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23.01.2012

Un mésusage

Non, on n'a pas subitement adhéré à une ligue moraliste et/ou anti-alcool. Mais, vivant dans un coin de Paris très fréquenté par les fêtards et autres noctambules – et où, donc, la boisson coule à flots –, on a été assez impressionné par les chiffres sur l'alcool dans la capitale, que vient de donner la préfecture de police.

 

L'alcool désinhibe, c'est bien connu – et c'est souvent cela qui est assez drôle. Mais, parfois, cette désinhibition tourne vraiment (très) mal. Ainsi, à Paris l'an dernier, «22% des auteurs de violences sexuelles ont agi sous l’emprise de l’alcool». Ce fut aussi le cas de «19% des auteurs de violences» non motivées par des raisons crapuleuses. Dans cette catégorie, par exemple, 19% des coups et blessures volontaires ont été portés par quelqu’un qui était en état d'ébriété.

 

Dans un autre registre, l'alcoolémie a joué un rôle dans 28% des 50 accidents de la circulation qui, à Paris en 2011, ont tué – tué 6 piétons et 6 motocyclistes, notamment. En outre, parmi les 4.681 conducteurs qui, dans la capitale, ont vu leur permis de conduire suspendus par le préfet, 75% conduisaient en état d’ivresse (et 5% sous l’emprise de stupéfiants).

 

A Paris comme dans toute la France, dès le mois de mars prochain, l'éthylotest fera partie des équipements devant impérativement être présents dans chaque véhicule, à l'instar du gilet jaune fluo, du triangle de signalisation, etc. Les automobilistes ayant bu seront censés avoir soufflé dans le ballon avant de démarrer leur véhicule.

 

Reste à voir si cette obligation sera respectée. Et si, à Paris en 2012, le mésusage de l'alcool aura globalement moins de conséquences dramatiques que l’an dernier.

18.01.2012

Une vi(ll)e barricadée?

Paris, Sécurité, Police, Etrangers, GouvernementC'est le chiffre qui a marqué, hier, et a fait parler de lui: +17%. Soit l'augmentation du nombre de cambriolages, l'année dernière en France. Le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant – qui, décidément, a toujours un petit mot sympa envers les étrangers... – , a donné notamment cette explication: «Nous devons nous adapter à des phénomènes nouveaux, par exemple les cambriolages qui sont conduits par des bandes venant des pays d’Europe centrale et orientale».

Paris n'échappe pas à la tendance générale du pays. L'an dernier, très exactement 12.595 cambriolages y ont été déclarés aux autorités. Cela fait quand même plus d’un millier de vols par effraction chaque mois, près de 35 chaque jour. D'après les statistiques plus détaillées, notre cher onzième arrondissement figure dans le peloton de tête des quartiers parisiens les plus visités par les Arsène Lupin. Bien avant des arrondissements pourtant infiniment plus cossus, comme le seizième ou le septième.

A dire vrai, on n'a pas été trop étonné par ces chiffres, hier. Rien que parmi nos voisins les plus proches, trois ont été victimes d'un cambriolage, l'an dernier. L'un d'eux, habitant un duplex, a même eu la mauvaise surprise, un matin en descendant de sa chambre à coucher, de constater que tout le rez de son appart' avait été dévalisé pendant la nuit, alors qu'à l'étage, il dormait à poings fermés...

Depuis, dans le quartier, et probablement au-delà, dans Paris tout entier, la profession qui se frotte les mains, en ce moment, ce sont les installateurs de systèmes d'alarme.

Vivre barricadé. Dans une ville que l'on trouve déjà truffée de digicodes. On ne s'est pas encore fait à l'idée.

17.01.2012

Un bilan assez éclairant

18. C'est, depuis la mi-avril, le nombre de femmes qui, à Paris et dans sa proche banlieue, ont été verbalisées par les policiers pour infraction à la fameuse loi qui, depuis le printemps, interdit le port du voile intégral musulman (niqab, etc.) sur la voie publique. «Au total, il a été procédé à 28 contrôles» dans cette région, lit-on dans le dernier point qu'a fait la préfecture de police sur la question: «douze contrôles à Paris, dont six verbalisations, cinq dans les Hauts-de-Seine et autant de verbalisations, onze contrôles en Seine-Saint-Denis dont sept verbalisations, aucun contrôle ni verbalisation dans le Val-de-Marne».

18 femmes verbalisées, donc. En 10 mois d'application de la loi.

Cela relativise assez bien, trouve-t-on, les cris d'orfraie qu'avaient poussés certains ministres et parlementaires sarkozystes l'an dernier, selon lesquels le port du niqab était en train de prendre des proportions affolantes en France, et y menaçait l'ordre public.

Dommage, cela dit, que la préfecture n'informe pas davantage sur les circonstances ayant donné lieu, à Paris, à ces six verbalisations. Cela permettrait de vérifier si, parmi ces femmes verbalisées, ont figuré, ou pas, ces très riches et respectables touristes intégralement voilées venues des Emirats ou autres, qui sont les hôtes de marque réguliers des palaces multi-étoilés de la capitale ainsi que des maroquineries, joailleries et boutiques de haute couture de l'avenue Montaigne ou de la place Vendôme.

Juste pour savoir si le rétablissement de l'autorité républicaine dans les «zones de non-droit» – ainsi que les plus hautes autorités de l'Etat ont jadis désigné les banlieues difficiles – a concerné également, et équitablement, les quartiers les plus chics du pays.

04.01.2012

Une communication déconcertante

Rien ne change, d'une année à l'autre. Une fois de plus, en ce début d'année, on a été (un peu) déconcerté par la manière dont les autorités ont communiqué, depuis dimanche, à propos du bilan sécuritaire du réveillon du Nouvel An. Déconcerté doublement.

Déconcerté, d'abord, par les cocoricos du ministère de l'Intérieur, dus au fait que deux fois moins d'interpellations, et globalement de dégradations, ont été déplorées par rapport à l'an dernier. Certes. Mais, ce sur quoi le gouvernement se garde bien d'insister, c'est sur le fait que, pour en arriver là, il a fallu, pour la deuxième année consécutive, déployer des moyens policiers considérables: 60.000 hommes, dont 10.000 rien qu'à Paris et dans sa région. C'est une réelle inflation, en termes de mobilisation. Pour mémoire (relire ici ou ), quelque 7000 et 4000 hommes avaient respectivement été déployés à Paris les 31 décembre 2009 et 2008. Ce résultat correct, donc, apparaît tout de même comme la moindre des choses.

Déconcerté, ensuite, par cette même question de vocabulaire gouvernemental qu'on avait déjà soulevée l'an dernier à cette époque (ici). «Pas d'incidents notables»: c'est ce qu'a répété en boucle le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, ces deux derniers jours. Mais 250 personnes ont tout de même été interpellées par les policiers en une seule nuit, dont 171 rien qu'à Paris et dans sa banlieue. Or, de deux choses l'une.

Soit toutes ces personnes ont été interpellées pour avoir bel et bien été été mêlées à des «incidents notables». Auquel cas de tels incidents ont bien eu lieu, donc le gouvernement, dans sa com', enjolive la réalité.

Soit, effectivement, comme le dit le gouvernement, aucun «incident notable» n'a été déploré samedi soir. Mais alors, si ces 250 personnes ont été interpellées pour moins qu'un incident, et encore moins un incident notable, pour quoi/pourquoi l'ont-elles été? En France en 2012, on interpellerait donc pour moins qu'un incident? Pour une bricole, alors? Pour une broutille? Pour trois fois rien? Là, pour le coup, il n'y aurait pas trop lieu de s'en réjouir.

Mais ce n'est que notre avis.

23.12.2011

Une efficacité «pas globalement démontrée»

police,sécurité,paris,gouvernementPlus que jamais, il faudra marcher droit, dans Paris. Cette semaine, le Premier ministre François Fillon en personne a fait le point sur le développement de la vidéosurveillance dans la capitale – ce qui, au passage, confirme que le chef du gouvernement est bel et bien déjà en campagne électorale, lui qui ambitionne de se présenter à Paris aux législatives du printemps prochain. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'Etat est plus décidé que jamais à mettre les bouchées doubles dans la «vidéoprotection», comme il dit.

Intérêt à marcher droit, donc, car, à terme, ce ne sont pas moins de 2500 policiers qui, dans les commissariats des vingt arrondissements parisiens, auront l'oeil rivé en permanence sur les écrans de télé retransmettant les prises de vues effectuées sur la voie publique. Dans les six mois qui viennent, très exactement 1105 caméras seront implantées dans Paris, sans compter les 10.000 caméras figurant déjà dans les réseaux de transport – auxquelles les autorités auront également accès en temps réel. En la matière, Paris restera loin de Londres, couverte elle par un réseau de 65.000 caméras. Il n'empêche, ce plan de «vidéoprotection» représente «un investissement très important», reconnaît-on à la préfecture de police de Paris: 90 millions à charge de l'Etat et 5 millions supportés par la ville de Paris.

Pour les autorités, une telle dépense se justifie, car «la vidéoprotection de voie urbaine permet de réduire le niveau de délinquance et a un effet préventif significatif». A la préfecture, on prend l'exemple de la flambée de vols de smartphones dans les transports publics: les caméras de surveillance lui auraient été d'une grande utilité pour la combattre et la faire diminuer.

Problème? La Cour des Comptes elle-même ne semble pas persuadée du bien-fondé d'un investissement aussi massif dans cette technologie. Ainsi, dans un rapport qui, à l'époque, fit un certain bruit, elle a considéré que l'importance des investissements en jeu «justifie que l’efficacité des dispositifs de vidéosurveillance de la voie publique soit évaluée». Or, «les différentes études conduites à l’étranger, notamment au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et en Australie, ne démontrent pas globalement cette efficacité». Et «la France se caractérise par la quasi-absence d’enquête concluante sur le sujet. Une seule étude a été menée par le ministère de l’Intérieur essentiellement à partir des statistiques de la délinquance. Cependant, ses résultats contradictoires autant que sa méthode ne permettent pas d’en tirer des enseignements fiables».

police,sécurité,paris,gouvernementMais, aux yeux du gouvernement, peu importe et pas de doute: il faut mettre les bouchées doubles en la matière.

Marchons droit, donc. Et sourions, puisqu'on va être filmé, re-filmé et sur-filmé sous tous les angles et de tous côtés, prochainement. Sourions...ou pas, c'est selon.

21.12.2011

Une «idée reçue»

Paris, Etrangers, Art de vivre, Sécurité, Police, FemmesPour en finir avec ce sujet de la communauté chinoise de Paris, et l'évoquer de manière plus positive, depuis dix ans que l'on vit dans la capitale française, nous épate le dynamisme commercial de cette communauté. Qui, dans notre onzième arrondissement, est particulièrement visible et spectaculaire.

Il y a plusieurs années déjà, les Chinois y ont massivement investi dans le secteur des grossistes de textile. Ensuite, ils ont jeté leur dévolu sur les bars-tabac. Plus récemment, ils ont repris ou créé quantité de petites boutiques d'onglerie. Dernière évolution en date: depuis quelques mois, les salons de massage asiatiques poussent comme des champignons, à tous les coins de rue presque, dans le onzième comme dans d'autres arrondissements.

A ce sujet, peut-on/faut-il/ être toujours sûr du caractère, disons, sérieux de ces salons? Ou est-on fondé à présumer que, pas rarement, y sont dispensées, disons, des prestations physiques, féminines et tarifées d'un autre ordre? Bonnes questions. Auxquelles la préfecture de police de Paris vient de répondre.

Paris, Etrangers, Art de vivre, Sécurité, Police, FemmesSelon ses calculs,«la capitale recense près de 400 salons de massage, qui proposent majoritairement des massages orientaux». Et, insiste la police, ils «ne sont pas, contrairement aux idées reçues, des repères de prostitution. En effet, moins d’une vingtaine de salons parisiens se livreraient à une activité prostitutionnelle».

Remarquez, toutefois, dans cette phrase, le discret usage du conditionnel...

Les dérives qu'imputent les on-dit à cette activité commerciale relèvent donc largement de l'«idée reçue». Mais elle n'en fait pas moins l'objet d'une surveillance policière attentive, «quotidienne» même.

Ainsi, nous apprend la préfecture, les «policiers patrouilleurs» surveillent notamment, du coin de l'oeil, la présence éventuelle, dans et aux alentours de ces salons, de personnes «en tenue aguichante». Pas plus tard que la semaine dernière, d'ailleurs, des enquêteurs de la police judiciaire «ont interpellé pour proxénétisme aggravé deux gérants de salons de massage et l’associé de l’un d’eux, dont les établissements étaient implantés dans les 9e, 10e et 14e arrondissements». Et, sur l'ensemble de l'année 2011, ont été recensés, dans la capitale, «treize établissements en infraction à la législation sur le travail ou sur les étrangers: personnel non déclaré ou en situation irrégulière sur le territoire, le plus souvent originaire de Chine ou de Thaïlande».

Paris, Etrangers, Art de vivre, Sécurité, Police, FemmesMais il s'agit donc de cas isolés. Avis aux Parisiens amateurs de «bains de pied aux herbes chinoises» (90€, tout de même, dans les salons de notre onzième) ou de «massage ayurvédique indien, prodigué aux huiles chaudes» (55€).

On demanderait bien ça comme cadeau de Noël.

20.12.2011

Un exotisme, parfois dramatique

On parlait hier de la délinquance liée aux salles de jeu clandestines fréquentées par la communauté chinoise, dans notre onzième arrondissement de Paris. Cela nous a rappelé que notre quartier, il y a quelques années, avait été secoué par un fait divers qui, à l'époque, avait créé une certaine agitation parmi la population (relire ici).

C'était au printemps 2006, dans le quartier dit Popincourt. En pleine journée, une fusillade mortelle avait éclaté dans un salon de thé chinois, baptisé "La Lanterne Rouge". Le patron de l'établissement, touché par plusieurs balles tirées en pleine poitrine, y avait perdu la vie. Un client du salon de thé avait été grièvement blessé. Tous deux étaient originaires de la province chinoise de Wenhzou. A l'époque, les autorités avaient évoqué une expédition punitive, menée dans le cadre d'un règlement de comptes portant sur le partage des recettes réalisées par l'établissement. Qui, en fait, n'était pas été un salon de thé mais une salle de jeux clandestine.

Exotique et dépaysant pour le Parisien moyen, qui ne le pénètre que très rarement, cet univers des tripots chinois est donc aussi, parfois, le théâtre d'événements tragiques – outre les situations de surendettement dramatiques que décrivait la préfecture de police la semaine dernière, dans son compte-rendu du coup de filet qu'elle a opéré dans ce milieu si secret et particulier.

19.12.2011

Un coup de filet très particulier

police,sécurité,etrangers,parisParis, ville cosmopolite où cohabitent des gens venus des quatre coins du globe, etc, etc: on connaît cela. Ce côté mosaïque contribue indéniablement au charme de la capitale française. Mais il a aussi, parfois, des aspects moins réjouissants. Ainsi, l'importation de formes de criminalité et de délinquance qui sont assez nouvelles pour les forces de l'ordre, et qui les obligent à opérer sur des terrains moins connus d'elles.

On l'a bien vu l'autre jour, dans le onzième arrondissement. Notre onzième qui abrite une grande diaspora chinoise – on l'a déjà raconté, dans ce blog (relire ici ou ). C'est au sein de cette communauté qu'a eu lieu, la semaine dernière, un coup de filet assez spectaculaire (*), résultat d'«une enquête de plusieurs mois».

Précisément, un «cercle de jeux clandestin chinois» a été démantelé. «Sous couvert d’une association de commerçants», il organisait des parties de mahjong et de shuang – le «poker chinois», précise la préfecture de police. «Les parties réunissaient une douzaine de joueurs chaque soir; les dettes de certains des participants pouvaient atteindre 200.000€». Les 13 joueurs interpellés avaient sur eux «plus de 30.000 €». «Des recherches sont en cours sur des sociétés de prêt-à-porter susceptibles de blanchir une partie des gains» réalisés à l'occasion de ces soirées. Le coup de filet policier a permis la saisie de «six tables de jeu, 8600€, une cinquantaine de grammes d’herbe de cannabis, quelques grammes de cocaïne» ainsi qu'«un véhicule de luxe d’une valeur de 62.000€, payé en espèces».

Vu sous l'angle parisien-parigot-tête de veau-bobo, replacé dans le contexte du quartier, autrement dit, tout cela paraît furieusement exotique.

 

(*)Une opération que l'on répercute ici juste pour raconter la vie du quartier, et non, évidemment, pour stigmatiser une communauté – cela va sans dire, mais, si besoin, le voilà précisé.

06.12.2011

Une impression d'embarras

Cachez ce mendiant roumain que je ne saurais voir. C'est ce que dirait sans doute Tartuffe s'il était un homme politique français contemporain.

Hier, la préfecture de police de Paris a étendu aux quartiers du Louvre et des grands magasins (Haussmann-Caumartin) l'arrêté qui, depuis trois mois, interdit toute mendicité sur les Champs-Elysées. Selon elle, ce dernier arrêté a déjà permis «plus de 300 contraventions», les contrevenants étant «pour la quasi-totalité, de nationalité roumaine». Hier toujours, une fois de plus, le maire de Paris a protesté. Pour Bertrand Delanoë, «combattre la pauvreté par l'amende et la répression est choquant au moment même où l'Etat ne remplit ses obligations, ni en termes de mise à l'abri des mineurs isolés, ni en matière d'hébergement d'urgence». Et cela traduit «une priorisation contestable de l'action des forces de police» au moment notamment où, dans la capitale, «les cambriolages croissent fortement». A ses yeux, cette lutte contre la mendicité n'est donc qu'une «opération de communication visant à stigmatiser une catégorie de la population, étrangère et démunie».

Plus intéressante, car plus neuve, est l'impression d'embarras qui transparaît désormais de cet éternel débat sur la mendicité roumaine. Comme, si, de part et d'autre, on ne voulait tout de même pas trop en faire sur le sujet.

Ainsi, ce matin sur le site web de la mairie de Paris, la réaction du maire ne figurait pas en page d'accueil: elle était reléguée à une page moins visible. Et, sur le site de la préfecture, on ne trouvait carrément nulle trace de ce nouvel arrêté anti-mendicité – en revanche, on pouvait tout savoir sur la participation de l'unité équestre de la préfecture au Salon du cheval, en cours au Parc des Expositions...

Dans la même veine, les autorités, préfectorales comme gouvernementales, ont accueilli avec une grande discrétion la sanction que la justice administrative, dernièrement, a infligée à une mairie ayant pris une mesure du même acabit: Nogent-sur-Marne, ville aisée contigüe à Paris, qui fit pas mal de bruit en interdisant la fouille des poubelles. Cet arrêté a été suspendu, à la suite d'un recours de la Ligue des droits de l'homme. Raisonnement du tribunal administratif? Par définition, l'espace public est public: il appartient donc à tout le monde. Dès lors, les mendiants y compris sont en droit d'«utiliser librement le domaine public, de surcroît durant la période hivernale». Conclusion de l'association: «Il convient que les maires comprennent que faire disparaître les pauvres de l'espace public est non seulement injuste, mais aussi illégal».

Visiblement, on ne partage pas cet avis à la préfecture de police de Paris.

30.11.2011

Un lapsus (caviardé)

C'était hier après-midi à l'Assemblée nationale. Et c'était un merveilleux lapsus: autrement plus sensible politiquement que ce dérapage inflationniste de Rachida Dati qui, il y a quelques mois, suscita tant de rires gras. Ce lapsus, il a été commis par le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant – qui était visiblement plus touché qu'il ne l'affichait par les attaques socialistes sur son bilan, objectivement très mitigé, en matière de lutte contre l'insécurité.

«Monsieur le député, je ne sais pas dans quel domaine vous excellez le plus: est-ce celui de la prestidigitation ou bien celui de la mystification?» C'était le début de sa contre-attaque au député socialiste Manuel Valls. Deuxième salve: «Une fois de plus, vous essayez de nous démontrer que le bilan du gouvernement depuis 2002 est un échec et que votre échec a été un succès!» Jusque là, rien à redire. Mais, dans la phrase suivante, une lettre a suffit pour que le ministre soudain s'empêtre: «Eh bien moi, je vous répète – une fois de plus, puisque manifestement vous n’entendez pas les arguments et ne voulez pas voir la vérité – que depuis 2002, chaque année, la délinquance a recruté, alors que, sous la gauche, elle a explosé, progressant de 17%!»

«Recruté», donc. Au lieu de «reculé».

Hier soir, les télévisions se sont fait un plaisir de diffuser en boucle cette bourde. Qui, bien sûr, n'apparaît nullement dans le compte-rendu officiel de l'altercation: les petites mains du service de l'Assemblée chargé de la retranscription des débats ont corrigé les propos ministériels, et caviardé le lapsus.

L'histoire ne dit pas si ces scribes ont fait la rectification d'initiative, sur ordre du Président (UMP) de l'Assemblée et/ou sur injonction de l'entourage du ministre.

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