14/06/2013
Une distinction parfaitement méritée
On avait débuté la semaine par un Prix, celui de l'humour en politique. On l'achève, pareillement, par une distinction, mais elle pas du tout drôle. En effet, il s'agit du palmarès 2013 des «Y'a bon awards». Ils récompensent les personnalités ayant tenu les propos alimentant le mieux les clichés discriminants et racistes – tout comme le slogan publicitaire «Y'a bon banania» exploitait l'imagerie dénigrante du brave Africain souriant, du bon vieux temps des colonies.
Plutôt que de s'appesantir sur tous ces tristes sires désormais dûment couronnés ou sur leurs propos pénibles, on s'en tiendra au seul président de l'UMP, Jean-François Copé. Qui, bien sûr, fait partie des lauréats, pour sa mémorable anecdote dite du pain au chocolat, qui anima la dernière campagne électorale présidentielle. Textuellement: «Il est des quartiers où je peux comprendre l’exaspération de certains de nos compatriotes pères et mères de famille rentrant du travail le soir, et apprenant que leurs fils s’est fait arracher son pain au chocolat à la sortie du collège: par des voyous qui lui expliquent qu’on ne mange pas pendant le ramadan».
A la suite de ses propos, le tribun sarkozyste assura en boucle que, non non, bien sûr, il n'était nullement islamophobe: s'était juste borné à faire état d'un témoignage qu'il aurait reçu d'un Français moyen, à qui serait survenue pareille mésaventure chocolatière.
On imagine bien, cependant, le tollé – autrement plus fort – que cela aurait provoqué, si, par hypothèse, dans cette fameuse phrase, le terme "ramadan" avait été remplacé par les mots "shabbat" ou "carême".
Encore bravo.
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10/06/2013
Une sortie assez mémorable
Un peu de légèreté, pour bien commencer la semaine. Vient d'être dévoilée la troisième sélection de l'année des petites phrases nominées pour l'édition 2013 du «Prix Humour et politique» – distinction à laquelle on fait écho à peu près chaque année: relire par exemple ici, là ou là.
Du coup, voilà un peu relevé le niveau du millésime, qui, jusqu'à présent, ne volait pas très haut, trouve-t-on. En effet sont moins dans le registre désopilant que grinçant, voire dénigrant, les nominés tels Bernadette Chirac («Rendez-vous compte: dans ma famille, ils ont tous voté Hollande. Sauf Jacques; mais il ne le sait pas»), ou l'ex-ministre et très anti-mariage gay Gérard Longuet («Hollande est pour le mariage pour tous…. Sauf pour lui!»).
La livraison du dernier trimestre, en revanche, est un peu plus drôle. Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a toutes les chances de figurer au palmarès. Lui qui, en réponse à la «part d'ombre» confessée par son ministre déchu Jérôme Cahuzac, après son aveu d'évasion fiscale, eut cette sortie assez mémorable: «Moi, ma part d’ombre, c’est mon combi Volkswagen». On trouve pas mal aussi la sortie vacharde du sénateur Charles Pasqua, à propos de l’activité de l'ex-ministre Michèle Alliot-Marie: «Elle ne fait rien; mais elle le fait avec ténacité».
Le palmarès, le 24 juin prochain.
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04/06/2013
Un salmigondis, comique
C'était assez comique. L'autre jour, à la télé, le polémiste Eric Zemmour et le philosophe Alain Finkielkraut ont donné l'impression de se livrer à un grand concours d'indignation. Tous deux étant visiblement très aigris de l'entrée en vigueur du «mariage pour tous». A ce petit jeu, c'est le deuxième qui l'a largement emporté, dans le registre de la virulence involontairement comique. Il a gratifié le téléspectateur d'un salmigondis qui, trouve-t-on, était vraiment cocasse. Et en disait long, sur l'état d'une certaine pensée néo-conservatrice française: complètement à la ramasse.
Ainsi, entre deux, trois énervements sur le Festival de Cannes, le rap, et «cette gauche divine» qui, «par son arrogance», aurait «tué le débat» sur la famille, Alain Finkielkraut s'est lancé dans une tirade échevelée (visible notamment ici). Fustigeant «la propagande» à laquelle, «depuis des semaines et des semaines», la France, selon lui, est soumise, il a asséné sa conviction que «ce pays n'est pas réductible à l'alliance du show-biz et des banlieues. C'est autre chose, et cette autre chose, c'est nous! C'est ce qu'ont voulu montrer les manifestants anti-mariage pour tous!»
Sans doute Frigide Barjot elle-même ne réclamait-elle pas une telle défense, aussi obscure et confuse, de ses thèses.
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31/05/2013
Une prédiction hasardeuse
Un peu d'humour, pour bien terminer la semaine. D'humour présidentiel, même. Puisque, en ce moment, François Hollande mérite plus que jamais son surnom de «M. Petites Blagues».
Et la météo semble beaucoup inspirer le Président. «Il pleut tout le temps, depuis un an!», a-t-il ironisé, cette semaine. C'est vrai que, depuis ce jour d'investiture de la mi-mai 2012 où le successeur de Nicolas Sarkozy descendit les Champs-Elysées sous des trombes d'eau, on a un peu l'impression que le beau temps a quitté la France. «Gouverner, c'est pleuvoir!», a philosophé, dans la foulée, François Hollande – réinventant à sa manière la maxime «Gouverner, c'est prévoir».
«Vous allez voir: cela va se lever», a-t-il ensuite assuré, poursuivant sa métaphore politico-météorologique. Mais peut-être le chef de l'Etat s'est-il avancé un peu vite, avec une telle prédiction. Cette semaine, en effet, plusieurs prévisionnistes ont, eux, déprimé encore un peu plus les Français: en leur signalant que, statistiquement, après un hiver aussi long et un printemps aussi pourri, il y avait des chances que l'été, à son tour, soit exceptionnellement humide et frais.
Cela promet.
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29/05/2013
Une désastreuse image
Hier soir, à un JT de 20 heures. Un sujet sur Marine Le Pen, et plus spécialement sur son influence et audience qui seraient grandissantes, en France.
Le sujet illustre ce postulat notamment en montrant la n°1 du Front national dans les coulisses d'une chaîne de télé. Avant son passage à l'antenne: en train d'y converser très aimablement avec son intervieweur – une des vedettes du journalisme politique parisien – , en le tutoyant.
Aucune surprise de notre part, à la vue de ces images: cela fait plusieurs années déjà que l'on a pu constater que le duo se tutoie – et même se fait la bise, pour se saluer. Aucune surprise, mais néanmoins un léger frisson, à l'idée de l'effet potentiellement dévastateur de ces bruits et images de couloir, auprès du grand public.
Des anecdotes de cet acabit risquent évidemment de le renforcer encore un peu plus dans sa conviction/sensation de l'existence d'une caste politico-médiatique, à la tête du pays. Une sorte d'élite fonctionnant au copinage voire à la consanguinité, si loin des préoccupations des gens.
11:18 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journalismes, médias, télévisions, personnalités, le pen
28/05/2013
Un rappel, bienvenu
«Les mots ont un sens». C'est le rappel, utile, qu'a fait François Hollande, hier. A l'adresse des plus excités des anti-mariage gay. Ceux qui manifestent en scandant des slogans hostiles à un Président «dictateur» qui se trouverait à la tête d'un Etat «fasciste», ceux qui tabassent des «journalistes collabos», ceux qui se targuent d'incarner une «Résistance».
«La Résistance, c'était par rapport au nazisme, à l'Occupation. La collaboration, c'était des Français qui étaient avec l'occupant. Et le fascisme, le nazisme, la dictature, c'était une époque qui heureusement est révolue», a rappelé François Hollande. Qui a condamné cette «utilisation des mots de la seconde guerre mondiale et du nazisme à des fins qui n'ont rien à voir avec ce qu'ils ont exprimé», à l'origine.
Encore plus clairement, l'hôte de l'Elysée aurait pu dire que récupérer un tel lexique, réservé à une période historique aussi lourde, n'est pas seulement grotesque. C'est aussi indigne. Car cela insulte les souffrances qu'endurèrent les victimes, à l'époque.
La gauche, cela dit, a peu de leçons à donner à la droite, en la matière. Elle qui, sous Nicolas Sarkozy, qualifiait de «rafles» les opérations policières menées contre les étrangers sans-papiers. Certes, bien souvent, ces coups de filet se déroulaient dans des conditions choquantes. Quand, par exemple, des clandestins étaient arrêtés alors que, affamés, ils faisaient la queue pour la soupe populaire, ou quand ils attendaient leurs enfants à la sortie de l'école, ou étaient en train de se faire soigner dans un dispensaire. Il n'empêche, parler de «rafles», avec l'épouvantable passé que ce terme véhicule (les rafles de Juifs, la rafle du Vel d'Hiv, etc.), n'était pas plus admissible que de prétendre aujourd'hui incarner une «Résistance».
Les mots ont un sens.
11:15 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, société, personnalités, hollande, etrangers
14/05/2013
Une appréciation ahurissante
Tant pis pour les amateurs de foot – les vrais: pas les hooligans. Ce matin, le ministre de l'Intérieur a ordonné l'annulation de la cérémonie qui devait avoir lieu ce soir, place de l'Hôtel de ville. Au cours de laquelle devait être présenté au public le trophée de champion de France remporté dimanche par le club de foot de la capitale, le PSG. En cause, les très gros débordements et incidents ayant eu lieu hier soir sur la place du Trocadéro et ses alentours, à l'occasion de réjouissances consacrées, déjà, à ce titre de champion.
Des abribus en miettes. Des vitrines de magasins en mille morceaux. Du mobilier urbain saccagé. Des poubelles et des voitures incendiées. Des touristes étrangers rançonnés dans leur car pris d'assaut par les voyous. Un fast-food dont le stock de burgers a été pillé. Et on en passe. Tel est le bilan d'une soirée qui était censée festive.
«Il y a eu quelques imbéciles qui ont failli troubler la fête, mais celle-ci n'est pas gâchée. Tout s'est bien passé. Les débordements ont été contenus». C'est la déclaration, proprement ahurissante, qu'a faite le maire de Paris, Bertrand Delanoë, hier soir.
Tous ces dégâts, une trentaine de personnes blessées, et une quarantaine de casseurs interpellés, mais, à part cela donc, «les débordements ont été contenus». On n'ose imaginer l'état du quartier du Trocadéro ce matin, si le maire avait jugé que tel n'avait pas été le cas.
11:12 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sécurité, sport, police, personnalités, delanoë
13/05/2013
Une cohérence qui ne saute pas aux yeux
Puisque, dans la dernière note, on évoquait les mots qui fâchent, revenons sur ce dont on avait parlé l'autre jour (là): cette double tentative de renommer une rue de Paris. En l'honneur soit (version droite UMP) de la «Dame de Fer» Maggie Thatcher, soit (version Front de gauche) de son opposant républicain irlandais Bobby Sands. Un boulevard Maggie? Un square Bobby? Finalement, la majorité socialiste a tranché: ce ne sera... ni l'un, ni l'autre. En effet, selon la mairie, ce faire aurait été «utiliser les décès des uns et des autres à des fins politiques», dixit l'adjoint du maire, Bertrand Delanoë, chargé des questions internationales.
Pas de noms de personnalités politiques étrangères pour les rues de la Ville lumière? C'est la deuxième fois que la mairie ressort l'argument. Elle l'avait déjà fait en 2010, quand elle avait refusé qu'un lieu de la capitale honore la mémoire du Palestinien Yasser Arafat.
On ne peut pas dire que la cohérence du raisonnement saute aux yeux.
De longue date, Paris a une avenue Président Kennedy, dans le seizième arrondissement. Une avenue Franklin Roosevelt, près des Champs. Une avenue Président Wilson, à Iéna. Ou une avenue Winston Churchill, près du Grand Palais. En dehors du monde anglo-saxon, le libérateur vénézuélien Simon Bolivar et le révolutionnaire cubain José Marti ont respectivement nommé une place et une rue de la capitale. Il y a un jardin Yitzhak Rabin dans le parc de Bercy. Bertrand Delanoë lui-même, en 2010, inaugura une promenade Ben Gourion, le fondateur d'Israël, sur les quais de Seine. Et, quatre ans plus tôt, s'agissant d'une autre personnalité politiquement très controversée, il avait donné le nom de l'ex-pape Jean-Paul II au parvis de la cathédrale Notre-Dame. A l'époque, d'ailleurs, l'initiative avait suscité un gros chahut.
En revanche, il n'y aura donc pas de polémiques ou de manifs pour ou contre une esplanade Maggie Thatcher ou une allée Bobby Sands. A un an des prochaines élections municipales (il est prévu qu'elles se tiennent au printemps 2014), surtout ne se mettre personne à dos. Ne pas faire de vagues, en somme.
11:19 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, personnalités, histoire, international, delanoë
08/05/2013
Un soleil moins brûlant
Ils ont bien changé, en un an: les slogans à caractère politique, peinturlurés sur les murs du quartier Bastille, dans notre onzième arrondissement parisien. C'est ce qu'on s'est dit, l'autre matin. En tombant nez à nez sur un énorme «LARMES A GAUCHE», écrit en lettres capitales. En mai 2012, en revanche, sur les murs de Paname, on ne lisait guère que des odes au nouveau Président.
A dire vrai, on a été tout sauf étonné en tombant sur ces larmes de peinture. L'un après l'autre, ces derniers jours, les instituts de sondage ont tous et parfaitement confirmé, si besoin en était, l'extraordinaire dégringolade de la popularité de l'hôte de l'Elysée et de sa politique, y compris au sein de l'électorat qui, il y a un an, l'avait supporté.
Des exemples? Selon la Sofres (là), sont mécontents du bilan de François Hollande 56% des électeurs ayant voté pour lui en avril 2012, au premier tour de la présidentielle. Et 70% de ceux qui l'ont choisi au second tour, en mai. Ce que confirme, globalement, l'institut CSA (là). Qui note une «démobilisation sensible de l’électorat de gauche, et plus particulièrement de celui ayant apporté ses suffrages à François Hollande. Seuls 59% des personnes ayant voté pour lui au premier tour de l’élection présidentielle en 2012 voteraient à nouveau pour lui».
Des exemples, encore? A en croire l'Ifop (ici), un an plus tard, 36% des électeurs de gauche n'approuvent pas l’action du Président. Enfin, selon Ipsos (là), «François Hollande bascule dans l’impopularité, même dans son propre camp: seulement 47% des sympathisants de gauche (-6 points par rapport à avril, -12 points en deux mois) lui accordent leur confiance, contre une majorité relative de 49% (+6 points) qui ne le font pas. Auprès des sympathisants PS, c’est à peine mieux : il recueille 58% d’avis favorables (en baisse également, de 5 points), contre 39% de mauvaises opinions».
Comme dit la célèbre vieille chanson française, en plus particulièrement de circonstance en ce mercredi parisien si nuageux: «Oh! je voudrais tant que tu te souviennes/ Des jours heureux où nous étions amis./ En ce temps-là la vie était plus belle, /Et le soleil plus brûlant qu'aujourd'hui».
12:33 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : personnalités, hollande, parti socialiste
03/05/2013
Une goutte d'eau dans la mer
On vit bien, décidément, à l'Elysée. Puisque, dans la cave à vins du palais présidentiel français, figurent des bouteilles dont la valeur souvent dépasse celle d'un salaire minimum – ainsi, ce Petrus de 1990 évalué à 2 200 €.
Si l'on peut se faire une idée de la richesse du patrimoine oenologique de l'Elysée, c'est parce que François Hollande a décidé de mettre en vente aux enchères (ici) une partie de la cave présidentielle: 1200 bouteilles, soit un dixième de la collection élyséenne. Cette vente, qui a été annoncée cette semaine, permettra le renouvellement de la cave, et en l'occurrence le réinvestissement «dans des vins plus modestes». Ce qui restera du produit des enchères «sera reversé au budget de l'État».
C'est sans doute de bonne guerre, en ces temps d'austérité budgétaire extrême.
Mais c'est peu dire que les quelques milliers ou dizaines de milliers d'euros qui retourneront ainsi dans les caisses de la Nation n'y pèseront que de peu de poids, face à l'ampleur de son déficit actuel (pour rappel: 87,2 milliards d'euros, en 2012). Une goutte d'eau – et non de grand cru, pour le coup –, dérisoire somme toute, dans la mer déficitaire budgétaire.
11:30 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : institutions, gastronomie, luxe, art de vivre, personnalités, economie, hollande
02/05/2013
Un «honneur livré aux chiens»
D'un Premier ministre à l'autre. Mais, là, de façon pas du tout légère, à l'inverse de la précédente note sur Jean-Marc Ayrault. Puisque, hier soir, à 22h15 très exactement, la France a commémoré les 20 ans de la disparition de Pierre Bérégovoy: le 1er mai 1993.
Au-delà des thèses complotistes qui ont toujours circulé, mais n'ont jamais été avérées, la version officielle veut que l'ex-chef du gouvernement ait succombé lors de son transfert en hélicoptère à l'hôpital militaire parisien du Val de Grâce. Après s'être suicidé d'une balle en pleine tête, tirée avec l'arme de service du policier chargé de sa sécurité. Pour les lecteurs les plus jeunes, à l'époque, ce suicide avait traumatisé le pays. Et avait inspiré au Président Mitterrand une épitaphe mémorable: «Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu'on ait pu livrer aux chiens l'honneur d'un homme et finalement sa vie». Visés: ceux qui mettaient en doute la probité de l'ex-Premier ministre, sur base de la révélation du «Canard Enchaîné» selon laquelle il avait bénéficié d'un prêt sans intérêt (mais déclaré chez un notaire) de la part d'un proche du chef de l'Etat.
Vingt ans plus tard, l'examen de conscience à propos de ce drame se poursuit visiblement, dans la propre famille politique de Pierre Bérégovoy. Témoin, cet aveu de l'ex-ministre Jack Lang, hier sur une télé: «Le comportement de la plupart des socialistes à ce moment-là, à l'égard de Pierre Bérégovoy, n'a pas été à la hauteur».
C'est, vraiment, le moins que l'on puisse dire.
A l'époque, nul n'ignorait que l'intéressé était très dépressif. Officiellement, parce que son affaire de prêt le minait, et parce que ce scandale avait contribué à infliger une Bérézina historique au PS, aux élections législatives du printemps 1993: moins de 60 sièges à l'Assemblée (qui en compte 577). En son for intérieur, Pierre Bérégovoy était aussi extrêmement affecté par l'attitude de ses «camarades» à son égard. Les hiérarques socialistes le fuyaient, gênés par le scandale et/ou rendus furieux par la déroute électorale. Du jour au lendemain au sein de son parti, et y compris auprès de ceux qu'il croyait être ses amis, Pierre Bérégovoy avait dégringolé du statut de chef de la majorité à celui de pestiféré.
Peu de temps avant sa mort, d'ailleurs, si l'on en croit certains mémorialistes de la Vème République, l'ex-Premier ministre tenta à plusieurs reprises d'avoir François Mitterrand au téléphone. En vain. Jamais le Président ne prit ses appels, ni ne les lui retourna.
11:17 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, parti socialiste, personnalités, mitterrand, lang, presse, médias
30/04/2013
Une métaphore?
Coïncidence piquante. Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault (comme le Président François Hollande) se trouve en ce moment dans le fond du trou de l'impopularité. Avec, en gros, à peine un Français sur quatre lui faisant confiance et/ou appréciant son action à la tête du gouvernement. Lundi, du coup, l'intéressé s'est offert un bon bol d'air, au sommet.
«Avec enthousiasme», il s'est rendu dans les montagnes de l'Ariège, en région Midi-Pyrénées. Et ce Nantais y a confessé que, pour lui, «homme qui vient de la mer, la montagne a toujours représenté quelque chose de magique». Après avoir loué «les valeurs immémoriales des montagnards», parmi lesquelles il a rangé «la persévérance et le sens de l’effort», il a conclu en disant sa «hâte de revenir» dans ces sommets enneigés.
L'histoire ne dit pas si, dans un coin de sa tête, lorsqu'il tenait ces propos, le Premier ministre pensait aussi à ces sommets sondagiers desquels il a dégringolé depuis si longtemps, lui qui n'est même pas à Matignon depuis un an.
10:49 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : personnalités, gouvernement, ayrault
24/04/2013
Un nouveau surnom
Cinq. Ils sont donc cinq, les députés qui, hier après-midi, ont appuyé sur le mauvais bouton, au moment du vote du projet de loi sur le «mariage gay». Pour la postérité, il s'agit de Marcel Bonnot, Luc Chatel, Alain Chrétien, Marianne Dubois et Henri Guaino. Ils auraient voulu voter non; ils ont voté oui. Les erreurs de scrutin parlementaire ne sont pas rares, en France comme dans d'autres pays. C'est dû au fait que, si le moment du vote est annoncé longuement à l'avance (par une sonnerie retentissant dans toute l'Assemblée nationale, actionnée par le président de séance), l'opération de vote proprement dite, elle, est très rapide. Comme le règlement de l'hémicycle permet que l'on vote, outre pour soi, au nom d'un collègue absent, pendant les quelques secondes, pas plus, que dure le scrutin, certains – et pas seulement des députés de droite, bien sûr – s'emmêlent les pinceaux: appuient sur le mauvais bouton.
Le plus cocasse est que, parmi ces étourdis, ait figuré Henri Guaino: l'ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy à l'Elysée. En effet, il est est un des plus virulents contempteurs du «mariage pour tous». Parce que ce serait trop long, on s'abstiendra d'énumérer ici ses innombrables diatribes contre une réforme qui, si on l'a bien compris, va à peu près précipiter la civilisation entière vers le cataclysme terminal.
Hier, le net et les réseaux sociaux ont, évidemment, beaucoup ri de la mésaventure électorale électronique survenue à Henri Guaino. A qui, moins d'une heure après le vote fatidique, ils ont trouvé un nouveau surnom: Henri Gayyes. Gai-no, Gay-yes.
Sans doute l'intéressé ne l'a-t-il pas volé.
11:09 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : institutions, société, personnalités, internet
18/04/2013
Un activisme, assez primaire
François Hollande à l'aéroport de Roissy ce matin, pour inspecter le dispositif de vigilance anti-terroriste. Une «visite programmée depuis longtemps», a assuré le chef de l'Etat. Mais un déplacement que n'avait pas annoncé l'hôte de Elysée. Par peur de s'y faire huer?
Les membres de l'exécutif, ces derniers temps, communiquent moins en amont qu'avant, sur leurs déplacements. Selon certains, c'est par peur d'être la cible des actions d'un collectif anti-«mariage gay» formé début avril et explicitement dédié au chahut de visites ministérielles. «Huons nos ministres», c'est son nom. «Ils veulent nos voix: ils auront nos huées!», c'est son slogan. Sur la page d'accueil de son site web, une photo qui en dit long sur ce qui, pour ces activistes, doit représenter la quintessence de l'action politique: l'enfarinage de François Hollande, par une déséquilibrée. C'était à Paris le 1er février 2012, alors que celui qui n'était que candidat à la présidentielle assistait à une manifestation, porte de Versailles.
Les huées et les jets d'oeufs. Comme l'insulte (relire ici, par exemple), c'est tout de même le degré zéro de l'expression politique. On peut remarquer que, nulle part sur leur site, ces activistes n'annoncent clairement la couleur: ne précisent qui ils sont, d'où ils viennent, et quelles sont leurs accointances politiques. Remarquer aussi que, à ce stade en tout cas, leur popularité sur la toile est limitée: seulement 744 «j'aime», et 2342 «personnes (qui) en parlent».
Ce qui est assez peu: dans un pays de plus de 60 millions d'habitants décrit par les anti-«mariage gay» comme étant entré en rébellion contre cette réforme sociétale.
11:09 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : activisme, gouvernement, personnalités, société
17/04/2013
Une étourderie ministérielle
1,4 million. C'est le Premier ministre Jean-Marc Ayrault lui-même qui a donné le chiffre, sur une radio ce matin. Les pages du site web du gouvernement où est mis à nu le patrimoine des ministres – ce qu'on évoquait hier – ont accueilli 1,4 million de visiteurs, en 24 heures. Une telle affluence d'internautes sur un site web officiel, c'est du jamais vu dans les annales. Chacun jugera si est naturelle ou malsaine, cette curiosité du grand public pour le contenu du portefeuille de ses hauts dirigeants.
L'opération, en tout cas, a permis au moins de mettre au jour l'une ou l'autre curiosité. Ainsi, deux ministres du gouvernement – qu'on aura la charité de ne pas nommer – sont en infraction avec la loi. Et c'est l'étalage de leur patrimoine qui a permis de le constater.
En effet, ces éminences ont chacune deux livrets A, détenus dans deux établissements bancaires différents. Or, s'agissant de ces livrets d'épargne réglementés, de tels doublons sont désormais strictement interdits – c'est expliqué par exemple ici. Dès lors, si on leur applique la loi, ces ministres étourdis devraient être sanctionnés: se voir infliger une amende fiscale égale à 2% de l'encours du livret surnuméraire. Voire, en cas de fraude aggravée (des doublons de plusieurs produits d'épargne réglementés), être contraints de rembourser tous les intérêts indument accumulés.
Le montant du manque à gagner que cette rectification représenterait pour ces deux membres du gouvernement serait ensuite, bien sûr, défalqué de leur déclaration de patrimoine...
11:27 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gouvernement, personnalités, economie, communication, internet
15/04/2013
Un ascenseur social
On n'est pas encore au stade où un ancien chauffeur de bus devient chef de l'Etat, comme au Vénézuela. Il n'empêche, c'est un bel exemple de réussite. Qui montre que, parfois en France, il fonctionne tout de même encore bien, cet ascenseur social que l'on décrit depuis des lustres comme étant irrémédiablement en panne.
Ce lundi, Le Louvre voit son nouveau président entrer en fonctions. Et celui qui va diriger le plus grand musée du monde et gérer les 2200 membres de son personnel est un fils d'immigrés espagnols né il y a 49 ans dans un milieu très modeste. La mère de Jean-Luc Martinez, c'est son nom, était concierge d'immeuble, et son père facteur à La Poste. Il a passé toute sa jeunesse de l'autre côté du périph': en banlieue. Ce week-end, dans une interview, il a raconté une anecdote remontant aux années 90, alors qu'il était jeune prof d'histoire-géo à Montreuil. «J'ai emmené mes élèves au Louvre. Comme moi, c'était la première fois qu'ils venaient à Paris. Pourtant, il y a une ligne de métro, mais, quand vous habitez Montreuil, vous ne descendez pas en bas».
Se souvenant de ses origines, dans une sorte de renvoi d'ascenseur ici pour le coup très salutaire, le nouveau patron du Louvre a fixé parmi les priorités de son mandat non pas les projets somptuaires, mais le renforcement de l'accessibilité sociale de ce musée.
Bien.
11:26 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : arts, culture, musées, personnalités, social
12/04/2013
Une rue Maggie, ou une rue Bobby?
L'idée (là) émane d'un conseiller UMP de Paris: donner à une rue de la capitale le nom de l'ancien Premier ministre britannique Margaret Thatcher, décédée lundi. Que l'on sache, aucun des candidats sarkozystes à la mairie n'a repris la chose à son compte. Et pour cause. Pas sûr que l'électorat bobo parisien soit très fan de l'icône de l'ultra-libéralisme. Pas sûr, dès lors, que ce sont les initiatives de cet acabit qui permettront à la droite de ravir la mairie aux socialistes, lors des élections municipales de l'an prochain.
Les élus parisiens, en tout cas, débattront de la chose lors du prochain conseil municipal, les 22 et 23 avril. Déjà, une proposition alternative a vu le jour, au Parti communiste. Lui suggère de baptiser plutôt une rue de Paris au nom de Bobby Sands. Ce membre de l'IRA qui, en 1981, était mort à la suite de sa grève de la faim, la «Dame de fer» ayant toujours refusé de lui concéder le statut de prisonnier politique.
Une rue Maggie, ou une rue Bobby, à Paris? On se réjouit de voir de quel côté va pencher le maire, Bertrand Delanoë. On ne jurerait de rien. Lui qui, en 2006, avait donné le nom du pape Jean-Paul II au parvis de la cathédrale Notre-Dame. Ce qui l'avait durablement coupé d'une bonne partie de la mouvance de gauche radicale. Et avait créé (relire ici) un fameux tumulte, dans la capitale.
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10/04/2013
Un si joli mot
Après le bon mot d'hier, un joli mot aujourd'hui. Car, oui, les actualités les plus pénibles donnent parfois lieu aux mots les plus jolis. C'est ce qu'on s'est dit en entendant, l'autre jour, l'avocat du ministre déchu Jérôme Cahuzac. Qui commentait les allégations de médias, ce week-end, selon lesquelles son client aurait tenté d'exfiltrer 15 millions d'euros en Suisse et, en plus, aurait produit un faux pour les 600.000 euros dont il a avoué la fraude.
Pour la défense de l'ex-ministre, bien sûr, tout cela n'est qu'inventions, inepties, sornettes, balivernes, sottises. Carabistouilles, en somme: pour reprendre un de ces vieux mots en désuétude pour la survie desquels Bernard Pivot se mobilisa, il y a quelques années.
Mais l'avocat Jean Veil, lui, pour qualifier ces dires, parla de «calembredaines». Un mot que l'on trouve ravissant. Qui ne date pas d'hier: 1798, selon notre «Robert». Et désigne des propos vains et extravagants.
Vivement de nouvelles révélations concernant Jérôme Cahuzac. Que son avocat puisse les dénigrer en utilisant un terme encore plus ancien (1534), et nous plaisant tout aussi bien: qu'il puisse dénoncer des «coquecigrues».
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09/04/2013
Une double comparaison
«Elle a les yeux de Caligula, mais la bouche de Marilyn Monroe».
C'est donc ce que disait François Mitterrand de Margaret Thatcher. Si l'on en croit Elisabeth Guigou. Qui, avant de devenir ministre de Lionel Jospin, avait été conseillère du Président, à l'Elysée. Et qui, hier, s'est taillée un franc succès dans tous les médias de France, en rappelant ce bon mot qu'avait eu l'ancien chef d'Etat français à propos du Premier ministre britannique.
Les yeux de Caligula: pourquoi pas.
Des yeux qui ont tout de même pleuré deux fois en présence de l'hôte de l'Elysée, selon les souvenirs que Jacques Attali a narrés hier soir, sur une radio (ici). Des pleurs «quand François Mitterrand l'a fait céder sur le montant du chèque qu'elle demandait pour rester dans l'Europe, alors qu'elle avait dit qu'elle ne cèderait jamais». Puis «après son départ du pouvoir, quand elle me disait l'émotion qu'elle avait eue lorsqu'un samedi matin, j'avais traduit en direct au téléphone l'appel de François Mitterrand lui annonçant le soutien de la France dans l'affaire des Malouines».
Mais la bouche... de Marilyn Monroe? Là, on l'avoue, depuis qu'on a entendu cette comparaison-là, on ne voit pas: la bouche de la star américaine nous semble autrement plus lippue que celle de la Dame de fer.
Mais comme François Mitterrand avait une notoire expertise des femmes, on ne se permettra pas de remettre en cause le bien-fondé de sa comparaison – et donc on vous laisse juges.
11:17 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : personnalités, mitterrand, international, histoire, femmes
05/04/2013
Une cruauté/créativité
Un peu d'humour, pour bien terminer la semaine. Dont l'actualité française principale a évidemment été reprise, détournée et parodiée, sitôt qu'elle est survenue: sur le net, et dans les réseaux sociaux. On veut bien sûr parler de l'«affaire Cahuzac».
Le ministre déchu de François Hollande, en aveu d'évasion fiscale, a visiblement beaucoup inspiré les plaisantins. Ces derniers jours, on a vu son visage apparaître dans des fausses pubs détournant des campagnes en faveur, par exemple, d'une eau minérale («Cahuzac, source d'emmerdes») ou d'une banque privée en ligne («Mon banquier, c'est moi»). On son image être recyclée dans des pastiches d'affiches de films de cinéma. Des films venant de sortir en salles: ainsi, le biopic du braqueur-convoyeur de fonds Tony Musulin, désormais réalisé par Renaud Van Ruymbeke, un des deux juges instruisant le dossier Cahuzac. Ou des films cultes du septième art français – voir ce détournement du fameux «L'Aveu», de Costa Gavras. Le gros défoulement, donc.
Les gens sont cruels, tout de même. Ou créatifs, c'est selon.
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