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29/03/2013

Une inexorable progression

Pauvreté, Social, Santé, Art de vivre130 millions. C'est le chiffre de la semaine, et de la saison. Lors de leur campagne d'hiver, qui vient de s'achever, Les Restos du Coeur ont servi un total de 130 millions de repas, dans toute la France. Chaque jour de cet hiver, ce sont 960.000 personnes qui ont été aidées par l’association. Soit 11% de plus que l'an dernier. «Depuis l’hiver 2008 et le début de la crise, les Restos ont été amenés à soutenir 40% de personnes de plus», s'alarme l'association. Qui, durant l'hiver 2013-2014 à nouveau, devra sans doute venir en aide à encore plus de gens.

Et ainsi de suite, année après année. Un hiver après l'autre, donc, rien ne change: toujours plus de précarité, en France.

Rien ne change, si ce n'est, tout de même, une petite chose. De tous temps, c'est chez les personnes démunies qu'on trouve la plus porte prévalence de surpoids, d'obésité et des maladies associées (diabète, hypertension, etc.). Non pas, évidemment, parce qu'elles mangent davantage que les classes moyennes ou les personnes aisées. Mais parce que la nourriture de pauvres, puisqu'il faut bien appeler les choses par leur nom, fait plus grossir. Or, la situation a l'air d'évoluer (un peu), en la matière. Si l'on en croit une étude publiée cette semaine, relative à l'état nutritionnel des bénéficiaires de l’aide alimentaire, en France.

Ce document note que, dans ce domaine, «de légères améliorations ont été observées, depuis 2004-2005». Pas d'euphorie: «l’état de santé des usagers de l’aide alimentaire demeure préoccupant». Mais l'examen clinique et biologique de 422 de ces personnes a permis de constater «l’évolution favorable de certains marqueurs biologiques de l’état nutritionnel, comme la baisse de l’anémie par carence en fer».

On va prendre cela comme la petite bonne nouvelle de la semaine. Ce pays a bien besoin de bonnes nouvelles, en ce moment.

06/03/2013

Une précarité qui s'installe

Sombre tableau, décidément, à l'approche de la Journée internationale des droits des femmes, vendredi. Le Conseil économique et social vient, très utilement, de le rappeler (ici): dans la cinquième puissance économique mondiale qu'est la France, les années passent mais ce sont encore et toujours les femmes qui restent les principales victimes de la précarité.

Elles constituent près des trois quarts des effectifs à la fois des travailleurs qui sont classés comme pauvres (3,7 millions de gens, au total) et/ou sont considérés comme étant en sous-emploi (1,5 million). Huit travailleurs à temps partiel sur dix sont des femmes, alors que, dans 31% des cas, ce temps partiel n'est pas choisi mais subi par elles. On estime qu'au total dans ce pays, 4,7 millions de femmes (sur)vivent sous le seuil de pauvreté – dont le montant, pour rappel, est de 964€ par mois, pour une personne seule.

A part cela, «Le 8 mars, c’est toute l’année». Tel est l'intitulé de la grande soirée qui, autour de cette Journée des femmes, se tiendra demain soir à Paris, en présence de quantité de personnalités et de François Hollande y compris. «C'est toute l'année», comme on entend dire, les jours festifs, Noël, la St-Valentin, la Fête des grands-mères, ou peu importe: ce devrait être «tous les jours». Mais là, en l'occurrence, au vu de pareils chiffres, pas sûr que les femmes françaises auront énormément de raisons de faire la fête, vendredi.

18/02/2013

Une «saturation»

«Dire non, ça nous arrache le cœur». Et pourtant, à partir de ce lundi, le Secours populaire de La Courneuve (Seine-Saint-Denis: banlieue nord de Paris) dit «Non» aux miséreux qui débarquent chez lui pour bénéficier de colis alimentaires. «Non», parce que les stocks de nourriture que gère cette association sont proches de «la saturation»: ils sont juste suffisants pour continuer à nourrir les 400 personnes auxquelles elle vient déjà en aide. «Il y a un raz-de-marée de la misère. Aucune région n'est à l'abri», explique l'association – qui, l'an dernier, a distribué 181 millions de repas, à 2,5 millions de bénéficiaires. A La Courneuve le comité local, «débordé», ne peut plus faire face. Il a donc décidé «la fermeture des inscriptions», pour «un temps indéterminé».

Dernièrement, le Secours populaire avait alarmé sur l'impact d'une réduction du budget européen de l'aide alimentaire aux plus démunis. Cela n'a pas empêché l'Union d'amputer cette enveloppe de 28%. Le Secours avait aussi fait sensation en demandant que stocks de viande de cheval, retirés du circuit depuis le scandale de la «lasagne folle», lui soient donnés, pour qu'elle puisse à son tour les distribuer aux plus démunis. «On ne peut pas gâcher ces stocks, quand des gens ont faim!», avait-elle justifié. On attend toujours, manifestement, la réponse des autorités.

Et donc, en attendant, les pauvres qui, à partir d'aujourd'hui, débarquent à La Courneuve dans l'espoir de recevoir à manger sont priés d'aller frapper à la porte à côté. S'ils en trouvent une.

Sinon, ce lundi en France est aussi le jour où sort la nouvelle édition du Guide Michelin, qui récompense les meilleures tables du pays.

03/01/2013

Un mauvais esprit

C'est sans doute ce que l'on appelle l'esprit de Noël: la compassion, la bienveillance, l'attention aux autres, la charité, etc.

Paris, Social, Pauvreté, Art de vivre Place Saint-Ambroise, dans notre onzième arrondissement, les distributeurs d'une banque sont, de tous côtés, garnis de mises en garde, à l'attention des utilisateurs qui y retirent de l'argent. Elles les prient de veiller aux Roms: susceptibles – si l'on comprend bien – de les dépouiller fissa des billets qu'ils viendraient de retirer à ces automates.

Aux pieds de cette banque, en effet, de temps à autres, s'installe une petite famille de Roms. Papa et maman, la trentaine. Et leurs deux enfants en bas âge: avec leurs petits jouets, à même le trottoir. Ils restent là quelques heures, puis s'en vont sans crier gare, vers d'autres horizons. Et reviennent, quelques jours plus tard. Cela fait plusieurs semaines qu'en tant qu'habitant du quartier, on les croise là. Jamais on n'a eu le moindre problème avec eux. Jamais on n'a entendu le moindre riverain du coin s'en plaindre. Jamais ne sont parvenues à nos oreilles de terrifiantes histoires d'utilisateurs de ces distributeurs qui auraient été sauvagement détroussés, par eux ou par leurs compatriotes.

Mais voilà, ils sont Roms. Ce qui, en soi, suffit déjà et dit tout: aux yeux de Parisiens tel que notre maculeur anonyme d'automates. C'est sans doute ce qui s'appelle un stigmate.

12/12/2012

Un pur affichage de com'

Décidément, il faut avoir le moral, en ce moment en France. Ou, si on n'a pas trop le moral, prendre des distances avec l'actu: s'éloigner un peu des médias. C'est ce qu'on s'est dit en tombant successivement sur deux petites phrases déprimantes, entendues sur des radios.

La première: ce matin, dans la bouche du président du Secours populaire. «En France, l'enfance va mal, l'enfance vit mal. Il y a 2 millions d'enfants qui ne mangent pas à leur faim, dans ce pays». La seconde petite phrase: hier soir, dans la bouche de Marie-Arlette Carlotti, la ministre déléguée chargée de la lutte contre l'exclusion, à propos du chômage et de la précarité frappant les jeunes: «La jeunesse de ce pays va mal».

C'est pourquoi s'adresse notamment aux jeunes précarisés le plan gouvernemental de lutte contre l'exclusion, qui a été dévoilé hier. Un plan qui, même s'il est jugé insuffisant par nombre d'associations, coûtera tout de même entre 2 et 2,5 milliards d'euros à l'Etat. Une somme que l'on va trouver où, en ces temps d'extrême disette budgétaire? Un confrère posa la question, hier soir à la même ministre. Qui, sans visiblement trop réfléchir à ce qu'elle disait, improvisa du tac au tac, toute en candeur et en spontanéité: «On va voir».

«On va voir». Voilà donc confirmés, par un propre membre du gouvernement, les soupçons de l'opposition: à ce jour, ce dispositif anti-pauvreté n'est pas le moins du monde financé. Donc, pour dire les choses encore plus clairement: à ce stade, il ne s'agit que belles paroles. De la poudre aux yeux. De la com', en somme.

Encore bravo.

10/12/2012

Un front, urgent

L'ouverture ce matin d'une grande «Conférence nationale contre la pauvreté». A l'issue de laquelle, demain, le gouvernement présentera un plan d'action. L'autre jour, au Sénat, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, n'a pas tourné autour du pot. Le phénomène de pauvreté «perdure et s'est aggravé, ces dix dernières années», a-t-il reconnu, avant d'estimer qu'«il faut faire front, agir dans l'urgence». Selon un récent sondage (ici), les Français sont 11% à se considérer comme pauvres, et 37% à penser qu’ils sont en train de le devenir. Ce qui donne 48% de citoyens paupérisés ou craignant de l'être, ce n'est tout de même pas rien.

A Paris la semaine dernière, des associations de lutte contre la pauvreté ont fait un coup d'éclat: sur le Pont des Arts, qui enjambe la Seine. Déjouant la surveillance policière, sous l'oeil médusé des touristes et des badauds, elles y ont monté une trentaine de petites tentes de camping, similaires à celles qu'utilisent des SDF. «Il y a deux ans déjà, on était sur le Pont des Arts», s'est souvenu un responsable de la Fonction Abbé Pierre: «En deux ans, de l'eau a coulé sous les ponts. Mais, pour les plus démunis, la situation n'a pas changé».

En trois mois, en tout cas, rien n'a changé au 115: le numéro de téléphone gratuit mis à la disposition des SDF à la recherche d'un hébergement pour la nuit. Début septembre, déjà (relire), ce dispositif avait enregistré un taux de réponses positives assez médiocre. Depuis, cela ne s'est pas arrangé. Selon les dernières données (là), «le taux de réponses négatives pour absence de places disponibles a atteint 78%», carrément, en novembre.

Sur dix requêtes d'hébergement d'urgence, seules deux, donc, sont satisfaites. Il serait peut-être plus que temps, en effet, pour ce gouvernement, de commencer à «faire front».

26/11/2012

Une année de plus

Impossible d'aller dans un supermarché de Paris ce week-end, sans tomber sur les volontaires de la Banque alimentaire. Qui récoltaient des vivres pour les plus démunis. Et Dieu sait s'il y en a, dans la cinquième puissance économique mondiale: selon les dernières statistiques (relire ici): 14,1% de la population, et 440.000 pauvres de plus rien que l'an dernier.

Dans les rayons, on a pas mal hésité sur que donner. Puis, finalement, on a opté pour... du chocolat, des gâteaux, des bonbons, des friandises, et tout cela. Bref, le plus total superflu en termes alimentaires, et pas ce qu'il y a de meilleur d'un point de vue nutritionnel. Mais on s'est dit que c'était sans doute là dessus que les familles en difficultés n'avaient d'autre choix que de faire une croix. Et donc que quelques gosses seraient peut-être ravis de recevoir cela.

Des sucreries, donc. Données sans illusion ni enthousiasme excessifs. Car, le caritatif, on a toujours trouvé cela très louable en termes d'humanité et de générosité, mais politiquement assez nul voire vain, en termes d'efficacité. Cela peut même avoir pour effet pervers de faire perdurer les failles structurelles à l'origine de cet engagement humanitaire. Ainsi, pour rester dans ce cas de figure de la pauvreté, pourquoi les choses changeraient-elles, sur le fond? Puisque, année après année, les décideurs savent bien que, de toute manière, le secteur caritatif sera toujours là pour suppléer aux carences les plus visibles, éviter que les choses ne se détériorent irrémédiablement.

Pour preuve, c'est ce lundi que Les Restos du Coeur lancent leur campagne hivernale annuelle. Une de plus; c'est la 28ème consécutive. Ces cinq dernières années, le nombre de démunis poussant la porte de l'assoc fondée jadis par Coluche a crû de 30%. Pour culminer, l'an dernier, à ce plafond: 115 millions de repas distribués, à 870.000 personnes paupérisées.

Et l'on peut déjà parier sans crainte de perdre que 2012 sera une année de plus où Les Restos vont à nouveau battre tous leurs records. Une année de plus, avant probablement la suivante, la prochaine, et ainsi de suite – jusqu'à quand?

14/11/2012

Un hiver comme un autre

Sinon, en dehors des grands raouts médiatico-politiques sous les ors des palais de la République – 400 journalistes accrédités à la conférence de presse de François Hollande, hier – , dans la rue, l'hécatombe hivernale continue, dans une indifférence journalistique assez générale.

L'autre matin, dans notre onzième arrondissement, boulevard Richard Lenoir, un SDF a succombé. Victime d'un malaise, et n'ayant pu être réanimé par les pompiers. Agé de 62 ans, il vivait dans la rue depuis deux ans. Après avoir été expulsé de son logement pour impayés de loyers, eux-mêmes dus à des factures d'hôpital liées à de gros soucis de santé. Il avait quatre enfants. Et était prénommé Karamo.

Sa mort, quand les médias en ont parlé, n'a fait que quelques secondes à la TV et à la radio, quatre ou cinq lignes dans les journaux.

05/11/2012

Un jeu, de saison

Paris, Logement, Pauvreté, Social, PoliceDimanche soir agité, dans notre onzième arrondissement. C'est que, comme chaque hiver à Paris, se déroule à nouveau le jeu favori de la saison: celui du chat et de la souris.

Jeu qui oppose les militants contre le mal-logement aux forces de l'ordre: les premiers occupant des immeubles vides, les seconds les en délogeant. En ainsi de suite, jusqu'à l'année suivante. En attendant, sur le fond, rien ou pas grand-chose ne change: en dépit de l'alternance politique qu'a vécue au printemps le pays, il y a l'air d'avoir toujours autant, voire davantage, de miséreux dans Paris – dans le métro, par exemple, c'est assez effarant.

Hier, la partie s'est déroulée dans le quartier Charonne, qui jouxte Bastille. Une cinquantaine de mal-logés – dont 10 enfants –, réclamant un logement social, avaient investi et occupaient un immeuble vétuste et vide, voué à la démolition. Rejoints ensuite par des militants et sympathisants, les squatteurs ont grossi en nombre et en visibilité. Jusqu'à hier soir. Plusieurs escouades de CRS ont été envoyées sur place. Vers 23 heures, les policiers ont forcé l'entrée du squat. Ses occupants, réfugiés au deuxième étage, ont entamé un face-à face, tendu, avec les forces de l'ordre, scandant des «Non, non, non aux expulsions!» Vers minuit, l'immeuble a été entièrement évacué, et ses occupants embarqués manu militari au commissariat. Fin de la partie. Jusqu'à la prochaine fois.

31/10/2012

Un cache-misère

paris,luxe,social,pauvreté,femmes,etrangers,tourismeAprès les fins de mois difficiles qu'on évoquait hier, passons d'un extrême à l'autre, et évoquons aujourd'hui l'hôtellerie parisienne de grand luxe. Pour revenir sur ce conflit social qui agite le «Ritz» depuis un petit temps, dont on avait parlé le mois dernier (ici). Il porte sur les modalités d'indemnisation des travailleurs, pendant la fermeture (pour rénovation) du palace de la place Vendôme. Hier, la justice a tranché, et le syndicat CGT a été débouté.

Tant qu'on y est, signalons cet autre différend dont on n'avait pas encore eu l'occasion de parler, concernant lui aussi un hôtel parisien de luxe. Il s'agit cette fois du «Concorde Opéra»: un 4 étoiles situé non loin de la gare Saint-Lazare. Là, le climat est tel qu’il a donné lieu à une manifestation, tendue, des employés.

 

En cause, un incident ayant troublé la quiétude des lieux, cet été. Le jour de juillet où une jeune Ethiopienne de 24 ans, employée de maison d’une famille émiratie qui séjournait dans une suite de l'hôtel, a réussi à fausser compagnie à ses employeurs. Puis à les dénoncer à la police, comme des esclavagistes modernes (confiscation de son passeport, mauvais traitements, etc.). Ce fut notamment possible grâce à quatre membres du personnel de l'établissement, qui organisèrent cette opération de sauvetage. Mal leur en a pris. Selon la CGT (ici), ils ont ensuite été «sanctionnés» par leur direction, pour s'être mêlés d'un peu trop près de la vie privée de clients aussi fortunés. D'où la manifestation des membres du personnel devant l'hôtel, aux cris de «Non à l’esclavage, Non à la répression syndicale!»

 

La direction du «Concorde Opéra» a démenti tout «acharnement» envers les syndicalistes. Et a justifié le blâme qu'elle leur a infligé par le fait qu'ils n'avaient pas respecté la procédure interne: n'avaient pas averti leur direction avant d'appeler la police. Le litige pourrait se régler devant les juridictions du travail.

 

paris,luxe,social,pauvreté,femmes,etrangers,tourismeEn attendant, une des principales associations de lutte contre l'esclavage moderne a salué () l'action des employés du «Concorde Opéra». Et, de manière plus générale, a rappelé que l'information donnée par le personnel des palaces lui est «indispensable» pour pouvoir remplir sa mission d'aide aux victimes. Car «ce n'est pas la première fois que nous sommes avertis ainsi de situations d'esclavage domestique dans de grands hôtels» de la capitale française.

 

Comme quoi, à Paris aussi, parfois, le luxe et le raffinement peuvent servir de cache-misère, indigne, aux réalités les plus glauques.

04/10/2012

Un rappel si bienvenu

«Un campement de gens du voyage, en bordure de Paris: porte de Choisy». Ce sont les premiers mots de la journée qu'on a entendus: au radio-réveil, ce matin. Pas bien réveillé, on en a déduit qu'une fois de plus, un camp de Roms avait été évacué à l'aube par les autorités, en banlieue parisienne. Et bien non: pas du tout.

Cela rappelait ce que furent les conditions de vie d'un gamin, qui, néanmoins, devint un des plus grands noms de la musique française du siècle dernier.

Django Reinhardt, en l'occurrence. Qui, dans les années 20, après sa naissance à l’arrière de la roulotte familiale, dans la campagne belge, passa son enfance dans un bidonville de «La Zone», ainsi qu'étaient dénommés, à l'époque, les taudis squattant l'aire des anciennes fortifications de Paris, avant qu'on y construise le périph'. La (décidément épatante) Cité de la Musique consacre une expo à ce grand musicien. Outre qu'elle a l'air passionnante, elle tombe à merveille, se disait-on ce matin.

Car, honorer la mémoire de celui qui joua sur scène avec Duke Ellington ou Dizzy Gillespie, c'est rappeler aux Français, de manière si bienvenue, que la culture et le monde des gens du voyage, cela ne peut se résumer à l'image, si stigmatisante et dégradante, qu'en donne l'actualité dans ce pays, ces dernières années: la misère, la délinquance, la crasse.

10/09/2012

Une pénible collision

Paris, Banlieues, Logement, Pauvreté, Social, Luxe, Economie, GouvernementPénible collision d'actualités ce week-end en France, décidément. C'est ce qu'on s'est dit hier dimanche, pendant toute la journée, en bossant sur l'«affaire Arnault» – si vous avez vécu sur une autre planète, ces deux derniers jours: l'homme le plus riche de France, qui a demandé la nationalité belge et est accusé par ses détracteurs de vouloir s'exiler fiscalement dans le plat pays.

Collision de deux actualités qui n'ont pas le moindre rapport l'une avec l'autre, mais qui, survenant au même moment, ont de quoi gêner.

Côté pile, donc, l'extrême richesse. L'homme le plus fortuné de France et d'Europe, patron de l'empire du grand luxe LVMH. Son patrimoine personnel dépasse les 30 milliards d'euros. Soit, comparait le journal «Le Parisien» dimanche, «la moitié du budget de l'Education nationale, les recettes de l'impôt sur les sociétés en 2010, deux fois le déficit de la Sécurité sociale, le PIB de la Lituanie, ou deux fois celui du Portugal». L'extrême richesse, donc.

Côté face, l'extrême pauvreté. Cet incendie d'un immeuble d'habitations à Saint-Denis, dans la proche banlieue Nord de Paris, et dont le bilan, annoncé dimanche, est lourd: deux morts, quatre blessés graves, onze blessés légers, une cinquantaine de rescapés à reloger. Des scènes d'horreur: des gens se défenestrant pour échapper aux flammes. Un bâtiment qui était insalubre et reconnu comme tel depuis des années. Et dans lequel il n'avait ni l'eau, ni l'électricité. En 2012, donc, aux portes de Paris, capitale de la cinquième puissance économique mondiale, des gens vivent sans eau ni électricité. Selon la mairie, à Saint-Denis ces dix dernières années, une trentaine de personnes sont mortes à cause de leur habitat indigne: dans des incendies ou des fuites de gaz ayant dévasté leur logement. L'extrême pauvreté, donc.

L'extrême richesse, l'extrême pauvreté. La collision de deux actualités. Qui, on le répète, hormis leur simultanéité fortuite, n'ont rien à voir entre elles, et n'ont donc probablement pas à être mises en relation.

Mais qui, tout de même, en disent long, trouve-t-on. Sur une certaine cohabitation quotidienne, dans ce pays: entre deux extrêmes.

07/09/2012

Une capitale pas si pauvre que cela (?)

De plus en plus de pauvres en France, selon les dernières statistiques officielles, publiées ce vendredi. Avec 440.000 pauvres de plus en un an – dont de plus en plus de jeunes – , l'Hexagone affiche désormais un taux moyen de pauvreté de 14,1%.

On n'a pas du tout été étonné, en entendant ces chiffres au saut du lit, ce matin. En revanche, on a été plus surpris en tombant, cet été, sur une étude relative à la pauvreté dans les grandes villes françaises. Il en ressort que Paris est loin d'être la plus mal lotie en la matière. Ce n'est pas du tout l'impression qu'on en a, en y vivant quotidiennement. Comme quoi, le ressenti ne colle pas toujours forcément avec les statistiques.

A en croire donc cette étude, avec 169.900 ménages recensés comme vivant sous le seuil de pauvreté, la capitale française se situe dans la moyenne nationale (15% de taux de pauvreté). Proportionnellement, la misère est bien moins grande à Paris que dans d'innombrables métropoles d'outre-mer ainsi que dans plusieurs villes du Midi, du Nord et de l'Est du pays.

Pas sûr, toutefois, que cela consolera la multitude des miséreux de Paname.

 

PS: Au passage, notons que ces données confirment – mais était-ce bien nécessaire? – le caractère extrêmement dual, socialement, de la région parisienne. D'une part, plusieurs grosses communes de la proche banlieue de Paris (comme Saint-Denis, Sarcelles, Bondy, Montreuil ou Aulnay-sous-Bois) figurent dans le peloton de tête des villes les plus pauvres de France. Mais, d'autre part, dans les dix villes où l'on recense le moins grand nombre de ménages vivant sous le seuil de pauvreté, ... neuf sont situées en région parisienne: dans sa banlieue verte et aisée. Neuilly décrochant, bien sûr, la première place de ce podium national des villes cossues.

05/09/2012

Un dispositif à nouveau défaillant

A propos des familles contraintes de survivre dans la misère à Paris – ce dont on parlait hier –, il semble que les structures d'accueil n'aient de nouveau pas été à la hauteur du problème, ici ces dernières semaines. Pour preuve, ce cri d'alarme qu'ont lancé (ici) les intervenants sociaux, dernièrement: «L'hébergement et l’accueil des sans-abris s'est révélé une nouvelle fois défaillant cet été, plus encore qu’en hiver».

Concrètement, le numéro de téléphone 115, mis à la disposition des SDF, a très souvent sonné dans le vide. «Pris entre une demande qui ne cesse de croître et des moyens en berne (la plupart des places hivernales sont désormais fermées)», les écoutants du 115 n'ont répondu positivement «qu’une fois sur trois aux demandes d’hébergement». Selon le Secours catholique, parmi les demandeurs d'hébergement, ce sont les familles qui, en été, sont les plus nombreuses à solliciter le 115. Mais «les réponses pour les familles continuent de faire défaut», vu l'absence d'hébergements d'urgence disponibles. D'habitude, dans ces cas, l'on se rabat sur les hôtels de transit. Mais, cet été, «la baisse drastique des places d’hôtel depuis l’année dernière a conduit de nombreuses familles dans la rue».

En banlieue parisienne aussi, ces dysfonctionnements ont eu des conséquences humaines pénibles. Selon cette même association, «dans l’Essonne, une famille de quatre enfants s’est vu proposer par le 115 un hébergement pour le père dans le sud du département, et un autre dans le nord pour la mère et les enfants». Tandis que, dans le Val-de-Marne «dernièrement, une famille composée d’une femme enceinte, de son mari et de leurs deux enfants a été contrainte de passer plusieurs nuits dans leur voiture».

En la matière, donc, le changement, visiblement, ce n'est pas maintenant.

04/09/2012

Une indifférence générale

paris,social,pauvreté,médias,gouvernement,etrangersAu cours de cet été, donc – comme on l'écrivait hier, dans ce blog –, des sommes folles ont été dépensées dans les boutiques de Paris, par des touristes étrangers de passage ici. Dans le même temps, et à l'autre bout de l'échelle, est devenu de plus en plus visible le sort, lui très peu enviable, qui est celui d'autres visiteurs étrangers, dans la capitale.

On veut parler des Roms. En banlieue et en province, les démantèlement de camps, sur ordre du gouvernement, ont occupé l'actualité pendant tout l'été. En revanche, ni les médias, ni les autorités n'ont prêté la moindre attention à la multiplication des campements de fortune de ces immigrants, à Paris même. Depuis la mi-juillet, pourtant, la progression de cette misère, en plein coeur de la «Ville lumière», est particulièrement frappante. C'est notamment le cas dans notre onzième arrondissement. Alors que, jusqu'au printemps, seuls les alentours immédiats de la place de la Bastille étaient concernés.

Ainsi, à plusieurs endroits du boulevard Richard Lenoir, désormais, des familles entières, avec femmes et enfants (et même des bébés, a-t-on vu l'autre jour), squattent le trottoir. Y mendient. Y dorment sur des vieux matelas. Y cuisinent comme elles le peuvent. Y font sécher le linge lavé aux fontaines du coin. Y survivent, en somme.

Et ce, dans une indifférence parfaitement générale.

21/06/2012

Une première conséquence

Pour les Parisiens, c'est la première conséquence très concrète de l'alternance politique printanière au sommet de l'Etat. Le nouveau préfet de police de Paris vient de désavouer, assez spectaculairement, son prédécesseur: l'ancien préfet, qui était proche de Nicolas Sarkozy, et a été remercié par le nouveau pouvoir. Ce désaveu porte sur la manière dont les autorités gèrent la mendicité, dans la «Ville lumière».

En décembre (relire ici), l'ex-préfet de police avait étendu aux quartiers du Louvre et des grands magasins (Haussmann-Caumartin) l'arrêté qui, depuis plusieurs mois, interdisait toute mendicité sur les Champs-Elysées. La mesure avait fait soupirer la mairie de Paris et les associations. Qui y voyaient du pur affichage politique, dénué de la moindre efficacité pour réduire la misère. Six mois plus tard, virage à 180 degrés de la préfecture: le nouveau préfet vient de décider de ne pas reconduire ces arrêtés anti-mendicité. Ses services vont d'abord se livrer à un «bilan très approfondi» de leur efficacité, puis prendront une décision «en fonction de l'évolution de la situation sur le terrain». A la mairie de Paris, on est ravi (ici): avec ce genre de mesures, selon elle, «la mendicité se déplaçait plutôt qu'elle ne se résorbait».

Evidemment, la mise au frigo de ces arrêtés anti-mendiants ne réduira en rien le nombre de pauvres, dans Paris. Mais, qui sait, les autorités auront-elles à l'avenir moins tendance à se contenter de repousser cette misère chaque fois un peu plus loin des lieux-phares de la capitale, dans l'espoir de créer l'illusion qu'elle n'existe pas.

Sans doute est-ce déjà cela.

10/02/2012

Une façon de voir les choses

Huit morts en France, depuis le début de la vague de froid. Soit, en gros, un décès par jour. A Paris y compris, parmi les sans-abri: parmi notamment ceux qui vivent à l'année dans le Bois de Vincennes.

Huit morts, tout de même. C'est ce qu'on s'est dit ce matin, en prenant connaissance de ce macabre décompte. Huit morts, seulement. C'est ce que ne cessent d'insinuer les médias français ces derniers temps. Radios et télés surtout passent en boucle le bilan bien bien plus grave déploré dans d'autres pays: plusieurs dizaines de morts en Italie, plusieurs centaines en ex-Europe de l'Est, etc.

Huit morts de froid seulement, donc, en France. C'est une façon de voir les choses. A laquelle, décidément, un hiver après l'autre, on ne s'habitue pas.

03/02/2012

Un vrai scandale

paris,logement,social,vie privée,santé,pauvreté,informatiqueLocataire «alcoolique», qui «n'est pas de nationalité française», ou est «ancien SDF addiction boisson». Habitant «séropositif», «cancer», «personne cardiaque», «sous chimiothérapie», ou «alzeimer aveugle». «Fils cancer Mme malade des poumons», ou «violence conjugale». «Personne très difficile à vivre de tempérament agressif et violent très procédurier», «dépression hôpital psychiatrique», «maladie de parkinson», ou «cancer des intestins opération du cerveau».

Telles sont quelques-unes parmi les innombrables mentions concernant la vie privée des habitants des HLM de la ville de Paris, qui figurent dans le système informatique de l'organisme gérant ces logements sociaux: «Paris Habitat». L'existence de ce gigantesque fichage a été révélée hier par la Commission de l'informatique et des libertés (CNIL): l'organisme qui veille à la compatibilité entre les fichiers électroniques et le respect de la vie privée. Toutes ces informations avaient été collectées par les gardiens d'immeubles de ces HLM, puis illégalement rassemblées et stockées dans les fichiers informatiques de «Paris Habitat». Des associations de locataires, indignées, ont saisi la CNIL. Hier, dans une démarche exceptionnelle (ici), vu la gravité des faits, cet organisme a publiquement mis l'Office des HLM en demeure de détruire ce fichier dans les deux mois, sous peine de poursuites judiciaires.

Dans les médias hier, les dirigeants de cette société ont paru à peine gênés. On a même entendu des propos du genre, en substance: les gardiens d'immeubles ayant commis ce flicage ne pensaient pas à mal, c'était pour mieux connaître et donc mieux venir en aide à ces locataires, etc.

paris,logement,social,vie privée,santé,pauvreté,informatiqueUn tel scandale, dans n'importe quelle autre grande capitale internationale, entraînerait probablement le limogeage sur le champ du patron de l'Office des HLM, et des excuses publiques du maire en personne. A Paris: rien. Aux dernières nouvelles, la hiérarchie de «Paris Habitat» est toujours en place. Et Bertrand Delanoë, pourtant habituellement si prompt à communiquer, ne s'est même pas exprimé sur le sujet.

Encore bravo.

02/02/2012

Une indignité, ou l'autre

0 degré à peine, ce matin, à Paris. Et vers les -10°, cette nuit. ¨La nuit dernière pourtant, comme les précédentes et comme les suivantes, en plein coeur de ce qu'il est convenu d'appeler la «Ville lumière», des gens ont passé la nuit dans un mobil-home, une caravane ou une voiture. On les entendait ce matin, sur une radio. Ils (et elles) avaient dormi sur l'immense parking qui fait face au Château de Vincennes. Au micro, certains avouaient n'avoir cessé de grelotter. D'autres, en revanche, ne s'apitoyaient pas sur leur sort. Disaient que «non, non, ça va: pas de problème!» Plaisantaient, même. A entendre leur bonne humeur matinale, malgré une nuit pareille, on hésitait entre l'effarement et l'admiration.

En France, entre 70.000 et 120.000 personnes habitent sous tente ou en mobil-home: résident au camping à l'année, leurs moyens ne leur donnant pas accès au marché de l'immobilier. Théoriquement, c'est interdit par la loi. Pratiquement, c'est toléré. Parmi ces campeurs malgré eux, pas mal de vieux ne touchant que de petites retraites, et pas mal d'étudiants. A la mi-novembre, l'Assemblée nationale a voté en première lecture une proposition de loi (ici) visant à «mieux encadrer» le secteur des «habitats légers de loisirs» et de «l'hébergement de plein air». Le député (UMP) à son origine invoquait notamment la nécessité d'«éviter les bidonvilles» et de «responsabiliser» les maires sur la question du logement. De facto, avec pareil texte devenu loi, ces dizaines milliers de campeurs à l'année devraient déménager. Direction la rue, donc. Les associations, du coup, s'étaient mobilisées. Avec succès: il y a quelques jours, ledit député a promis de modifier son texte quand il reviendrait à l'Assemblée. Cette centaine de milliers de campeurs malgré eux n'iront donc pas grossir les rangs de la centaine de milliers de SDF qu'on dénombre déjà (au minimum) en France.

Ce matin, en entendant nos campeurs de Vincennes témoigner à la radio, on s'interrogeait. Sous prétexte qu'a été évitée une indignité (les jeter à la rue), est-on prié, ou non, d'en accepter une autre (être obligé de dormir dans sa voiture, en plein Paris)?

06/12/2011

Une impression d'embarras

Cachez ce mendiant roumain que je ne saurais voir. C'est ce que dirait sans doute Tartuffe s'il était un homme politique français contemporain.

Hier, la préfecture de police de Paris a étendu aux quartiers du Louvre et des grands magasins (Haussmann-Caumartin) l'arrêté qui, depuis trois mois, interdit toute mendicité sur les Champs-Elysées. Selon elle, ce dernier arrêté a déjà permis «plus de 300 contraventions», les contrevenants étant «pour la quasi-totalité, de nationalité roumaine». Hier toujours, une fois de plus, le maire de Paris a protesté. Pour Bertrand Delanoë, «combattre la pauvreté par l'amende et la répression est choquant au moment même où l'Etat ne remplit ses obligations, ni en termes de mise à l'abri des mineurs isolés, ni en matière d'hébergement d'urgence». Et cela traduit «une priorisation contestable de l'action des forces de police» au moment notamment où, dans la capitale, «les cambriolages croissent fortement». A ses yeux, cette lutte contre la mendicité n'est donc qu'une «opération de communication visant à stigmatiser une catégorie de la population, étrangère et démunie».

Plus intéressante, car plus neuve, est l'impression d'embarras qui transparaît désormais de cet éternel débat sur la mendicité roumaine. Comme, si, de part et d'autre, on ne voulait tout de même pas trop en faire sur le sujet.

Ainsi, ce matin sur le site web de la mairie de Paris, la réaction du maire ne figurait pas en page d'accueil: elle était reléguée à une page moins visible. Et, sur le site de la préfecture, on ne trouvait carrément nulle trace de ce nouvel arrêté anti-mendicité – en revanche, on pouvait tout savoir sur la participation de l'unité équestre de la préfecture au Salon du cheval, en cours au Parc des Expositions...

Dans la même veine, les autorités, préfectorales comme gouvernementales, ont accueilli avec une grande discrétion la sanction que la justice administrative, dernièrement, a infligée à une mairie ayant pris une mesure du même acabit: Nogent-sur-Marne, ville aisée contigüe à Paris, qui fit pas mal de bruit en interdisant la fouille des poubelles. Cet arrêté a été suspendu, à la suite d'un recours de la Ligue des droits de l'homme. Raisonnement du tribunal administratif? Par définition, l'espace public est public: il appartient donc à tout le monde. Dès lors, les mendiants y compris sont en droit d'«utiliser librement le domaine public, de surcroît durant la période hivernale». Conclusion de l'association: «Il convient que les maires comprennent que faire disparaître les pauvres de l'espace public est non seulement injuste, mais aussi illégal».

Visiblement, on ne partage pas cet avis à la préfecture de police de Paris.