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03.02.2012

Un vrai scandale

paris,logement,social,vie privée,santé,pauvreté,informatiqueLocataire «alcoolique», qui «n'est pas de nationalité française», ou est «ancien SDF addiction boisson». Habitant «séropositif», «cancer», «personne cardiaque», «sous chimiothérapie», ou «alzeimer aveugle». «Fils cancer Mme malade des poumons», ou «violence conjugale». «Personne très difficile à vivre de tempérament agressif et violent très procédurier», «dépression hôpital psychiatrique», «maladie de parkinson», ou «cancer des intestins opération du cerveau».

Telles sont quelques-unes parmi les innombrables mentions concernant la vie privée des habitants des HLM de la ville de Paris, qui figurent dans le système informatique de l'organisme gérant ces logements sociaux: «Paris Habitat». L'existence de ce gigantesque fichage a été révélée hier par la Commission de l'informatique et des libertés (CNIL): l'organisme qui veille à la compatibilité entre les fichiers électroniques et le respect de la vie privée. Toutes ces informations avaient été collectées par les gardiens d'immeubles de ces HLM, puis illégalement rassemblées et stockées dans les fichiers informatiques de «Paris Habitat». Des associations de locataires, indignées, ont saisi la CNIL. Hier, dans une démarche exceptionnelle (ici), vu la gravité des faits, cet organisme a publiquement mis l'Office des HLM en demeure de détruire ce fichier dans les deux mois, sous peine de poursuites judiciaires.

Dans les médias hier, les dirigeants de cette société ont paru à peine gênés. On a même entendu des propos du genre, en substance: les gardiens d'immeubles ayant commis ce flicage ne pensaient pas à mal, c'était pour mieux connaître et donc mieux venir en aide à ces locataires, etc.

paris,logement,social,vie privée,santé,pauvreté,informatiqueUn tel scandale, dans n'importe quelle autre grande capitale internationale, entraînerait probablement le limogeage sur le champ du patron de l'Office des HLM, et des excuses publiques du maire en personne. A Paris: rien. Aux dernières nouvelles, la hiérarchie de «Paris Habitat» est toujours en place. Et Bertrand Delanoë, pourtant habituellement si prompt à communiquer, ne s'est même pas exprimé sur le sujet.

Encore bravo.

02.02.2012

Une indignité, ou l'autre

0 degré à peine, ce matin, à Paris. Et vers les -10°, cette nuit. ¨La nuit dernière pourtant, comme les précédentes et comme les suivantes, en plein coeur de ce qu'il est convenu d'appeler la «Ville lumière», des gens ont passé la nuit dans un mobil-home, une caravane ou une voiture. On les entendait ce matin, sur une radio. Ils (et elles) avaient dormi sur l'immense parking qui fait face au Château de Vincennes. Au micro, certains avouaient n'avoir cessé de grelotter. D'autres, en revanche, ne s'apitoyaient pas sur leur sort. Disaient que «non, non, ça va: pas de problème!» Plaisantaient, même. A entendre leur bonne humeur matinale, malgré une nuit pareille, on hésitait entre l'effarement et l'admiration.

En France, entre 70.000 et 120.000 personnes habitent sous tente ou en mobil-home: résident au camping à l'année, leurs moyens ne leur donnant pas accès au marché de l'immobilier. Théoriquement, c'est interdit par la loi. Pratiquement, c'est toléré. Parmi ces campeurs malgré eux, pas mal de vieux ne touchant que de petites retraites, et pas mal d'étudiants. A la mi-novembre, l'Assemblée nationale a voté en première lecture une proposition de loi (ici) visant à «mieux encadrer» le secteur des «habitats légers de loisirs» et de «l'hébergement de plein air». Le député (UMP) à son origine invoquait notamment la nécessité d'«éviter les bidonvilles» et de «responsabiliser» les maires sur la question du logement. De facto, avec pareil texte devenu loi, ces dizaines milliers de campeurs à l'année devraient déménager. Direction la rue, donc. Les associations, du coup, s'étaient mobilisées. Avec succès: il y a quelques jours, ledit député a promis de modifier son texte quand il reviendrait à l'Assemblée. Cette centaine de milliers de campeurs malgré eux n'iront donc pas grossir les rangs de la centaine de milliers de SDF qu'on dénombre déjà (au minimum) en France.

Ce matin, en entendant nos campeurs de Vincennes témoigner à la radio, on s'interrogeait. Sous prétexte qu'a été évitée une indignité (les jeter à la rue), est-on prié, ou non, d'en accepter une autre (être obligé de dormir dans sa voiture, en plein Paris)?

06.12.2011

Une impression d'embarras

Cachez ce mendiant roumain que je ne saurais voir. C'est ce que dirait sans doute Tartuffe s'il était un homme politique français contemporain.

Hier, la préfecture de police de Paris a étendu aux quartiers du Louvre et des grands magasins (Haussmann-Caumartin) l'arrêté qui, depuis trois mois, interdit toute mendicité sur les Champs-Elysées. Selon elle, ce dernier arrêté a déjà permis «plus de 300 contraventions», les contrevenants étant «pour la quasi-totalité, de nationalité roumaine». Hier toujours, une fois de plus, le maire de Paris a protesté. Pour Bertrand Delanoë, «combattre la pauvreté par l'amende et la répression est choquant au moment même où l'Etat ne remplit ses obligations, ni en termes de mise à l'abri des mineurs isolés, ni en matière d'hébergement d'urgence». Et cela traduit «une priorisation contestable de l'action des forces de police» au moment notamment où, dans la capitale, «les cambriolages croissent fortement». A ses yeux, cette lutte contre la mendicité n'est donc qu'une «opération de communication visant à stigmatiser une catégorie de la population, étrangère et démunie».

Plus intéressante, car plus neuve, est l'impression d'embarras qui transparaît désormais de cet éternel débat sur la mendicité roumaine. Comme, si, de part et d'autre, on ne voulait tout de même pas trop en faire sur le sujet.

Ainsi, ce matin sur le site web de la mairie de Paris, la réaction du maire ne figurait pas en page d'accueil: elle était reléguée à une page moins visible. Et, sur le site de la préfecture, on ne trouvait carrément nulle trace de ce nouvel arrêté anti-mendicité – en revanche, on pouvait tout savoir sur la participation de l'unité équestre de la préfecture au Salon du cheval, en cours au Parc des Expositions...

Dans la même veine, les autorités, préfectorales comme gouvernementales, ont accueilli avec une grande discrétion la sanction que la justice administrative, dernièrement, a infligée à une mairie ayant pris une mesure du même acabit: Nogent-sur-Marne, ville aisée contigüe à Paris, qui fit pas mal de bruit en interdisant la fouille des poubelles. Cet arrêté a été suspendu, à la suite d'un recours de la Ligue des droits de l'homme. Raisonnement du tribunal administratif? Par définition, l'espace public est public: il appartient donc à tout le monde. Dès lors, les mendiants y compris sont en droit d'«utiliser librement le domaine public, de surcroît durant la période hivernale». Conclusion de l'association: «Il convient que les maires comprennent que faire disparaître les pauvres de l'espace public est non seulement injuste, mais aussi illégal».

Visiblement, on ne partage pas cet avis à la préfecture de police de Paris.

28.11.2011

Un indicateur, si révélateur

Si d'aventure d'aucuns doutaient encore de la précarisation grandissante de toute une partie de la France – sans doute ne mettent-ils jamais le nez dehors... –, cet indicateur que l'actualité du jour vient nous apporter. Il s'agit d'un pourcentage. Et il concerne l'activité des Restos du Coeur, dont la 27ème campagne d'hiver débute ce lundi.

L'association caritative fondée par Coluche fait état de «25 % de personnes accueillies en plus au cours des trois dernières années». Rien que l'an dernier, ses 60.000 bénévoles ont distribué 109 millions de repas, à plus de 860.000 personnes – soit à 20.000 bénéficiaires de plus qu'un an auparavant. Et il ne fait guère de doutes qu'à la fin de cet hiver 2011-2012, l'association aura, une fois de plus, explosé tous ses records en termes de personnes aidées.

Pareils chiffres relativisent, pour le moins, le bilan des politiques sociales en vigueur. Lorsqu'on les interroge sur cet indicateur, si révélateur, que constitue le succès croissant remporté année après année par les Restos du Coeur, les responsables de la majorité ont l'habitude de botter en touche. Ils assurent que, dans les pays voisins, les associations analogues sont tout autant débordées, la paupérisation galopante n'étant pas l'apanage de la seule France.

Comme si un tel argument rendait le constat moins révoltant.

21.11.2011

Un campement

logement,social,pauvreté,etrangers,activisme,parisSamedi soir, sur le parvis de l’Hôtel de Ville, a été démonté un campement de tentes qu'avait installé, trois jours plus tôt, la Fondation Abbé Pierre. Ces tentes militaires étaient les mêmes que celles que l'abbé avait montées à Paris pendant l'hiver 1954, afin, déjà, de protéger des sans-abri et d'interpeller le pouvoir politique. Près de soixante ans plus tard, l'opération visait, encore et toujours, à mobiliser l'opinion sur le logement et la situation des plus démunis – en vue cette fois de la présidentielle de 2012.

«82% des Français considèrent qu’il est difficile de trouver un logement. Un sur cinq déclare avoir des difficultés à faire face au paiement de son loyer ou au remboursement de son emprunt immobilier. 69% des Français jugent que l’action des pouvoirs publics n’est pas satisfaisante pour résoudre ces difficultés», a rappelé la Fondation. Pour qui, «à quelques mois des élections présidentielles et législatives, il faut agir!» Le texte de sa «Mobilisation générale pour le logement» préconise notamment la taxation voire la réquisition des logements vacants,ou l'encadrement des loyers comme celui des des plus-values immobilières.

Ces derniers jours, les médias, locaux en tout cas, ont accordé un peu d'attention à cette manifestation devant l'Hôtel de ville. En revanche, c'est dans une indifférence générale que, place de la Bastille, depuis plusieurs semaines maintenant, quelques familles – Rom, semble-t-il – ont établi un petit campement, lui de fortune.

On est tombé en arrêt devant cela plusieurs soirs de suite dernièrement, après avoir pris le dernier métro pour rentrer à la maison et avoir quitté la station 'Bastille' par la sortie débouchant sur la rue de la Roquette. Il y a avait là des hommes, des femmes, des adolescents et même des enfants. Regroupés sur des matelas ou recroquevillés dans une cabine téléphonique, ils entamaient leur nuit.

logement,social,pauvreté,etrangers,activisme,parisAutour d'eux, la vie parisienne se poursuivait le plus normalement du monde. Les terrasses des bars étaient bondées de clients occupés à siroter des consommations bien chères, des clochards faisaient la quête, des copains se donnaient rendez-vous à la sortie du métro, des gens sortaient de la représentation de l'Opéra, des jeunes fêtards avinés braillaient, des danseurs de capoeira se donnaient en spectacle, etc.

Et, dans le même temps donc, à quelques mètres à peine, à leurs pieds pour ainsi dire, nos naufragés du logement tentaient, vaille que vaille, de trouver le sommeil dans l'agitation festive ambiante. Cette cohabitation indolente entre leur infortune et la poursuite routinière de la vie de quartier avait quelque chose de choquant.

Selon la Fondation Abbé Pierre, en France – cinquième puissance économique mondiale, comme chacun sait –, près de 10 millions de gens «sont touchés de près ou de loin par la crise du logement», dont «3,6 millions de personnes (qui sont) non ou mal logées».

02.11.2011

«Une obligation humaine»

paris,social,pauvreté,sarkozyCela nous mène évidemment très loin des fastes de Cannes, où se tient ces jours-ci le sommet du G20, qui réunit les représentants des 20 puissances les plus riches du monde. Mais c'est cela aussi, Paris – «Ville lumière» oui, mais pas pour tout le monde.

Ce week-end-end, une femme SDF, âgée de 38 ans, a accouché dans la tente qui lui servait d'abri, dans une rue du quatorzième arrondissement. Mais son bébé, une petite fille, n'a pas survécu, malgré les secours que lui ont prodigués les pompiers et une équipe du SAMU appelée en renfort. Avant leur intervention, ont précisé les agences de presse, «la maman appelait au secours et portait son enfant dans ses bras», en pleine rue.

S'il est besoin de rafraîchir les mémoires, cet engagement pris par Nicolas Sarkozy en décembre 2006, alors qu'il briguait l'Elysée: «Je veux, si je suis élu Président, que d’ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d’y mourir de froid. Parce que le droit à l’hébergement, je vais vous le dire, c’est une obligation humaine. Mes chers amis, comprenez le bien: si on n'est plus choqués quand quelqu’un n’a pas un toit lorsqu’il fait froid et qu’il est obligé de dormir dehors, c’est tout l’équilibre de la société qui s’en trouvera remis en cause».

Ce n'est pas très charitable, voire c'est assez minable, de rapprocher cette promesse non-tenue et ce drame atroce?

Difficile d'avoir des scrupules quand, l'autre jour, l'ex-ministre sarkozyste Patrick Devedjian s'est frotté les mains en faisant, si cyniquement, des spéculations électorales sur le dos de la misère. Pour lui, il sera très facile à la droite de reprendre Paris à la gauche, aux élections municipales de 2014. Il lui suffira d'«expliquer que le Paris de Bertrand Delanoë se résume, avec la flambée de l'immobilier et celle de la pauvreté, à ISF et SDF».

15.09.2011

Un vrai procès, enfin

Le procès d'un drame épouvantable s'ouvre ce jeudi, à Paris. Le procès de la catastrophe du Boulevard Auriol. En août 2005, dans cette rue du 13ème arrondissement, s'était embrasé un immeuble vétuste dans lequel s'entassaient 130 Africains en attente d'un relogement. Cet incendie avait fait 17 morts – dont 14 enfants. Il avait d'autant plus choqué l'opinion qu'à l'époque, Paris vivait une série noire d'incendies meurtriers touchant des immeubles délabrés occupés en majorité par des étrangers ou des Français issus de l'immigration.

 

En mars dernier, l'indignité était venue se rajouter à l'horreur.

 

En effet (relire ici), un premier procès de cette catastrophe s'était ouvert. Mais il avait tourné court. Car, prévu pour être expédié en deux demi-journées et se tenir en catimini dans une salle exiguë du Palais de justice, il avait provoqué la colère des familles des victimes. Qui, en larmes parfois, avaient dénoncé la désinvolture et l'improvisation de la Justice dans le traitement de leur dramatique dossier. La présidence du tribunal correctionnel avait fini par convenir que les conditions d'accueil de ce procès étaient peu dignes. Et avait reporté le début des audiences à ce jeudi.

 

Enfin, donc, ce procès du mal-logement à Paris  –  un de plus... –  peut-il à présent débuter. Six ans après les faits, ce n'est pas trop tôt.

 

Reste, tout de même, une question: ultra-délicate, mais qu'on est en droit de poser. La Justice française aurait-elle été à ce point lente, pénible et laborieuse si, à l'époque, l'incendie avait ravagé un immeuble cossu du 16ème et tué 17 Parisiens – dont 14 enfants – blancs et aisés?

08.07.2011

Une dangereuse simultanéité

TAGoiseau.jpgFin de semaine. Lors de laquelle, décidément, sont tombées en France plusieurs petites nouvelles relatives au niveau de vie et au pouvoir d'achat, nouvelles n'ayant rien à voir entre elles mais qui, par leur simultanéité, risquent de se télescoper dans la tête du Français. Et de lui laisser un laisser un arrière-goût très amer.

D'un côté, Dominique Strauss-Kahn a donc dégusté des pâtes aux truffes: à 100$ l'assiette. Mais, de l'autre côté, a indiqué un sondage le même jour, 45% des Français ne partiront pas en vacances, cet été. Et ceux qui partiront feront attention: passeront des vacances économiques en famille (33%), au camping (14%), ou chez des amis (9%).

Autre événement de la semaine: la Française Christine Lagarde a remplacé DSK à la direction générale du FMI. Son salaire? 551.700$ l'an, soit quelque 30.000€ par mois. Le tout, 100% net d'impôts. Le jour de sa nomination, est tombé un autre chiffre, lui moins chic. La Banque de France s'attend à ce que, d'ici au 31 décembre, plus d'un million de familles lui aient introduit un dossier de surendettement. Essentiellement des foyers de la classe moyenne. Rien que sur les six premiers mois de 2011, le nombre de ces dossiers a déjà crû de 12%.

Cerise sur le gâteau: cette semaine encore, le Sénat français a décidé d'attribuer une prime exceptionnelle de 3.531€ euros à chacun de ses membres. Ce rabiot est présenté comme «un rattrapage exceptionnel sur un complément d’indemnité représentative de frais de mandat». Hier, plusieurs sénateurs, de la majorité y compris, ont annoncé qu'ils refuseraient ce bonus, qui ne leur semble «pas un bon signal, dans le contexte actuel». Le même jour, a fait grand bruit la mésaventure survenue à un dénommé Kader, honnête père de famille âgé 58 ans, employé d'un Monoprix de Marseille. Il a été mis à pied à titre conservatoire, avant un possible licenciement. Ce qu'on lui reproche? Avoir enfreint le règlement intérieur de son supermarché, en récupérant, dans les poubelles de celui-ci, six melons et trois salades périmés, pour les ramener chez lui.

TAGchien.jpgVoilà donc, en si peu de temps, une accumulation de nouvelles qui, on le répète, n'ont rien à voir entre elles, mais qui, toutes, n'en demeurent pas moins, disons, sociologiquement très contrastées. 

Cela ne va pas réduire le fossé entre les élites et les citoyens. Ni contribuer à ce que ces deux catégories de la population se regardent moins en chiens de faïence.

27.04.2011

«Une question de moyens»

tagmaghreb.jpgUne fois n'est pas coutume, en vignette de cette note, une illu qu'on a déjà utilisée. C'était en janvier (ici), à l'époque du grand mouvement de libération des peuples arabes. Parce qu'on a repensé à ce slogan, hier. Jour où des mots identiques («Liberté», «Solidarité» ou «Dignité» ) ont été vus sur les pancartes brandies par la centaine d'exilés tunisiens qui, en fin de matinée, ont manifesté aux confins de Paris. Dans un no man's land en bordure du périphérique, entre les portes de la Villette et de Pantin. Dans cette espèce de campement de fortune, limite bidonville, où, depuis des semaines, ils croupissent en attendant un jour meilleur. On voit aussi beaucoup de Tunisiens, en ce moment, le long du canal Saint-Martin. A la hauteur du quai de Jemappes, aux heures de distribution de la soupe populaire, aux côtés des SDF et des réfugiés afghans.

La situation, sanitaire notamment, des Tunisiens campant à la porte de la Villette devient vraiment préoccupante. Ils sont de 300 à 400. Certains sont malades. Beaucoup ne mangent pas à leur faim. Parmi eux, il y a des mineurs. Hier, constatant leur extrême précarité, la mairie de Paris a débloqué en urgence une enveloppe de 100.000 euros à destination de deux associations caritatives, qu'elle a mandatées pour leur venir en aide. Et le maire a dit (ici) l'«indignation» que lui inspire la façon dont le gouvernement gère ce dossier migratoire: «avec tant d’étroitesse», «si peu d’humanité», et tant d'«arrière-pensées évidemment électoralistes». Pour Bertrand Delanoë, les autorités devraient, au contraire, «répondre avec humanité et dignité à l’attente que des milliers de Tunisiens placent dans notre pays». Car «il serait très grave qu’en cette circonstance, quelques mois après la Révolution de Jasmin, l’Europe et la France passent, une fois encore, à côté de l’Histoire».

Hier en fin de journée, le n°1 de l'UMP, Jean-François Copé, lui a opposé une fin de non-recevoir catégorique. Selon le chef de file du grand parti sarkozyste, «il faut dire les choses telles qu'elles sont: la France n'a plus les moyens d'accepter une immigration à caractère social! En cette période de crise, ce n'est tout simplement plus possible! Ce n'est pas une question de xénophobie: c'est vraiment une question de moyens».

09.03.2011

Un procès, ou un autre

A Paris, il y a des procès qui, même s'ils tournent en eau de boudin, mobilisent la grosse artillerie judiciaire, politique et médiatique. Il y en a d'autres qui, en revanche, donnent un peu l'impression de vouloir être expédiés en catimini: comme si l'on voutait éviter que trop de bruit soit fait autour d'eux. On en a une belle illustration cette semaine. Lundi et mardi, au Palais de Justice, ce fut le tumulte autour du (faux départ du) procès de Jacques Chirac. Ces mercredi et jeudi, au même endroit mais avec beaucoup moins de raffut, est jugé un fait divers dramatique, qui, à l'époque, avait choqué l'opinion parisienne.

C'était dans la nuit du 25 au 26 août 2005. En pleine torpeur estivale. Boulevard Auriol, dans le treizième arrondissement, s'embrasait subitement un immeuble vétuste. Dans lequel s'entassaient 130 Africains en attente, depuis des années, d'un relogement dans une habitation plus décente. Dans les flammes, en quelques minutes, périssaient 17 personnes dont 14 enfants. Trois jours plus tard, dans le Marais cette fois, partait en fumée un autre immeuble miteux. Dans lequel, pareillement, (sur)vivaient des Parisiens d'origine africaine: 7 morts. Trois mois plus tôt, déjà, dans le neuvième arrondissement, 25 personnes, tout aussi précarisées et majoritairement d'origine étrangère, avaient péri dans l'incendie de l'«Hôtel Paris Opéra», où elles avait été placées dans l'attente d'un meilleur logement.

Cinq ans après la catastrophe du boulevard Auriol, son procès s'ouvre ce mercredi. Après «une enquête baclée» selon les familles des victimes: l'incendie n'a jamais été élucidé. «Un procès tronqué», dénoncent-elles aussi. Moins de 48 heures de débat, pour le procès d'un problème aussi vaste à Paris que le mal-logement. Moins de deux jours de procès, pour 17 morts dont 14 enfants.

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