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19/02/2016

Une façon de parler

Un peu de culture, pour bien terminer la semaine. Et un peu de langue française, en l'occurrence.

«Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement», etc. On a repensé à cet adage, l'autre jour. Lorsque, en suivant les débats à l'Assemblée nationale, on s'est dit que, au moins, on n'avait pas perdu notre journée. Puisqu'on venait d'apprendre un nouveau mot.

Scissiparité. Le terme a surgi au hasard du débat relatif au fameux projet de révision constitutionnelle (la déchéance de la nationalité pour les terroristes, etc.). La phrase disait ceci: «Monsieur le Premier ministre, vous voulez l’union nationale sur votre projet de révision. C’est très bien. Mais pouvez-vous l’obtenir avec le soutien de la moitié de la majorité et de la moitié de l’opposition? L’addition de deux scissiparités ne constitue pas un gain numérique».

Manuel Valls étant resté de marbre, on ignore s'il a compris, ou non, le sens de l'apostrophe. Dans la négative et/ou à l'attention des lecteurs de ce blog pour qui, comme nous, cette scissiparité relèverait du mystère, sa définition, vue dans le dictionnaire: «Mode de division des êtres unicellulaires consistant à doubler de longueur, puis à se partager en deux cellules identiques qui peuvent se séparer, comme le font de nombreuses bactéries (S'oppose à gemmiparité). Mode de division comparable observé chez les pluricellulaires vermiformes tels que les annélides polychètes».

Merci et bravo au député radical de gauche Roger-Gérard Schwartzenberg – qui, on le voit, n'est pas professeur d'université pour rien de relever ainsi le niveau lexical des débats parlementaires. On n'est pas trop sûr, cela dit, qu'une telle façon de parler rapproche vraiment la politique des citoyens (du moins, des quidams qui ne sont pas d'un niveau Bac +19).

29/01/2016

Une «fiction collective et poétique »

paris,arts,culture,sciencesUn peu de culture, pour bien terminer la semaine. De l'art urbain, en l'occurrence. Et du spectaculaire, en plus.

Cela se passe le long du périph' parisien, le boulevard périurbain le plus fréquenté d'Europe. Cette semaine, y a été inaugurée une installation lumineuse monumentale, destinée à y rester dix ans. Elle transforme complètement la physionomie des immenses silos de béton (40 mètres de haut, 20 mètres de diamètre) qui s'élèvent quai d'Ivry, dans le treizième. Grâce à une quarantaine de projecteurs leds installés à leurs pieds, ces édifices monumentaux, sitôt la nuit tombée, s'éclairent de couleurs qui rappellent celles des aurores boréales. "Solar Wind". C'est le nom de cette installation. Elle est due à l'artiste plasticien Laurent GrassoPrix Marcel Duchamp 2008, et qui illumina déjà, précédemment, La Samaritaine et le Palais de Tokyo.

Il s'agit ici d'une oeuvre qui se veut poético-scientifique. N'ayant jamais été très porté sur les sciences, on n'est pas sûr d'avoir parfaitement compris, mais donc, les couleurs illuminant les tours varient en intensité et en teintes en fonction de l'activité solaire et des mouvements cosmiques (voir ), un algorithme créé pour l'occasion traduisant les données recueillies par les chercheurs du Centre d'études spatiales (CNES).

paris,arts,culture,sciencesL'effet visuel créé par ce «moteur de fiction collective et poétique» paraît aussi saisissant que réussi.

Il viendra bien à point, en tout cas, pour détendre (un peu) le million d'automobilistes qui, chaque jour ou presque, pestent contre les embarras de circulation qui font la réputation de ce boulevard – et cette semaine plus que jamais, le périph' ayant été plusieurs fois bloqué par les manifestations des taxis en colère.

24/02/2011

Une découverte, ou pas

gouttes-de-rosee-sur-les-feuilles_497.jpgAujourd'hui, parlons un peu des merveilles de la recherche française. Et d'un sujet moins sinistre que ceux des jours précédents – cela ne pourra pas faire de mal. Un sujet néanmoins assez existentiel: peut-on... se passer de sexe?

Peut-on se passer de sexe... quand on est une plante, précisons illico, au risque d'en décevoir certain(e)s. «Les plantes peuvent-elles se passer de sexe?», c'est, en effet, la question que se sont posée des chercheurs de l'Institut français de recherche agronomique (INRA) – on connaît des thésards qui, en ce moment, passent leurs nuits à faire des recherches sur des sujets moins libidineux. Un communiqué de l'INRA, pas peu fier, l'a annoncé hier: ces travaux sur la sexualité (ou l'a-sexualité, comme on veut) végétale viennent d'être publiés dans le prestigieux journal «Science». «Les plantes peuvent-elles se passer de sexe?», donc. Si on a bien compris, la réponse est oui. Certes, en règle générale, «la majorité des plantes, notamment des plantes cultivées, se reproduisent sexuellement». Mais, mais, mais... «certaines espèces produisent des graines différemment, par un processus asexué nommé apomixie. Les descendants ainsi produits sont des clones identiques à leur mère». Pas si anecdotique comme découverte, puisque «l'introduction de l'apomixie chez les plantes cultivées représenterait une révolution. Elle permettrait de multiplier à l'identique n'importe quelle plante intéressante sur le plan agronomique». Trop chouette, donc, l'apomixie.

Les lecteurs qui voudraient en savoir plus sur cette merveille du monde végétal liront cela ici. Les autres, qui auraient l'impression d'avoir perdu leur temps en lisant les lignes qui précèdent, peut-être s'en consoleront avec cette autre info que l'on a apprise hier, concernant cette fois la sexualité humaine.

Entendu sur une radio française, qui en faisait ses choux gras: «13 millions de dollars: c'est le prix de sexe.com, le domaine internet le plus cher du monde». Sur le podium des noms de domaine les plus onéreux, viennent ensuite vodka.com (3 millions de dollars) et pizza.com (2,6 millions). Comme concluait bien le confrère, «c'est beaucoup plus éclairant (sur le genre humain) qu'un long traité de sociologie». Et cela confirme que l'apomixie, pour l'heure en tout cas, est réservée au monde végétal, loin des trivialités du genre humain. Mais cela, assurément, ce n'est pas une découverte.