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01/12/2011

Un fatras d'inepties

santé,sida,social,jeunes,parisAujourd'hui, comme chaque 1er décembre, c'est la Journée internationale de lutte contre le sida. Rappelons donc que, non, cette maladie ne se transmet ni «par une piqûre de moustique», ni «dans les toilettes publiques», ni «en buvant dans le verre d’une personne contaminée». Vous levez les yeux au ciel en vous disant que tout le monde sait cela? Et bien non, visiblement.

C'est ce qu'on avait déduit (ici) au printemps, à la vue d'une campagne d'affichage sur le sujet, dans les rues de Paris. Six mois plus tard, on a retrouvé ce constat de la permanence de telles fausses croyances dans une étude publiée cette semaine. La région parisienne est une des régions d'Europe les plus touchées par le VIH – une prévalence plus de deux fois supérieure à la moyenne française (voir ). Il n'empêche, il s'y trouve encore respectivement 21%, 13% et 6% de gens qui croient que le sida se transmet par les moustiques, dans les toilettes, ou par la salive.

Particulièrement affolant est le fait que, à Paris et dans sa région (comme dans le reste du pays), pour la première fois en 2010, «ce sont les jeunes de 18-30 ans qui maîtrisent le moins bien les mécanismes de transmission et de protection» relatifs au VIH. Tout aussi inquiétant est le constat dressé par les chercheurs, selon lequel, depuis 1998, les Parisiens sont «de moins en moins nombreux à considérer le préservatif comme tout à fait efficace» contre la maladie. A l'inverse, «de plus en plus pensent que la transmission du virus est possible lors de rapports sexuels avec un préservatif. Ces croyances sont surtout partagées par les jeunes de 18-30 ans».

Rien que la persistance de telles inepties, dans l'esprit d'une partie non négligeable de l'opinion, donne tout son sens à cette Journée internationale, même trente ans après la découverte de ce virus.

01/04/2011

Un message

séropo.jpgCoup d'envoi, ce vendredi, du Sidaction, huitième du nom. Les donateurs ont jusqu'au 4 avril pour aider la recherche et les malades. Pour avoir une idée, rien que 40€ – soit à peine le prix d'un resto moyen à Paris – permettent de financer «la prise en charge médicale et le traitement d’un enfant pendant un mois au Burundi».

A propos du sida, l'autre jour dans notre onzième arrondissement, on est tombé en arrêt devant une affiche. «Faites passer le message», disait-elle. Quel message? «On n'attrape pas le sida en embrassant une personne séropositive». En voyant cela, on s'est dit que cette campagne, prise dans un sens ou dans un autre, avait un côté assez déprimant.

Soit n'importe quel Français moyen sait parfaitement bien, comme cela nous paraît, à nous, si évident et depuis si longtemps, que le virus du VIH-sida ne se transmet bien sûr pas par un tel contact physique. Auquel cas, une campagne de ce genre, c'est vraiment de l'argent jeté par les fenêtres. De l'argent qu'on aurait mieux fait de consacrer à faire passer des messages sur d'autres aspects de l'épidémie: le dépistage, les traitements post-exposition, la coinfection VIH-VHC, ou les pratiques sexuelles à risques.

Soit, comme c'est plus probable, les concepteurs de cette campagne ont bien fait leur travail: ils l'ont fait précéder d'études précises et fouillées sur l'état des connaissances du grand public à propos de cette maladie. Auquel cas, si un tel message (*) a été choisi, c'est  parce que ce type d'idées reçues complètement débiles (=on peut choper le sida en embrassant un-e séropo) existe encore bel et bien en France – et probablement ailleurs également.

30 ans après le début de l'épidémie et 25 millions de morts plus tard, cette désinformation populaire a quelque d'assez affolant, a fortiori dans un pays comme la France, où le niveau d'éducation est élevé et l'accès aux moyens d'information généralisé. Affolant, car cela en dit long, et doublement.

Cela en dit long, d'abord, sur les carences de l'Etat français, dans sa politique d'éducation à la santé. En dit long, ensuite et surtout, sur un certain je-m'enfoutisme, et donc un manque d'altruisme, des gens, envers ce qui constitue pourtant un enjeu crucial de santé et de société à l'échelle de la planète toute entière.

(*) Un tel message, ou ses variantes, également visibles sur des affiches à Paris en ce moment: on n'attrape pas le sida «en serrant la main d'une personne séropositive», «en partageant le repas d'une personne séropositive», «en utilisant les mêmes toilettes qu'une personne séropositive».

04/06/2010

Une «obscénité»?

Le Front National, paraît-il, se modernise. Se banalise. Se civilise. Et, paraît-il, ce sera encore plus vrai l'an prochain, lorsque Marine Le Pen sera probablement à sa tête. Le FN se modernise, ah oui? Ce n'est pas si évident, au vu de l'actualité judiciaire qui, lundi, sera celle d'un membre du «comité central» de ce parti – au passage, pour une formation d'extrême droite, ce terme, si communisant, de «comité central» sonne tout de même un peu bizarrement.

 

Le hiérarque lépéniste en question – dont on taira le nom, car on ne tient pas spécialement à lui faire de la pub – comparaît lundi devant la septième chambre de la Cour d'Appel de Versailles. Pour avoir, le 2 décembre 2006, déchiré et dégradé une baudruche gonflable de onze mètres de haut en forme de préservatif géant. Baudruche que la mairie de sa petite ville de banlieue parisienne avait érigée à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida. Pour ce dirigeant frontiste, cette opération de prévention était une «obscénité publique, qui constituait de toute évidence un attentat à la pudeur, un outrage aux bonnes moeurs et un objet de scandale notamment pour les jeunes enfants». Et l'intéressé, dès lors, d'appeler «tous les patriotes qui le souhaitent» à venir nombreux au tribunal lundi, pour le «soutenir dans (son) combat pour avoir voulu simplement défendre et protéger la vue des jeunes enfants, la pudeur, les bonnes moeurs et la morale publique».

 

On ne sait pas si cet élu FN a ou non des enfants. Mais, si oui et si ce sont des garçons, on leur souhaite bonne chance et bon courage quand, lorsqu'ils seront ados, ils devront aborder avec un père aussi péniblement rétrograde les questions du premier rapport sexuel, de la contraception et de la prévention des infections sexuellement transmissibles.

04/09/2006

Une absurdité sans nom

medium_preservatif.jpgLundi matin, donc. Et lendemain de la veille. Ce dimanche a été un peu fatigant, consacré pendant toute la journée à un reportage pour «La Libre» sur l’inauguration houleuse par le maire de Paris, Bertrand Delanoë, de la nouvelle «place Jean-Paul II», puisque tel est désormais le nom du parvis de Notre-Dame.

Dès 10 heures du matin jusqu’au milieu de l’après-midi, face à un dispositif sécuritaire d’une rare ampleur et passablement stressé, il a fallu jouer des coudes, déjouer les barrages policiers, montrer une dizaine de fois ses documents de presse, s’armer de sourires angéliques et de patience, parlementer avec les pandores pour, simplement, pouvoir faire son travail de journaliste et informer ses lecteurs de la controverse entourant cette inauguration.

Bertrand Delanoë a échappé au pire. Le plan initial des manifestants, en effet, était de déployer sur les hauteurs de la cathédrale, pendant son discours, devant toutes les caméras de France donc, une banderole fustigeant sa «TRAHISON SOCIALISTE». Ladite banderole a été confisquée par les policiers dès les premières heures de la matinée. Tout comme ont été saisis 300 préservatifs que ces opposants voulaient distribuer aux passants pour attirer leur attention sur la nécessité absolue de continuer à se protéger contre le sida, quels que soient les préceptes de l’Eglise en la matière.

On peut trouver plus ou moins de bon goût la distribution de préservatifs aux abords d’un lieu si emblématique de la chrétienté qu’est Notre-Dame. On peut être pour ou contre cette «place Jean-Paul II», pour ou contre ce maire socialiste homosexuel décidément si atypique, pour ou contre son alliance avec la droite parisienne dans ce dossier, pour ou contre les arguments de ses opposants: partis écologistes, associations de lutte contre le sida, mouvements féministes ou homosexuels, défenseurs de la laïcité, etc., qui contestent le legs de Jean-Paul II et l’opportunité de lui rendre hommage par une place à son nom. Mais que l’on soit dans un camp ou dans un autre, ou plus vraisemblablement que l’on se situe quelque part entre ces deux camps, on ne peut que trouver profondément absurde que ces 300 préservatifs pourrissent désormais, au titre de saisie conservatoire, dans l’un ou l’autre tiroir de bureau d’un obscur fonctionnaire de la préfecture de police.

Paris fait partie des capitales européennes les plus touchées par le VIH. L’an dernier, la France a enregistré un record jamais égalé: 7.000 nouvelles contaminations par le sida, majoritairement des jeunes et des femmes hétérosexuelles. 7000! Si l’on a bien calculé, cela fait donc une contamination toutes les 90 minutes.

Dès lors, au-delà de toute considération politique, on ne peut qu’estimer que ces 300 préservatifs n’ont rien à faire dans un bureau de fonctionnaire et doivent impérativement être rendus aux associations pour être distribués dans le grand public. Pour lutter contre une épidémie qui, chaque jour, chaque soir, fait ses ravages silencieux dans la capitale.