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08/02/2016

«Une première phase satisfaisante»

Paris, Propreté, Environnement, Tabac, PoliceCela n'a l'air de rien comme sujet, mais c'est tout de même un enjeu de propreté, pour Paris. Puisqu'il est à l'origine de 350 tonnes de déchets par an: les mégots dans les rues.

On en sait désormais un peu plus sur ce que donne cette petite révolution dans les usages que la capitale française a lancée, en octobre dernier. Verbaliser (68 ou 180€) le jet de mégots par terre (relire ici ou ).

En quatre mois, vient de préciser la mairie, 800 procès-verbaux ont été dressés. Un chiffre que les autorités municipales jugent «satisfaisant pour une première phase». Et qui fait suite au démarrage en fanfare de l'expérimentation: 350 contrevenants verbalisés pendant le seul premier mois d'application de la mesure. La prévention, cela dit – et c'est heureux –, n'a pas été oubliée: 30 000 corbeilles de rue avec éteignoir ont été installées, «c’est-à-dire en moyenne une tous les 100 mètres». A cet égard, la semaine prochaine, les élus de la capitale adopteront un «grand plan de renforcement de la propreté» (), qui comprend notamment la distribution de 125.000 cendriers de poche (en plus des 50.000 qui ont déjà été écoulés).

Dans un autre registre, concernant une autre pollution, 50 sanisettes supplémentaires vont être installées, ainsi que 150 autres qui, elles, seront ouvertes toute la nuit. Pour tenter d'enrayer un autre fléau de la "Ville lumière". Les rues qui, au petit matin, sentent la pissotière – on connaît bien cela dans nos arrondissements de l'Est parisien, avec les quartiers très animés la nuit comme Bastille, Oberkampf, le Marais ou le Canal Saint-Martin.

01/10/2015

Un prix désormais à payer

Paris, Propreté, Santé, Tabac, Art de vivre, Police68€. Le prix à payer pour une fraction de seconde d'insouciance/d'incivisme. Ce n'est vraiment pas donné, mais c'est la règle à Paris, à partir de ce jeudi.

Ce 1er octobre, en effet, entre en vigueur le règlement municipal qui punit d'une contravention d'un tel montant le jet de mégot sur la voie publique. Ce sera même 180€, si la prune n'est pas payée dans les délais. Jeter son mégot à terre est «un geste qui a de sérieuses conséquences sur l’environnement», justifie la mairie. «Un mégot met entre 4 et 12 ans pour disparaître. Il dégage des métaux lourds et des polluants comme la nicotine, le cadmium et le plomb. Ces substances toxiques sont nuisibles à la flore et à la faune. Jetés dans les caniveaux, les mégots polluent l’eau et les égouts. Sur les grilles en pied d’arbre, ils sont aussi nocifs et réduisent sérieusement la vie des arbres».

Pourquoi pas. La tolérance zéro ambitionnée par la mairie de Paris paraît d'autant moins choquante que, ces derniers mois, elle a fait un réel effort pour disposer un peu partout, dans les rues, des poubelles d'un nouveau modèle, qui sont équipées d'éteignoirs. Et c'est vrai que, au fil des ans, cette pollution commençait à prendre des proportions d'ampleur: les agents parisiens de la propreté ramassent chaque année... 350 tonnes de mégots.

Juste, si on peut se permettre, a priori, on doute un peu que les pandores auront vraiment le loisir et le temps de verbaliser les fumeurs négligents. Alors que, dans la capitale, restent quotidiennement impunies tant d'infractions ayant des conséquences elles autrement plus immédiates et potentiellement gravissimes: les feux de signalisation franchis au rouge ou à l'orange par les automobilistes, par exemple.

03/04/2015

Une page qui se tourne?

Paris, Propreté, Patrimoine, TerrorismeOn n'oserait reléguer cela à un grand nettoyage de printemps, même si cette saison est enfin arrivée, mais cela y ressemble un peu. Alors que, mardi, cela fera trois mois jour pour jour que débutait la vague d'attentats qui, en janvier, ensanglanta la France.

Trois mois plus tard, la mairie de Paris semble avoir enfin pris la décision, politiquement un peu délicate (relire ), de commencer à nettoyer les traces de cette sinistre période.

On avait commencé à le remarquer, il y a dix jours. Quand, dans les rues adjacentes à la rédaction de «Charlie Hebdo», plusieurs "mausolées" de fleurs, de dessins, de crayons et de bougies, en hommage aux victimes, avaient été discrètement évacués: un soir, tout avait disparu, mis dans des sacs poubelle. Tout sauf, tout de même, les dessins et les pages du magazine endeuillé que des quidams avaient placardés sur les murs, et qui y demeurent toujours.

Hier jeudi, nouvelle étape dans ce processus de nettoyage. Les services municipaux de la propreté ont entamé le décrassage de la statue centrale de la place de la République, qui était devenue le plus grand mémorial de la capitale consacré aux tueries.

Paris, Propreté, Patrimoine, TerrorismeTous les témoignages déposés par les citoyens ont été emmenés, pour être temporairement stockés à la mairie du onzième arrondissement, en attendant de savoir ce qu'il en sera fait. Et la fontaine de la statue de Marianne a été nettoyée au karcher. L'initiative a suscité un certain émoi (lire par exemple ) parmi les habitants qui se chargeaient de l'entretien de ce mémorial.

Aux dernières nouvelles (= hier soir), nul n'a encore touché aux milliers de fleurs, dessins et stylos qui, ces trois derniers mois, ont été déposés rue Appert: ce lieu si symbolique, puisque c'était là que se trouvait la rédaction de «Charlie».

13/01/2015

Une question délicate, qu'il faudra bien se poser

Paris, Propreté, EnvironnementCela commence à un peu s'agiter, parmi les occupants de l'immeuble du boulevard Richard Lenoir où se trouve le bureau parisien de «La Libre». S'agiter, à propos de ce «mausolée» commémoratif en hommage aux victimes des attentats. On l'a déjà écrit: de jour en jour, il ne cesse de s'agrandir. A longueur de journées, des gens continuent à venir y déposer des bougies, des crayons ou des bouquets de fleurs, continuent à accrocher des mots de soutien et des dessins aux grilles de l'immeuble.

Dans la copropriété, certains commencent à trouver ce défilé continuel de quidams un peu lassant, et ce «mausolée» un peu envahissant. En temps normal, le conseil syndical n'est pas commode. Du genre à faire enlever le moindre vélo cadenassé aux grilles d'entrée de l'immeuble, sous prétexte que celles-ci sont «privées» et donc intouchables (?). Là, visiblement, il hésite sur la conduite à adopter. Délicat de décrocher d'autorité, comme de vulgaires bécanes, tous ces témoignages d'hommage relatifs à l'actualité qui a endeuillé le quartier. Le débat, parmi les co-propriétaires de l'immeuble, ne fait que commencer.

Au-delà, il va se présenter à la mairie de Paris aussi, et concerner cette fois l'ensemble du quartier.

De tous côtés de cette partie du onzième arrondissement, s'amoncellent les bouquets de fleurs. Rue Nicolas Appert ou place de la République, par exemple, ils forment déjà un monticule d'une hauteur impressionnante. Avec la pluie, les affiches en hommage à «Charlie» se décollent des murs. Avec le vent, les dessins et mots de soutien s'envolent un peu partout dans les rues. Il sera intéressant de voir le moment où la mairie va estimer que la période de deuil est terminée. Et envoyer le service de la propreté jeter à la poubelle les milliers de bouquets fanés, de drapeaux tricolores dégradés, de crayons trempés et de bougies brûlées. Quand va-t-on sortir le karsher? Faire place nette? Décider qu'il est temps de redonner au quartier sa physionomie et sa propreté originelles? Politiquement, la décision sera délicate à prendre.

Paris, Propreté, EnvironnementCe matin, en tout cas, boulevard Richard Lenoir, les balayeurs de rue prenaient bien garde de nettoyer les trottoirs et les caniveaux autour de ces «mausolées», oui, mais de ne pas toucher à ceux-ci.

Dans le même registre, le service de la mairie chargé d'effacer les tags et les grafs va bien devoir, un jour, prendre attitude sur le sort à réserver aux innombrables «Je suis Charlie» et assimilés, qui, désormais, dans notre arrondissement plus que dans tout autre, figurent sur les façades – sans parler des pochoirs, sur le bitume. Là aussi, à un moment, la mairie va bien devoir décider de procéder au grand nettoyage. Et ce faisant, si symboliquement, donner le signal qu'il est temps, pour Paris, de passer à autre chose. Quand l'osera-t-elle?

29/08/2014

Une piètre image

Paris, Propreté, Santé, Environnement, Médias, International C'est la seule information qui nous est provenue de Paris, pendant ces quelques semaines de vacances qu'on a passées en grande partie très loin de la capitale française: à plus de 10.000 km d'elle, même. Cette info parisienne a visiblement fait le tour du monde. Et elle a donné une image calamiteuse de la «Ville lumière».

Ville dont y compris les plus grands sites touristiques, internationalement renommés, sont donc envahis par .. les rats. C'est notamment le cas du jardin des Tuileries. Soumettez à Google la requête «Rats Tuileries», et ce moteur de recherches vous affichera des centaines de milliers de résultats. Dont ces fameuses images qui, cet été, ont été relayées par de très nombreuses télés, à l'étranger.

De retour dans la capitale, l'on s'attendait au moins à trouver une explication de la chose sur le site web de la mairie. Mais non: rien. L'audience médiatique internationale qu'a eue cette affaire semble avoir complètement échappé aux dirigeants parisiens, qui étaient sans doute eux-mêmes partis à la plage.

Curieuse désinvolture, dans le traitement d'un dossier qui, pourtant, est tout sauf neuf. Pour preuve, les rats qui pullulent dans Paris, ce blog en parlait il y a... une demi-douzaine d'années, déjà (relire par exemple ).

Encore bravo.

13/12/2012

Un nouvel outil de propreté

Paris, Propreté, Environnement, TabacOn l'écrivait hier: les rues de Paris ne compteront vraisemblablement pas beaucoup moins de pauvres, cet hiver. Mais elles seront peut-être un peu plus propres moins sales. On entendait parler de cela depuis des semaines, mais on ne l'avait encore jamais vu: dans nos pérégrinations, en ville. Jusqu'à ce matin, où l'on est tombé par hasard sur ce fameux nouveau dispositif qui, peut-être, contribuera à réduire un type particulier de pollution qui salit énormement Paris.

Les mégots de cigarette. Cela paraît très anodin comme cela, mais ce l'est moins pour les services municipaux de la propreté: chaque année, ils ramassent... 315 tonnes de mégots, sur la voie publique. Les nouveaux éteignoirs de rue, dont on a enfin aperçu un exemplaire ce matin, permettront aux fumeurs d'avoir désormais une autre alternative que soit de balancer leurs mégots par terre, soit de les jeter à la poubelle mais en risquant d'y mettre le feu.

10 000 de ces éteignoirs ont été fixés sur les cerclages métalliques des poubelles de rue. Ces petits palets de résine sont fabriqués dans un matériau composite (de la polyamide chargée de fibre de verre, pour les amateurs de détails techniques), ce qui les rend ignifuges. Ils remplacent les plaquettes perforées en inox qui, auparavant, équipaient certaines poubelles – avant d'être victimes de vols en cascade, dûs à la flambée du cours mondial de l'inox (relire).

Avec ce nouvel outil, les trottoirs de Paris n'auont plus d'excuse de rester ce qu'ils sont devenus: un vrai cendrier géant. Plus d'excuse, sauf bien sûr dans l'hypothèse où ces 315 tonnes annuelles de détritus tabagiques seraient moins dues à un problème d'équipement qu'à l'indécrottable incivisme/je m'enfoutisme/ qui caractériserait le Parisien moyen. On verra cela.

19/10/2012

Un air de pissotière

paris,propreté,police,art de vivreVision fréquente s'il en est, dans Paris: des gens en train de se soulager en pleine rue, au vu et au su de tout le monde. Ce matin encore, boulevard Richard Lenoir, dans notre onzième arrondissement, un petit vieux urinait, l'air à peine gêné, contre la haie séparant le trottoir de l'espace vert occupant le terre-plein central. Et, évidemment, passée une certaine heure – en fin de soirée, quand les bistrots viennent de fermer –, le phénomène prend encore plus d'ampleur. Derrière un arbre (au mieux), entre deux voitures (souvent), dans l'anfractuosité d'une porte cochère (pas rarement), ils (et elles) sont alors innombrables à donner l'impression de considérer Paris comme une pissotière à ciel ouvert. Cela commence visiblement à énerver les autorités.

Depuis janvier, très précisément 627 personnes ont été verbalisées pour avoir uriné en rue à Paris. C'est le chiffre qu'a pris la peine de communiquer la préfecture de police de la capitale, l'autre jour.

Ces contrevenants ont dû s'aquitter d'une amende forfaitaire de 35€: le montant de la contravention de deuxième classe qui punit «les mictions sur la voie publique», comme l'on appelle cela en jargon administratif. Elles relèvent, en effet, de l’article R632-1 du Code pénal. Qui punit «le fait de déposer, d'abandonner, de jeter ou de déverser, en lieu public ou privé, à l'exception des emplacements désignés à cet effet par l'autorité administrative compétente, des ordures, déchets, déjections, matériaux, liquides insalubres ou tout autre objet de quelque nature qu'il soit, y compris en urinant sur la voie publique, si ces faits ne sont pas accomplis par la personne ayant la jouissance du lieu ou avec son autorisation».

L'an dernier, dans la capitale française, plus d'un millier (1 015) d'auteurs de ces mictions ont été verbalisés.

Au vu de la puanteur qui continue d'émaner de tant de recoins de la «Ville lumière» (sans parler des odeurs régnant dans certains couloirs et quais de stations de métro...), les pandores ont encore, devant eux, une marge de progression possible.

16/10/2012

Un symbole de saleté

C'est un sondage réalisé par l'institut BVA qui nous l'a appris hier: lundi qui était, paraît-il, la «Journée mondiale du lavage des mains» – mais oui, cela existe. De l'avis des Français, l'endroit le plus sale par excellence, ce n'est pas la cuvette des toilettes, mais... la barre fixe, la main courante, du bus ou du métro. Ils sont plus d'un Français sur deux (54%) à voir dans cette barre un véritable nid à microbes.

Transports, Métro, Paris, Propreté, Art de vivre, SantéCe sont surtout les habitants de la région parisienne qui en sont convaincus. D'où, sans doute, le fait que près de six Parisiens ou banlieusards sur dix ont l'habitude de se laver les mains après avoir pris les transports en commun. Un usage que n'a pas, en revanche, la majorité (55%) de la population française dans son ensemble – qui, en moyenne, est moins contrainte de prendre autant les transports publics que les Parisiens.

Au rayon hygiène toujours, plus de 20% des Français ne se lavent pas systématiquement les mains avant de passer à table. Et 12,5% ne le font pas même après un passage aux toilettes. 20% des Français ne prennent pas non plus de douche chaque jour, une proportion qui grimpe à 40% pour les plus de 65 ans.

On repensera à ces chiffres la prochaine fois qu'on se retrouvera compressé dans le métro aux heures de pointe: collé-serré, dans une atmosphère, c'est vrai, pas rarement malodorante.

Paris, ville glamour? Pas vraiment tous les jours.

12/01/2012

Un «effet papillon»

Paris, Propreté, Environnement, Santé, Economie, Art de vivreC'est un exemple de la théorie selon laquelle «le monde est un village», désormais global. Une illustration de ce qui est appelé aussi l'«effet papillon»: «un battement d'aile de papillon à Paris peut provoquer quelques semaines plus tard une tempête sur New-York».

Cela se passe à Paris. Sur un sujet qui n'est pas d'un intérêt planétaire, mais qui, en un de ses aspects, renvoie à des logiques mondiales dépassant complètement le Parisien.

Cela concerne l'annonce faite en début de semaine par la mairie. Qui a déclaré la guerre... aux mégots de cigarettes. Chaque année, dans les rues ici, les services de nettoyage en ramassent... 315 tonnes. Une consoeur du «Figaro» a eu l'amabilité de faire le calcul: «Sachant qu'une cigarette pèse à peu près 90 grammes, cela représente plus de 350 millions de clopes» consommées chaque année dans Paris, leurs résidus étant ensuite jetés sur la voie publique. A terme, quiconque sera surpris en train de balancer un mégot dans le caniveau sera passible d'une amende de 35 euros.

Pourquoi pas. A ceci près que Paris diffère sur un point au moins d'autres capitales internationales qui, comme Singapour ou Tokyo, font la chasse aux fumeurs-pollueurs.

Paris, Propreté, Environnement, Santé, Economie, Art de vivreDans la «Ville lumière», les cendriers publics sont rares. La mairie en est bien consciente, qui vient d'annoncer que, dans les mois à venir, leur nombre passera de 2.000 à 20.000.

On les trouvera sous la forme d'«éteignoirs». Il s'agit de ces petites plaquettes métalliques perforées qui sont apposées sur les cerclages supérieurs des poubelles, qui permettent de bien écraser sa cigarette, puis de s'en débarrasser dans ladite poubelle sans lui mettre le feu.

Très bien. Mais, la pollution des rues de Paris par les mégots ne datant pas d'hier, pourquoi donc les poubelles de rues ne sont-elles pas, depuis belle lurette, déjà équipées de tels «éteignoirs»? C'est ici que l'on retrouve notre «effet papillon».

Les «éteignoirs» qui figuraient jusqu'à présent sur ces poubelles n'y ont pas subsisté longtemps: en majorité, ils ont été rapidement dérobés. Pourquoi? Parce que le métal les constituant, l'inox, a vu son cours flamber sur les marchés mondiaux. Du coup, ces plaquettes métalliques a priori si anodines, et toujours très crasseuses, sont très prisées par les malandrins, qui les dérobent, les stockent, puis les revendent en masse à des grossistes profitant de la flambée des cours mondiaux de l'inox.

Paris, Propreté, Environnement, Santé, Economie, Art de vivreLa mairie de Paris prévoit donc que la prochaine génération d'«éteignoirs» ne sera plus en inox. Mais dans «un matériau composite» qui aura un double avantage. D'une part, il résistera aux températures très élevées des bouts de cigarette incandescents. D'autre part, il n'aura pas la moindre valeur marchande. Ce qui permettra d'«éviter le pillage en règle» de ces écraseurs de clopes.

Rien n'est jamais simple, décidément, dans la gestion de la cité.

09/11/2010

Une misère (suite)

A Paris ce mardi, les éboueurs reprennent le travail. On en avait parlé dans ce blog il y a dix jours: depuis trois semaines, ils étaient en grève, ce qui affectait la collecte des immondices dans la moitié des vingt arrondissements parisiens. Dans les autres arrondissements (comme notre onzième), les riverains n'ont rien vu de leur mouvement, le ramassage des poubelles étant assuré par des sociétés privées. Des sociétés privées que, du reste, la mairie a envoyées en renfort ces derniers jours dans les arrondissements touchés par la grève, pour éviter un amoncellement – comme à Marseille récemment – de détritus sur les trottoirs. Ce qui a valu au maire de se faire traiter de «jaune» (briseur de grève, en jargon syndical) par les grévistes.

Bertrand Delanoë n'en a pas moins satisfait aux revendications des syndicats. Le maire de Paris a publiquement soutenu leur exigence de pouvoir continuer à partir à la retraite dès 55 ans, vu la pénibilité du métier d'éboueur. Surtout, afin que les plus âgés de ces travailleurs touchent une pension d'un montant (un peu) plus élevé, la mairie a créé un nouvel échelon de fin de carrière, qui reviendra à augmenter de 1000€ la rémunération annuelle des éboueurs en fin de carrière. Du coup, depuis ce matin, les camions poubelles sont à nouveau visibles dans tous les arrondissements de Paris.

Un bonus de 1000€ pour les vieux éboueurs partant à la retraite: voilà qui, assurément, ne leur sera pas de trop pour (tenter de) vivre décemment leurs vieux jours. Au fond, combien de ces futurs éboueurs retraités fréquenteront-ils, demain, les réfectoires d'associations comme les Restos du Coeur? Et combien de leurs collègues aujourd'hui en activité n'ont-ils déjà d'autre choix que de dépendre de l'aide des associations caritatives? Il est notoire que, depuis plusieurs années, celles-ci reçoivent d'innombrables travailleurs pauvres, trop mal payés pour pouvoir à la fois se loger, se déplacer, se vêtir et se nourrir. Parmi eux, l'on sait que figurent nombre d'employés de la ville de Paris elle-même. On doit d'ailleurs retrouver une partie de ce public parmi les bénéficiaires du Secours catholique. Qui, à en croire son dernier rapport d'activité (particulièrement déprimant), publié ce mardi, a accueilli près d'1,5 million de personnes en 2009, soit près 80.000 de plus que l'année précédente. Et selon qui «le (phénomène du) travail pauvre ne recule pas» en France, malgré tous les efforts.

27/10/2010

Une misère

Pas (pas encore?) de milliers de tonnes de détritus dans les rues de Paris, comme à Marseille ces derniers jours. La grève partielle que mène une partie des éboueurs de la capitale perturbe bien, ce mercredi encore, la collecte des immondices dans certains arrondissements, mais la mairie affirme que la situation est globalement sous contrôle. En revanche, elle s'enlise aux portes de Paris, à la hauteur de la porte de Bercy: au centre de traitements des immondices d'Ivry, qui accueille une bonne part des déchets parisiens. Les grévistes continuent de bloquer l'accès à l'usine. «On a de quoi tenir un siège! On a même planté un sapin de Noël!», racontait hier un leader syndical. A côté d'une pancarte reprenant une phrase de Jacques Prévert: «Quand les éboueurs font grève, les orduriers sont indignés».

 

Indigné, il l'était ce gréviste d'Ivry qui témoignait hier à la radio. «Cela fait trente ans que je ramasse les poubelles et, au final, je ne toucherai qu'une retraite mensuelle de 800 euros!» 800 euros. Une misère. Comment donc peut-on vivre en région parisienne avec cela? Etant entendu que le salaire de l'éboueur moyen ne lui permet sans doute pas, pendant sa vie active, de cotiser pour une retraite complémentaire voire simplement d'acquérir son logement.

 

A propos, et on se l'est dit si souvent ces dernières années en les voyant à l'oeuvre dans les rues de Paris, s'il y a une profession dont il faudrait reconnaître la pénibilité (notion tant évoquée dans ce débat sur les retraites), c'est bien celle d'éboueur. On ne parle même pas des odeurs, du bruit, des horaires de travail ou du climat (voir les corps en sueur des éboueurs les jours de canicule). Mais du rythme de travail dingue de ces travailleurs. Il faut voir la cadence du ramassage des immondices à Paris pour le croire: ces éboueurs – bien sûr à 99% des gens de couleur... – galopent à longueur de tournées.

 

Le pire est sans doute qu'en plus, ils doivent souvent endurer le concert de coups de klaxon des automobilistes parisiens pressés/stressés (pléonasme), qui considèrent évidemment toujours que le camion-poubelle bloquant leur bagnole n'avance jamais assez vite. Ce tintamarre misérable donne envie de cogner même aux plus pacifiques, mêmes aux gens les plus fondamentalement non-violents.

20/05/2010

Une brigade

vélovandalisé.jpgPuisque le printemps semble enfin revenu à Paris, parlons vélo aujourd'hui. Zappons rapidement sur la dernière initiative geek en date prise par la mairie de Paris, relative à ce mode de déplacement: à savoir une application iPhone spécialement consacrée au Vélib. Ce sera sans doute utile aux plus branchés des utilisateurs de ces vélos en libre service. Mais nous, cela commence à un peu nous gonfler, cet envahissement obligatoire et permanent de la vie quotidienne par ces nouveaux médias. On se l'est encore dit pas plus tard que l'autre soir. En apprenant que le dîner en ville pour lequel on avait dû se décommander à la dernière minute, à cause d'on ne sait plus trop quel contretemps, avait, en fait, été mortellement ennuyeux. Car, pendant une grande partie de la soirée, la conversation avait tourné autour de deux seuls sujets: les applications iPhone et les groupes sur Facebook. En apprenant cela de la bouche d'un convive qui, lui, avait participé à ce dîner, on était consterné. Parlons donc plutôt de la dernière brigade municipale que l'on voit désormais à l'oeuvre dans les rues de la capitale. Et qui a l'air d'y accomplir un boulot assez efficace.

 

Il s'agit de la brigade d'agents municipaux chargée... de collecter les épaves de vélos vandalisés. Cela n'a l'air de rien, mais chaque année paraît-il, entre 1000 et 1200 vélos sont abandonnés sur la voie publique à Paris: gênant le passage sur les trottoirs, bloquant pour rien des emplacements aux aires de stationnement pour vélos, gâchant le paysage par leur si triste apparence. Avant la mise sur pied de cette brigade, ces épaves rouillaient souvent très longtemps sur place, car les enlever de force (en sectionnant les cadenas, par exemple) était paraît-il du seul ressort d'agents ayant la qualification d'officier judiciaire. La procédure simplifiée convenue entre la mairie et la préfecture de police permettra dorénavant d'accélérer ce déblaiement.

 

Du coup, chaque Parisien désormais est invité à signaler aux autorités les vélos abandonnés qu'il croiserait sur son chemin, ceux-ci étant ensuite enlevés dans les jours qui suivent. Pour éviter les impairs, la Ville a pris soin d'expliquer «comment faire le distinguo entre un vélo garé pendant une longue durée et un vélo abandonné». En clair: «Sont a priori sans propriétaires les vélos rouillés, ceux auxquels il manque une ou deux roues, ceux dont les cadenas ont été forcés», CQFD. Au passage, ces patrouilles permettront de contacter les propriétaires des vélos munis d'un système d'identification.

 

scootvandalisé.jpgReste à présent à mettre au point un système de recyclage pour ces bécanes. Un tel dispositif n'existant pas pour le moment, les épaves sont simplement conduites à la déchetterie. Et reste à trouver un système pour les carcasses de scooters vandalisés, qui, à Paris, sont au moins aussi nombreuses que les épaves de vélos martyrisés. On se le dit à peu près chaque matin en sortant de la maison, en tombant sur le si pathétique voire misérable squelette de scoot qui est stationné devant depuis des mois.

09/04/2010

Une invasion

rats.jpgPour bien terminer la semaine, on quitte les rumeurs de la Cour pour revenir à la vraie vie parisienne. On abandonne les caves de la République, qui nous ont occupé ces deux derniers jours, pour plonger dans les sous-sols de Paris. Dans les garages, parkings, égouts, arrière-cours, terrains vagues – bref, les bas-fonds, au sens propre, de la capitale. Autant d’endroits qui, en ce moment, mobilisent les services de l’hygiène de la mairie, à propos d’un des aspects les moins ragoûtants de la vie ici: les rats.

 

Paris, en effet, a été victime ces derniers mois d’une recrudescence de ces rongeurs – phobie urbaine sur laquelle on a déjà pas mal flippé, dans ce blog (relire ici, ou ). C’est, paraît-il, une des conséquences de l’hiver long et rigoureux que l’on a connu ici. Les rats, fuyant le froid des égouts ou de la rue, ont cherché à étendre leur territoire à des endroits plus tempérés, notamment en remontant, via les canalisations, se réchauffer dans les halls d’immeubles voire dans les appartements. Où, visiblement, ils se sont trouvés si bien qu’une bonne partie d’entre eux ont décidé d’y rester. On l’entendait l’autre jour à la radio: la situation est telle désormais que, y compris dans les plus beaux quartiers de Paris, les sociétés de dératisation ne savent plus où donner de la tête. «Même des people habitant dans le seizième ou à Neuilly ont fait appel à nos services!», racontait, amusé, l’employé d’une de ces sociétés qui était interviewé.

 

«Quatre rongeurs par habitant dans les quartiers rupins, et de huit à dix dans les arrondissements où règnent davantage saleté et insalubrité», expliquait «Libération», dernièrement. Qui évaluait carrément à... 6 millions le nombre de rats vivant à Paris! En lisant cela, on était assez pantois, nous qui en étions restés à, en gros, un ou deux rats par Parisien.

 

Ces prochains jours, d’ailleurs, des opérations exceptionnelles de dératisation vont avoir lieu dans un quartier populaire du vingtième arrondissement. Où l'invasion de rongeurs a atteint de telles proportions que des habitants en sont arrivés à aller déposer des cadavres de rats à la mairie, en guise de protestation contre son inaction. «Les jeunes ramassent les cadavres des rats dans le square de la cité pour leur offrir un enterrement officiel», a-t-on même lu, il y a peu, dans les pages locales du journal «Le Parisien».

 

Paris, ville glamour? Pas toujours.

11:18 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : paris, propreté, santé

03/02/2010

Une ingéniosité

Incroyable, ce dont l’inventivité humaine est capable. En région parisienne, on vient cette semaine d’en avoir une double illustration. Dans le domaine de l’environnement, et plus particulièrement du reyclage et de la réutilisation des déchets.

 

La première innovation concerne Paris. Et consistera à nettoyer les rues grâce à … de l’huile usagée. Les «laveuses» –  ces petits engins verts qui, ici, nettoient l’espace public – rouleront à l’aide d’un carburant constitué d’huiles de friture usagées, récoltées dans les restaurants notamment. En effet, «après décantation et filtration à 1 micron», ces huiles peuvent servir de base à des bio-carburants, moins émetteurs de gaz à effet de serre que les carburants conventionnels. Au début de l’expérimentation , seules une demi-douzaine de «laveuses» seront concernées. Mais à terme, si l’expérience est concluante, seront alimentés de la sorte le demi-millier de véhicules de ce type utilisés à Paris.

 

La deuxième innovation annoncée cette semaine concerne une commune jouxtant Paris: Levallois. Là, dès la mi-février, on va chauffer la piscine municipale grâce… aux égouts. La chaleur des eaux usées (provenant des douches ou bains, des lave-vaisselle ou lave-linge, etc.) rejetées par les habitants sera récupérée par un savant système de pompes, puis permettra de maintenir à 28 degrés la température du bassin municipal. Ce procédé, baptisé «Degrés bleus», diminuera d’un quart la consommation et donc la facture énergétique de la ville consacrée au chauffage de sa piscine.

 

Alors, c’est clair, ces deux innovations ne changeront pas fondamentalement la vie des habitants concernés, ni ne résoudront tous les problèmes environnementaux se posant dans ces municipalités. Et elles sont très locales. Mais elles sont exemplatives d’une démarche ingénieuse qu’à l’avenir, de plus en plus de villes et de communes, en  France comme ailleurs, pourraient ou auraient intérêt à adopter.

25/01/2010

Une impression

De retour dans ce blog, après donc une petite pause. Et retour à Paris. On a beau adorer cette ville et pouvoir difficilement imaginer vivre un jour ailleurs, quand on l’a redécouverte ce week-end après quinze jours d’absence, la première impression qu’on en a eue était vraiment mauvaise. Et on n’était manifestement pas le seul dans le cas, à voir la mine effarée tirée par certains des passagers de notre vol qui, à leur descente d’avion à Roissy, faisaient connaissance avec la capitale française après douze heures de voyage et avec neuf heures de décalage horaire dans les pattes.

 

La désorganisation: première chose qui sautait aux yeux. Une signalétique aéroportuaire très perfectible et peu d’agents pour renseigner des voyageurs complètement perdus dans Roissy. Retrouver son bagage, comprendre le fonctionnement de la navette entre les terminaux de l’aéroport, trouver un taxi, un distributeur de billets acceptant les cartes de banque étrangères ou un plan de la capitale, prendre le RER vers Paris ou un TGV vers le Midi: en matière d’accueil et d’information, la société Aéroports de Paris aurait encore des progrès à faire.

 

L’agressivité des gens, deuxième impression. Celle des chauffeurs de taxi clandestins – mais comment et pourquoi donc continuent-ils à sévir visiblement en toute impunité à Roissy ? – n’appréciant pas qu’on décline, même poliment, leurs services. Celle des quêteurs au profit de (prétendues?) associations de sourds-muets, qui, panneau multilingue à la main, sollicitent les étrangers dès le hall d’arrivée. Aggressivité du plouc français moyen aussi, qui, sans gêne c’est bien connu, vous bouscule dans la queue pour la douane ou pour la caisse du kiosque à journaux, dans les rames, sur les escalators ou aux portillons du métro, etc.

 

L’impression de crasse, surtout. De tous côtés, des poubelles débordant de détritus, des cendriers inexistants, des rames, des quais et des couloirs du RER d’une saleté repoussante, des stations de métro transformées en pissotières et en cour des miracles pour SDF – mais n’y a-t-il pas d’autres lieux d’accueil que Paris puisse proposer à ces pauvres gens?

 

Mauvaise première impression, donc. Quelques heures plus tard, à peine, on rentrait dans le bain parisien. Mais, pour certains étrangers qui découvrent pour la première fois de leur vie la capitale française, c’est plus grave.

 

Pour preuve, les services psychiatriques de grands hôpitaux de Paris (comme l’Hôtel-Dieu, sur l’île de la Cité) n’accueillent pas rarement des touristes étrangers (japonais, notamment) qui, nerveusement, n’ont pas supporté le choc de cette découverte. Qui ne sont pas parvenus à gérer la conflagration entre deux visions de Paris. D’une part, la vision idéale et fantasmée qu’ils avaient  de cette cité avant d’y poser le pied: la «Ville lumière», follement romantique, la capitale mondiale de l’élégance et du bon goût, etc. Et d’autre part, la vision concrète de la ville, plus rude, qu’ils éprouvaient dès leur descente d’avion. Les médecins appellent cela le «syndrome de Paris». Googlelisez cela sur le net, vous trouverez probablement des tas de témoignages là-dessus.

 

Nous, en tout cas, ça va: on est de retour au bureau, et pas à l’Hôtel-Dieu ;-)

08/01/2010

Une prolifération

Paris au ras des pâquerettes du bitume, suite. Ou les à-côtés pas toujours reluisants, et mêmes très triviaux parfois, de la vie quotidienne dans cette Ville lumière réputée si paillettes, romantique et glamour. Ces coulisses de la capitale française que, généralement, les touristes étrangers ignorent – et que les autorités locales se gardent évidemment bien de mettre en avant.

 

Vous vous souvenez peut-être de cet incident qui, l’automne dernier, s’était produit dans un des restaurants parisiens de la chaîne Pizza Hut, qui avait fait un certain bruit. La préfecture de police avait pris un arrêté de fermeture de ce restaurant, «pour des raisons d’hygiène». Une inspection des services vétérinaires avait constaté «la très forte présence de souris» dans l'établissement. Quelques mois plus tôt, d'ailleurs, un client de ce même restaurant avait trouvé… une souris morte sur la pizza pepperoni qui venait de lui être livrée. A l’époque, l’affaire avait remis en lumière le problème posé par la prolifération des rongeurs à Paris – un de nos sujets favoris, les lecteurs les plus assidus de ce blog ont dû le constater (sinon: relire ici, , ou encore ). Pas plus tard qu’hier soir, on a repensé à cette anecdote. C’était dans un supermarché, plutôt propre, du boulevard Beaumarchais, cette grande artère, plutôt bourgeoise, qui sépare le onzième du troisième arrondissement. Supermarché dans lequel, retour du boulot, on s’achetait traquillement de quoi dîner, comme n'importe quel Parisien moyen.

 

Arrivé au rayon des fromages, on hésite un peu. Puis on se décide, et on plonge la main dans  le rayon. A quelques centimètres à peine de nos doigts, on découvre alors, même pas pressées, même pas stressées, deux énormes souris furetant elles aussi tranquillement dans le rayon. Leurs moustaches frémissantes, leurs bouches – si l’on peut dire, s’agissant d’animaux – manifestement bien remplies. Bond en l’air, de surprise et de dégoût. Les rongeurs ne s’en formalisent guère. Ils poursuivent un moment leurs pérégrinations, puis s’en vont sans demander leur reste, via le circuit de refroidissement du frigo.

 

C’est une rencontre complètement anodine et qui n'a rien de dramatique, on en convient. Mais on en est pas encore revenu. A Paris, les rongeurs – en cette saison particulièrement, ou en général: pendant toute l'année? – sont-ils donc innombrables à ce point? Au point d’avoir envahi jusqu’aux magasins les mieux tenus? Si on en arrive à voir des rongeurs en train de paisiblement se goinfrer, en pleine heure d’affluence, dans les rayons de supermarché d’un quartier tout ce qu’il y a de plus correct, combien doit-on donc en trouver dans les bas fonds de la capitale? Dans les caves? Les passages souterrains? Les parkings? Les couloirs du métro? Les restos ou magasins pas très à cheval sur l’hygiène? Derrière les palissades des chantiers? Ou au fond des cours d’immeubles délabrés?

 

Hier soir, retour de notre supermarché aux souris, on s’est dit qu’on prendrait bien soin de ne pas passer des jours à enquêter sur ce volet de la réalité parisienne, de peur de faire des découvertes qui nous donneraient (un peu) moins envie de continuer à vivre dans cette ville. On n’a pas encore vraiment décidé, en revanche, si on retournerait ou non dans ce magasin. En attendant, hier, on n’y a pas acheté de fromage. On ne le sentait plus trop.

22/10/2009

Un tri (pour rien)

Cela vaut bien la peine que les gens se décarcassent pour l’environnement, si les pouvoirs publics ne sont même pas capables de s’organiser entre eux pour assurer le suivi. Une belle illustration de gâchis cette semaine, dans le réseau du métro de Paris.

 

Depuis deux ans, dans les couloirs et sur les quais, à côté des poubelles pour les détritus organiques, quelque 1700 poubelles jaunes ont fait leur apparition, spécialement destinées aux matières recyclables comme le papier. Elles servent surtout à recueillir, après leur lecture, les nombreux journaux gratuits qui, le matin et le soir, sont distribués aux usagers à l’entrée des stations. Dès l’introduction dans les sous-sol de ce tri sélectif, similaire à celui pratiqué en surface, les voyageurs ont bien réagi. Résultat, ces poubelles jaunes sont souvent très remplies: elles recueillent chaque jour pas loin d’un million de journaux. Mais un million de quotidiens qui sont triés par les gens… pour des prunes.

 

Ces derniers jours, en effet, les médias parisiens ont découvert qu’en fait, in fine, la RATP remélangeait ce papier trié aux autres déchets, avant de se débarrasser du tout dans les bennes à ordures de la mairie. «C’est idiot!», s’est-on indigné l’Hôtel de Ville: «Quand nos bennes arrivent, elles emportent le conteneur entier, et tout le tri effectué par les voyageurs est annulé!» A la RATP, on invoque un problème de place. Les déchets du métro parisien représentent une telle quantité d’immondices (10.000 tonnes par an) qu’ils doivent être sortis tous les jours. Or, la mairie ne collecte que deux fois par semaine les déchets triés. La RATP assure qu’il lui serait impossible de garder tout ce papier plus longtemps, à moins de «construire des locaux spécifiques, très difficiles à réaliser dans nos stations». Dès lors, à cause de ce problème de place, n'est conservé et ensuite jeté à part que le contenu des seuls réceptacles jaunes surmontés d'un pictogramme «tri sélectif», que l’on trouve dans quelques stations de métro uniquement. Tout le reste du papier s’en va dans les bennes avec les ordures.

 

L’extension d’un tri réellement sélectif à l'ensemble du réseau de la RATP n’est pas prévu. Seules les stations de RER en banlieue, moins exiguës et où il est donc plus facile de stocker des containers, en bénéficieront, courant 2010. Pour les quelque 300 stations du métro de Paris, aucun engagement n’est pris. «Ce sera au cas par cas, selon les possibilités de stockage et de ramassage», a commenté, laconique, la RATP.

 

En attendant, donc, chaque jour quelques centaines de milliers de journaux sont triés pour rien par les Parisiens. Sûr que, lorsqu’ils l’apprendront, ils seront très motivés à continuer à avoir des comportements environnementaux citoyens. Encore bravo.

11/06/2009

Un soupir

sanisette2.jpgIl y a décidément des Parisiens qui n’hésitent pas à entretenir l’image qui est souvent véhiculée (à l’étranger singulièrement) des habitants de la capitale française. L’image, si caricaturale, de gens râleurs, jamais contents, voire volontiers teigneux. Le «Parisien, tête de chien» donc, selon la fameuse expression consacrée. C’est ce qu’on se disait l’autre jour encore en déambulant avenue de la République, la grande artère non loin de la place du même nom. En effet, on y est tombé par hasard sur les signes d’une protestation du voisinage, à la vue desquels on n’a pu s'empêcher de pousser un soupir. Entre agacement et effarement.

 

Il s’agit donc… des sanisettes publiques. Malgré leur nouveau look moins pire qu’avant (ici), les édicules sont refusés par ces habitants du onzième arrondissement. Ils sont inquiets des nuisances qu’engendreraient ces toilettes publiques et redoutent une dévalorisation de l’image de leur quartier ainsi qu’une perte d’attrait pour leurs commerces. Après avoir lancé une pétition pour l’installation de ces toilettes uniquement loin des commerces et des habitations, ils ont suspendu des calicots devant leurs maisons («Non aux WC – Un trottoir oui, un crottoir non!», etc.) et ont réussi à faire fuir les ouvriers qui étaient en train d’installer là ces WC. Du coup, depuis, le chantier est interrompu.

 

Ce n’est pas clairement dit par les protestataires, mais il est probable qu’une catégorie particulière de la population parisienne soit visée par leur croisade anti-sanisettes: les SDF. Qui utilisent forcément beaucoup ces lieux, a fortiori depuis qu’ils sont gratuits.

 

Soupir, donc. On ne voit pas trop comment, dans une ville si densément peuplée et compacte comme Paris, il serait possible de reléguer 400 sanisettes loin de tout. A moins, évidemment, de les rendre moins visibles et accessibles. Et donc d’amener les SDF – et le passant ayant un besoin pressant –  à utiliser les squares, les murs ou les caniveaux comme lieux d’aisance.  

 

Auquel cas, au-delà même de toute considération de dignité humaine, on ne voit pas trop ce que l’image de la ville et l’hygiène publique auraient à y gagner.

08/04/2009

Un remplacement (encore)

On parlait hier des rues et boulevards de Paris qui, bientôt, seront embellis par le remplacement, actuellement en cours, des sanisettes version vieux modèle, qui défigurent le paysage urbain depuis un quart de siècle. Le projet d’une autre amélioration esthétique est lancé cette semaine dans la capitale française. Cette fois, ne sont plus concernés ces blocs massifs de béton (9 tonnes l’unité!) qui abritent les toilettes publiques mais une pièce particulièrement légère et fragile, et néanmoins si utile, du mobilier urbain. Dans le jargon administratif  de l’Hôtel de ville, on appelle cela les «réceptacles de propreté». Les poubelles donc, selon le terme laissé par le créateur de cette si pratique invention (*).

 

Depuis que les attentats new-yorkais du 11 septembre 2001 ont haussé le degré d'alerte du plan français de vigilance antiterroriste (‘Vigipirate’), les poubelles à Paris sont une véritable misère. En effet, les anciennes poubelles en métal ont dû être abandonnées, les consignes de sécurité imposant un modèle de récipient ouvert et transparent – afin qu’on puisse y détecter la présence éventuelle d’engins explosifs. Cela fait donc des années maintenant qu’en guise de poubelles, sur les trottoirs et dans les parcs et jardins de Paris, on ne voit que de misérables cercles de métal auxquels pendouillent lamentablement des sacs en plastique – lorsque ces sacs fragiles n’ont pas été déchirés en répandant leur contenu sur la chaussée. Ce modèle enlaidit d’autant plus la capitale française qu’on y trouve des poubelles un peu partout: on en dénombre 30.000 sur son territoire.

 

Bientôt, cependant, c’en sera fini de ce coup de poing visuel permanent. En effet, à partir de l’an prochain et d’ici à 2014, un nouveau modèle de «réceptacle de propreté» va faire son apparition. Plusieurs prototypes (dont un ici, par exemple) ont déjà été dessinés en 2007, dans le cadre d’un concours d’idées lancé un an plus tôt par la mairie. Deux ans plus tard, celle-ci vient donc de décider de passer à l’étape supérieure: une grande consultation des habitants afin de sonder leurs préférences.

 

Car cela a l’air tout bête de changer de poubelle, mais, en fait, ce n’est pas si simple que cela, a fortiori dans une ville comme Paris. D’abord, dans les quartiers architecturalement protégés (et ils sont nombreux ici), les préconisations esthétiques des Bâtiments de France doivent intégralement être respectées. Ensuite, le modèle de poubelle choisi doit non seulement être esthétique mais également pratique, afin de ne pas compliquer ni ralentir le travail des éboueurs. Enfin, même si les récipients à déchets sont transparents et ouverts, avant de pouvoir être installés sur la chaussée, ils doivent avoir passé avec succès les tests de sécurité de la préfecture de police. Ainsi, lors du concours de 2007, des charges explosives ont été placées dans chaque prototype afin de vérifier qu’en cas d’explosion, le matériel brisé ne blessait pas le public.

 

Cerise sur le gâteau, si l’on ose dire s'agissant d'ordures, chaque future nouvelle poubelle parisienne sera assortie d’un cendrier de rue. Afin d’essayer de réduire un peu le nombre de mégots jetés par terre: une véritable plaie qui, depuis que le tabac a été interdit dans les lieux publics, a transformé les rues de Paris en gigantesque cendrier.

 

 

 

(*) Pour rappel et pour la petite histoire, le terme ‘poubelle’ vient du patronyme d’Eugène Poubelle: le préfet de Paris qui, en 1884, imposa pour la première fois aux habitants de la capitale de déposer leurs ordures ménagères dans des récipients communs, qui étaient alors en bois et en fer blanc.

07/04/2009

Un remplacement

sanisette.jpgToujours non au ras des pâquerettes, plutôt rares ici, mais au ras du macadam, Paris en ce moment s’occupe de… ses lieux d’aisance. Comme d’ailleurs la Ville de Bruxelles, qui, lisait-on l’autre jour dans «La Libre», va installer de nouvelles toilettes publiques sur son territoire. Dans la Ville lumière, l’on est en train de procéder au programme de remplacement des 400 sanisettes qui, depuis le début des années 80, parsèment la cité.

 

A titre perso, on l'avoue, ces toilettes publiques sont bien un des rares endroits de la capitale où, pendant toutes ces années de Parisien, on n’a jamais trop osé s’aventurer. Appréhension de se retrouver dans des lieux aussi clos. Idée sans doute totalement reçue d’y être confronté à une propreté douteuse et à des odeurs nauséabondes. Vague crainte que la porte de ces toilettes, à cause d’un dysfonctionnement technique quelconque, s’ouvre avec impudeur alors qu’on est en pleine occupation. Hantise carrément que cette porte ne s’ouvre pas quand on a terminé et qu’on reste donc enfermé là pendant des heures dans l’attente d’hypothétiques sauveteurs. Une hantise qui, cela dit, a l’air d'être assez répandue dans l’imaginaire populaire parisien puisque c’est expressément pour éviter que les gens craignent d’y rester enfermés que les nouveaux modèles de sanisettes en cours d’installation prévoient, outre une porte automatique, «une ouverture de secours manuelle».

 

Le diable se niche dans le moindre détail, dit l‘adage. Mais l’ingéniosité et la créativité aussi, comme l’illustrent bien ces nouvelles sanisettes parisiennes.

 

Ainsi, l’eau de pluie sera récupérée au niveau du toit de l’édicule et servira au lavage de son plancher, permettant ainsi des économies d’eau. Un puits de lumière aménagé dans le toit  des toilettes offrira un éclairage naturel qui complètera l’éclairage arttificiel, lui-même de faible consommation. Un détecteur de présence permettra de n’éclairer les lieux que lorsqu’ils sont occupés. On nous annonce aussi «un espace intérieur agrandi», une accessibilité conçue à 100% pour les handicapés (instructions sonores, en braille, etc.) ainsi qu’«une sonorisation d’ambiance» mais là, on craint un peu le pire: genre atroce «musak» d’ascenseur, qu’ils seraient bien capables d'assortir, en plus, de publicités commerciales.

 

sanisetteenrue.jpgQuant à son design, cette sanisette high-tech présentera «une ligne inspirée de l’arbre, avec une base qui soutient la structure comme un tronc soutient les branches».  Le tout, assure la mairie, «s’intègre parfaitement à l’environnement urbain parisien». On verra cela. En la matière, de toute manière, on peut difficilement faire pire que les édicules actuels, qu’on a toujours trouvés particulièrement hideux.