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16/02/2011

Un agacement (encore)

L'autre jour dans ce blog (ici), on s'énervait (un peu) contre une certaine dérive des médias – en France, mais pas seulement – vers l'anecdotique, vers le petit bout de la lorgnette de l'actu. Cette semaine encore, on frise l'indigestion de ce fast-food de l'info que constitue l'«infontainment». Ou la «suzanboylisation» de l'actu, comme on dit. «Paris Match», en effet, a cru bon de demander à l'opinion, via un sondage, laquelle de ces deux personnalités elle préfère: Carla Bruni-Sarkozy ou Anne Sinclair-Strauss-Kahn.

On n'a pas encore compris l'intérêt de fond d'une telle enquête d'opinion, si ce n'est bien sûr celui de vendre du papier. On voit bien l'esprit dans laquelle elle est faite: tester la popularité de deux potentielles first ladies pour l'élection présidentielle de 2012. Mais trois réserves au moins, trouve-t-on, peuvent être objectées à cette démarche médiatico-sondagière.

D'abord, les premières dames n'ont en France aucune existence constitutionnelle ni aucune légitimité démocratique, puisqu'elle ne sont pas élues. Dès lors, les tester dans les sondages, comme on le fait pour un Président, des ministres ou des parlementaires, c'est accréditer en douce un glissement. C'est officialiser mine de rien un rôle d'influence que, dans les faits, les intéressées ont peut-être, mais qui n'a pas à être ainsi reconnu voire célébré – tant, en tout cas, que la Constitution n'a pas été modifiée. Et c'est remettre une couche dans la «peoplelisation» de la politique. Ensuite, le fait même de procéder à un tel sondage est condescendant envers l'électeur: politiquement, le Français moyen en serait donc au point de choisir son prochain Président en fonction de son épouse? Enfin – surtout –, tout cela ne fait qu'alimenter une vision rétrograde de l'épouse en politique, et de la femme en général. Juste bonne à jouer la pièce rapportée, le faire-valoir, la valeur ajoutée en somme: au service docile et dévoué de Monsieur. Pénible, donc.

Mais ce n'est que notre avis.