08/04/2013
Une apparition
François Hollande l'a confirmé, ce matin: un projet de loi va être présenté pour renforcer l'interdiction du port de signes religieux ostensibles. Jusqu'à présent, foulards musulmans, turbans sikhs ou autres kippas juives n'étaient prohibés que dans les services publics au sens strict. Bientôt, ils pourraient l'être également dans les établissements ou associations privés mais remplissant des missions de service public: les crèches privées, par exemple
En attendant, depuis 2011 en France, le port du voile intégral musulman (niqab, etc.) est censé interdit sur la voie publique en général. On s'en est souvenu samedi. Quand, en fin d'après midi, dans notre métro, à une station de la ligne 8 en plein Paris, est montée dans la rame une jeune femme habillée de la sorte. Couverte de la tête aux pieds, seuls les yeux visibles. Au vu des paquets qu'elle portait, elle venait de faire les boutiques. En la voyant entrer, on s'est dit que, peut-être, l'intéressée allait se prendre des remarques hostiles des usagers. Rien. Pas un mot. A peine quelques regards. Les gens ont fait comme si de rien n'était, le voyage s'est poursuivi sans encombres.
Et, le métro étant une fois de plus épouvantablement bondé, ses voyageurs collés-serrés à touche-touche, on n'a pu faire autrement qu'apercevoir ce que, sous notre nez – au propre, pas au figuré –, cette femme en noir textotait, sur son Blackberry dernier cri: «J'ai acheté une petite robe courte».
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01/10/2012
«Un curseur de plus en plus intrusif»
Elles sont déjà nombreuses, les campagnes de pub qui, à Paris,ont fait scandale: soit par leur contenu, soit par la mesure d'interdiction prise à leur encontre (relire ici, là, là, ou là et encore là, pour ne prendre que ces exemples). Ces dernières années, Métrobus, la régie publicitaire de la RATP, a particulièrement fait parler d'elle à ce sujet, en interdisant la diffusion, dans le réseau de transports parisien, de campagnes de pub ou de promo jugées par elle politiquement incorrectes – se souvenir des caviardages de clope ou de pipe sur des affiches relatives à Gainsbourg et Mr Hulot-Jacques Tati, pour ne citer qu'elles.
La dernière controverse en date porte sur les affiches d'«Ainsi soient-ils»: la prochaine série de la chaîne de télé franco-allemande Arte, qui narre les tribulations d'hommes de foi. Métrobus a refusé ses affiches, redoutant que des croyants soient heurtés par leur visuel. Ce qui met en colère l'«Observatoire de la liberté de création». Dans un communiqué, ce collectif (qui dépend de la Ligue des droits de l'homme) vient de fustiger la RATP, et d'en appeler carrément au gouvernement.
A ses yeux, «la RATP voit dans cette main dans le dos (représentée sur l'affiche) une allusion sexuelle. Quelle que soit la pertinence de son interprétation, que chacun est libre de considérer ici comme excessive ou non, dès lors qu’il s’agit de l’espace public, ce gouvernement va-t-il continuer, comme le précédent, à laisser une régie privée décider de ce qui est choquant ou non, en censurant, selon un curseur de plus en plus intrusif, des images qui n’ont rien d’illégal?»
Histoire de modifier le positionnement de ce «curseur» moral, l’Observatoire a demandé à la ministre de la Culture de se saisir de ce dossier. Et «de s’engager dans la continuité des engagements de François Hollande pendant sa campagne, à protéger efficacement la liberté de création et de diffusion des œuvres».
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31/10/2011
Une manifestation
On est tombé sur eux complètement par hasard. Samedi soir, dans le quartier de l’Opéra. On les a entendus avant de les voir, en fait: quand, couvrant les bruits du trafic et des rues bondées, ont résonné… des cantiques, puis des «Notre Père».
C’était une manifestation de catholiques traditionnalistes. Cela valait le coup d’œil. En tête du cortège, un prêtre en soutane brandissait un gigantesque crucifix en bois. Derrière la banderole de tête («La France est chrétienne et doit le rester»), quelques centaines de personnes – beaucoup de vieux, mais aussi beaucoup de très jeunes – scandaient des slogans tels «France, Jeunesse, Chrétienté!» ou «Christianophobie, ça suffit!». Et une forêt de bannières du Sacré cœur.
Depuis dix jours, au Théâtre de la Ville, place du Châtelet, ces catholiques traditionnalistes, chaque soir, perturbent les représentations d’un spectacle qu’ils jugent blasphématoire. Dans leur cortège, samedi, probablement figuraient aussi ces quelques jeunes qui, fin juin, avaient fait de la provoc’ à la Gay Pride: retranchés, sous forte protection policière, derrière les grilles de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, l'église des intégristes de Mgr Lefebvre, ils avaient hurlé, pendant toute l'après-midi, «Nous sommes tous des enfants d’hétéros!». Sans doute dans ce cortège trouvait-on aussi les organisateurs des fameux apéros géants saucisson-pinard qui défrayèrent la chronique, l’été dernier. Voire, qui sait, ces militants «identitaires» qui, ces derniers hivers, avaient mis sur pied une soupe populaire au lard – donc interdite de facto aux SDF de confession musulmane.
Leur manifestation de samedi a eu pas mal de retentissement médiatique. En revanche, c’est dans une indifférence assez générale que ces mêmes catholiques ultras, depuis quelques semaines, manifestent devant l’hôpital Tenon, dans le vingtième arrondissement de Paris. Pour protester contre la réouverture annoncée du centre IVG de cet hôpital, ils viennent, chaque dimanche matin, brandir des crucifix et des pancartes avec des slogans du style : «Maman, papa... ne me tuez pas!». Puis, ni une ni deux, s'agenouillent à même le trottoir et récitent des «Notre Père»…
A part cela, depuis quelques mois, les prières de rue sont interdites en France.
11:53 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : religion, activisme, folklore, paris
16/04/2010
Un enterrement
Tiens, puisqu’on parlait hier de la restauration rapide: il y a du neuf dans cette grosse affaire du mois dernier, à propos des hamburgers halal expérimentés par Quick dans quelques-uns de ses restaurants (si vous n’aviez pas suivi cela à l’époque, c’est ici, là et là). En effet, a-t-on appris en fin de cette semaine, les opposants à cette initiative n’ont pas été suivis par la justice.
Ainsi, avant de se raviser quelques jours plus tard, le maire (PS) de Roubaix (Nord), une des villes concernées par l’expérimentation, avait porté plainte contre Quick pour discrimination. Argument: dans ses fast-food halal, la fourniture de services (= de burgers) serait illégalement subordonnée à l’appartenance ou non à une communauté religieuse. La police judiciaire de Lille avait été chargée de l’enquête. Mais finalement, vient-on d’apprendre, cette plainte a été classée sans suite par le parquet. Le procureur, en effet, a considéré que l'infraction n'était «pas constituée» puisque, dans ces Quicks servant des burgers halal, sont disponibles aussi, pour les clients non-musulmans, des salades ainsi que des sandwiches au poisson ou au fromage: autant de menus non halal.
Enterrement judiciaire de la polémique, donc. Dès le début, on s’était dit que le tumulte autour de ces burgers «muslim friendly» était tellement exagéré qu’il en devait insensé, voire suspect ou carrément très peu sympathique politiquement.
PS : Sinon, même si cela n’a strictement rien à voir, du neuf aussi hier dans un autre feuilleton ayant déjà pas mal alimenté ce blog. Une saga elle beaucoup plus grave puisque meurtrière. Dans la nuit de mercredi à jeudi, un incendie s’est déclaré dans un campement de gens du voyage de Gagny (banlieue ouest de Paris). Un garçonnet âgé de cinq ans y a trouvé la mort. Brûlées à 80%, sa sœur, âgée de deux ans, et sa mère ont dû être hospitalisées et sont dans un état très grave. C’est au moins la cinquième fois que, ces dernières années, pareil drame se produit en région parisienne. Si une telle série noire donnait envie de chantonner, on pourrait sans doute reprendre Cabrel: «Et ça continue, encore et encore. C'est que le début d'accord, d'accord».
11:02 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : gastronomie, immigration, religion, pauvreté
09/03/2010
Une cochonnerie
Décidément, même plusieurs semaines après l’expérimentation lancée par Quick, ils restent bien indigestes pour certains, ces burgers halal. Ainsi, comme nous l’apprenait hier le journal «Le Progrès» de Lyon (ici), ce week-end, une bande de jeunes issus de la mouvance d’extrême droite a envahi le Quick de Villeurbanne, un de ces quelques fast-food français qui ne servent plus que de la viande halal. Ces manifestants arboraient des masques de cochons. Parmi leurs slogans: «Tout est bon, dans le cochon!», «Quick halal, non merci: islamisation, ça suffit!», «On est chez nous!», ou «Première, deuxième, troisième génération: nous sommes tous des mangeurs de cochons!»
Le déguisement animalier de ces trublions ne devait évidemment rien au hasard, la consommation de porc étant prohibée pour les musulmans. C’était donc un accoutrement et un geste politique clairement insultants.
Voilà qui ramène le débat politique à un niveau pas loin de la porcherie. Ce n’est pas la première fois que la communauté musulmane de France doit subir de telles cochonneries politiques et verbales. Georges Frêche, le leader populiste (et alors encore socialiste) languedocien, traita jadis les harkis (les supplétifs musulmans des troupes françaises pendant la guerre d’Algérie) de «sous-hommes» mais aussi de «cochons». A peu près à la même époque, des groupuscules d’extrême droite distribuèrent à Paris une «soupe populaire au cochon», pour dénoncer la part trop importante selon eux de musulmans parmi les SDF bénéficiant de l’aide caritative.
Après la soupe au cochon, après les cochons de harkis, voici donc le fast-food halal envahi par des cochons d'extrême droite. C’est vraiment la France rance. Celle que, décidément, on aime le moins.
10:44 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : immigration, religion, activisme, gastronomie
22/02/2010
Un marché
On a déjà beaucoup parlé, la semaine dernière, de cette controverse à propos des burgers halal. Que ce soit à Roubaix, à Argenteuil ou dans les quelques autres villes de France concernées, ces restos Quick «muslim friendly», on va dire, marchent visiblement du tonnerre, a-t-on lu, vu et entendu en boucle dans les médias, ce week-end. Cela se confirme donc: il y a un marché pour ce créneau gastronomico-identitaire. Fin janvier déjà, l'une ou l'autre enquête d’opinion réalisée par l’institut Ifop avait mis le doigt sur l’engouement de la communauté musulmane de France pour ce type de produits.
A en croire Ifop, 59% des personnes issues de familles musulmanes achètent systématiquement de la viande halal. 28% en consomment la plupart du temps ou de temps en temps, et seulement 12% n’ont jamais recours à ces produits. Le succès des produits halal ne concerne pas que la viande: 40% des musulmans consommateurs de cette dernière achètent aussi des plats cuisinés (frais, en conserve ou surgelés), des desserts, des chocolats ou des bonbons halal. Avec une population musulmane française évaluée à quelque 5 millions d’âmes, cela fait au bas mot un marché de plus de 3 millions d’acheteurs et de consommateurs.
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L’achat de viande halal «est très étroitement corrélé à la pratique religieuse». Ainsi, 91% des musulmans fréquentant une mosquée consomment halal. Mais 44% des musulmans non-pratiquants en consommant également, ce qui montre qu’il s’agit d’«une consommation identitaire et pas seulement religieuse». L’Ifop note encore que, «si les consommateurs réguliers de viande halal représentent 71% des membres de la première génération» issue de l’immigration, «cette proportion chute significativement dès la seconde génération (51%)». En clair, «plus on est jeune, moins on consomme halal: l’achat systématique de viande halal diminue quand on descend la pyramide des âges, même si elle est encore légèrement majoritaire chez les plus jeunes».
Conclusion: si en France il y a inconstestablement un marché halal sur lequel le business peut espérer prospérer, une part de ce marché ne doit pas moins être conquise et développée par les industriels de l’agroalimentaire, s’ils veulent que ce secteur reste florissant à l’avenir. Il ne faut évidemment pas chercher autre part les raisons de l’initiative à l’attention de la communauté musulmane lancée par Quick, enseigne très populaire chez les jeunes comme chacun sait. Ce n’est ni de la philanthropie et encore moins de l’islamophilie. C’est du business, de l’investissement en somme.
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19/02/2010
Une contagion
On en avait parlé ici dès mardi: de cette expérimentation de fast-food halal à destination de la communauté musulmane. Et, il a bien fallu le constater: ce fut la controverse de la semaine en France. L’indignation de Marine Le Pen, en effet, a fait contagion un peu partout: dans les partis démocratiques, de droite comme de gauche, sous la plume des éditorialistes, etc. De toutes parts, ces derniers jours, on n’a entendu que les mots «communautarisme», «clientélisme marketing», «grave dérive», «impôt islamique», «indignation», «inadmissible», etc.
Cette pittoresque affaire de burgers à la dinde fumée et non au bacon pourrait même avoir des prolongements judiciaires. En effet, le maire (socialiste) de Roubaix, une des villes concernées par cette expérimentation culinaire, envisage de saisir les tribunaux pour pratique commerciale discriminatoire. Car, selon l’argument-massue de la semaine: serait gravement discriminatoire le fait pour les clients non-musulmans de ces restaurants de n'avoir d'autre choix que d’y manger halal. C’est d’ailleurs ce même argument qui a fondé la saisine par cet élu de la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde), qui est donc invitée à se prononcer la question.
Face à ce tumulte qu’il a jugé complètement disproportionné, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) a fait deux réflexions. Un : «des restaurants qui ne servent que du halal ou que du casher, ça existe depuis toujours» dans l’Hexagone. Deux: «il y a beaucoup de restaurants qui ne proposent pas de nourriture halal, et les musulmans ne crient pas pour autant à la discrimination». Cela semble le bon sens même. Pas sûr, cependant, que cela suffira à apaiser la polémique.
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16/02/2010
Une expérimentation
Quick France l’a confirmé hier après-midi: la société de restauration rapide mène actuellement une «expérimentation» dans quelques-uns de ses restaurants. Cette innovation consiste à servir à leurs clients de la viande halal (à savoir, de la viande provenant d'animaux abattus selon le rite islamique). Une dizaine des quelque 450 établissements de cette enseigne dans l’Hexagone sont concernés, situés en banlieue parisienne, marseillaise, lyonnaise, toulousaine ou dans le Nord. Ce week-end déjà, cette expérimentation avait donné lieu à un fameux coup de colère à la télé.
C’était dimanche midi, sur Canal. Et c’était assez spectaculaire. Débit saccadé, mâchoires crispées, regard d’acier: Marine Le Pen éructait contre cette expérimentation. «Ceux qui ne veulent pas manger halal n'auront même pas le choix! C’est inadmissible!», tempétait la fille du patron du Front national. Selon qui cela illustrait bien l’ignominieuse avancée du «communautarisme» et de «l’islamisation» en France.
En la voyant s’agiter à la télé, on avait vraiment du mal à partager son indignation. Du mal à s’apitoyer sur le sort de ces malheureux carnivores amateurs de Quick qui, même s’ils sont non-musulmans, devront, dans ces quelques restaurants concernés, manger des hamburgers à base de dinde fumée et non de porc ou de bacon. Etait-ce donc si grave? Leur identité de non-musulman était-elle profondément outragée par cette consommation occasionnelle de viande halal? N’est-il pas plus intéressant de se demander pourquoi en France, pays abritant la plus grande communauté musulmane d’Europe, il a fallu attendre 2010 avant qu’une chaîne de fast-food élargisse la gamme de ses menus de manière à ce qu’ils soient accessibles aux consommateurs de toute confession religieuse?
Quick avance des raisons logistiques pour expliquer le fait que, dans ses quelques restaurants expérimentant la viande halal, on ne proposera plus de viande non-halal aux clients: il serait difficile de faire se cohabiter ces deux types de viande dans les mêmes cuisines. On n’a jamais travaillé dans un fast-food, donc on n’est pas spécialiste de leurs cuisines, mais, à première vue, l’argument ne nous semble pas complètement absurde.
De manière plus générale, en écoutant la tirade de Marine Le Pen, on se disait que, décidément, devenait fatigante cette phobie rabique anti-communautariste régnant en France. Ce républicanisme sourcilleux qui présente comme d’office illégitime, culpabilise voire condamne carrément tout sentiment d’appartenance à une communauté. Nous, on a toujours vu les choses de manière beaucoup moins crispée: ne peut-on donc se sentir une affinité avec tel ou tel groupe particulier et, en même temps, se sentir parfaitement intégré dans la majorité et se sentir solidaire du plus grand nombre?
A Paris, on a toujours vécu dans des quartiers où se croisent des tas de communautés et donc autant d’habitudes alimentaires répondant parfois à des prescrits religieux, prescrits dont on ne s’est jamais le moins du monde formalisé. Quand, au supermarché du coin, tel aliment classique vient à manquer et qu’on doit se rabattre sur sa version kasher, on ne se sent pas insulté dans notre identité: on prend cela pour une découverte culinaire sympa. Quand, dans les rues animées des quartiers Bastille ou Oberkampf, on voit de plus en plus de petits restos populaires (kebabs, etc.), très fréquentés par la jeunesse issue de l’immigration, s’afficher halal dès leur porte d’entrée, on s'en réjouit même si on n'est pas musulman, car on trouve cela accueillant. En fait, que l’on mange halal, kasher ou classique, on s’en fiche, pourvu que ce soit sain et appétissant.
Mais sans doute est-on, politiquement et culturellement, plus décontracté que Marine Le Pen.
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08/12/2008
Une tradition
Les Français adorent les sapins de Noël. Ce sujet, à défaut d’être d’un intérêt fou dingue, est au moins pile poil dans l’actualité puisque, ce week-end, le premier des Français, Nicolas Sarkozy en personne, a fait installer son sapin de Noël dans la cour d’honneur du palais de l’Elysée.
Ce faisant, le Président a un peu devancé ses compatriotes. En effet, si l’on en croit une étude sur la question – 23 pages de chiffres, de tendances et de graphiques rien que sur les sapins de Noël: il y a des sondeurs qui mériteraient le Nobel de l’abnégation – c’est plutôt entre le 15 et le 20 décembre que la majorité des Français achètent leur sapin de Noël. Ce n’est pas un petit marché. Chaque année, un ménage français sur quatre (22,2%) sacrifie à cette tradition, ce qui fait 5,9 millions de sapins vendus chaque Noël, à un coût unitaire moyen de 22 euros.
Les Français préfèrent le sapin naturel au sapin artificiel. L’espèce en vogue (celle d’ailleurs choisie par l’Elysée) est le Nordmann, qui supplante l’épicéa et le sapin blanc. Les Français achètent leur sapin coupé plutôt qu’en pot ou en motte. Ils effectuent cet achat au supermarché plutôt que chez le fleuriste ou le pépiniériste. A l’inverse de l’hôte de l’Elysée (9 mètres !), ils préfèrent un sapin de taille moyenne (entre 1 mètre et 1,50 mètre). Le profil type des ménages acheteurs de sapins naturels? Entre 25 et 49 ans, aussi bien artisans que commerçants, chefs d’entreprises, cadres ou professions libérales, résidant en région parisienne ou dans l’Est de la France et ayant des enfants. Les acheteurs de sapins artificiels, eux, sont davantage des professions intermédiaires, des employés et ouvriers, et des ménages de moins de 35 ans.
Nicolas Sarkozy a beau être un adepte de la «rupture», il n’en sacrifiera pas moins, comme tous ses prédécesseurs, à la tradition de Noël. Dans dix jours, il recevra des enfants à goûter aux pieds du sapin de l’Elysée, après les avoir conviés à une représentation du «Roi Lion» au Théâtre Mogador. En ces temps écologiquement corrects, le chef de l’Etat a bien pris soin de préciser (ici) que cette opération sapin de Noël avait été menée «dans un souci constant d’éco-responsabilité, de sa production jusqu’à son recyclage en passant par l’installation et la décoration». Ainsi, l’arbre «sera recyclé en compost après broyage, éclairé par des ampoules basse consommation, et sa décoration a été réalisée par une entreprise favorisant l’insertion professionnelle». C’est donc vraiment Noël.
11:15 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, economie, folklore, religion
23/10/2008
Une quête
Reçu ce matin dans la boîte aux lettres, à la maison, un appel à dons émanant du diocèse de Paris. Accompagné d’une lettre du cardinal André Vingt-Trois, nous assurant de sa prière et nous exhortant à «avancer ensemble dans la lumière». Et un petit tiré à part, format marque-pages bien pratique, avec au recto une photo de Benoît XVI saluant la foule devant la cathédrale Notre-Dame et au verso un «Notre Père».
On n’a pas encore trop bien compris pourquoi ni comment nos coordonnées personnelles avaient abouti à l’archevêché, mais on a profité de ce courrier pour consciencieusement y dénicher des tas d’informations passionnantes sur l’église catholique à Paris.
Ainsi, si l’on veut contribuer par prélèvement bancaire automatique au «denier de l’Eglise», comme cela s’appelle, le montant minimum est fixé à 10€ par mois. Comme c’est le cas pour toutes les associations agréées, 66% de ces dons donnent droit à une réduction d’impôt. «Par exemple, un don de 100€ vous revient à 34€ après votre réduction d’impôt», explique merveilleusement bien le dépliant de l’archevêché. On y apprend aussi que plus de 500 messes sont célébrées chaque jour à Paris, que 543 prêtres sont en activité dans la capitale, que 23.000 enfants y suivent le catéchisme, que 230 adultes y sont baptisés chaque année et que, dans les 107 paroisses parisiennes, 144.000 personnes vont à la messe chaque semaine – 144.000 sur, pour mémoire, une population de, grosso modo, 2 millions de Parisiens.
Pour sensibiliser le lecteur moyen de son appel à dons aux dures réalités matérielles, l’Association diocésaine de Paris y dévoile quelques dessous de ses finances. Ainsi, on apprend qu’un prêtre gagne un salaire mensuel brut de 1000€, que le chauffage d’une paroisse en hiver coûte entre 1500 et 4000 €, et que le budget de l’Eglise catholique de Paris s’élève à 58,2 millions d’euros. Côté dépenses, le plus gros poste est consacré au paiement des salaires des laïcs (16 millions), trois fois plus important que le traitement du clergé (4,9 millions). Côté recettes, l’Eglise catholique de Paris touche 10,9 millions d’euros (=18,8 % de son budget) de ses «produits immobiliers», les «offrandes, cérémonies et messes» lui rapportent 3,2 autres millions (5,5%), et les «recettes troncs, cierges et ventes de charité» 13,5 millions (23,2%).
Les «quêtes ordinaires», elles, rapportent chaque année 8,6 millions d’euros à l’archevêché, soit 14,7% de son budget. Ce chiffre nous permet d’être odieusement indiscret et de calculer le montant moyen donné par le fidèle parisien moyen à la collecte à la messe. Si l’on divise la recette annuelle par le nombre de semaines puis de jours de l’année (car comme le rappelle le dépliant: «L’Eglise ne prend pas de vacances, ses services s’échelonnent tout au long de l’année»), on obtient le montant d'une journée de quête dans les églises de Paris: quelque 23.000 euros. Si ensuite on divise ce chiffre par le nombre de fidèles assistant à la messe dans la capitale (144.000 par semaine = en gros 20.500 par jour), cela donne environ… 1€ par collecte et par personne. Ce qui est sans doute honorable, par ces temps de crise.
Mathématiquement, si l'on divise le nombre quotidien de fidèles parisiens (20.500) par le nombre de messes tenues par jour dans la capitale (plus de 500), cela donne une quarantaine de participants à chaque office. Ce qui n'est déjà pas énorme. Pratiquement, la majorité des fidèles allant surtout à la messe le dimanche et pas les autres jours, cela doit donner des messes encore moins suivies et des églises donc très très vides en semaine. On comprend mieux, du coup, pourquoi un tel appel à dons.
11:26 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, religion, economie
12/09/2008
Un siège
Petit conseil d’ami, pour bien terminer la semaine. Si vous comptez circuler dans Paris ces 36 prochaines heures – en tant que Parisien vaquant à ses occupations ou en tant que visiteur de passage ici – , prenez toutes vos précautions et renseignez-vous bien (ici, par exemple). Pour la venue du représentant du Saint-Siège, en effet, la capitale est… en état de siège – c’est le cas de le dire.
D’ici à samedi soir, on ne comptera plus les artères interdites à la circulation, les stations de métro et de RER fermées, les itinéraires de lignes de bus modifiés, et autres «périmètres d’isolement» imposés. Rien que dans la capitale, quelque 3500 pandores sont mobilisés pour assurer la sécurité du Pape et le bon déroulement de son séjour. Pour retrouver pareille mobilisation des forces de l’ordre, il faut remonter à la dernière visite de George Bush.
Selon l’échelle des risques d’attentats établie par l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat), Benoît XVI est classé en degré 2. Un niveau d’alerte qui nécessite par exemple le déploiement des officiers d’élite du Raid ou le recours au Service de protection des hautes personnalités. Ces agents auront notamment à leur disposition des tenues NRBC, qui leur permettront de faire face à d’éventuels attentats bactérologiques ou chimiques. Et pour la visite papale à Lourdes dimanche, ce sont carrément un avion-radar, des avions de chasse et des rampes antimissiles qui ont été déployés.
Tout cela donc pour une personnalité classée en degré 2 par les services anti-terroristes. Du coup, évidemment, on ne peut que se demander quel dispositif de sécurité encore plus impressionnant pourrait être déployé pour une personnalité catégorisée de niveau 1, à savoir le degré d’alerte maximal. Ici, toutefois, on touche sans doute à l’indicible. Ce degré, en effet, se réfère à «une menace absolue et imminente». L’horreur, en somme.
10:55 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Paris, Religion, Sécurité, Police
30/07/2007
Un homme épatant
Petit pincement au cœur tout de même hier soir, en apprenant la mort de Michel Serrault.
On avait croisé le comédien l’été dernier à Paris, un peu par hasard, à l’occasion d’une interview au débotté pour remplacer un confrère malade, si on se souvient bien. On y était allé, on l’avoue, avec des pieds de plombs. Les confidences des stars de cinéma, Zaza Napoli et tout cela, on en soupirait déjà. En plus, le sujet n’était pas facile: le papier s’insérait dans une série d'articles de fond sur les personnalités et leur rapport à la foi, au sacré, à la religion, etc. On n’avait pas eu le temps de préparer l’entretien. Enfin, c’était un lundi matin tôt et, comme tous les lundis matins tôt, on était mal réveillé.
Le rendez-vous avait été fixé dans un palace de l’avenue Montaigne (soupir, à nouveau). On avait retrouvé l’acteur un peu perdu, minuscule, dans un énorme et moelleux canapé. Impayable avec son petit costume de dandy et, sur le nez, des lunettes de soleil démesurées. Il était couvert du regard par son entourage comme s’il était une petite chose fragile et précieuse.
L’entretien s’était merveilleusement déroulé. Tout de suite, le contact était passé. L’homme était charmant et son propos passionnant. Serrault professait et pratiquait un christianisme pragmatique, attentif, proche des gens, tolérant et profondément ancré dans le social. Autant il s’enthousiasmait pour le petit curé de campagne à l’écoute de ses ouailles ou pour l’ermite ascétique, autant il vomissait les hiérarques romains pétris de certitudes, engoncés dans leurs privilèges et donneurs de leçons. De tout son être, se dégageaient une grande humanité, une réjouissante humilité et surtout, évidemment, un extraordinaire sens de l’humour: cet homme malicieux et taquin, qui cultivait beaucoup l’autodérision, était décidément fabuleusement drôle. Rarement avait-on autant ri dans une interview - et celle-ci pourtant avait beaucoup de profondeur.
On se souvient qu’après avoir pris congé de l’intéressé, on s’était dit que le journalisme, décidément, avait cela d’enthousiasmant qu’il improvisait parfois d'épatantes rencontres.10:55 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, Religion, Journalisme



