous, c'est massacre à la tronçonneuse!», dans nos critiques envers le PS, s'était amusé, la semaine dernière, le n°1 de l'UMP, Jean-François Copé. Il a tort. Ce n'est même pas un film d'horreur de série B. C'est à la politique ce que Max Pecas doit être au cinéma: du grand n'importe quoi.

Encore bravo.

16/12/2011

Un «fiel mensonger»

Terminons la semaine plus légèrement, sur un coup de sang. Un coup de colère de Ségolène Royal, en l'occurrence – dont on sait, depuis son mémorable face-à-face télévisé avec Nicolas Sarkozy, entre les deux tours de la présidentielle de 2007, que, pour elle, il y a «de saines colères».

Ségolène Royal soigne le blues de sa récente humiliation politique, aux primaires socialistes, en voyageant de par le monde. Ainsi, l'autre jour, elle était au Vietnam. A son retour, plusieurs médias qui comptent dans sa région de Poitou-Charentes («La Charente Libre», «Centre Presse» et «La Nouvelle République du Centre-Ouest») l'ont épinglée. Pour avoir, selon eux,«exigé que l’ambassadeur de France à Hanoï vienne la chercher au pied de la passerelle de l’avion, à son arrivée» dans cette ville.

Cette semaine, l'intéressée a sorti un communiqué furibard, dénonçant une énième «boule puante» à son encontre. «L’ambassadeur de France au Vietnam lui-même a adressé un démenti formel à ces journaux. Il a procédé à l’accueil républicain habituel, lors de la venue d’une ancienne Ministre. Sa voiture était stationnée à l’extérieur de l’aéroport. Les formalités habituelles d’entrée sur le territoire vietnamien ont été accomplies». Dès lors, si ces médias médisants avaient pris la peine de vérifier leurs «allégations malveillantes» avant de les diffuser, il auraient appris que «ces soi-disant faits sont totalement faux».

L'ex-candidate à l'Elysée n'a pas du tout apprécié cette légèreté journalistique – et elle a parfaitement raison. Elle a donc «décidé d’attaquer en justice les journaux qui ont diffusé cette fausse information», ainsi que, à l'avenir, «tous ceux qui la reprendront». Car «la campagne électorale n’autorise pas tous les aigris à avoir accès à la presse pour déverser leur fiel mensonger».

Voilà les plumitifs, et les opposants à l'intéressée, avertis.

23/11/2011

Un hommage (doublement) laborieux

personnalités,parti socialiste,sarkozy,umpToujours à propos du décès de Danielle Mitterrand, on a beaucoup ri mardi à Paris, dans le microcosme médiatico-politique. Ri d'une grosse bévue commise par l'Elysée.

En effet, dans la dizaine de lignes que contenait le communiqué d'hommage de Nicolas Sarkozy à la défunte, figuraient... une demi-douzaine de fautes d'orthographe ou de syntaxe. Depuis, le texte officiel (ici) a été corrigé. Reste la leçon que l'on peut tirer de cet incident: soit Nicolas Sarkozy ne relit pas, avant leur envoi, les communiqués censés porter sa parole (qui sont évidemment rédigés par des petites mains), soit il les relit, mais alors il maîtrise assez imparfaitement la langue française.

Autre curiosité du jour: l'UMP a mis une dizaine d'heures avant de rendre hommage à la défunte. Il a fallu attendre 19 heures pour que tombe le communiqué du parti présidentiel. Son n°1, Jean-François Copé, y saluait «une femme qui a porté, avec dignité et courage, de nombreux combats tout au long de sa vie», une «figure de la Vème République et du militantisme» – dont, néanmoins, l'«intransigeance» était soulignée.

Un délai de réaction dû à une surcharge de travail ou à une désorganisation du grand parti sarkozyste? C'est oublier le fait que l'UMP dispose d'une réelle force de frappe médiatique. Quand il le veut, il se débrouille parfaitement pour inonder de sa prose les boîtes électroniques des journalistes – chaque jour et à longueur de journées, en fait. Plus vraisemblablement, l'UMP hier matin n'avait pas prévu de saluer publiquement cette personnalité qui, il est vrai, lui était si diamétralement opposée. Mais il s'est ravisé en fin de journée, soucieux sans doute de ne pas être en total décalage avec l'afflux d'innombrables hommages rendus à la défunte – y compris à droite, Bernadette Chirac par exemple.

Dès lors, les louanges sarkozystes de Danielle Mitterrand sont très vraisemblablement opportunistes. Voire carrément hypocrites.

Mais sans doute est-ce de bonne guerre.

18/11/2011

Une (autre) apathie agaçante

Pour en finir, à ce stade, avec cette censure – puisqu'il faut bien appeler les choses par leur nom – du film «L'Ordre et la Morale» en Nouvelle-Calédonie, censure commerciale en tout cas, soulignons tout de même que Frédéric Mitterrand n'a pas été le seul à s'illustrer par sa mollesse.

Ainsi, on attend toujours la réaction des associations de défense de la création artistique (comme celle-ci), d'habitude très promptes à monter au créneau. Sans doute est-il plus consensuel, en ce moment en France, de dénoncer les catholiques traditionalistes qui font du grabuge devant les théâtres où se jouent des pièces qu'ils  jugent blasphématoires.

L'opposition ne s'est pas davantage bougée sur le sujet. Cela fait des semaines qu'au Parlement par exemple, elle aurait pu ne serait-ce que demander au ministre de la Culture son avis sur les obstacles mis à la distribution de ce film dans l'archipel. Mais non: rien. Pas la moindre allusion à cette affaire aux dernières séances d'interpellation du gouvernement sur l'actualité, ni à l'Assemblée, ni au Sénat – séances où, pourtant, ont eut tout le temps d'évoquer des sujets a priori plus anodins.

Le PS lui-même a attendu mercredi, jour de la sortie du film en salles, pour se fendre d'un rapide communiqué. Il y prié la ministre de l'Outre-mer de «veiller» à ce que les Néo-Calédoniens puissent voir «L'Ordre et la Morale», au moins pour qu'ils puissent «débattre et se faire une opinion» sur ce qui fut un événement marquant de leur histoire contemporaine.

A noter que le PS prit bien soin de préciser que, dans ce communiqué, il n'exprimait pas le moindre avis «sur la thèse soulevée par le film, ni sur le traitement par celui-ci des responsabilités des différents acteurs des événements». Et pour cause. Il n'y a pas que la droite qui a de quoi être embarrassée par cette évocation cinématographique du drame d'Ouvéa. A l'époque, c'était certes Jacques Chirac qui était à Matignon, mais c'était François Mitterrand qui était à l'Elysée.

Cette gêne assez généralisée de la classe politique, à droite comme à gauche, à l'égard des faits relatés dans ce film explique d'ailleurs probablement – évidemment? – le peu de bruit fait par sa censure commerciale.

20/05/2011

Une double palme (à nouveau)

lauriers.jpgPuisqu'on est toujours en plein festival de Cannes, décernons, comme la semaine dernière, une double palme. En rapport, cette fois, avec la fameuse «affaire DSK». La double «Palme de la Déclaration la Plus Effarante de Stupidité de la Semaine». Ces propos sont même si idiots qu'ils auraient amplement mérité la palme de la stupidité de l'année, mais soyons prudents: a priori, on voit mal comment ce serait possible, mais n'excluons pas d'emblée des déclarations encore plus stupides dans les six mois à venir.

Cette double palme de la stupidité va donc, bien sûr, à Jack Lang et à Jean-François Kahn.

«Il n'y a pas (eu) mort d'homme!», s'est énervé l'ex-ministre, au moment de se scandaliser du placement en détention provisoire de Dominique Strauss-Kahn. En effet, pas eu mort d'homme. Juste, possiblement, viol de femme. Mais sans doute est-ce anecdotique et accessoire.

Quant à Jean-François Kahn, alors qu'il contestait vigoureusement jusqu'à la seule éventualité que son ami DSK ait pu commettre une tentative de viol, il a tout au plus envisagé une simple «imprudence» de sa part: un... «troussage de domestique». Mais le journaliste, lui au moins, s'est ensuite excusé pour ses propos.

Il n'empêche, encore bravo.

PS: Mercredi, «La Barbe», mouvement féministe énervé voire atrabilaire – et, ici, on lui donne mille fois raison –, est allé applaudir Jack Lang devant l'Assemblée nationale et le siège du PS. Et il compte bien, prochainement, aller féliciter Jean-François Khan. C'est, certainement, le minimum.

11/05/2011

Une double palme

Décernons une double palme, aujourd'hui. Puisque, ce mercredi, s'ouvre le Festival de Cannes. Un événement auquel Carla Bruni ne participera pas en personne, mais par pellicule interposée: via sa courte apparition dans le dernier film de Woody Allen. Cette absence physique est mise officiellement sur le compte de l'agenda surchargé de l'intéressée (...). Elle ne fera évidemment que renforcer les ragots sur l'heureux événement qui serait en préparation dans le couple présidentiel. Cette double palme, précisément, à propos de la dimension politique que certains donnent à cette grossesse élyséenne éventuelle.

C'est Benoît Hamon que l'on prime. Pour les deux réflexions que ce porte-parole du Parti socialiste a faites sur ce sujet, à la faveur d'une interview le week-end dernier.

La première lui vaut «Palme de la Bienveillance, Limite Lénifiance». Ce possible nouveau-né ne serait qu'une grosse opération politique? La solution de fortune qu'aurait trouvée un Nicolas Sarkozy si impopulaire pour gagner quelques précieux points dans les sondages, et donc pouvoir encore nourrir quelque espoir d'être réélu en 2012? C'est ce que disent les mauvaises langues. Dont Benoît Hamon ne fait visiblement pas partie. Selon ce jeune père de famille lui aussi, un enfant ne peut être qu'«un acte d'amour» et rien d'autre. Et, «si cette naissance est confirmée, félicitations à eux deux». Le PS ne nous avait pas habitué à un ton aussi Bisounours envers Nicolas Sarkozy. Cela nous transporte quasiment au pays de Candy.

Seconde récompense: la «Palme de la Lucidité et du Bon Sens». Pour cette réflexion du même Benoît Hamon. «Quant aux points (de popularité dans les sondages) que cette grossesse pourrait faire gagner à Nicolas Sarkozy, si la gauche perd (en 2012) à cause d'un enfant, c'est que vraiment nous n'aurons pas été bons». Bien vu.

Et le pire – diront les lecteurs plutôt à gauche –, le mieux – diront ceux plutôt à droite –, c'est que rien, à ce stade, ne permet d'écarter d'emblée un tel scénario.

10/05/2011

Un culte de la personnalité

rose.jpgEn l'honneur du trentième anniversaire du 10 mai 1981, jour de l'élection de François Mitterrand à l'Elysée, le PS fait très fort, en termes de marketing politique. Un parti français n'avait plus eu une idée aussi farce depuis l'été 2006. Depuis que l'UMP avait édité ses désormais légendaires tongs de plage ayant fait le bonheur de millions d'estivants: de Palavas-les-Flots à la Grande Motte, de Honfleur à Saint-Jean-de-luz, de Belle-Île à Trouville.

Mais ses merveilleuses tongs sarkozystes ne laissaient sur le sable que le logo du grand parti présidentiel. Et non le portrait du Président en personne – cela, ce sera peut-être pour l'été prochain, pré-campagne présidentielle de 2012 oblige. Le PS, lui, vient de franchir un pas supplémentaire, si délicieusement nord-coréen, dans le culte de la personnalité. Il propose carrément une appli iphone (qui a l'air gratuite, en plus) permettant rien moins que de devenir l'ami, sonore et iconographique, de François Mitterrand.

Vous secouez votre smartphone et, hop hop, vous entendez un passage célèbre d'un discours de l'ex-Président. Vous le resecouez, et hop, voici dans vos petites oreilles une autre de ses petites phrases mémorables. Grâce au parti de Martine Aubry, vous pouvez même «vous prendre en photo avec François Mitterrand»! Il vous suffit de télécharger l'application contenant les clichés fameux de l'intéressé, puis, hop hop, en un tour de main, d'afficher avec ravissement votre propre bobine à la place de celle de la personnalité qui, sur la photo, apparaît aux côtés du défunt Président. On peut donc, par exemple, se retrouver à la place d'Helmut Kohl à Verdun en 1984, sur la fameuse photo montrant ce dernier main dans la main avec François Mitterrand.

Ca fait vraiment rêver.

20/12/2010

Un pugilat

Cela a chauffé hier dans le quartier, à propos de... la Côte d'Ivoire. Ce pays de jour en jour s'enfonce: se rapproche chaque jour un peu plus de la guerre civile. Pendant ce temps à Paris, la communauté ivoirienne en vient aux mains. Dimanche après-midi, quelques centaines de partisans du Président sortant et auto-proclamé Laurent Gbagbo s'étaient donné rendez-vous place de la République. Ils comptaient défiler jusqu'à Bastille, lorsqu'une centaine de partisans d'Allassane Ouattara, son rival, ont surgi. Bilan? Malgré des CRS en nombre, un pugilat général. Des heurts violents ayant fait deux blessés dont un à l'arme blanche.

Le jour où la situation en Côte d'Ivoire aura dégénéré au point de déboucher sur un drame majeur, il faudra se souvenir de certains mots et de certains silences, en France.

De certains mots, comme par exemple ceux entendus ce matin encore, sur une radio, dans la bouche de l'ex-Monsieur Afrique du Parti socialiste. Il était interrogé sur les témoignages faisant état de violations majeures des droits humains de la part du camp Gbagbo: des exécutions sommaires de civils, singulièrement. Le hiérarque socialiste – officiellement, il ne conseille plus la direction du PS, mais, dans les faits, il reste haut placé dans une de ses fondations-satellites – a réduit ces horreurs à des constructions médiatiques. Textuellement, il a dénoncé le «procédé médiatique très courant de prendre un témoignage isolé qui effectivement va travailler l'opinion sur l'émotion».

Se souvenir de certains silences, aussi. De la majorité sarkozyste, cette fois. Car il faudra bien qu'un jour ou l'autre, les dirigeants UMP, au parti, à l'Elysée ou au gouvernement, aient l'honnêteté d'appeler les choses par leur nom. Laurent Gbagbo, en tant que chantre de l'«ivoirité» – par rapport à l'ennemi burkinabé (venu du Burkina) que serait le camp Ouattara –, n'a finalement jamais été que le défenseur zélé, à sa manière, d'un concept. Un concept dont le fondement même est nationaliste et est donc éminemment contestable. Un concept qui néanmoins, en France, est chéri par Nicolas Sarkozy et les siens depuis 2007. Le concept d'identité nationale.

03/12/2010

Une boutique épatante

Reparlons aujourd'hui du PS, qu'on évoquait hier, mais sur un mode infiniment plus léger – pour bien terminer la semaine. Ces jours-ci, période de shopping de Noël oblige, le parti de Martine Aubry a annoncé l'ouverture de sa nouvelle boutique en ligne. On s'y est évidemment précipité, et on y a découvert des tas de choses épatantes.

Ainsi, au rayon «La gamme militante», cet assortiment de 100 ballons de baudruche multicolores, «pour toutes les manifestations socialistes». Ou ce «fanion plastifié PS»: «indispensable pour une meilleure visibilité». Ce ravissant «parasol PS avec socle», aussi: «pour les marchés, les rassemblements». Surtout, ce renversant «clap-clap applaudisseur»: «Faites-vous entendre, applaudisseur, je suis aussi une pancarte 680 mm x 310 mm».

Nos deux articles préférés, toutefois, sont sans conteste ce lot de préservatifs masculins sur la pochette desquels figure ce slogan essentiel: «Il ne peut y avoir révolution que là où il y a conscience». Au moment du passage à l'acte, cela doit motiver. Ainsi que, repéré au rayon appelé «La boîte à bidules», ce mug orné du slogan «What would Jaurès do?»: «à collectionner et à utiliser! Matière porcelaine 10 cm x 8 cm Haute résistance lave vaisselle et micro-onde, contenu: 25 cl. Livré dans sa boîte individuelle. Fabriqué en Europe». 12 euros le mug militant, tout de même. Mais on peut l'assortir avec un «tee-shirt à message» garni du même slogan. Blanc ou noir, «100% coton bio», oui madame. Cela doit donner envie de changer le monde que de prendre son petit-déj' avec, face à soi, le/la/ militant(e) de sa vie en train de boire son café dans un tel mug et arborant un tel tee-shirt en guise de pyjama.

Mais désolons illico nos lecteurs bien bâtis en précisant que le modèle «homme XXXXXL» (bigre) n'est déjà plus disponible. Sans doute, en ces temps de rivalités croissantes entre camarades présidentiables, ces tee-shirts ont-ils déjà tous été achetés par les gros bras du service d'ordre du PS.

02/12/2010

Un silence peu glorieux

logo_ps.jpgSix lignes. C'est tout ce que le Parti socialiste de Martine Aubry, ces jours-ci, a réussi à pondre sur la situation en Côte d'Ivoire, pays à nouveau au bord du chaos. Abidjan est très loin de Paris? L'on s'éloigne beaucoup, ce jeudi, de l'objet de ce blog? Oui, mais ces six lignes sentent tant la langue de bois et contiennent tant silences révélateurs qu'elles en disent long.

Ainsi, on n'y trouve pas un mot sur les dix ans de règne du si contestable Président Gbagbo, au bilan aussi lourd en ce qui concerne les droits humains par exemple. Pas un mot non plus sur les manoeuvres de l'intéressé ces derniers jours, pour différer voire empêcher la proclamation des résultats de l'élection présidentielle. Pas davantage un mot de justification sur les compromissions du PS français – et, au-delà, de l'Internationale socialiste dans son ensemble – avec cet autocrate. Ainsi, l'autre jour, Jack Lang s'est discrètement rendu en Côte d'Ivoire et a fait meeting avec Laurent Gbagbo. Qu'il a qualifié de «candidat du coeur, de l'amitié, de la fidélité», de «camarade socialiste» et de «progressiste» – on croit rêver/cauchemarder. Pas non plus un mot du PS, bien sûr, sur l'incohérence existant entre ce soutien si appuyé de Jack Lang et la ligne des socialistes français, qui, depuis 2004, officiellement jugent Laurent Gbagbo «infréquentable».

Beaucoup de silences peu glorieux, donc.

C'est notamment dû à des problèmes de personnes. Comme s'en est vanté Jack Lang a Abidjan, Laurent Gbagbo «eut naguère des liens personnels avec François Mitterrand». Le même Gbagbo est aussi un vieux copain de fac, à la Sorbonne, de celui qui fut très longtemps le «Monsieur Afrique» du PS: un homme de l'ombre totalement inconnu du grand public, mais omnipotent dans son parti et influent à l'Internationale socialiste. En outre, l'opposant n°1 au Président ivoirien, l'ex-Premier ministre Allasanne Ouattara, est plutôt proche de Nicolas Sarkozy. «Il prend l'apérifif à l'Elysée à chacun de ses séjours à Paris», rappelait hier encore le spécialiste de l'Afrique, Antoine Glaser. En revanche, la relation entre Laurent Gbagbo et Nicolas Sarkozy, et surtout avant lui avec Jacques Chirac, a toujours été plus difficile.

A contrario, tout cela sufffit sans doute au PS pour, sans le dire et donc probablement sans en être très fier, faire la cour à l'autocrate ivoirien. Mais cela ne rend pas la politique africaine de ce parti très honorable, ou même simplement crédible et sérieuse. Et, sauf progrès dans les 17 mois à venir, cela promet pour la diplomatie de la France si, en 2012, les socialistes reviennent à l'Elysée.