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05/11/2014

Une inversion de tendance

Paris, Société, Femmes, FamillePrès de quarante ans que l'on n'avait pas vu cela, à Paris. Pour la première fois depuis 1975, la natalité est en baisse, dans la capitale française.

Selon les derniers chiffres publiés cette semaine (relatifs à l'année 2012), 28.945 bébés voient le jour chaque année, dans la "Ville lumière". C'est 1,2% de moins que l'année précédente. Et c'est à comparer avec les quelque 32.000 naissances qui ont été enregistrées à Paris dix ans plus tôt: en 2002.

De fortes disparités de natalité existent entre arrondissements parisiens. Ainsi, dans le si chic sixième arrondissement, la natalité progresse de plus de 10%. En revanche, dans le très bobo deuxième ou dans le bourgeois huitième, elle dégringole de 17% et de 10% respectivement. La mise en regard de ces tendances avec la sociologie des quartiers concernés, cela dit, n'est pas vraiment éclairante: aussi bien des arrondissements très aisés que des arrondissement moins bourgeois, voire populaires, enregistrent des hausses ou des baisses de natalité, selon les cas.

Dès lors, pour expliquer ce phénomène inédit depuis si longtemps, les démographes en sont réduits à le relier plutôt à des facteurs parisiens très globaux. Par exemple, la crise structurelle des modes de garde d'enfants, dans la capitale (manque chronique de places de crèches, etc.). Ou le coût du logement, qui a atteint des niveaux prohibitifs. Ou encore l'insécurisation du parcours professionnel des femmes, due à la crise économique, et qui les pousse à reporter les projets de maternité.

La région parisienne dans son ensemble affiche tout de même encore un taux de natalité qui est supérieur à la moyenne nationale. C'est très largement dû à la banlieue, et grâce à la part de sa population qui est issue de l'immigration.

04/11/2014

Une «agression psychologique»

Dans la boîte électronique, un courriel assez improbable. Expéditeur? «Les Z'Amis de Frigide Barjot». Le comité de soutien à l'ineffable Virginie Merle-Tellenne, ex-égérie de la croisade contre le «mariage pour tous». Mercredi dernier, elle et sa famille ont été définitivement expulsées du logement social qu'elles occupaient, à Paris. Un (très) vaste appartement, et accessoirement aussi le QG de «La Manif pour Tous» de la fin 2012 au printemps 2013. Un an plus tard, ces «Z'Amis» ne décolèrent pas. Et, au passage, réécrivent l'histoire.

Ainsi, à les en croire, la famille Merle-Tellenne a été expulsée «en raison de son engagement pour la filiation biologique dans le respect de toutes les familles». Ils sont donc des «boucs émissaires» victimes d'«une décision politique». Ce déménagement forcé n'est rien d'autre qu'«une agression psychologique, qui vise à traumatiser, pour mieux la faire taire, le leader historique et avec lui tous les citoyens qui proposent une alternative réaliste, et garante des droits des couples homosexuels, à la loi Taubira». Conclusion enflammée du comité de soutien: «C'est vous tous qui êtes muselés, et derrière la négation du courant que vous formez, c’est le pluralisme de la démocratie qui est bafoué».

C'est, pour le moins, une façon tronquée de présenter les choses. La famille Merle-Tellenne a été expulsée de son logement pour avoir sciemment enfreint les règles du bail social qui le régissait. En effet, une partie de cette habitation était sous-louée à la (florissante) société de production et d'édition du mari de Madame, le dénommé Bruno-«Basile de Koch». En outre, cette décision d'expulsion a fait l'objet d'un très long processus juridique, au cours duquel Frigide Barjot a eu toutes les occasions de faire valoir ses arguments. Processus à l'issue duquel les magistrats ont pleinement validé la mesure la frappant.

Les fans de l'intéressée qui seraient chagrinés par «l'agression psychologique» dont elle serait victime n'en sont pas moins, à présent, invités à donner leur obole () à son mouvement, afin de lui assurer «un nouveau départ». Direction? Les élections prévues en 2017. Motivation? «Soutenir le seul candidat qui s'engagera, dans sa profession de foi et son programme, à réformer la filiation de la loi Taubira, dans le respect de tous les couples».

Cela promet.

24/04/2014

Une erreur, mémorable

Puisqu'on évoquait hier le vote par le Parlement de la loi sur le «mariage pour tous», il y a un an jour pour jour, cette anecdote de coulisses qui, à l'époque, fut assez peu rapportée par les médias français. Et dont les protagonistes ont bien veillé à ne pas se vanter. Le 23 avril 2013, la «loi Taubira» fut approuvée y compris par... des députés sarkozystes qui, pourtant, avaient défilé en tête de manifs anti-«mariage pour tous».

Les annales parlementaires de l'époque en témoignent. Au moment fatidique, 6 des 196 députés de la droite UMP ont voté le texte. Parmi eux, l'ancien ministre Luc Chatel et, surtout, l'ex-conseiller spécial de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, Henri Guaino. Qui, tout au long du débat fiévreux ayant précédé le vote, avait été un des plus violents pourfendeurs du «mariage gay». Pourquoi, dès lors, un tel vote positif? On trouve l'explication dans les registres officiels de l'Assemblée ().

En marge de l'énumération des votants, pour ou contre, au sein de chaque groupe parlementaire, figure une «mise au point», relative à quelques députés. Elle précise que Luc Chatel et Henri Guaino notamment, «qui étaient présents au moment du scrutin ou qui avaient délégué leur droit de vote, ont fait savoir qu'ils avaient voulu voter contre». La «mise au point», toutefois, ne vaut que pour la forme. En effet, en vertu du règlement de l'Assemblée, «aucune rectification de vote n'est admise après la clôture du scrutin». Dès lors, le duo est considéré à jamais comme ayant voté ce projet de loi.

Appuyer sur le mauvais bouton, au moment du vote solennel d'un texte aussi emblématique: encore bravo.

23/04/2014

Un business florissant

Paris, Société, Institutions, EconomieC'était il y a un an, jour pour jour. Le 23 avril 2013, après des mois de débats fiévreux et de manifestations d'anthologie, le Parlement français adoptait de manière solennelle et définitive le «mariage pour tous».

Un an plus tard, Paris est sur la première marche du podium des villes de France où le plus grand nombre de «mariages pour tous» sont célébrés. Dans la capitale, 15% de tous les noces conclues en mairies concernent des couples de même sexe, soit trois fois plus que la moyenne nationale. Dans certains arrondissements, ce chiffre explose. Ainsi, il atteint 40% dans le quatrième arrondissement – et pour cause, il comprend le «Marais gay».

Dans ce quartier, les commerçants, depuis un an, se frottent les mains. En effet, la loi Taubira a accru encore un peu plus leur chiffre d'affaires, qui était déjà très florissant. Qu'il s'agisse des bijouteries (les alliances), des pâtisseries (les pièces montées), des agences de voyage (les voyages de noces) et même des librairies (les ouvrages sur l'homoparentalité, paraît-il, se vendent comme des petits pains, depuis avril 2013).

Le business «gay-friendly»: voilà au moins un pan de l'économie que François Hollande aura réussi à redresser, depuis son arrivée à l'Elysée.

Sans doute est-ce déjà cela.

17/02/2014

Un fameux retard

Mieux vaut tard que jamais, dit l'adage. Mais là, le retard est vraiment frappant. La semaine dernière, le Parlement français a évoqué la question de la prise en compte des personnes handicapées à la télévision. Pour le moment, dans l'Hexagone, c'est vraiment la portion congrue. Les télés de service public et les principales chaînes privées sous-titrent les programmes à destination des sourds et malentendants, mais elles ne les traduisent que très rarement en langue des signes. Ainsi, sur les trois télés d’info continue (LCI, BFM et Itélé), un seul et unique bulletin par jour est interprété en direct dans cette langue, et encore: pas le week-end.

Cela va peut-être changer. Le gouvernement, en effet, admet «la nécessité de renforcer l’accès des personnes sourdes et malentendantes à l’information». L'objectif est qu'il y ait au moins un JT quotidien, diffusé à une heure de grande écoute, qui bénéficie d'une telle traduction. Un groupe de travail a commencé à plancher sur la question. Il réunit des représentants des ministères de la Communication et des Affaires sociales, des associations concernées, et des chaînes de télévision.

Très bien. En Belgique, d'après le souvenir qu'on a gardé de ce pays, cela fait au moins vingt ans, si pas trente, que les JT des chaînes publiques bénéficient systématiquement d'une telle traduction en langue des signes.

Quand la France aura comblé son retard à la matière, elle pourra s'attaquer à un autre problème illustrant combien elle est encore loin d'être «une société pleinement inclusive», comme on dit en jargon technocrate. Selon les propres chiffres donnés aux parlementaires par la ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine, «seuls 0,4% des personnes présentes à l’antenne ont un handicap visible ou exprimé».

05/11/2013

Un coup de sang

Social, Société, Racisme, Personnalités, MédiasSur le plan des relations inter-communautaires et – appelons les choses par leur nom –, du racisme, les choses doivent aller bien mal, en France. Pour que se décide à prendre publiquement la parole, afin de dénoncer ce climat, quelqu'un comme Harry Roselmack: personnalité très consensuelle, jusqu'à présent peu exposée politiquement, et dont l'image était donc assez lisse. Dans le journal «Le Monde» à paraître ce mardi soir, le journaliste de TF1 pousse un coup de gueule (). Contre ce «fond de racisme qui résiste au temps et aux mots d'ordre, pas seulement au sein du Front national, mais au plus profond de la société française».

Cette initiative survient après les deux indignités qu'a dû subir la ministre Christiane Taubira, dernièrement. Sur Facebook, elle, originaire de Guyane, a été comparée à un singe, par une candidate du FN aux élections municipales (le parti l'a suspendue, depuis). Ensuite, dans la même veine, lors d'une manifestation, elle a été traitée de «guenon» par une enfant, qui lui a tendu une banane.

Comme dit Harry Roselmack, pour qu'on en arrive là, il doit être bien entamé, ce que la République avait «su créer: un sentiment d'appartenance et d'attachement national chez des gens de classes sociales différentes, de cultures différentes, de couleurs différentes».

30/09/2013

Une pudibonderie médiatique, déplacée

femmes,activisme,médias,sécurité,sociétéComme chaque année (relire ici), maigre couverture médiatique, ce week-end en France, de la troisième édition de la «SlutWalk». Sans doute parce que les médias décrètent que rien que l'intitulé de ce mouvement, la «Marche des salopes», est cru au point d'être indicible.

Curieuse pudibonderie, tout de même, à l'heure où tant de programmes de ces mêmes médias dégoulinent de vulgarité – passons.

Comme ce fut le cas dans nombre de villes étrangères, cette Marche s'est tenue à Paris mais aussi dans des villes de province comme Bordeaux, Clermont-Ferrand, Lille, Lyon, Rouen, Toulouse ou Strasbourg. L'intitulé provoc' du mouvement renvoie au qualificatif qui, pas rarement, est attribué aux femmes victimes de violences sexuelles et qui se voient reprocher de les avoir favorisées par leur accoutrement ou leur comportement. A Paris, des participantes au cortège, qui a défilé jusqu'au Panthéon, arboraient parfois un short ou un soutien-gorge apparent. Sur leurs pancartes, des slogans comme «Ceci est une jupe, pas une invitation», «Non, c'est non», «Un viol n'est jamais ni consenti, ni provoqué, ni de la faute de la victime», ou «La honte doit changer de camp».

En France, «il y a encore beaucoup de progrès à faire», a témoigné une organisatrice de la manifestation. Des progrès dans l'accueil et la considération des victimes de violences sexuelles, et dans le regard porté sur elles par la société. A assez bien résumé l'ampleur des progrès encore a accomplir, le témoignage, à l'agence AFP, d'une étudiante de 23 ans ayant manifesté à Lille. Victime d'un viol, elle en a parlé à ses amis. «A l'époque, certains m'ont demandé comment j'étais habillée. J'ai expliqué que je portais un jean et un T-shirt. On m'a répondu: "Ah, dans ce cas, ce n'est pas normal"».

On aurait aimé voir genre de témoignage davantage répercuté dans les médias, ce week-end.

26/09/2013

Une fraude, indécente

Paris, Transports, Police, SociétéQue ne ferait-on pour trouver un emplacement où se garer, dans Paris – ville où, au passage, le nombre de places de stationnement a été réduit d'un tiers, en dix ans. Hier, les associations de personnes handicapées ont alerté les autorités sur l'ampleur prise par la fraude et le trafic des cartes de stationnement pour handicapés.

Selon elles, plusieurs milliers de faux documents de ce type seraient en circulation dans le pays, en ce moment. Et, bien sûr, à Paris et dans sa région singulièrement. Il s'agit soit de faux documents créés de toutes pièces, imitant les vraies cartes de stationnement, soit de vraies cartes mais qui ont été falsifiées, soit de cartes détenues indûment: par des personnes qui sont parfaitement valides. La préfecture de police de la capitale a annoncé qu'elle allait renforcer ses contrôles.

Magouiller pour, outre ne pas devoir chercher une place pendant des heures, ne pas payer l'horodateur: dans un pays où la fraude fiscale fait figure de sport national et où les automobilistes font partie des corporations vaches à lait du fisc, sans doute pas grand monde ne trouvera cela considérablement indigne. Mais, ce faisant, en utilisant frauduleusement les places de stationnement qui leur sont réservées, plonger dans la gêne les moins valides. Eux qui, déjà, peinent à longueur de journées, à cause des retards pris dans les programmes visant à assurer l'accessibilité de tous aux espaces publics.

Il y a décidément des gens qu'aucun scrupule n'arrête.

29/08/2013

Une curieuse apathie

Publicité, Religion, Activisme, SociétéIls sont en passe d'arriver à Paris: les «Veilleurs». Ces militants opposés au «mariage pour tous» parcourant à pied la France: pour «éveiller les consciences», «susciter l'éveil démocratique». Partis début août de Charente maritime, une vingtaine de ces «Veilleurs» randonneurs sont annoncés dans la capitale samedi matin, voire dès demain. Ils comptent se faire entendre sur le parvis de la Défense, place de la Concorde, et sur les Champs. Où notamment ils liront des textes de Camus et de Bernanos.

Ce mouvement se revendique comme pluraliste et non-confessionnel, mais est évidemment très ancré à droite politiquement, et situé dans la mouvance catholique – qui, pendant des mois, a été le fer de lance de la mobilisation contre le «mariage gay».

Dans cette mouvance, figurent les catholiques ultras de l'Institut Civitas – dont on a déjà eu l'occasion de parler, dans ce blog (relire par exemple ici). Ces dernières semaines, assez curieusement, ils n'ont pas le moins du monde réagi à une campagne de pub que l'on a beaucoup vue, sur les murs de Paris. Emanant d'une marque de mode, elle affiche, qui plus est en très grands formats, des visuels et slogans issus de la chrétienté, qu'elle détourne voire singe allègrement. Les activistes de Civitas aiment mener des opérations coup de poing contre les représentations artistiques relevant selon eux de la «cathophobie». Mais là, rien. Pas une réaction à cette campagne, pas une affiche recouverte de slogans rageurs, pas la moindre manifestation contre ces bondieuseries mercantiles. Rien.

Mais sans doute tout le monde a-t-il le droit, en cette période de l'année, à partir à la plage.

23/08/2013

Un combat d'arrière-garde

Activisme, Société, InstitutionsTrois mois maintenant que la loi sur le «mariage pour tous» a été définitivement votée et promulguée. Depuis, y compris dans des villes gérées par la droite, des couples de même sexe – pas en très grand nombre, cela dit – convolent en mairie, sans que cela ait l'air de poser de problèmes majeurs. Et sans que, évidemment, la société française s'en trouve complètement déstabilisée, ainsi que l'avaient prédit tant de Cassandre. Trois mois plus tard, malgré tout, les anti-«mariage gay» les plus virulents poursuivent leur croisade.

C'est ce que l'on peut constater cet été, dans les rues de Paris. A la vue notamment de tous ces stickers qui ont été apposés ça et là, sur la voie publique. Ils appellent carrément à la démission de François Hollande.

Les militants à l'origine de cela s'auto-glorifient de leur constance de vues et de leur indéfectible opiniâtreté activiste. Leurs détracteurs les accusent d'acharnement et de non-respect des institutions républicaines – s'agissant d'une loi qui a été démocratiquement votée et est entrée en vigueur avec toute sa légitimité. Plus calmement, l'on est fondé à se dire que cette mobilisation devient vraiment, et plus que jamais, un combat complètement d'arrière-garde.

01/07/2013

Une (double) curiosité

Société, activisme, Sécurité, Police, ParisC'était samedi après-midi, à Paris. Un gros déploiement de forces de l'ordre, là où la Gay Pride était susceptible de déraper. Plus d'une demi-douzaine de cars de CRS stationnés devant la paroisse Saint-Nicolas du Chardonnet, pas loin du Boulevard Saint-Germain. Cette église est occupée depuis des lustres par les catholiques traditionalistes de la Fraternité sacerdotale St-Pie X (les intégristes de Mgr Lefebvre), proches du mouvement ultra-catholique Civitas, lui-même très anti-«mariage pour tous». A chaque Gay Pride, depuis des années, et donc avant même la polémique sur la loi Taubira, quelques activistes de cette obédience se réfugient derrière les grilles de cette paroisse pour y invectiver le cortège, avec des slogans comme «Nous sommes tous des enfants d'hétéros!». Cette année, les autorités craignant des échauffourées, de gros moyens ont donc été déployés à cet endroit. Mais, ... pas le moindre manifestant catholique ne s'y est montré, cette fois. Du coup, tout ces pandores en tenue anti-émeute et en si grand nombre, devant un bâtiment vide, cela avait un côté surréaliste – curieux, même.

Samedi, toutefois; quelques anti-«mariage pour tous» ont bel et bien animé la Marche. Dans le quartier Montparnasse, une poignée d'«Hommen» – mouvement qu'on a déjà évoqué, dans ce blog (relire ici) – avaient repéré un hôtel situé sur le passage du cortège, puis y avaient pris une chambre avec balcon donnant sur le boulevard. C'est de là que le petit groupe, torse nu et masqué comme à son habitude, a déployé, pendant toute l'après-midi, une banderole fustigeant la «dictature des minorités» sexuelles, et le peuple non-gay «bâillonné».

Le plus curieux, là, n'était pas le nombre de CRS barrant l'entrée de l'hôtel, pour éviter que des participants au cortège n'y pénètrent et fassent la peau aux trublions. Mais le fait que ces derniers, pendant des heures, ont levé bien haut leurs poings serrés: en signe de résistance, de protestation. Or, jusqu'à présent, en France comme ailleurs, le poing levé était un salut gestuel utilisé avant tout par des activistes de gauche, voire d'extrême gauche. Une mouvance à laquelle, de toute évidence, ces «Hommen» n'appartiennent pas.

25/06/2013

Un dévoiement lexical

Société, Langue française, Justice, PolicePuisque les anti-«mariage pour tous» continuent de faire parler d'eux, signalons leur dernier dévoiement lexical en date. Ils avaient déjà utilisé, de manière si incongrue, les termes "dictature" ou "Résistance" (on l'avait évoqué ici). Voilà à présent qu'ils qualifient de «prisonnier politique» un de leurs camarades, qui, depuis quelques jours, est incarcéré à Fleury-Mérogis.

Arrêté à l'occasion d'un rassemblement destiné à interpeller François Hollande, ce jeune homme a été condamné à deux mois de prison fermes: pour rébellion, refus de se soumettre à un prélèvement d'ADN, et fourniture d'une identité imaginaire aux autorités. Il était en état de récidive. Le mois dernier, en effet, il avait déjà été mis à l'amende, pour non dispersion d'un rassemblement non autorisé, entrave à la circulation, et fourniture d'identité imaginaire.

On est parfaitement en droit de trouver très lourde cette condamnation. On peut également, légitimement, considérer que les jugements en comparution immédiate (ce fut son cas), c'est de la justice d'abattage. On peut aussi contester le prélèvement systématique d’ADN pour des contrevenants qui ne sont nullement délinquants ou criminels sexuels. Mais appeler ce détenu un «prisonnier politique» – comme ici, , ou , par exemple –, non.

Les prisonniers politiques, ils sont en Chine, à Cuba, en Birmanie, en Syrie, en Ukraine ou au Zimbabwe. Et ils pleureraient toutes les larmes de leurs corps pour pouvoir vivre dans cet «Etat socialitaire» (néologisme rappelant "Etat totalitaire"), ainsi que les anti-«mariage pour tous» ont rebaptisé la France.

Les mots ont un sens.

24/06/2013

Une ambiance d'intolérance

Cela ne s'arrange pas, décidément: l'ambiance d'intolérance en France, alors pourtant que cela fait plusieurs semaines maintenant qu'elle a été définitivement approuvée, cette fameuse loi sur le «mariage gay». Pour preuve: ce week-end-end, dans notre quartier de Paris, a été deux fois vandalisée une exposition de photographies contre l'homophobie.

Les clichés étaient montrés devant la mairie du troisième arrondissement, dans le Haut Marais. Ils mettaient en scène des partenaires – quidams ou célébrités – de couples fictifs, représentés dans des situations de la vie quotidienne. Les oeuvres ont été considérablement dégradées. Signe particulièrement symbolique de la violence du geste des vandales, ils s'en sont surtout pris aux visages des sujets photographiés, qu'ils ont lacérés à coups de cutter.

Les passions tardent visiblement à s'apaiser, dans ce pays. Pas sûr qu'ils et elles auront vraiment matière à faire la fête, samedi: les participant(e)s à la première Gay Pride/Marche des Fiertés de Paris, depuis l'entrée en vigueur du «mariage pour tous».

10:55 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, société, arts

05/06/2013

Un bonheur, paradoxal?

Fameuse collision d'actus, en France hier. Sous la forme de la publication de deux vagues d'études qui, quand on les croisait, avaient de quoi laisser songeur.

D'un côté, dans l'après-midi, les résultats d'un sondage BVA assurant que «les Français sont Heu-reux!» Plus de huit sondés sur dix l'assurent. «Le bonheur personnel varie fortement selon le milieu social et culturel, mais il est nettement majoritaire dans toutes les catégories de population». Quelque 89% des sondés se sentent bien intégrés dans ce pays. Où 87% des gens sont persuadés qu'on y vit mieux que partout ailleurs.

D'un autre côté, dès le début de la matinée, les derniers indicateurs mensuels de conjoncture de l'Institut national de la statistique (Insee). Là, on n'est pas dans le sentiment, mais dans le concret. Pas dans le déclaratif, mais dans le chiffre. Et cela donne un climat des affaires dans le pays en général qui «reste morose», un climat conjoncturel qui même «se détériore à nouveau» dans certains secteurs (commerce de gros, bâtiment, services), une consommation des ménages qui «recule légèrement», et la confiance de ces mêmes ménages qui «se dégrade à nouveau».

Mais à part cela, donc, dans le même temps, «les Français sont Heu-reux!»

Ce peuple est décidément formidable. Ou paradoxal, c'est selon.

04/06/2013

Un salmigondis, comique

personnalités,sociétéC'était assez comique. L'autre jour, à la télé, le polémiste Eric Zemmour et le philosophe Alain Finkielkraut ont donné l'impression de se livrer à un grand concours d'indignation. Tous deux étant visiblement très aigris de l'entrée en vigueur du «mariage pour tous». A ce petit jeu, c'est le deuxième qui l'a largement emporté, dans le registre de la virulence involontairement comique. Il a gratifié le téléspectateur d'un salmigondis qui, trouve-t-on, était vraiment cocasse. Et en disait long, sur l'état d'une certaine pensée néo-conservatrice française: complètement à la ramasse.

Ainsi, entre deux, trois énervements sur le Festival de Cannes, le rap, et «cette gauche divine» qui, «par son arrogance», aurait «tué le débat» sur la famille, Alain Finkielkraut s'est lancé dans une tirade échevelée (visible notamment ici). Fustigeant «la propagande» à laquelle, «depuis des semaines et des semaines», la France, selon lui, est soumise, il a asséné sa conviction que «ce pays n'est pas réductible à l'alliance du show-biz et des banlieues. C'est autre chose, et cette autre chose, c'est nous! C'est ce qu'ont voulu montrer les manifestants anti-mariage pour tous!»

Sans doute Frigide Barjot elle-même ne réclamait-elle pas une telle défense, aussi obscure et confuse, de ses thèses.

30/05/2013

Un éventail de sentiments

C'était assez drôle: hier, à la télé. De voir les têtes des journalistes au moment d'annoncer, de commenter ou de relater le premier mariage de France entre deux gays, à Montpellier. Il y avait là tout l'éventail des sentiments humains possibles.

L'hystérie, d'abord. A en friser l'apoplexie, devant «cet événement de portée mondiale» – heu, on se calme? C'était bien sûr particulièrement le cas des chaînes d'info continue, excitées comme jamais. L'empathie, ensuite: l'émotion manifestement sympathisante, quasi la larme à l'oeil. Elle était perceptible notamment chez quelques reporters de terrain de BFMTV. Alors que, paradoxe, cette chaîne est détestée par nombre d'activistes gays, pour sa couverture jugée de bout en bout partiale de cette saga sur le «mariage pour tous». Il y avait la prudence, aussi. A tout prix garder son quant-à-soi, sur un sujet aussi clivant et donc délicat. Sous peine qu'une mine allant dans un sens ou dans un autre énerve, et donc fasse zapper, la moitié des téléspectateurs. David Pujadas, au 20 Heures de France 2, a été le parfait exemple de cette attitude-là. On a aussi cru décrypter des sourires en coin. Du genre: «Je ne dis rien, mais n'en pense pas moins». Gilles Bouleau, au 20 Heures de TF1, nous a semblé dans ce registre-là.

Le plus cocasse, d'ailleurs, a été visible sur cette même chaîne. Quelques heures plus tôt: au 13 Heures de Jean-Pierre Pernaut – le JT le plus populaire de l'Hexagone.

D'habitude, l'homme est en permanence jovial. Il n'a pas son pareil pour lancer les sujets les plus anecdotiques (la météo, l'actu locale, etc.) avec une grande hilarité, comme s'ils étaient autant de sources potentielles de joie de vivre et de grand bonheur. Hier, en revanche, dans l'amorce du sujet de son JT consacré aux préparatifs nuptiaux de Montpellier, il n'a pas desserré les mâchoires. A affiché, de bout en bout, un masque glacial et crispé.

Et s'est bien gardé de désannoncer la séquence en adressant tous ses voeux de bonheur aux jeunes mariés. Lui qui, pourtant, est toujours le premier à féliciter à l'antenne la moindre centenaire du village le plus reculé de France, le moindre petit artisan du terroir mettant en valeur son patrimoine séculaire.

28/05/2013

Un rappel, bienvenu

«Les mots ont un sens». C'est le rappel, utile, qu'a fait François Hollande, hier. A l'adresse des plus excités des anti-mariage gay. Ceux qui manifestent en scandant des slogans hostiles à un Président «dictateur» qui se trouverait à la tête d'un Etat «fasciste», ceux qui tabassent des «journalistes collabos», ceux qui se targuent d'incarner une «Résistance».

«La Résistance, c'était par rapport au nazisme, à l'Occupation. La collaboration, c'était des Français qui étaient avec l'occupant. Et le fascisme, le nazisme, la dictature, c'était une époque qui heureusement est révolue», a rappelé François Hollande. Qui a condamné cette «utilisation des mots de la seconde guerre mondiale et du nazisme à des fins qui n'ont rien à voir avec ce qu'ils ont exprimé», à l'origine.

Encore plus clairement, l'hôte de l'Elysée aurait pu dire que récupérer un tel lexique, réservé à une période historique aussi lourde, n'est pas seulement grotesque. C'est aussi indigne. Car cela insulte les souffrances qu'endurèrent les victimes, à l'époque.

La gauche, cela dit, a peu de leçons à donner à la droite, en la matière. Elle qui, sous Nicolas Sarkozy, qualifiait de «rafles» les opérations policières menées contre les étrangers sans-papiers. Certes, bien souvent, ces coups de filet se déroulaient dans des conditions choquantes. Quand, par exemple, des clandestins étaient arrêtés alors que, affamés, ils faisaient la queue pour la soupe populaire, ou quand ils attendaient leurs enfants à la sortie de l'école, ou étaient en train de se faire soigner dans un dispensaire. Il n'empêche, parler de «rafles», avec l'épouvantable passé que ce terme véhicule (les rafles de Juifs, la rafle du Vel d'Hiv, etc.), n'était pas plus admissible que de prétendre aujourd'hui incarner une «Résistance».

Les mots ont un sens.

27/05/2013

Une invitation à dégager

Paris, SociétéA nouveau la castagne, hier soir à Paris: à l'issue de la manifestation contre le mariage gay. Comme cela avait été le cas lors des précédentes manifestations, sa dissolution a été suivie par des jets de pierres et de projectiles divers sur les policiers. Par des casseurs, particulièrement excités.

Il a fallu attendre 23 heures passées pour que le calme revienne, dans le quartier des Invalides. A l'issue des échauffourées, 293 personnes ont été interpellées, parmi lesquelles 231 ont été placées en garde à vue.

Visiblement, il n'y a pas que dans la classe politique que le niveau général de testostérone est trop élevé – comme avait dit Christine Lagarde, quand elle était ministre. C'est manifestement le cas aussi dans ces groupuscules agités de la droite ultra, d'où sortent ces énergumènes. A l'attention toute spéciale de ces gros bras, donc, ce pochoir que l'on voit pas mal en ce moment, sur le bitume de notre onzième arrondissement. Et qui invite les machos de tous poils à dégager fissa.

Si ça pouvait être vrai...

11:09 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paris, société

23/05/2013

Un rappel à l'ordre

Impossible de ne pas le remarquer, en regardant la télé. Depuis une semaine, les chaînes françaises prennent bien soin de flouter les visages des enfants montrés dans les programmes d'information. Ce n'est pas un mince changement, et c'est le résultat d'un coup de gueule ministériel.

Celui qu'a poussé le ministre de l'Education, Vincent Peillon. Jeudi dernier, quand il s'est rendu compte que nombre de chaînes n'avaient pas garanti l'anonymat des enfants qu'elles interviewaient, à la sortie de cette école parisienne où un homme s'est suicidé en se tirant une balle dans la tête, après avoir fait irruption dans l'établissement. Furieux de ce manque de «décence» et de «pudeur», le ministre a aussitôt saisi le Conseil supérieur de l'audiovisuel. Qui a «solennellement» adressé une mise en garde aux médias. «Le recueil du témoignage des enfants placés dans une situation aussi difficile est subordonné à une double condition cumulative: la garantie de leur anonymat, en particulier par le floutage, et l’autorisation explicite des titulaires de l’autorité parentale».

Si, depuis cette réprimande, les télés françaises font beaucoup plus attention, ce n'est pas spécialement qu'elles feraient preuve de servilité envers le «gendarme de l'audiovisuel» et/ou envers le ministre. C'est parce qu'elles n'ont pas le choix: c'est la loi. Le droit de chacun au respect de sa vie privée, en effet, est garanti par le code civil (en son article 9). Et les télés qui, jeudi dernier, ont montré les visages des enfants interviewés auraient pu, théoriquement, être poursuivies en justice. Puis condamnées: à des peines d'un an de prison et de 45000 euros d'amende.

21/05/2013

Un cas de figure envisagé

Remue-ménage, place de la Bastille. Où, depuis hier, une armada de gros bras s'affaire à monter la scène où, ce soir, se produiront le chanteur Mika et les autres artistes participant au «Concert pour tous». Qui est organisé par les pro-«mariage pour tous», pour fêter le vote définitif de cette réforme par le Parlement – ce week-end, le texte a été promulgué et publié au Journal officiel.

La manifestation festive pourrait bien se dérouler sous haute protection policière. Les autorités, en effet, n'écartent pas la possibilité de raids d'anti-mariage gay sur Bastille, en cours de soirée. Certains scénarios policiers ont même envisagé un autre cas de figure que celui d'incidents isolés. A savoir, un grabuge généralisé, qui pourrait prendre les mêmes proportions... que la soirée de saccage ayant dévasté le quartier du Trocadéro, l'autre jour. En marge d'une manifestation qui, elle aussi, était censée purement festive: la célébration du titre de champion de foot, remporté par le PSG.

Que ne soit pas écartée la possibilité de batailles rangées sur le sujet en dit long sur l'état du débat politique, dans ce pays. Tout comme le fait que, depuis dix jours, dans le Marais gay – a-t-on remarqué en y passant, ce week-end –, des cars de police sont désormais stationnés en permanence. Veillant au grain. Dans le cadre sans doute de ce que l'on appelle le principe de précaution.

Sale ambiance, décidément.