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26.01.2012

Une terre de (centre-)gauche

Elections présidentielles, parti socialiste, personnalités, Patrimoine, activismePlus que jamais terre de gauche, notre 11ème arrondissement. Enfin, de gauche: de centre-gauche on va dire, s'agissant du PS. Parti dont le candidat à l'Elysée, François Hollande, présente ce jeudi ses 60 propositions, et il a choisi le 11ème pour ce faire. Et même un lieu emblématique de cet arrondissement si populaire jadis: la Maison des Métallos.

Laissé à l'abandon pendant les décennies où la droite chiraquienne régna sur Paris, ce temple des luttes d'ouvrières d'antan a été rénové, plutôt bien, par la mairie et la Région (toutes deux désormais socialistes, pour rappel), et est devenu un centre socio-culturel. L'automne dernier, déjà, c'est dans le 11ème que le favori à la présidentielle avait tenu le dernier meeting de sa campagne pour les primaires en vue de l'investiture socialiste. C'était à la salle de spectacles du Bataclan, boulevard Voltaire.

Mais, dans les rues de ce onzième, comme un pied de nez adressé au parti dominant de l'opposition, les petits partis de gauche ont, ces dernières semaines, collé, recollé et surcollé des tas d'affiches électorales. Cette intrusion picturale gauchiste est même assez impressionnante.

Les Parisiens du coin ont donc pu faire connaissance avec Nathalie Arthaud: qui a pris la succession d'Arlette Laguiller à Lutte Ouvrière, mais qui tarde à se faire un nom. Depuis dimanche, cela dit, les affiches de LO ont été détrônées par celles du Front de gauche. Un parti qui, au vu du nombre de ses affiches placardées sur les murs de notre quartier, y a envoyé une grosse escouade de colleurs.

Elections présidentielles, parti socialiste, personnalités, Patrimoine, activismeOn n'a pas compris, d'ailleurs, le slogan d'une de ses affiches: «C'est le moment de prendre parti pour LA RÉPUBLIQUE». Et quoi? Désormais, la formation du tribun populiste Jean-Luc Mélenchon constituerait le seul et unique parti républicain? Au printemps, les électeurs qui voteront pour un autre candidat et/ou voteront à droite ne serviront ni n'honoreront la République?

Cet accaparement, cette préemption somme toute, c'est, bien sûr, totalement abusif. Et péniblement prétentieux.

10.01.2012

Une année d'énormes travaux (encore)

Paris, Urbanisme, Patrimoine, Environnement, Justice, Transports, Il va falloir supporter encore plus le bruit des bétonneuses et des marteaux-piqueurs, à Paris cette année – comme s'il n'y avait pas déjà assez de vacarme dans cette ville...

C'est ce qu'on s'est dit hier soir, en passant place de la République. Où, soit dit en passant, cela va aussi bouchonner, klaxonner, s'énerver et polluer encore un peu plus qu'avant, cette année.

Hier lundi, en effet, ont débuté les travaux de réaménagement de la grande place de l'Est parisien. L'idée est de la transformer en vaste et belle «esplanade piétonne arborée». «De nouveaux arbres, un bassin, un miroir d'eau», et une circulation automobile complètement chamboulée, qui ne fera plus le tour de la place, comme depuis toujours, mais sera reléguée sur un de ses flancs. Pourquoi pas. On verra. C'est au printemps 2013 qu'on jugera cela.

Le vacarme des travaux toujours, et pour encore un sacré bout de temps, au centre-ville cette fois: aux Halles.

Paris, Urbanisme, Patrimoine, Environnement, Justice, Transports, L'immense chantier de rénovation et de réaménagement du complexe commercial et de ses alentours n'en est qu'à ses débuts: il ne sera pas achevé avant 2016. La mairie nous promet monts et merveilles. «Un nouveau jardin convivial ; un quartier piéton étendu et des voiries souterraines restructurées; un nouvel édifice inspiré de la nature, La Canopée, qui reliera la ville du dessus à la ville du dessous; des cheminements simplifiés et plus confortables; une gare RER plus vaste et plus fonctionnelle; un Forum plus lumineux et moderne; des accès au Forum réorganisés… Avec un cœur de la métropole à l’image d’une capitale accueillante, vivante et dynamique, voilà le Paris de demain qui prend forme».

Mais, dans le quartier, il y a aussi des gens (là) pour qui ce projet pharaonique (802 millions de budget) est «absurde», «hideux», «exorbitant» et «interminable»: un vrai «scand'halles», en somme. Du coup, la bagarre se fait aussi devant les tribunaux. Et, s'il fallait donner le score de cet interminable match urbanistico-juridique, on dirait que c'est égalité 1 partout.

Côté pile, le tribunal administratif a rejeté le recours qu'avait introduit le comité de quartier contre le protocole financier, juteux, passé entre la ville de Paris et le consortium privé pilotant le projet: une filiale des groupes Axa et Unibail-Rodamco.

Paris, Urbanisme, Patrimoine, Environnement, Justice, Transports, Mais, côté face, la mairie vient de voir annulé en justice l'avenant qu'elle avait conclu avec l'architecte de la Canopée: ce toit de verre géant – péniblement verdâtre, trouve-t-on, mais les goûts et les couleurs... – qui, à 14 mètres de haut, surplombera les futures Halles.

Les juges ont estimé que cet avenant augmentait de façon exagérément importante le montant du contrat initial. Le jugement «n'a nullement pour effet de remettre en cause l'opération des Halles, ni de suspendre ou retarder le chantier de la rénovation, qui se poursuit dans le calendrier prévu», a précisé illico (ici) la mairie.

A Paris, c'est sûr, on n'a pas fini d'en parler, de ce chantier.

24.11.2011

Une croisade, une condamnation

Revenons sur le terrain strictement parigot-parisien. Pour relever que la France compte désormais un ex-Garde des Sceaux... condamné en justice. Comme elle avait déjà un ministre de l'Intérieur ayant connu le même sort (Brice Hortefeux, reconnu coupable d'injure raciale).

Cette fois, c'est de Rachida Dati dont il s'agit. Il y a quelques jours, l'ex-ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy, par ailleurs député européen et maire du septième arrondissement parisien, a été reconnue coupable de diffamation. Elle a été condamnée à une amende (avec sursis) de 2000€ et au paiement de 7000€ de dommages et intérêts et de frais de justice.

C'est le couple Clara et Marek Halter (elle artiste, lui écrivain bien connus) qui est à l'origine de ce camouflet judiciaire. En cause, le "Mur de la Paix", qu'ils ont créé sur le Champ de Mars à l'occasion des festivités pour le passage à l'an 2000. Dû au grand architecte Jean-Michel Wilmotte, inspiré librement du Mur des Lamentations de Jérusalem, il est constitué de douze panneaux de verre déclinant le mot "Paix" en 32 langues et 13 alphabets différents. Des messages peuvent être glissés dans des interstices ménagés entre les panneaux.

Rachida Dati déteste cette oeuvre. Elle a même lancé une pétition contre elle. Elle juge illégal le maintien de ce monument qui, à l'origine, n'était que temporaire. Et considère qu'il obstrue la perspective, classée, qui va de l'Ecole militaire jusqu'à la Tour Eiffel.

Dans sa croisade contre ce Mur, l'ex-ministre de la Justice a publiquement accusé les époux Halter de «méthodes et déclarations mensongères», et leur a reproché de «galvauder l'idée de Paix, en l'associant à une structure qui bafoue les lois de la République». A la suite de ses propos, les dégradations infligées au site (graffitis antisémites, etc.) ont redoublé.

En riposte à cette campagne, a vu le jour une association pour la pérennisation de l'installation. Elle regroupe quantité de personnalités du monde artistique (Anouk Aimée, Daniel Mesguich, Marie-Christine Barrault, etc.), intellectuel (Edgar Morin, Philippe Sollers, Julia Kristeva, etc.) ou politique, de gauche (comme Martine Aubry ou Lionel Jospin) et de droite (comme Jean-François Copé, les ministres Bachelot et Bertrand, ou l'ex-Premier ministre Raffarin). Tous prônent le maintien ad vitam, au Champ de Mars, de cet «hymne à la vie, dédié à un mot universel et chaque jour plus nécessaire», d'autant qu'il s'agit là «de l'unique monument pour la paix, dans un pays où abondent les monuments aux victimes des guerres».

Mais Rachida Dati n'est pas du genre à se laisser faire. Elle n'en démord pas. Dès qu'il est tombé, elle a donc fait appel du jugement la condamnant, que son avocat a qualifié de «jugement invraisemblable, fondé ni en fait ni en droit».

Dès lors, le débat va continuer de faire rage. A Paris, on n'a pas fini de s'énerver sur le sujet, dans les beaux quartiers.

22.09.2011

Une idée farce

paris,patrimoine,histoire,luxe,jolyOn la trouve drôle, parfois, Eva Joly. Dans «Le Monde» d’hier soir, la candidate écologiste à la présidentielle de 2012 y est allée d'une petite idée révolutionnaire assez farce, concernant un des lieux emblématiques du patrimoine parisien. A savoir, l'Hôtel de la Marine: l’imposant bâtiment à colonnade qui borde tout le côté nord de la place de la Concorde.

 

A l'horizon 2014, l'édifice sera vidé par la Défense nationale. Aux projets de réaffectation chics, chocs, voire snobs circulant dans le tout-Paris en ce moment, Eva Joly préfère, carrément, ... un Musée de la Révolution. A ses yeux, ce serait une manière, «en accord avec les idéaux des Lumières, (de) retrouver l'esprit de fête de la Révolution, pour créer un nouvel espoir d'émancipation et un nouvel horizon pour notre pays». A ses yeux, pourraient notamment y être transférées les «25 000 pièces relatives à cette époque, qui se trouvent conservées, loin des yeux du public, dans les réserves du Musée Carnavalet».

 

Iconoclaste? Pas du tout, selon Eva Joly. Pour qui, ce qui relèverait de «l'outrage» et «du mauvais goût», ce serait, au contraire, de faire de cet Hôtel de la Marine «un palace pour privilégiés». Etant donné que ce bâtiment «regarde la place de la Concorde, ancienne place Royale, qui fut l'un des hauts lieux de la Révolution française: symbole tout à la fois des excès de la Terreur et de la rupture fondatrice que constitua 1789 dans l'histoire nationale».

 

paris,patrimoine,histoire,luxe,jolyTout de même. Célébrer l'esprit révolutionnaire dans ce haut lieu du grand luxe qu'est la place de la Concorde – où se situe aussi, faut-il le rappeler, le si select l'Hôtel de Crillon, un des palaces les plus chers de Paris –; rien que l'idée risque de faire tousser, en haut lieu.

 

Vénérer les sans-culottes dans cet Hôtel de la Marine qui, jadis, fut le garde-meuble de la Couronne; le Premier ministre François Fillon risque encore d'accuser l'écologiste franco-norvégienne de n'être qu'une espèce de sous-Française manquant totalement de culture et d'identité nationales.

03.08.2011

Un été qui va bousculer

PARISMEURT.jpgParis meurt, Paris se meurt, en août. C'est ce qu'il est de bon ton de se dire entre Parisiens chaque année à ce mois-ci. C'est ce qu'affirme aussi, en ce moment, une grande inscription murale taguée l'autre jour par un passant manifestement un brin chagrin, dans une ruelle pas loin de la maison. C'est à la fois vrai et pas vrai.

Vrai, car, effectivement, plus les jours passent et plus les commerces, un peu partout, baissent leur rideau métallique et y apposent le sacrosaint écriteau donnant rendez-vous en septembre. Vrai car, en effet, le trafic et donc les embouteillages et la pollution sont (un peu) moindres en ville depuis lundi. Mais pas vrai, car – on en a encore fait l'expérience hier soir – les métros aux heures de pointe sont toujours aussi insupportablement bondés et torrides. Pas vrai, car, le soir, les terrasses à Bastille et les bars dans le Marais sont toujours aussi courus. Par vrai, car il y a toujours autant de miséreux qui croupissent dans la Ville lumière, sur notre boulevard Richard Lenoir comme ailleurs.

Et pas vrai, car ils se passe tout de même encore des choses intéressantes dans cette capitale, du point de vue culturel. C'est le cas par exemple du festival «Paris Quartier d'été», qui, en plus, cet été, va assez joyeusement bousculer la tradition. Ainsi, parmi les cadres parisiens dans lesquels vont se dérouler ses spectacles, figure pour la première fois l'Hôtel national des Invalides: haut lieu de l'histoire militaire française, à la tradition sévère et rigide comme il se doit, et qui, jusqu'à présent, était plus abonné aux cérémonies martiales et solennelles qu'aux fulgurances de la création culturelle.

Du coup cet été, dans la Cour d'Honneur des Invalides, sous le regard de ses 60 canons de bronze rigoureusement alignés, une compagnie de danse style hip-hop va virevolter autour de barrières Vauban (*): ces barrières métalliques servant généralement à empêcher la foule à accéder à tel ou tel lieu. Comme le notent les organisateurs du festival, ce sera amusant de voir «comment un objet qui sert habituellement à canaliser, à limiter et à interdire peut devenir l'instrument de toutes les libertés et l'appui de tous les envols».

GROSSEBRUTE.jpgAinsi encore, dans ce cadre si cocardier des Invalides, on poussera l'exotisme jusqu'à y entendre résonner les chants des Manganiyars: une communauté d'artistes venus du Rajasthan indien. Ainsi, toujours, à deux pas de l'Église du Dôme et de son tombeau de Napoléon Ier, on pourra revoir en plein air «Les Duellistes», le film de Ridley Scott: « fresque époustouflante, déroulée sur fond de guerres napoléoniennes, à admirer sous la statue de l’empereur».

Très bien, tout cela. Rien de tel, trouve-t-on, pour s'aérer l'esprit et pour avancer, que les contrastes et les confrontations – en culture comme ailleurs.

(*) Barrières dénommées de la sorte en français de France, mais, si on a bonne mémoire, appelées plutôt barrières Nadar en français de Belgique. Le français, langue plurielle: encore une illustration, après nos prunes d'hier.

13.09.2010

Une lassitude

Le débat artistique n’évolue décidément pas beaucoup, à Paris. On en aura encore l’illustration demain, avec l’inauguration de la grande expo Murakami au château de Versailles. Il y a deux ans déjà (relire ici ou ), ce château avait fait scandale en rendant hommage à l’Américain Jeff Koons, une initiative qui avait même fait l’objet de recours en justice. A présent, suscite une identique controverse l’arrivée sous ses ors de la star japonaise de l’école «kawaï» (mignon, en japonais) – sorte de croisement coloré entre l’esthétique pop art et la culture manga. Ainsi, s’insurgeait ce week-end le prince Sixte-Henri de Bourbon, descendant paraît-il de Louis XIV, «ce nouvel art du scandale perdra le prestige de Versailles comme vitrine culturelle de la France».

On avoue qu’on a entendu avec lassitude, ces derniers jours, les discours des tenants de cette vision passéiste et poussiéreuse du patrimoine historique. Non pas qu’on soit particulièrement passionné par les créations du pape du «nouveau japonisme»: la dernière grande rétrospective parisienne en date qui avait été consacrée à ce plasticien (à la Fondation Cartier, il y a quelques années) nous avait même laissé assez froid. Mais là, au vu des premières images de son expo à Versailles vues à la télé ces derniers jours, on a vraiment envie de se laisser tenter: le contraste avec le décor royal a l’air épatant.

De même n’a-t-on pas gardé un souvenir impérissable du président de l’établissement gérant le château de Versailles, Jean-Jacques Aillagon, lorsqu’il était ministre de la Culture, sous Jacques Chirac. Mais là, on trouve qu’une fois de plus, il se défend plutôt bien. Hier dans les journaux et ce matin encore à la radio, il l’a rappelé: «On voudrait imposer à ce château une pudibonderie qui n’a jamais eu cours. Il ne faut pas oublier que Versailles a été conçu et voulu pour la fête, le bonheur, la profusion. Critiquer le fait de présenter de l’art contemporain dans un musée national est une façon de contester ce qu’ont préconisé 50 ans de politique culturelle dans notre pays. Malraux a invité Chagall à réaliser un plafond à l’opéra de Paris. Chagall a créé les vitraux de la cathédrale de Reims. Jack Lang a demandé à Daniel Buren d’intervenir dans les jardins du Palais-Royal. Notre but est de faire comprendre au public l’universalité de l’art. Des œuvres du passé peuvent dialoguer avec celles d’aujourd’hui et vice versa ».

Et, ajoutera-t-on à l’attention de ceux qui veulent faire du château versaillais «le temple de leur nostalgie politique», même le très vénérable musée du Louvre, il y a peu, s’ouvrit à l’art contemporain: il fit repeindre le plafond d’une de ses salles par le grand artiste américain Cy Twombly. Et le résultat était très bien.

En art comme en tout, rien décidément n’est plus lassant que le manque d’audace.

06.09.2010

Un programme

C'est certainement un sujet très accessoire, en ces temps de tension sociale à Paris et en France plus généralement. N'empêche, ce sujet nettement plus anecdotique pose questions. Il concerne le vaste programme de mécénat que vient de relancer le Muséum national d'histoire naturelle de Paris, relatif aux infrastructures du Jardin des Plantes.

Cet espace vert magnifique est fréquenté chaque année par plus de 5 millions de visiteurs. Ses allées sont parsemées de 255 bancs, qui doivent être rénovés. Le programme "Parrainez un banc du Jardin des Plantes" ambitionne donc «d'impliquer les amoureux du Jardin, de leur permettre de contribuer à la valorisation de ce lieu, et de témoigner ainsi de leur engagement en faveur d'une institution dédiée à la protection de la biodiversité et de l'environnement». En échange d'un chèque de 1800 euros (pour un banc simple) ou de 3600 euros (pour un banc double), les généreux parrains pourront donc, aux pieds du banc que leur mécénat aura permis de rénover, apposer une plaque avec leurs noms ainsi qu'une petite dédicace.

De cette initiative, on ne sait pas trop que penser. Côté pile, en effet, pourquoi pas associer les amoureux de cet espace vert à sa valorisation, a fortiori si cela peut permettre le maintien en bon état de ce fleuron du patrimoine végétal parisien. Mais, côté face, en tout cas dans un monde idéal (à savoir sans austérité budgétaire, sans déficits publics colossaux, sans crise économique, etc.), l'entretien des espaces verts et de leurs infrastructures, qui plus est si ces espaces verts sont classés, devrait tout de même incomber avant tout aux pouvoirs publics. Vu toutes les autres priorités (sociales, etc.) sans doute plus importantes de l'Etat, cette privatisation de facto de l'entretien du patrimoine est-elle, à terme, inévitable? Aujourd'hui, il ne s'agit que de privatiser l'entretien de choses aussi basiques que des bancs publics. Mais demain à Paris – comme déjà à Tokyo, par exemple –, ne pourra-t-on plus admirer une statue dans un parc ou un tableau dans un musée sans qu'à côté, figure la sempiternelle plaquette en l'honneur du mécène ayant financé sa restauration? Et, si oui, faut-il s'y résoudre, s'en réjouir ou s'en désoler?

09.06.2010

Un embellissement (impossible?)

Puisqu'on parlait hier d'architecture à Paris, le bâtiment le plus péniblement voyant (et le plus haut: 56 étages, 210 mètres) de cette ville pourrait bénéficier d'un lifting. On parle bien sûr de la tour Montparnasse. Fin mai, l'assemblée générale des (300!) copropriétaires de ce gratte-ciel a examiné un projet de rénovation prévoyant notamment le remplacement de sa façade, l'ajout de quelques centaines de m2 de bureaux, et la création, entre l'édifice et la gare Montparnasse, d'une galerie commerciale recouverte d'une verrière. Le tout étant destiné à faire de la tour et de ses environs «le moteur de la rive gauche de demain». Mais nombre de copropriétaires seraient effrayés par le coût du chantier, d'autant que l'édifice, ces dernières années, a déjà dû être désamianté. Dès lors, à supposer que l'accord à ce projet soit un jour donné, il faudra certainement encore plusieurs années avant qu'il soit mené à bien.

Les Parisiens devront donc vraisemblablement supporter longtemps encore la vue de ce mastodonte de verre et de béton. A l'époque où il avait été achevé, en 1973, il s'agissait de la plus haute tour d'Europe occidentale. Dix ans de débats houleux et autant d'années de chantier avaient précédé son inauguration. C'était André Malraux en personne, ministre de la Culture à l'époque, qui avait prôné son érection. Un gâchis urbanistique paradoxal, dans le chef de l'homme qui marqua l'histoire du patrimoine parisien en sauvant des quartiers historiques (comme le Marais) hier très dégradés et aujourd'hui si prisés? Pour Malraux, ces deux gestes n'étaient pas du tout contradictoires. Selon lui, en effet, Paris avait besoin de «nouveaux paysages», et c'était même l'indispensable contrepoint à la sauvegarde des ses quartiers anciens. Car «Paris n'a pas seulement des sites à défendre, il a des sites à créer».

A Montparnasse donc, 35 ans plus tard, on ne parle plus de «créer» mais d'embellir. Mais vu de quoi l'on part, pas sûr que l'éventuel embellissement de cette tour, aussi bien mené soit-il, parviendra à la rendre esthétiquement présentable et à la faire aimer des Parisiens.

02.06.2010

Une réouverture

Aujourd'hui, un sujet infiniment plus léger qu'hier. Et même carrément bucolique. Du beau monde se pressait hier soir au Jardin des Plantes. Ministres, élus parisiens, mécènes et autres personnalités diverses et variées étaient au cocktail d'inauguration de la réouverture des Grandes serres du Muséum national d'Histoire naturelle. Car ce joyau du patrimoine architectural et botanique, qui était fermé depuis six ans pour restauration, est de nouveau accessible au grand public à partir de ce mercredi. Cela ne peut pas mieux tomber, en cette Année mondiale de la biodiversité qu'est 2010.

 

Ces magnifiques édifices sont les dignes héritiers des orangeries et serres du Jardin du Roy, utilisées à l'époque pour conserver et acclimater les collections botaniques et les plantes rares ramenées par les naturalistes français de leurs voyages d'exploration. Il s'agit même des premières structures de métal et de verre de ce type construites dans le monde, entre 1834 et 1836. Le chantier de restauration a été long et complexe, vu que cet ensemble est intégralement classé. Les vitrages, qui étaient en très mauvais état, ont été entièrement démontés puis replacés dans les règles de l'art. Les boulons et fragments métalliques de l'ossature, parfois si mal en point qu'ils menaçaient de s' écrouler sur les visiteurs, ont eux aussi été réparés. Les lieux ont été reconfigurés pour se conformer aux règles de sécurité et être accessibles aux handicapés. Et le Muséeum a repensé le contenu botanique de l'ensemble, de manière à permettre la découverte d' «une nature imaginaire où cohabitent des plantes des quatre coins du monde; une nature bien réelle, car les plantes y poussent en pleine terre et se laissent admirer de très près». Bref, une «rencontre avec le monde végétal, le plus ancien laboratoire de la vie, tout à la fois poétique et scientifique».

 

«Passer de l'émerveillement (pour le patrimoine végétal présenté) à l'engagement (en faveur de l'environnement et de la biodiversité)»: tel est le voeu formulé pour les visiteurs par l'institution. Celle-ci, soucieuse de mettre ses actes en concordance avec ses discours, a veillé notamment à ce que l'énergie nécessaire au maintien à 22 degrés de la température de la serre tropicale humide provienne du reyclage de la chaleur produite par l'incinération de déchets. Autre initiative appréciable en ces temps de crise: les tarifs d'entrée pratiqués sont plutôt raisonnables: 5 euros le ticket adulte, 3 euros le billet enfant (jusqu'à 14 ans).

 

Tous les ingrédients sont donc réunis pour que, dès aujourd'hui et durant tout cet été – même si la canicule estivale n'est sans doute pas la meilleure période pour visiter cet endroit –, le Jardin des Plantes redevienne, auprès des touristes singulièrement, un des endroits les plus courus et donc les plus bondés de Paris.

23.04.2010

Un décloisonnement

grandpalais.jpgUn peu de culture, pour bien terminer la semaine. Ce sera le gros chantier culturel à Paris, ces prochaines années. Et il a été présenté cette semaine. Il concerne le Grand Palais, ce sublime édifice non loin de la Seine. Qui, après avoir longtemps vivoté et même, physiquement, pourri sur pieds, commence à trouver sa place dans le paysage culturel, pourtant déjà si vaste, de la capitale.

 

Mais cet immense paquebot se sent trop à l’étroit pour remplir toutes ses ambitions. Trop cloisonné surtout, lui qui est divisé entre le Palais proprement dit, les Galeries nationales et le Palais de la découverte. Le projet de rénovation présenté mercredi entend renouer avec le faste, les volumes aérés et les expositions populaires des débuts du Grand Palais, lors de l’Expo universelle de 1900. Dès lors, la nef du premier étage va être dotée de galeries d’expositions suppplémentaires. Une section spécialement dédiée aux activités numériques sera créée. Les espaces du bâtiment aujourd’hui sous-utilisés seront revus, et leur réorganisation fera l’objet d’un concours international d'architecture. Le tout permettra de doubler la capacité d’accueil de l’ensemble, la faisant passer de 10.000 à 20.000 visiteurs par jour.

 

Les travaux ne devraient pas être achevés avant plusieurs années. Leur budget sera de 236 millions d'euros, payé pour moitié par le ministère de la Culture. Le Grand Palais devant s'aquitter de l'autre moitié de l'addition, il prévoit l’installation en son sein de cafétéria, boutiques et autres espaces marchands – ben voyons, il faut bien trouver les fonds quelque part...

 

Tout aussi prosaïquement, l’amateur d’art fréquentant ce lieu, au-delà de futurs éblouissements culturels éventuels, sentira très physiquement l’amélioration de son confort de visite. En effet, le projet de rénovation prévoit «l’installation d’un système de régulation thermique dans la nef». Excellente nouvelle. Car ce n’est vraiment pas un luxe. Aujourd’hui, en effet, en dehors de la belle saison, il fait souvent péniblement froid dans cet édifice visiblement très difficile à chauffer vu ses dimensions colossales. Dès lors, son décloisonnement et l’augmentation de ses surfaces utiles étaient difficilement imaginables sans une amélioration en la matière.

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