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02/06/2008

Un macho

Envers les femmes, tout le monde n’a pas l’élégance du regretté Yves Saint Laurent. On a pu encore le constater ce week-end, avec la première grande interview de Charles Villeneuve, le nouveau président du Paris Saint-Germain.

Sur TF1 déjà, pendant des années, ce journaliste nous avait infligé, à longueur de numéros du «Droit de Savoir», des publireportages exagérément virils à la gloire des forces de l’ordre. A présent, à la tête du club de foot, il confirme qu’il ne détonnera en rien dans le monde si macho du sport parisien.

Pour preuve, dans cette interview (très mâlement titrée «Il faudra m’obéir ou partir»), à la question de savoir s’il écoutera son instinct en tant président du PSG, Charles Villeneuve a eu cette réponse sidérante: «L’instinct, le sens… Je laisse ça aux femmes. Moi, je ne suis pas une gonzesse…»

Mais comment donc peut-on encore dire des âneries pareilles? Toutes ces antiques théories sexistes sur l’hémisphère gauche et l’hémisphère droit du cerveau, sur les pauvres femmes qui seraient cérébralement réduites à l’intuition, au sensitif et à l’imaginatif alors que les hommes, eux, seraient par nature doués pour le raisonnement et pour l’intellect, tout cela est évidemment complètement remis en cause par les scientifiques et donc totalement dépassé depuis d’innombrables années. S’il écoutait un peu moins son instinct de macho, Charles Villeneuve aurait eu le droit de le savoir.

30/05/2008

Un style

284ea31621559d7937c6f082221e7dd7.jpgUne femme, retour d’une journée de shopping, s’adresse à son mari qui fait la moue en la voyant essayer les chaussures qu’elle vient d’acheter: «J’achète deux paires parce que, quand tu fais cette tête, ça m’enlève la moitié du plaisir». Une autre, au volant de sa voiture, tente d’amadouer un pandore sur le point de la verbaliser: «Je préfère ne pas vous remettre mes papiers, si vous êtes marié: ils empestent le parfum». Deux copines attablées dans un bistrot parisien: «Tu crois qu’ils ont remarqué, à Cannes, que nous boudions le Festival?» Une mère en vison sermonne une ado boudeuse: «Mais Françoise, je ne comprends pas ce qui t’empêche de vivre intensément avenue Foch». Deux copines encore, bavardent à la plage: «Il me demande si je suis libre ce soir. Ai-je une tête à avoir une soirée libre?» Un couple en tenue de soirée sur un balcon, elle répond à son prétendant: «Il y a en moi plusieurs femmes. Comment voulez-vous que je puisse me contenter d’un seul homme?» Plus tard, la même en robe de nuit et au téléphone: «Quelle surprise, Henri, de vous entendre avec le faux numéro que je vous ai donné».

Ces réparties, c’est du Kiraz tout craché. Edmond Kirazian dit Kiraz, le célèbre dessinateur de presse, qui depuis la fin des années 50, croque les Parisiennes dans des magazines de papier glacé: «Jours de France» pendant trente ans, puis «Match», «Gala», «Elle», «Playboy», etc. Les Parisiennes de Kiraz, sur leurs vertigineux talons hauts, ont fait le tour du monde. Leurs silhouettes longilignes ont même été exportées jusqu’au Japon. Elles ont aussi fait de la pub pour des édulcorants, des boissons gazeuses ou des panties. Et n’ont pas peu contribué à populariser le cliché mondial de la Parisienne élégantissime. De leur père spirituel, le couturier Christian Lacroix dit d’ailleurs qu’il n’avait pas son pareil pour «dessiner des décors formidables et capter l’essence de la mode».

f1db5088d05602a82d4db2b696f05698.jpgCarnavalet, le musée  de l’Histoire de la Ville de Paris (ici), rend hommage en ce moment à Kiraz, en lui consacrant une rétrospective qui réunit plus de 200 de ses œuvres: gouaches, dessins, esquisses ou croquis. En visitant l’expo, cela saute aux yeux: Kiraz, c’est vraiment un style. Aussi enlevé sur la forme (ses gouaches sont toujours très joliment colorées) que connoté sur le fond.

La Parisienne, la vraie, probablement se bat avec les horaires des crèches, transpire en Vélib’, peste contre des taxis inexistants, arrive en retard au spectacle, fraude dans le métro, n’a pas le temps d’arroser les plantes de son balcon, râle de ne plus pouvoir fumer au café, milite dans un comité de quartier, sacrifie quelques calories à un bon verre de vin, et fait surtout du shopping en période de soldes. La Parisienne de Kiraz, elle, passe ses journées dans les grands restaurants, dans les boutiques de luxe, au volant de son cabriolet, en rendez-vous galants, en vacances à la plage ou au manège équestre. Significatif: parmi toutes les oeuvres de Kiraz exposées, une seule et unique montre une Parisienne se livrant à une activité quotidienne dénuée de glamour: descendre les poubelles.

La Parisienne, la vraie, a probablement un caractère bien trempé, mais son tempérament ne se laisse pas résumer par quelques réparties en forme de clichés. La Parisienne de Kiraz, elle, de dessin en dessin invariablement depuis trente ans, est parfois spirituelle, toujours ravissante, mais le plus souvent passablement nunuche : sorte de poupée Barbie réduite à sa frivolité affective ou vestimentaire. La Parisienne de Kiraz, finalement, est un peu à la Ville Lumière ce que Carrie Bradshaw, de «Sex and the City», est à New York.

865a017b5f13a8076c7b52419c2d476b.jpgDu coup, en parcourant l’expo hier, on n’était plus trop sûr que cette futilité féminine ainsi honorée, supposément rafraîchissante, n’était pas en fait très agaçante par sa misogynie sous-jacente. On remarquait alors que, parmi les visiteurs, l’écrasante majorité était des femmes. Et que des éclats de rire guillerets et des murmures amusés fusaient régulièrement de leurs bouches.

09/09/2006

Une évidence un peu sexiste

Arlette Chabot, la directrice de l’info de France 2, nous l’expliquait l’autre jour: la mise en congé, dès janvier, de Béatrice Schönberg de la présentation du 20 Heures, annoncée cette semaine, n’est pas du tout une «punition ». «Elle ne quitte pas la chaîne, mais il s’agit d’éviter toute gêne et tout malentendu pour elle et pour nous», précisait-elle.
C’est donc pour permettre à son ministre de mari, Jean-Louis Borloo, de poursuivre sa vie politique dans la période chaude de la campagne électorale que son épouse a accepté de mettre sa carrière entre parenthèses. En principe, elle devrait retrouver son JT une fois la présidentielle et les législatives terminées - sauf si Jean-Louis Borloo devenait Premier ministre, a précisé France 2.
Quelque part, au niveau d’une certaine éthique de l’information, cette mise en retrait est compréhensible, voire souhaitable, ne fût-ce que pour éviter tout soupçon de partialité dans le chef de la chaîne de service public.
On remarque tout de même que, dans le long débat qui a concerné ces derniers mois le sort de Béatrice Schönberg, personne n’a jamais envisagé… l’hypothèse inverse: la mise entre parenthèses de la carrière professionnelle de son mari, pour que la journaliste puisse, elle, continuer à exercer son métier. Par principe donc, le sacrifice professionnel, en l’occurrence, ne pouvait être que féminin. C’est sans doute politiquement plus réaliste. Mais n’est-ce pas, finalement, un présupposé un rien sexiste ?
A France 2, heureusement, la fiction dépasse parfois la réalité. Hier matin, on a pu se délecter des trois premiers épisodes d’une excellente série de 6 x 52 minutes dont la diffusion débutera le 27 septembre. «L’Etat de grâce» met en scène une femme (Anne Consigny, alias Grace Bellanger) qui accède au poste de Présidente de la République et tombe enceinte quelques mois après son investiture.
Sans déflorer ce petit bijou de drôlerie et d’esprit, réalisé par Pascal Chaumeil (présent déjà sur «Engrenages», la meilleure série française depuis longtemps), on retiendra ce pied de nez à notre monde machiste: une vraie/fausse «Une» de «Paris-Match» montrant Grace aux côtés de son ami, le «First man», et de son chien. Avec ce titre parfait: «Les compagnons de la Présidente».
Ségolène et François seront-ils devant leur téléviseur le 27 septembre ?
C.G.