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27/04/2016

Une fête pour toutes, aussi (J-2)

 Sports, Sécurité, Police, Femmes Puisque ce blog parlait de sport, hier, cette demande que le Haut Conseil à l’Egalité hommes-femmes vient d'adresser au gouvernement et aux organisateurs de l'Euro de football, qui se disputera en France pendant un mois à partir de la mi-juin. Demande de faire en sorte que cette grande compétition sportive européenne se déroule dans «un véritable climat de fête non-sexiste», et que l'on soit particulièrement attentif à ce qu'elle soit exempte de toute «violence machiste».

Les contre-exemples sont légion. Voir «les dérives inacceptables» déplorées «lors de grands évènements sportifs ou populaires de même type: coupes du monde de football, fête de la bière de Munich, fêtes de Bayonne, festival de rock de Stockholm, etc.». Les autorités et organisateurs sont donc priés de se bouger pour que, par exemple, «les fans zones d’accès libre, qui réuniront des centaines de milliers de supporters et supportrices, restent des lieux de convivialité, et non de violences»: ouverts à toutes et tous. Ou pour que des campagnes de sensibilisation soient menées à destination des spectateurs, leur rappelant les peines encourues en France par les auteurs de violences à caractère sexuel.

Autre problème mis sur la table: «le recours à grande échelle à la prostitution». Puisque, pour les réseaux prostitutionnels, «ces événements sportifs sont l’occasion de profits gigantesques». A cet égard, on promet bien du plaisir aux forces de l'ordre pour tenter de faire appliquer la loi que le Parlement a votée définitivement, il y a peu. Elle punit d'amende «le fait de solliciter, d’accepter ou d’obtenir des relations de nature sexuelle d’une personne qui se livre à la prostitution, y compris de façon occasionnelle, en échange d’une rémunération, d’une promesse de rémunération, de la fourniture d’un avantage en nature ou de la promesse d’un tel avantage».

sports,sécurité,police,femmesTout au long des deux ans de parcours parlementaire qu'a nécessité cette loi, les syndicats policiers n'ont pas arrêté de dire et de répéter que les pandores auraient sans doute beaucoup de difficultés – et assurément d'autres chats à fouetter, en ces temps d'alerte terroriste maximale – à prendre les contrevenants sur le fait, condition sine qua non pour les verbaliser.

Il sera donc intéressant de voir, dès la mi-juin, si cette loi est réellement et efficacement appliquée, sur le terrain. Ou, dans la négative, si elle relève avant tout de l'affichage politique.

20/04/2016

Une séquence très visible

Grosse opération de communication du gouvernement, ces vingt-quatre dernières heures. Sur le front de la sécurité. Mais séquence trop visible pour être parfaite.

Acte un: le ministre de l'Intérieur, hier après-midi, détaille les nouvelles modalités du «schéma national d'intervention des forces de sécurité». Les modalités revues d'opération des trois unités d'élite du GIGN, du Raid et de la BRI. Une réorganisation qui vise à «répondre aux besoins d’urgence et d’efficacité engendrés par une menace terroriste protéiforme». Acte deux, ce matin, , Manuel Valls confirme que le gouvernement demandera au Parlement de prolonger l'état d'urgence de deux mois supplémentaires. Acte trois: dès ce matin et pendant toute la journée, histoire que l'opinion visualise bien la mobilisation des autorités face à la menace, tous les médias vont diffuser en boucle les images spectaculaires de l'intervention menée hier, en fin de soirée, par ces trois unités d'élite.

A Paris-Montparnasse. Quelque 150 membres du GIGN, du Raid et de la BRI ont, conjointement, mis hors d'état de nuire neuf terroristes qui avaient fait irruption dans la gare SNCF, puis pris des otages dans une consigne à bagages ainsi que dans deux rames de TGV. Les djihadistes ont été neutralisés. «Tout a parfaitement fonctionné, ce soir», s'est félicité le ministre de l'Intérieur, qui s'est rendu sur place vers 1h du matin. Bernard Cazeneuve s'est dit «particulièrement fier d'être aux côtés des chefs des trois unités ainsi que du préfet de police, qui sont tous rassemblés pour protéger les Français». 

Juste: ce n'était là qu'un exercice anti-terroriste. Une simulation à grande échelle.

Alors que, selon un sondage réalisé après les tueries de Bruxelles, 87% des Français s'attendent à ce qu’un nouvel attentat majeur frappe l’Hexagone, dans les prochains mois.

14/04/2016

Un contraste qui perdure

Un aller-retour rapide en Belgique par le Thalys, et donc l'opportunité de constater la persistance d'un contraste frappant. Entre la façon dont, de part et d'autre de la frontière, sont appliquées les mesures de vigilance antiterroriste, dans les chemins de fer.

On l'avait déjà remarqué en février (relire ), et cela continue à être vrai aujourd'hui: c'est décidément le jour et la nuit, entre les gares de Paris-Nord et de Bruxelles-Midi. Alors que, à la fin de l'an dernier, une vigilance analogue était de mise dans ces deux grandes stations (relire ici). 

Des contrôles renforcés  et donc des queues longuettes à Paris-Nord. L'obligation même, à nouveau, d'ouvrir son manteau et de sortir les mains de ses poches avant de passer les portiques de sécurité. En revanche, toujours aucun contrôle apparent à Bruxelles-Midi, où on continue visiblement à entrer et à sortir comme dans un moulin. Que ce soit sur le quai ou en station, ni vérification du titre de transport, et encore moins de la pièce d'identité, ni palpation de sécurité, ni fouille des bagages. Rien. Alors que la capitale belge est censée être en état d'alerte maximale, moins d'un mois après les terribles attentats du 22 mars.

Ce contraste bruxello-parisien saute d'autant plus aux yeux quand on sort de l'espace de Bruxelles-Midi dédié au Thalys et qu'on fait ne serait-ce que quelques pas dans la gare ou à ses alentours. Là, c'est la profusion de militaires lourdement armés. Et en nombre encore plus important qu'à Paris.

Comprenne qui pourra la logique.

05/04/2016

«Un plus bas niveau depuis dix ans»

Puisque, la semaine dernière, ce blog évoquait le problème des embouteillages en France, et puisque cela va une fois de plus bouchonner pas mal dans Paris, ce mardi – encore une journée de manifestations prévue, avec son cortège habituel d'embarras de circulation –, des nouvelles du périphérique. Un premier bilan, en l'occurrence, deux ans après l'entrée en vigueur de la limitation à 70km/h de la vitesse maximale de circulation qui y est autorisée.

Cela avait été un fameux changement, à l'époque. Plus de vingt ans que, sur ce boulevard, la rocade périurbaine la plus fréquentée d'Europe (1,3 million de véhicules par jour), la limite était fixée à 80km/h. Il avait donc fallu des années d'intenses débats (relire ici ou ) avant que la réforme soit mise en œuvre.

Deux ans plus tard, l'impact éventuel de ce changement sur la pollution atmosphérique et sonore reste à démontrer. De même, sur la fluidité du trafic. En revanche, en termes d'accidentologie, l'évolution est notable. Le nombre d'accidents y a diminué de 15,5%, pour s'établir «à son plus bas niveau depuis dix ans». 601 blessés corporels par an, précisément. Contre 627, un an plus tôt. Et un seul tué à la suite d'un accident de circulation survenu sur le périph'. Contre sept, un an plus tôt.

Sans doute est-ce déjà cela. Même si la baisse globale de l'intensité de la circulation automobile en France, due au ralentissement de l'économie – que ce blog notait, jeudi dernier – a peut-être aussi joué.

30/03/2016

«Une double peine»

La sécurité sera «maximale» en France, lors de l'Euro 2016 de football – dont le coup d'envoi sera donné le 11 juin. C'est ce que François Hollande a assuré, hier (voir , notamment).

Et, en effet, les autorités sont visiblement prêtes à mettre le paquet, en termes de précautions prises. Ainsi, à Saint-Denis, de la mi-mai à la mi-juillet, un mur de 2,4 mètres de haut, carrément, sera érigé. Il s'ajoutera à tous les périmètres de protection et autres grillages de sécurité qui entourent déjà le Stade de France, en temps normal. Ce mur aura pour objectif de canaliser la foule et de limiter à quatre le nombre de portes d'accès à l'enceinte – et donc d'endroits à faire contrôler (fouille des spectateurs, etc.).

Oui, mais un tel dispositif va couper une bonne part des commerces environnants de la clientèle qui est attendue à cet événement. Car les fans de foot, pressés de rejoindre les rares points d'accès de l'enceinte, ne s'attarderont pas dans les bars et restaurants situés tout au long de cette barrière de sécurité. En lieu et place, ils gagneront le périmètre protégé, puis c'est là qu'ils consommeront: dans les espaces de restauration qui sont partenaires officiels de l'événement. Les commerçants du coin ont fait leurs calculs: cette reconfiguration sécuritaire du quartier les privera du chiffre d'affaires de 15.000 spectateurs venus par le métro, de 25.000 ayant emprunté le RER D, et d'une bonne partie des 25.000 autres débarquant du RER B. D'où la crainte, dans le quartier, de nombreux dépôts de bilan de commerces, dès la fin de la compétition.

Au-delà de ces soucis financiers, il y a aussi un symbole, qui vient se heurter de plein fouet à ce mur de sécurité.

Car nombre de riverains du Stade de France voient dans cet Euro de foot l'opportunité de tourner une page douloureuse. Celle des attentats du 13 novembre. Puisque, ce soir-là, les terroristes ont frappé, non pas seulement à Paris, mais aussi à Saint-Denis. Quelques mois plus tard, ces 2,40 m de clôture qu'ils vont devoir subir pendant deux mois donnent à une grande part des habitants du quartier le sentiment qu'ils seront «exclus» symboliquement – et même coupés de lui, physiquement – de ce grand événement populaire. Condamnés, en somme, à «la double peine: les attentats, puis le mur».

29/03/2016

Un revirement, en douce

 Sécurité, Police, Transports, Terrorisme, GouvernementC'était dans l'air – ce blog l'avait écrit, la semaine dernière –, et cela ne semble désormais plus faire le moindre doute. Finalement, la SNCF et l’Etat ne donneront pas suite au projet d'équiper toutes les grandes gares de France de détecteurs de métaux et de scanners à rayons X.

Un tel filtrage de l'accès aux quais des TGV, des trains Intercités et même des RER, comme c'est le cas dorénavant pour les lignes Thalys, cumule les désavantages, est-il analysé, en haut lieu. Il est à la fois trop coûteux (en personnel de surveillance, singulièrement.) et trop perturbant pour le fonctionnement quotidien des gares (création de longues files d’attente, etc.).

Conséquence: à Paris, il était prévu de que de tels portiques soient testés, ces jours-ci, aux entrées de la gare de l’Est. Il n'en sera rien. Ce dispositif de sécurisation sera «mis en place autrement», a confirmé, l'autre jour (ici), un membre de la direction générale de la compagnie des chemins de fer. D'autres moyens sécuritaires, encore peu définis, seront privilégiés.

Pourquoi pas. Mais il est tout de même curieux qu'un tel revirement soit annoncé par un responsable d'entreprise publique. Et que pas le moindre membre du gouvernement ne s'en explique devant l'opinion publique, et donc assume politiquement ce changement de cap. Où est donc passée la ministre des Transports, Ségolène Royal, qui, il y a trois mois, se fit tant de pub, sur ce sujet?

24/03/2016

Une promesse en l'air

Sécurité, Transports, Police, TerrorismeLes jours passant, l'évidence semble se faire: le renforcement des mesures de sécurité dans les transports publics, promis (ici) par le gouvernement Valls au lendemain des attentats de Bruxelles, est très largement infaisable. Dans la configuration telle qu'elle a été annoncée, en tout cas.

Permettre que seules les personnes en possession d'un billet et d’une pièce d’identité aient accès aux infrastructures de transports? Y systématiser les fouilles de bagages et palpations de sécurité? Pour le syndicat CFDT (voir ), ce sont des annonces «incompréhensibles et irréalisables». Notamment parce que «la conception des infrastructures de transports, et la structuration et l’organisation des déplacements à l’intérieur de celles-ci rendent très complexe la gestion de leur sécurisation».

Une illustration, avec la gare SNCF de Paris-Montparnasse. Elle compte... une quinzaine d'accès différents. Les sécuriser tous, en affectant des vigiles à chacun de ces accès, coûterait des budgets que personne n'a. L'alternative, réduire massivement le nombre de ces portes d'entrées ou de sorties, est à manier avec prudence. Cela ralentirait les flux d'usagers, donc engorgerait encore un peu plus une gare qui l'est déjà pas mal, aux heures de pointe.

Quant à la généralisation envisagée des portiques de sécurité, elle poserait un gros problème d'espace disponible. Un exemple, là, à la gare de Paris-Nord. La ligne Eurostar, qui fonctionne sur ce modèle, ne représente que 3% du trafic total de cette gare. Mais elle monopolise à elle seule 13% de la surface de la station, avec ses quais qui lui sont réservés, les espaces d’attente et de contrôle qui lui sont dédiés, etc. Comme l'a calculé la télé France 3 Ile-de-France, hier soir, «si on veut traiter de la sorte 100% du trafic, il faudrait une gare du Nord quatre fois plus grande. Une telle perspective est évidemment illusoire, même en imaginant creuser trente mètres sous terre, sous les actuelles lignes de RER».

Sécurité, Transports, Police, TerrorismeCela poserait aussi un problème financier. Les portiques qui, à Paris-Nord, sécurisent désormais l'accès aux quais du Thalys coûtent à la SNCF 2,5 millions d’euros par quai et par an. En frais de personnel, notamment: 100 emplois équivalents temps plein. Généraliserait-on ces portiques aux 17 quais et 31 voies que compte la gare, que cela coûterait plus de 40 millions d'euros et 850 emplois.

Dans ces conditions, on comprend que les syndicats de transports réclament d'être reçus «dans les plus brefs délais» au ministère de l'Intérieur. Pour qu'il leur explique comment diable il compte bien s'y prendre pour concrétiser ses annonces. Qui, à ce stade, semblent être surtout des paroles en l'air.

17/03/2016

Un "retour d'expérience"

Le Bataclan et ses alentours interdits d'accès par les policiers, ce matin. Sans que, pour autant, ce quartier du onzième arrondissement soit complètement bouclé, comme les médias français le prédisaient en boucle, ces dernières vingt-quatre heures. Pour preuve, la circulation automobile sur le boulevard Voltaire n'a pas été interdite.Les riverains apprécieront certainement ce dispositif policier mesuré, eux qui n'en peuvent plus, depuis quatre mois, de voir leur vie quotidienne perturbée par les suites des attentats.

Cette agitation du jour, au Bataclan, est due à la venue des parlementaires qui composent la commission d'enquête mise en place à l'Assemblée nationale. Leur visite des lieux n'est bien sûr en rien une reconstititution, dans le sens judiciaire du terme: c'est l'apanage de la justice, et non du pouvoir législatif. En revanche, ces élus ont tenu à se rendre physiquement sur le théâtre de la tuerie, pour mieux appréhender ses circonstances ainsi que la manière dont les autorités l'ont gérée, le soir du 13 novembre (intervention des unités d'élite, gestion du périmètre de sécurité, prise en charge des blessés, etc.).

Terrorisme, Paris, Sécurité, Institutions, ParlementLa commission parlementaire, en effet, a pour mission, non d'enquêter sur les faits, leurs auteurs et leurs complices – c'est l'objet des enquêtes pénales en cours –, mais de dresser un "retour d'expérience": de tirer les leçons de ce qui a été bien ou mal fait, en ce terrible soir du 13 novembre (voir , par exemple). Puis, de tout mettre en oeuvre pour que, si de telles tueries se reproduisent, elles soient gérées de la manière la plus optimale possible.

Etant entendu qu'il semble faire peu de doutes que, dans une ville française ou l'autre, à un moment ou à un autre, dans une configuration ou l'autre, des actualités similaires se reproduiront – et la France, en la matière, n'est bien sûr pas le seul pays concerné.

14/03/2016

Une agitation infondée

Quatre mois quasiment jour pour jour après les attentats de Paris et Saint-Denis, "Le Petit Cambodge" rouvre ses portes, ce lundi. A la terrasse de ce restaurant du dixième arrondissement, le 13 novembre dernier, quinze personnes avaient été assassinées par les tueurs. Cette réouverture survient après celles de plusieurs autres établissements (relire ici, ou ) pareillement endeuillés, au même moment. En revanche, pour aller de nouveau faire la fête au Bataclan, il faudra encore un peu attendre (voir ici).

Est-ce une coïncidence? Ce week-end, les rumeurs, ragots et échos sur l'imminence présumée d'attentats sur le point d'être commis à Paris ont à nouveau enflammé les réseaux sociaux. Au point que la préfecture de police, en pleine nuit, ait décidé de réagir, pour tenter de calmer cette agitation infondée. «Ne propagez pas les rumeurs. Pour tout renseignement, consultez les sites officiels», a-t-elle tweeté.

Cette tentative d'apaisement, ou sans doute plutôt la tonalité de cette intervention officielle, n'ont pas valu à la préfecture que des commentaires aimables. «Oui, les bons sites officiels qui ont couvert le (scandale du) sang contaminé et (ont prétendu) que le nuage de Tchernobyl s'était arrêté à la frontière», lui a-t-il, ainsi, été envoyé. Entre autres tweets acides, comme ce «Bah oui, c'est connu, la police de la nation renseigne objectivement, elle n'est pas du tout sélective!», ou ce «Le Ministère de la Vérité pourrait-il nous communiquer une liste des sites agréés?».

Ambiance.

07/03/2016

Un «précédent jamais égalé»

 Transports, Sécurité, Police, Terrorisme, TéchnologiesImaginez la scène. Vous descendez d'une rame de métro et vous dirigez vers la sortie de la station. Dans les couloirs, vous tombez sur des contrôleurs de billets. Une fois dehors, vous envoyez un SMS à la personne avec laquelle vous avez rendez-vous. Vous savez qu'il lui arrive de voyager sans payer. Vous lui proposez, du coup, de vous retrouver plutôt à la station suivante, pour éviter qu'elle se fasse à son tour contrôler et donc mettre à l'amende. Ce texto que vous lui avez envoyé – petite attention amicale, à défaut d'être civique vous vaut ... deux mois de prison (avec sursis, tout de même) et 3 750€ d’amende.

C'est ce que prévoit une proposition de loi que les députés examineront en dernière lecture, cette semaine (mercredi, en l'occurrence). Elle ambitionne de prévenir et de réprimer «les incivilités, les atteintes à la sécurité publique et les actes terroristes dans les transports collectifs». En son article 13, elle sanctionne les personnes qui signalent la présence de contrôleurs en train d'opérer dans les gares, stations et rames de la RATP ou de la SNCF. Dans le collimateur, outre les textos ou les messages postés sur les réseaux sociaux, les applications qui proposent un tel "service".

Les partisans de cette mesure la justifient par le coût de la fraude dans les transports. Elle entraîne chaque année un manque à gagner de plus de 350 millions d'euros, pour les sociétés concernées. En outre, argumentent-ils, ces applications de signalement des contrôles, si elles étaient utilisées par des terroristesqui, après avoir tué, prendraient la fuite en métro, en RER ou en train leur permettraient de réduire les risques d'être appréhendés.

 Transports, Sécurité, Police, Terrorisme, TéchnologiesLe patron de "CheckMyMetro", une appli qui propose cette fonction, ne décolère pas. «Deux mois de prison pour un SMS à un ami, c'est totalement disproportionné et grave, dans un état de droit. La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires. Est-il strictement et évidemment nécessaire de mettre en prison des gens qui indiquent la présence de contrôleurs? Je ne le crois pas».

L'homme a mis en ligne une pétition. Elle dénonce notamment la «dérive sécuritaire et liberticide» que constituerait «le précédent jamais égalé» qu'instaurerait une telle mesure: on «punirait pénalement un simple commentaire». A ce jour, sa pétition a récolté quelque 1400 signatures.

29/02/2016

Un cynisme effarant

Effrayer les gens, pour mieux les détrousser. Leur faire croire qu'un attentat est en train d'être commis, afin que, dans le mouvement de panique qu'il produit, ils soient plus vulnérables aux pickpockets. C'est ce qui s'est passé ce week-end, à Paris.

Dimanche matin, dans une rame de métro qui stationnait à la station "Tuileries", des malandrins ont subitement fait exploser une grande quantité de pétards. Qui pouvaient faire croire qu'une attaque terroriste était en cours. Le groupe a ensuite profité du mouvement de panique qui a suivi pour tenter de voler des voyageurs.

Deux personnes ont réussi à prendre la fuite, mais quatre de leurs complices présumés ont pu être interpellés. Ils vont devoir faire face à de lourdes charges pénales (mise en danger de la vie d'autrui, violences volontaires en réunion avec arme dans un transport collectif de voyageurs, tentative de dégradation par moyen dangereux), qui pourraient leur valoir des peines de prison ferme.

A la préfecture de police de Paris, on n'est pas encore revenu d'un tel modus operandi. Jamais vu précédemment, dans la capitale française. Et d'un cynisme si effarant, en plein contexte d'alerte antiterroriste maximale.

22/02/2016

Un contraste frappant: curieux

Transports, Sécurité, Police, Terrorisme, BelgiqueOù en est-on dans l'application des mesures de sécurité renforcées concernant les trains Thalys? Deux mois après l'apparition des premiers portiques en gare de Paris-Nord. L'autre jour, un aller-retour express en Belgique a été assez éclairant.

Côté français, le dispositif d'accès aux trains semble désormais rôdé. Quelque 260.000 voyageurs et leurs bagages sont déjà passés sous ces fameux portiques. Le public a intégré le fait que, désormais, il faut être présent en gare au moins vingt minutes avant l'heure de départ du train. Globalement, donc, le dispositif de sécurité semble appliqué sans causer d'agitation et/ou de désorganisation majeures.

Le contrôle des pièces d'identité n'est plus qu'aléatoire, mais il est très fréquent; des agents des douanes et de la police sont présents sur les quais à chaque départ et arrivée de train. Seul accommodement apparentdestiné sans doute à assurer une certaine fluidité de l'embarquement –: les voyageurs ne subissent plus que très rarement des palpations de sécurité. Ils sont même dispensés d'ouvrir leur manteau au moment de passer sous le portique.

Par rapport aux contrôles effectués à Bruxelles-Midi, en revanche, c'est le jour et la nuit – du moins, cela l'était le jour où on est passé dans cette gare.

Transports, Sécurité, Police, Terrorisme, BelgiqueLà, pas de portique, pas d'inspection de bagages, pas de fouille, pas de vérification d'identité. Rien. Juste, tout de même, le billet à montrer avant de monter dans le train. Et pas mal de militaires qui patrouillent.

Fin décembre (relire ), au-delà de nuances dans leur style, la rigueur des contrôles était analogue, d'une gare à l'autre. Deux mois ont passé, et ce n'est plus le cas. Qui sait, donc, pas mal d'usagers du Thalys se posent-ils des questions, en constatant un contraste aussi frappant entre la Belgique et la France.

Alors que, à Paris, en boucle et à longueur de journées (voire par exemple ici ou ), les responsables politiques continuent d'insister sur le maintien de la menace à un niveau extrêmement élevé.

04/02/2016

Une mobilisation encore incomplète

Femmes, Sécurité, Transports, MétroL'an dernier, 114 agressions sexuelles perpétrées dans les transports publics parisiens ont été élucidées. Le chiffre a été donné hier, par la préfecture de police de Paris. Ces agressions sont imputées à vingt "frotteurs". Ainsi que l'on surnomme les individus qui profitent de la cohue des heures de pointe pour agresser sexuellement leurs victimes.

Dans le cadre du dernier plan en date du gouvernement pour lutter contre le harcèlement sexiste, une unité spéciale a été créée au sein de la la police parisienne des transports. En outre, plusieurs jugements ont été prononcés à l'encontre de tels harceleurs. Il semble donc que les autorités commencent enfin à se bouger contre les auteurs de violences sexuelles dans les transports – un vrai fléau quotidien, pour tant d'usagères.

Juste, certains élus politiques, eux, mériteraient visiblement toujours d'êtres un peu secoués.

Ainsi, il semblerait (voir ici ou ) que, dernièrement, soit passées à la trappe du Sénat toutes les dispositions relatives au harcèlement sexiste, qui étaient contenues dans la future loi renforçant la sécurité dans les transports publics – loi née à la suite de l'attaque du Thalys, cet été. Pour d'obscures raisons techniques, ce volet du texte a été retiré, et n'a donc pu être débattu (). Il imposait notamment aux sociétés de transport de former leur personnel de sécurité à la problématique des violences sexuelles.

Encore bravo.

26/01/2016

Une impopularité, et comment

Déjà envolé, le regain de popularité dont le duo Hollande-Valls a bénéficié après les attentats du 13 novembre, dû au durcissement de sa politique sécuritaire. A en croire le dernier sondage en date, publié ce mardi, tant le chef de l'Etat que son Premier ministre perdent à nouveau cinq points. Ils sont désormais redescendus à seulement 22% et 35% d'opinions favorables, respectivement.

Plus grave, le chef du gouvernement vient de déposer plainte pour... menaces de mort, après des messages particulièrement hostiles et violents reçus sur sa page Facebook. Cela s'est passé la semaine dernière, mais la chose n'a été dévoilée qu'aujourd'hui – non par un communiqué officiel (silence total en haut lieu, sur le sujet), mais par une fuite dans la presse.

La police judiciaire de Paris a confié l'enquête à sa brigade de répression de la délinquance contre la personne. L'auteur des messages menaçants encourt deux ans de prison et 30.000 euros d'amende.

23/12/2015

Un classique de fin d'année

Art de vivre, Gastronomie, Economie, Sécurité, PoliceLes années passent, mais certaines choses tardent visiblement à s'améliorer, en France. C'est ce qui ressort des résultats de la campagne de contrôles menée en ce moment par la direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.

Chaque hiver, à la période des fêtes de fin d'année – temps de bonne bouffe nationale, s'il en est – , les pandores de cet organisme effectuent des descentes dans les commerces de bouche et les restaurants. Ils y traquent à la fois les défauts d'hygiène alimentaire (vérification des températures de conservation, des dates limite de consommation, de la propreté des locaux, etc.) et les informations déloyales données aux consommateurs (relatives aux appellations d’origine, aux promotions, aux labels etc.). Et cet hiver, une nouvelle fois, un taux pas négligeable d'anomalies ou de manquements a été mis au jour: 26%. Autrement dit, un aliment sur quatre vendu en cette période ne respecte pas les normes – normes qui, il est vrai, en France particulièrement, sont innombrables et tatillonnes. Ce taux de 26% est dans l'étiage de ceux relevés les hivers précédents (relire , par exemple), donc aucun progrès en la matière, visiblement.

Les vérifications ne sont pas inutiles non plus dans un autre secteur, tout aussi de saison: celui des jouets et jeux d'enfants. Là, les inspections ont montré que le taux de produits non conformes et dangereux s’élevait à 10,3%. Ont notamment été épinglées des peluches-bouillottes «qui peuvent occasionner de graves brûlures sur la peau des enfants» et des «planches à roulettes transversales dotées de moteurs électrique type hoverboard» dangereuses (on a un peu de mal à imaginer ce que c'est, mais on prend note).

Malgré ces résultats peu emballants, les Français vont tenter de passer d'excellentes fêtes ils en ont bien besoin, après l'année qu'ils viennent de vivre.



PS: Ceci étant dit/écrit, ce blog lui aussi va prendre ses quartiers d'hiver, et donc faire une petite pause. Il rouvrira ses portes en janvier. Bonnes fêtes à toutes et tous.

22/12/2015

Une sobriété, compréhensible

«Paris est une fête», comme Hemingway l'écrivait. Elle doit le rester. Et il est essentiel (en termes d'attractivité touristique internationale, singulièrement) que le monde entier sache que la "Ville lumière" s'y emploie. Mais, après les événements qu'elle a vécus, la capitale française ne peut pas non plus faire la fête comme si de rien n'était. Un peu de retenue s'impose. C'est le raisonnement qui a conduit la mairie et le ministère de l'Intérieur à maintenir les habituelles festivités du 31 décembre sur les Champs-Elysées, mais à leur donner une configuration particulière.

Outre que les mesures de sécurité y seront, bien sûr, renforcées, ce réveillon 2015-2016 sera sobre. «Pas de grand show», ni de feu d'artifices. Des projections vidéos en 3D plus courtes que d’ordinaire, sur l’Arc de triomphe. Une heure ou deux de rassemblement, pas plus, et l'avenue rendue à la circulation automobile dès minuit et demie. Quant à la thématique de l'événement, elle a été adaptée. Avant les attentats du 13 novembre, il était question qu'il tourne autour de l'Europe. Finalement, il célébrera le vivre ensemble.

«Ce sera plus symbolique que festif», a déjà prévenu la mairie. Il faudra voir, dès lors, si l'événement attirera la grande foule.

Le 31 décembre 2014, 600.000 fêtards avaient célébré l'an neuf sur "la plus belle avenue du monde". Un an après, ils pourraient être moins nombreux, les attroupements de masse suscitant l'appréhension de beaucoup, en cette période d'alerte terroriste maximale. Ou, au contraire, qui sait, nombre de Parisiens, de Français et de touristes étrangers pourraient décider qu'après cette année si difficile qu'a vécue Paris, il est symboliquement important, par solidarité, de la clore en étant physiquement sur place, en un de ses lieux les plus emblématiques.

17/12/2015

Une réutilisation, de bon aloi

Transports, Sécurité, Terrorisme, Police, Gouvernement, BelgiqueSégolène Royal en visite en gare de Paris-Nord, ce jeudi matin. Jusque là, pas grand-chose de très intéressant, on vous l'accorde.

Si ce n'est que la ministre des Transports s'y rend afin de «féliciter la SNCF pour la mise en place du premier portique de sécurité». Dans le cadre du renforcement de la sécurité ferroviaire, en ces temps d'état d'urgence.

La ministre avait promis que de tels portiques seraient installés sur les voies du Thalys avant les fêtes de fin d'année. Etant encore passé à cette gare l'autre jour et n'ayant rien vu qui s'apparentait à des travaux d'installation de tels portiques, on commençait à se demander si cette promesse allait bien être tenue dans les temps. Et bien oui, donc. La ministre assure même que, «dès le 20 décembre, les premiers portiques de sécurité et des scanners seront en état de marche pour les trains Thalys, en gares du Nord et à Lille».

Cela a été rendu possible, en fait, par une petite entourloupe qu'a trouvée le gouvernement. Qui va faire... de la récup'. En clair, comme l'explique Ségolène Royal, «cette mise en œuvre opérationnelle et rapide du dispositif a pu être réalisée grâce à la réutilisation de l'équipement de sûreté ayant servi dans le cadre de la COP 21 organisée au Bourget», la conférence de l'Onu sur le réchauffement climatique.

Il suffisait d'y penser.

16/12/2015

Un impact qui se confirme

Un bon mois après les attentats du 13 novembre, on commence à voir un peu plus clair sur leur impact économique. Et il se confirme qu'il est lourd.

Cela a été annoncé hier: les aéroports parisiens ont, en novembre, accueilli 120.000 passagers en moins qu'à la même période de l'an dernier. C'est davantage que le recul de 0,1% du trafic passager qui avait suivi les attentats de janvier. L'hôtellerie française, pour sa part, a vu son son chiffre d'affaires dévisser de 9,3%, depuis le 13 novembre. Ce sont surtout les palaces parisiens qui ont été touchés. Et l'hébergement des dignitaires étrangers et de leurs délégations venus à Paris participer à la grande conférence de l'Onu sur le climat n'a compensé cela qu'à la marge.

Au global, en novembre, la fréquentation touristique de la "Ville lumière" et ses retombées économiques ont chuté de plus de 20%, par rapport à novembre 2014. A en croire le dernier baromètre de conjoncture en date, «74% des professionnels du tourisme interrogés estiment que leur activité est en baisse par rapport au mois de novembre 2014, et même 81% des professionnels parisiens». Le secteur des congrès et de l'événementiel évalue à 5,7 millions d’euros les pertes entraînées par cette sinistre actualité. Et le comité régional du tourisme considère que les perspectives pour le mois de décembre et les fêtes de fin d'année «ne sont pas encourageantes».

Du coup, malgré cette période habituellement si propice aux achats, le secteur du commerce et de la distribution craint le pire, en termes de recettes. D'autant que le contexte sécuritaire l'a contraint à augmenter ses budgets consacrés à la protection et à la sécurisation (vidéosurveillance, détecteurs de métaux, agents de surveillance, etc.). Le Centre national des centres commerciaux chiffre ce surcoût à 50% de plus que l’an dernier, et a calculé qu'il pourrait «atteindre 100 millions d'euros, sur l'année».

Bref, au-delà des pertes humaines qui ont été déplorées, l'économie parisienne et, au-delà, celle de l'ensemble du pays, clairement, n'ont pas fini de payer le prix de la tragédie du mois dernier.

15/12/2015

Une alerte, dans la discrétion

Transports, Sécurité, Police, TerrorismeLe dispositif est opérationnel depuis hier. Il fait suite à l'attaque terroriste qui, fin août, avait visé le Thalys. Désormais, les usagers de la SNCF peuvent alerter par SMS – et donc en toute discrétion – des comportements suspects relatifs «à la problématique terroriste».

Depuis 2010 en région parisienne, puis progressivement dans les autres régions, le numéro d'alerte 31 17 est à la disposition des voyageurs. On peut y signaler les incidents, agressions, incivilités, etc. dont on est témoin, survenant dans une gare ou un train. Dorénavant, donc, le centre de gestion des appels de la compagnie des chemins de fer et son poste de commandement national de sûreté peuvent être avertis par textos aussi. Les messages peuvent être envoyés (au numéro 31 17 7) depuis n'importe quel train ou gare situés en France.

Lors du dialogue audio ou écrit qui suit un tel signalement par SMS, l'agent «détermine la nature et la gravité des faits, pour prévenir les forces de sécurité». Il agit donc comme «un relais d'appel d'urgence vers ces services (pompiers, police, Samu, démineurs...)», qu'il informe «en temps réel de la localisation de l'appel, grâce à la connaissance des circulations des trains».

Quarante-cinq opérateurs, répartis dans cinq plateformes situées autour de Paris, traitent ces appels «7 jours sur 7 et 24 heures sur 24». Il s'agit d'«agents aptes à traiter tout type de problématiques», et qui ont été formés notamment aux «situations qui pourraient s'apparenter à des actes terroristes».

Reste à voir si ce service sera lui aussi victime de l'envolée actuelle du nombre de fausses alertes à caractère terroriste (colis suspects, etc.), due au climat tendu du moment. Un phénomène que ce blog évoquait (), l'autre jour, s'agissant des transports publics en région parisienne – mais probablement est-il constaté dans d'autres régions du pays aussi.

10/12/2015

Une régularité perturbée, à nouveau

La sécurité dans les transports ferroviaires en cette période d'alerte terroriste maximale – que ce blog évoquait hier , c'est l'actualité de ce jeudi, à Paris et dans sa banlieue. En effet, le trafic est fortement perturbé sur le RER A (1,2 million de voyageurs chaque jour), à la suite du dépôt d'un préavis de grève concernant précisément ce sujet.

Quatre syndicats contestent les consignes qui leur ont été données par la direction, relatives à la réaction à avoir face à des colis abandonnés et suspects. Ils jugent ces directives inadaptées, insuffisamment claires et précises, voire dangereusement laxistes. Ainsi, selon le syndicat CGT-RATP, «certaines valises laissées sur les quais sont ouvertes sans prévenir la police» (ni donc les démineurs), sur ordre des directeurs de stations. Plusieurs témoignages émanant de conducteurs du RER, relayés aujourd'hui par les médias, vont dans ce sens. La direction de la société de transports, elle, nie catégoriquement tout laxisme.

Depuis les attentats du 13 novembre, le nombre de signalements de colis suspects ou bagages abandonnés a été quadruplé, dans les transports urbains parisiens. Ce phénomène avait déjà été noté après les tueries de janvier (relire ). Parfois, les désagréments occasionnés par ces fausses alertes sont considérables. Par exemple, fin novembre, pas moins de cinq lignes de métro (cinq!) ont vu leur fonctionnement interrompu pendant près d'une heure, à cause d’une fausse alerte due à un colis suspect découvert à la station "République". D'où, des dizaines de milliers d'usagers plongés dans la galère.

Pareillement, comme au début de l'année, ce contexte sécuritaire et anxiogène ambiant a pour effet de faire dégringoler la ponctualité des transports, à Paris. En effet, chaque déploiement du dispositif de sécurité en cas d'alerte implique en moyenne (et au minimum) une heure d’interruption de trafic dans la station ou gare concernée, ainsi que sur les lignes en correspondance.