02.01.2012
Un traitement de faveur
Rien ne change, d'une année à l'autre. Une fois de plus, dans le «Top 50 Ifop-JDD» des personnalités préférées des Français, publié hier, Yannick Noah arrive en tête. Sur le fond, ce hit-parade de la popularité n'est pas la plus intéressante des enquêtes d'opinion. Car, comme des pommes et des poires, elle fait se côtoyer, au titre de nominés, aussi bien des personnalités de la politique que des vedettes des médias, du sport ou du show-bizz. Car le critère pour arbitrer ce match très inégal (le fait que les Français les «aiment» et qu'ils ou elles «comptent» pour eux) est plus affectif que rationnel. Et car c'est typiquement le genre de classement sur lequel influent les engouements du moment – voir la percée, cette année, du comédien Omar Sy, due au succès du film «Intouchables».
Il n'empêche, en ce début d'année présidentielle qu'est 2012, on peut y remarquer que les deux favoris pour l'Elysée, François Hollande et Nicolas Sarkozy, occupent deux des trois dernières places du classement...
Sinon, Yannick Noah, donc. Symbole sans doute, aux yeux de l'opinion, d'une certaine coolitude métissée, de bon aloi.
Ce statut de chouchou des Français lui vaut un traitement de faveur de la part des médias. Chacune de ses prestations médiatiques, télévisuelles surtout, est un comble de complaisance doucereuse et aimable. Ainsi, dans leur écrasante majorité – hormis l'un ou l'autre titre, comme «Le Canard Enchaîné» –, les médias français ont toujours fait l'impasse sur le gros contentieux qui, depuis des années, oppose l'ex-tennisman au fisc: une vieille histoire de redressement fiscal contesté datant des années 90, lorsque la star s'était fiscalement exilée en Suisse.
Alors, comme tout contribuable, Yannick Noah a parfaitement le droit de tenter de faire valoir ses droits face à l'administration. Mais tout journaliste digne de ce nom a aussi le droit de s'interroger sur le professionnalisme, ou non, de tous ces intervieweurs qui, face à lui, n'ont jamais évoqué cette si délicate question. Et, à la lecture de ce top 50, l'on est en droit de se demander l'impact qu'aurait, ou non, cette affaire sur la popularité du chanteur, si les Français en avaient connaissance.
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22.12.2011
Une société «qui marche sur la tête»
Hier après-midi à notre kiosque à journaux favori, place St-Ambroise, dans le onzième. Le kiosquier oscille entre satisfaction et irritation. En moins de deux heures, sa pile de journaux «Le Parisien» a été épuisée: autant d'invendus de moins à gérer. Mais, si ce journal s'est si bien vendu, c'est grâce à un sujet de Une pour le moins léger, sur le fond, par rapport à l'avenir du monde, etc: l'arrivée prochaine du footeux-modeux David Beckham au PSG.
Le beau David y gagnera 800.000€ par mois. Bruts, tout de même, les 800.000. Notre copain kiosquier trouve ce salaire éhontément et ridiculement exagéré. «Ce monde est vraiment mal fichu. Cette société marche sur la tête», maugrée-t-il. En pointant du doigt vers une pile de tracts figurant sur son comptoir, que, le matin même, on lui a apportée pour qu'il les mette à disposition de ses clients. C'est une pétition du personnel du service de pneumologie de l'Hôpital St-Antoine: le grand hôpital public de l'Est parisien. En 2012, ce service va fermer et être transféré. Ainsi l'exigent l'Assistance publique et son plan de restructuration et d'assainissement financier. «Diminution du nombre de lits d'hospitalisation», lit-on. «Suppressions d'emplois». Rideau tiré sur «une équipe médicale et paramédicale qui, pendant les vingt dernières années, a développé des compétences reconnues permettant la prise en charge de patients atteints d'un cancer bronchopulmonaire». «D'un côté, on dépense 800.000€ par mois et, de l'autre, on ferme des lits d'hôpitaux. Ca ne va vraiment pas», s'irrite notre interlocuteur.
Il est le premier à convenir que les deux événements n'ont absolument rien à voir l'un avec l'autre, et qu'ils ne peuvent donc être mis en rapport. Mais trouve tout de même extrêmement fâcheuse la simultanéité de ces deux actualités. «Cette société marche sur la tête», donc.
Comme ça, d'emblée, on ne trouve pas trop d'arguments percutants à lui opposer. De toute manière, aujourd'hui comme hier et comme demain, on est pressé: pas le temps de refaire le monde dans de grandes discussions. Et puis, finalement, nous aussi, on le trouve assez malencontreux, ce hasard ayant conduit à la collision, le même jour, de ces deux actualités. Et, nous aussi, on le trouve assez indécent, le montant de ce salaire mirobolant. Pas trop envie, donc, de contre-argumenter, d'expliquer par A+B à notre kiosquier que, non, non, elle ne marche pas sur la tête, «cette société».
On se contente donc d'opiner, de le saluer, et de lui souhaiter, malgré tout, une bonne journée.
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11.02.2011
Un déménagement?
Grosse agitation dans les milieux sportifs parisiens, en ce moment. Car, ce week-end, se joue le sort d'une institution du sport de la capitale française: Roland Garros. Dimanche, en effet, la Fédération française de tennis se prononce sur l'éventuel déménagement en banlieue du mythique stade de tennis de la porte d'Auteuil.
Pour faire court, «Roland», comme disent les gens (un peu) chics à Paris, se sent à l'étroit en bordure du Bois de Boulogne. Il estime que, pour pouvoir continuer à rivaliser avec les autres stades mondiaux des tournois du grand chelem, la superficie occupée par ses infrastructures doit passer de 8 à 14 hectares. Problème? Cela supposerait notamment d'empiéter sur le site contigu des Serres d'Auteuil, un magnifique ensemble architectural et botanique. Un site classé, et pour la sauvegarde duquel se sont mobilisés nombre de riverains, les Verts ainsi que quelques people (Françoise Hardy, etc.). Du coup, pour régler ces problèmes de place, c'est carrément la délocalisation de Roland Garros qui est envisagée. Trois sites ont remis un dossier à la Fédération de tennis: Marne-la-Vallée (où est déjà implanté Disney), Gonesse (près de l'aéroport de Roissy), et Versailles (dont la candidature, d'après les connaisseurs du dossier, tient la corde). En 1992 déjà, un gros débat avait eu lieu à Paris sur ce manque d'espace préjudiciable à Roland Garros, qui avait finalement reçu l'autorisation de s'agrandir.
Le maire de Paris bataille évidemment pour le maintien du stade à son emplacement actuel, et jure que c'est possible sans toucher à l'essentiel des Serres d'Auteuil. Les gros sponsors du tournoi parisien veulent eux aussi son maintien dans la capitale. Les stars du sport, elles, sont partagées.
Dans le camp des partisans du déménagement, outre Amélie Mauresmo, on trouve notamment Guy Forget («La proximité du château de Versailles serait un atout considérable»), Roger Federer («On a besoin de plus de place»), ou Lilian Thuram (qui, dans «Le Monde» d'hier soir encore, s'enthousiasmait pour la candidature de Marne-la-Vallée). En revanche, des sportifs comme Rafael Nadal ou Marion Bartoli n'imaginent pas un Roland Garros autre part qu'à Paris. C'est aussi le cas de Yannick Noah. Qui, ce matin, sur toutes les radios de France ou à peu près, jugeait inimaginable que des stars du tennis mondial puissent un jour devoir jouer «à Trifouillis-les-Oies», et non plus à Paris. Pour lui, «ce serait vraiment pas cool»..
Nous, en tout cas, en entendant au saut du lit le ton avec lequel l'ex-vainqueur de Roland Garros disait cela, c'était son parisianisme méprisant qu'on ne trouvait pas trop cool.
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Actualisation, dimanche
Le tournoi de tennis de Roland-Garros restera à Paris. La Fédération française de tennis a décidé dimanche matin du maintien du tournoi de Roland-Garros à Paris. La candidature de la capitale a obtenu la majorité des deux-tiers au vote de l'assemblée générale. (AFP)
11:48 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sports, urbanisme, paris
16.11.2010
Une championne
Pour la première fois depuis longtemps, la France dispose, depuis dimanche soir, d'un ministre des Sports à part entière, et non plus d'un simple secrétaire d'Etat. Contre toute attente, ce n'est pas l'ex-judoka David Douillet qui a été nommé. Le double champion olympique s'est fait coiffer sur le poteau par une femme: l'ex-secrétaire d'Etat à l'Ecologie Chantal Jouanno: treize fois championne de France de karaté – dans la discipline de katas par équipe, pour les lecteurs à qui cela dirait quelque chose. Au printemps dernier, la désormais ministre-karateka était remontée sur le dojo après douze ans d'arrêt de sa discipline, et avait conquis un nouveau titre.
C'est donc une mère de famille de 41 ans qui l'a emporté par ippon sur un colosse d'1,90 mètre, s'amuse le tout-Paris politico-sportif depuis 48 heures. Dans la même métaphore sportive filée, l'ex-groupie de Bernadette Chirac et de ses pièces jaunes s'est pris en somme, en pleine face, un mawashi geri (coup de pied circulaire fouetté) digne de ceux qu'a popularisés jadis une scène-culte du film «Les Bronzés». S'est carrément pris, irait-on jusqu'à dire, un yoko tobi geri: le légendaire coup de pied latéral sauté qui fait se pâmer tous les pratiquants d'arts martiaux.
«Je suis sur un petit nuage. Le sport est ma passion. J'ai un rapport addictif au sport», a réagi Chantal Jouanno: «Je vais enfin pouvoir aller m'entraîner en ayant l'impression de travailler». Pour gagner ce nouveau combat, cela dit, l'intéressée aura bien besoin de ce mélange si subtil d'ultra-concentration mentale et d'hyper-décontraction physique exigé de tout karateka qui se respecte. En effet, le budget des sports qui a été voté pour 2011 est... le plus maigre depuis près de dix ans (-15% par rapport à 2010).
Evidemment, c'est moins ce chiffre que le palmarès de la ceinture noire de ministre que, depuis dimanche soir, les communicants de l'Elysée – et les médias – mettent en avant.
12:07 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sports, gouvernement
07.06.2010
Un contraste
Le sport et l'argent. C'était le grand débat hier ici, à propos des joueurs de foot de l'équipe de France engagés dans la Coupe du Monde et qui, en Afrique du Sud en ce moment, sont hébergés dans un palace à multiples étoiles. La secrétaire d'Etat aux Sports, Rama Yade, conteste le bon goût de ce choix d'hébergement. Précédemment, avait déjà fait débat le montant colossal des primes financières qui seront attribuées aux footballeurs français (pourtant déjà si bien rémunérés) pendant cette compétition. Dimanche, cela dit, aux portes de Paris, le monde du sport amateur a donné l'exemple d'un tout autre rapport à l'argent. Qui contrastait assez agréablement.
Cela se déroulait en bordure de Paris, à Sèvres précisément. C'était «La Course des Héros». C'était une course à pied de 6 kilomètres, à laquelle ne pouvaient participer que des sportifs qui, préalablement, avaient collecté sur le web, auprès de leurs proches et amis, un minimum de 300€ au profit de l'association caritative de leur choix. De la Croix Rouge à Amnesty International, de la Fondation Nicolas Hulot à Action contre la Faim, de SOS Villages d'Enfants à l'Association Laurette Fugain, plusieurs dizaines d'associations étaient engagés dans cet événement caritativo-sportif. Et hier, un demi-millier de coureurs ont pris le départ. Préalablement, ils étaient parvenus à collecter... près de 300.000€, auprès de quelque 7000 donateurs. Au moment de franchir la ligne d'arrivée, des organisateurs déguisés en Super-Héros (Superman, Batman, etc.) accompagnaient, dans leurs dernières foulées, ces anonymes ayant décidé, sans pour autant la ramener malgré ce statut dominical un peu mégalo de «héros», de consacrer un peu de temps et d'énergie aux autres.
C'était vraiment bien, cette course. C'était un peu le téléthon de toutes les causes, les paillettes de la téloche en moins, l'engagement physique en plus. Cela donnait du sport une image autrement plus sympathique que celle, égoïste, capricieuse et friquée, si souvent véhiculée par le sport de haut niveau.
11:17 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sports, social, activisme
18.05.2010
Une gratuité
«La femme est l'avenir de l'homme», assurait Aragon. En France comme ailleurs, est-ce également vrai dans le milieu encore assez machiste que sont le sport en général et le foot en particulier? Plus précisément, les femmes peuvent-elles constituer une partie de la réponse au fléau du hooliganisme et de sa violence bestiale – majoritairement mâle cette violence, cela dit. Autant de questions qui seront posées à Paris ce mardi, jour où le PSG présente son grand «plan de pacification» du Parc des Princes.
En effet, le club de foot parisien (endeuillé ces dernières années par la mort de deux de ses supporteurs) semble avoir pensé qu'augmenter la présence de femmes dans les tribunes au moment des matchs contribuera à y pacifier le climat. Du coup, à en croire les journaux qui, comme «L'Equipe», faisaient leurs choux gras de cette innovation ce matin, le club parisien a décidé d'instaurer la gratuité d'entrée au stade pour les femmes. Dans le même objectif de diversifier son public, afin que les éléments violents y soient numériquement minorisés, les enfants bénéficieront d'un droit d'entrée réduit (6€) et des «espaces famille» seront spécialement aménagés dans l'enceinte et les tribunes du Parc des Princes.
La femme comme remède à la violence, donc. Voilà qui contraste avec le maelstrom médiatique auquel on a assisté en France ces derniers mois, la plupart des télés, radios et journaux ayant inondé leurs publics avec d'innombrables reportages alarmistes (et probablement alarmants) sur la recrudescence de la violence des filles, singulièrement des jeunes filles des quartiers difficiles des banlieues.
11:20 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : football, sports, femmes
26.11.2009
Une bassesse
L’homme, parfois, peut décidément être odieux. A fortiori lorsqu’il est en groupe, où là il ne tombe pas rarement dans la bassesse. On vient encore de le voir dans le milieu du foot en France – ce qui ne veut évidemment pas dire que ce milieu ait l’apanage des comportements indignes. On l’a vu dans une affaire sur laquelle se penche aujourd’hui la commission de discipline de la Ligue de football professionnel. Cette commission pourrait décider de sanctions contre l’Olympique de Marseille, qui pourrait même faire l’objet de poursuites judiciaires.
Cela s’est passé l’autre jour, dans une tribune du stade Vélodrome, lors du match OM-PSG. Des hurluberlus parmi les supporters du club marseillais n’ont rien trouvé de mieux que de déployer deux banderoles particulièrement odieuses.
La première disait «Trois ans sans Julien, trois ans qu'on est bien». Par allusion à Julien Quemeneur. Il y a trois ans (c’était le 23 novembre 2006), ce jeune supporter parisien avait été accidentellement tué par un policier, en marge d’un match de coupe de l’UEFA. Outre cette banderole salissant sa mémoire, pendant le match, à en croire des supporters parisiens, des chants contre le jeune Julien ont été entendus dans la tribune des Marseillais.
La deuxième banderole disait «Auteuil, c'est renversant». Allusion moqueuse cette fois à un autre jeune supporter parisien prématurément et tragiquement décédé. C’était le mois dernier, lors des incidents ayant suivi l’annulation de la rencontre du match OM-PSG pour cause de grippe A-H1N1. Le jeune homme, membre du groupe des supporters d’Auteuil, avait succombé après avoir été renversé (d’où, sur la banderole, le terme «renversant») par une voiture. Pour que tout le monde comprenne bien que c'était ce drame que la banderole visait, un autre calicot, à côté d'elle, montrait un supporter du PSG en train de s’encourir à toutes jambes devant une voiture.
C’est d'une telle bassesse, cela en dit tellement long sur le niveau de crétinerie atteint par certains groupes de supporters que cela en devient vraiment affolant. Quitte à se pencher jusqu’à la logorrhée sur les dérives du foot, comme ces derniers temps à propos de la main de Thierry Henry, parler de cela dans les médias n’aurait pas été inintéressant.
10:52 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : sports, football, médias
13.10.2009
Une cause
Difficile de passer à côté de la chose en ce moment, tant les spots à la radio sont omniprésents. Ces jours-ci en France, a lieu "Octobre Rose", une grande campagne de prévention contre le cancer du sein. Et pour cause. Chaque heure qui passe dans ce pays, une femme meurt des suites de cette maladie. Qui, entre 45 et 65 ans, est carrément responsable d’un décès sur deux. Des chiffres d’autant plus effarants que 90% des cancers du sein sont guérissables s'ils sont diagnostiqués et traités à temps.
Dans cinq arrondissements de l’Est parisien, une campagne de promotion de la mammographie se décline également... dans les boulangeries. Désormais, quand on y achète une baguette, elle est emballée dans un sachet où est indiqué «Dès 50 ans, c’est tous les deux ans». Plus de 600.000 sachets à baguettes ornés de ce slogan ont été imprimés et seront distribués par les boulanger(e)s dans les jours à venir. Le but de cette déclinaison parisienne de la campagne nationale est de sensibiliser notamment dans les quartiers populaires de la capitale. Où, par manque d’informations ou par crainte d’un diagnostic défavorable, seulement 24% des femmes ont recours au dépistage organisé et gratuit, un pourcentage beaucoup plus bas que celui de tous les autres départements français.
A propos, sur le même sujet, l’autre jour au Bois de Vincennes, se déroulait Odyssea: la grande course et marche à pied qui, à Paris chaque année, est organisée au profit de la lutte contre le cancer du sein. Quelque 14.000 athlètes confirmés ou sportifs du dimanche y ont participé, ce qui a permis de récolter 175.000 euros. C’était vraiment bien, d’ailleurs, cette course à pied. Elle a rassemblé beaucoup de femmes évidemment mais aussi énormément d’hommes, ce qui était réjouissant. A notre goût, le speaker de service, qui officiait au micro, en a un peu trop rajouté dans le pathos, avec en boucle des tirades du genre: «Regardez ce flot immense d’hommes et de femmes qui s’engagent pour cette cause! Il n’y a pas de mots assez forts pour décrire notre émotion!», «Quel merveilleux témoignage de solidarité et de fraternité!», et bla bla bla. N’empêche, l’ambiance était particulièrement chaleureuse. Ainsi lorsque, au moment de franchir la ligne de départ, tous les coureurs étaient invités à lever les bras bien haut vers le ciel, en signe de solidarité avec les malades, présents ou à venir.
Courir, quand c’est pour son propre plaisir, cela fait déjà beaucoup de bien. Quand, en plus, cela sert aussi à autrui, on a tendance à allonger encore un peu la foulée et à beaucoup moins sentir le poids des kilomètres. C’est donc encore mieux.
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28.11.2008
Un cadeau de Noël
Si l’on en juge aux nombreux paquets dont ils sont affublés en rue ou dans le métro, les Parisiens ont déjà commencé à sacrifier au rite annuel des courses pour les fêtes de fin d’année. Il est donc plus que temps de les informer de la sortie ces jours-ci d’un cadeau qui pourrait bien devenir un must dans certains milieux parisiens. On veut parler de la nouvelle game de produits de beauté et de cosmétique aux couleurs du Paris-Saint-Germain – le parfum du footballeur, en somme. Commercialisé par une société au nom merveilleux de «Brume de Rêve».
Alors, on entend déjà d’ici les rires moqueurs: les sarcasmes des anti-footeux primaires se demandant quel peut bien être l’intérêt de se parfumer avec des senteurs de sueur, des odeurs de vestiaires, des effluves de gazon mouillé ou des relents de merguès grillés. Mais non, pas du tout. "L’eau de sport" du PSG permet «aux fervents supporteurs de partager l’intimité de leur équipe préférée». C’est même carrément un parfum «magique». En effet, «une touche de cette fragrance transforme les soirées parisiennes en une fête avec les plus jolies filles de la capitale. Cela sent déjà bon au Parc ou sur les Champs».
Parce que c’est Noël, dans "la trousse supporter", on trouve aussi un shampooing: «une vraie fraîcheur matinale aux couleurs de PARIS. Testé et approuvé par les joueurs du club après tous les matchs, pour mieux vivre ton club au quotidien». Il y a encore un gel coiffant: «un gel fruité plein de vigueur et de force pour mieux ressembler à Jérôme ROTHEN!»
Et puis, tant qu’on y est et parce qu'il n'y a pas de mal à se faire du bien, c’est l’occasion rêvée d’aller refaire un tour dans la si splendide e-boutique du PSG. Plein de très belles choses nous y attendent, idéales pour déposer aux pieds du sapin de Noël et qui feront le bonheur des petits et des grands. Une vénéneuse «nuisette PSG Sport blanc rouge-Femme-PSG 13 euros». Un très chouette «lot 2 paires chaussettes PSG blanc bleu-Junior-PSG 4euros50». Et bien sûr la «médaille PSG logo argent-PSG 40 euros». D’accord, 40 euros, ce n’est pas donné. Mais, c’est «l’indispensable!»
11:15 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, sports, mode, art de vivre
20.11.2008
Un gag?
C'est annoncé pour demain soir dans le Marais, dans un lieu encore tenu secret mais proche de Bastille. C’est tellement curieux comme événement qu’à ce stade, on ne sait pas trop s’il aura vraiment lieu ou s’il ne s’agit que d’un gag propagé par le net, voire d’une trouvaille de marketing et de promo à des fins donc bassement mercantiles. C’est une course à pied. Mais une course un peu spéciale. Réservée aux femmes, elle se court exclusivement… en escarpins.
Sur la ligne de départ, sont annoncées 32 équipes composées chacune de trois filles. Ces dames s’affronteront dans un relais de 3x60 mètres. Le règlement stipule qu’elles devront impérativement être chaussées d’escarpins dont les talons ont au moins 8 centimètres de haut. Les équipes engagées portent des noms aussi olé-olé que «Les follasses sur échasses», «Les Shoes Addiiiict», «Les piqueuses de talons» ou les «S.H.O.E.S», pour «Satyres hautement obsédées par les escarpins sophistiqués». Sur le site web de la course, des coaches recommandent aux participantes de s’entraîner en courant les magasins et les apéros mondains chaussées d'escarpins. «Cette course folle est avant tout un bon moyen de fuir la sinistrose ambiante», précisent les organisateurs.
A première vue, quand on a découvert l’existence de cette course à pied décidément pas comme les autres, on trouvait cela plutôt farce. Une touche de légèreté, de dérision et d’esprit ludique bienvenue dans un monde de la compétition sportive qui se prend si au sérieux. Une féminisation salutaire de l’univers souvent si péniblement macho qu’est le sport. Et puis, en y repensant, on n‘est plus trop sûr que ce genre d’événement (s’il ne s’agit pas d’un gag, encore une fois) grandirait vraiment l’image de la femme. On n’a jamais essayé cela, mais, en tant qu’adepte de la course à pied, on ne l’imagine que trop bien: rien que par la posture du corps, piquer un sprint en hauts talons ne peut que donner lieu à un spectacle hautement ridicule. Avec probablement à la clé de spectaculaires gadins – la Croix Rouge sera d’ailleurs présente à l'événement. Du coup, on frémit d’avance à l’idée de demoiselles chaussées sur des escarpins effilés qui se rétament en masse et misérablement sur le bitume, sous les rires bien gras d’un public évidemment majoritairement mâle.
Dans ce cas de figure, cette course à pied se rapprocherait des matchs de catch féminin et de leurs variations les plus glauques (combats de femmes dans la boue, etc.). Qui, avec leurs déclinaisons light estivales (genre, les concours miss tee-shirt mouillé), constituent tout de même le sommet de la beauferie sexiste ordinaire.
11:40 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : femmes, sports, mode, paris
03.11.2008
Une population
Entre 200 et 400. Ils sont entre 200 et 400, entendait-on à la radio ce matin. Qui donc? Les SDF qui vivent dans le Bois de Vincennes, qui borde tout Paris sur son flanc Est. L’un d’eux vient de mourir de froid. Il n’était âgé que de 47 ans. La mort l’a surpris en pleine nuit, alors qu’il dormait dans sa petite tente cachée dans les fourrés, loin des regards. C’est le premier SDF mort de froid cet hiver. Le premier dont les médias parlent, en tout cas. On est à peine au mois de novembre; cela promet pour le macabre bilan de la fin de saison.
Ces SDF du Bois de Vincennes, c’est vraiment la population la plus méconnue de Paris. Contrairement aux SDF du centre-ville, si visibles, eux se cachent, ne sollicitent pas les gens, ne mendient pas. Pour les apercevoir, il faut quitter les sentiers balisés de promenade, s’enfoncer dans le bois, ou alors s’y trouver en dehors des heures d’affluence. Quand, le calme revenu, ils sortent de leurs tentes.
On les a déjà fugacement vus plusieurs fois, ces «hommes des bois» – pour le coup, l’expression est vraiment à prendre au sens strict. Comme sans doute nombre de pratiquants assidus de la course à pied qui s’entraînent à Vincennes. Aiment y courir toujours le plus loin possible, le plus possible en dehors des sentiers battus, par monts et par vaux, à grandes enjambées au-dessus des flaques d’eau et des petits ruisseaux. Juste du vert, du silence, de l’air. Pour ensuite se replonger avec encore plus de plaisir dans le tumulte de la ville.
Ce sont toujours des rencontres un peu étranges: si improbables, si peu communicantes, juste des croisements, juste des passages. Une fin de soirée d'été, on s’en souvient, on était tombé nez à nez avec un SDF complètement nu, en train de se laver à un point d’eau. Des deux, ce n’était pas lui le plus embarrassé. Une autre fois, on était passé à proximité d’un véritable campement de tentes. C’était l’heure du déjeuner. Cela sentait le feu de bois et la saucisse grillée. On s’était dit que ces habitants du bois étaient bien organisés.
Ce samedi après-midi encore, après s’être comme à chaque fois un peu perdu dans l’immense sous-bois, au détour d’un chemin, on a croisé un homme à capuche transportant tout son barda. «Allez! Allez! Marathon Man! Plus vite!», nous encouragea-t-il, goguenard. Puis il partit d’un énorme éclat de rire. Comme si, dans ce monde comme il va, vraiment, il était certes sympathique mais tout de même un brin absurde de prendre encore la peine de courir.
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13.10.2008
Un business

Les 20 Kilomètres de Paris, hier. Est-ce dû au soleil radieux dont a bénéficié cette année l’épreuve-reine de l’automne athlétique parisien? Toujours est-il que, pour sa trentième édition, cette course (*) a réuni la toute grande foule.
Les organisateurs avaient promis de s’en tenir à 20.000 participants. Ils n’ont pas tenu parole. Hier, dans les rues de la capitale, on a compté plus de 25.000 engagés et 21.000 arrivants, soit 2.000 de plus qu’en 2007. C’est évidemment beaucoup trop. L’année dernière déjà, c’était limite. Cette année, c’était invivable: on a autant piétiné que couru, on a plus joué des coudes qu’on ne s’est détendu. Du coup, franchie la ligne d’arrivée, nombre de coureurs pestaient contre les organisateurs, accusés d’avoir sacrifié le sport au profit du business.
Il n’y a pas de secret. Des courses à pied aussi populaires que les 20km de Paris, comme tous les grands événements sportifs en général, sont aussi et avant tout de gros magots. Multipliez les 25.000 coureurs engagés par le coût de l’inscription (de 23 à 31€ par personne, selon la date de l’inscription) et vous aurez une idée de l’enjeu financier. Et le pactole n’est pas amoindri par le personnel mobilisé pour ces événements: il est très nombreux certes, mais constitué majoritairement de bénévoles (au nombre de 700 hier).
Tiens, parlant business: dans la foule des coureurs et plus spécialement parmi les innombrables participants courant au profit d’associations caritatives, il y avait la «Lehman Brothers Paris Running Team», l’équipe de course à pied de la filiale française de la banque américaine qui, récemment, fit faillite de manière si retentissante. Cette équipe reversera les dons qu’elle a collectés à l’Association Laurette Fugain. Les yuppies, brokers et autres traders, à l’origine de la crise mondiale et de tous les malheurs qu’elle entraîne, qui à présent suent sang et eau contre la leucémie et pour venir en aide aux enfants malades. Quelle merveilleuse histoire.
(*) Course que, pour l’anecdote, on a complètement – et même magistralement – loupée. Visiblement, c’est comme cela, avec la course à pied: il y a des jours où ça ne va pas. On a beau s’être bien entraîné, avoir fait tout ce qu’il faut avant la course, en vouloir à fond le jour dit, avoir la meilleure play-list qui soit dans l’iPod, ou pester comme un charretier pendant toute l’épreuve, rien ne va: on n’avance pas – comme si on était comme irrémédiablement collé au bitume. Il suffit vraiment d’un rien pour qu’une course tourne au calvaire. Un soleil un peu trop insistant, un petit coup de stress, une chaussure mal lacée, un dérapage sur des pelures d’orange jetées par terre au ravitaillement, un ongle incarné, un peu mal au ventre, une crampe au mollet… Et la sanction tombe, imparable: les minutes au chrono s’envolent, la position au classement général dégringole.
Ces jours-là, ne reste que la seule et maigre satisfaction d’avoir au moins franchi la ligne d’arrivée – à la limite, un peu la sensation qu’on éprouve en sortant de chez le dentiste: au moins, c’est fini. Et le bonheur d’être parvenu à franchir le «mur». Le «mur» : ce satané moment-clé de chaque course à pied, lorsque les coureurs, terrassés par la fatigue, n’avancent plus, voire abandonnent à la pelle. Lors de ces 20 km-ci, d’après nombre de témoignages qu’on a recueillis, le mur était situé aux treizième et quatorzième kilomètres, sur les quais de Seine écrasés de soleil, avenue de New-York juste avant le souterrain de l’Alma. Hier, sur le coup de 11 heures du matin, les coureurs y tombaient comme des mouches.
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03.10.2008
Un job
Des Etats-Unis, la France n’importe pas seulement la culture, les modes de vie ou, à présent, la grande crise bancaire et ses fameux avoirs pourris. Elle intègre désormais aussi ses formes de travail, y compris de travail le plus précaire. Ainsi, aux Etats-Unis, depuis tant de temps, abondent les petits boulots les plus mal payés, y compris ceux qui ne font finalement que remettre au goût du jour la vieille domesticité. Le meilleur exemple de cette tendance sont les innombrables… promeneurs de chiens qui existent dans ce pays: qui vont faire faire un tour au toutou dont le maître est trop occupé pour s'en charger. Et bien, ce genre de job existe dorénavant aussi à Paris.
Pour preuve, cette petite annonce, intitulée «Votre chien a besoin de se dégourdir les pattes», vue cette semaine dans le Marais, un quartier comme chacun sait rempli d'urbains aisés et débordés. «Thierry, jeune homme, la trentaine, sort vos animaux de compagnie». Deux possibilités. «Tout d'abord, une visite guidée du Marais en laisse, tout en discutant pour faire connaissance, bien sûr. Pour éviter tout enrichissement supplémentaire de nos collectivités, les rejets indélicats et naturels seront déposés dans nos "jolis" (sic) mobiliers urbains verts et transparents. Dans l'éventualité d'une meute, ne vous inquiétez pas, j'organiserai un speed dating pour encourager la bonhomie». Ensuite, une formule spécialement destinée aux chiens «en mal d'espace»: «une course à pied dans les bois». Fin du fin, «dans son sac de sport, je prévois une laisse assez longue et une gourde. Si vous avez une brosse pour le coiffer avant de revenir dans le Marais, je lui referai un look pour parader et éviter les regards critiques».
La première formule est facturée 20 euros la demi-heure. Elle s’adresse aux chiens vivant dans les troisième et quatrième arrondissements. Le «forfait expédition sportive» au bois coûte lui 45 euros pour 90 minutes. Il est réservé à un seul animal par sortie, voire à deux animaux ensemble mais uniquement «s'ils se connaissent». Dernière alternative, au même prix: la sortie en vélo, pour le chien «boule de nerf infatigable».
Cela nous fait donc 45 euros la séance de footing. Finalement, en tant qu'adepte de la course à pied, on devrait peut-être y songer. A raison de deux ou trois sorties par semaine, cela arrondirait les fins de mois.
10:40 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Paris, Economie, Social, Sports
21.07.2008
Un retour
Comme chaque été à la fin juillet, retour ce lundi de «Paris Plages», jusqu’au 21 août inclus. Comme l’été dernier, l’opération débordera des quais de Seine pour, via le canal Saint-Martin, rejoindre le bassin de la Villette. Les Parisiens détestant la foule mais désireux tout de même de se prélasser au bord de l’eau devront se replier sur la rive gauche. Cette année, en effet, contrairement aux deux étés précédents, aucune animation n’est prévue sur cette rive-là. L’extension de «Paris Plages» aux quais de la Grande bibliothèque n’a semble-t-il pas rencontré le succès escompté (trop «peuple» pour plaire à la si chic rive gauche, «Paris Plages»?)
Aux pieds de la même bibliothèque, retour aussi, ce lundi, de la piscine Joséphine Baker: la fameuse piscine flottante de Paris, amarrée depuis deux ans quai François Mauriac (*). Elle était fermée depuis cet automne. Elle rouvre après quelques travaux de rénovation, comme dit pudiquement la mairie de Paris. Ce fut bien plus que cela. Pour tout dire, depuis son ouverture en juillet 2006, ladite piscine s’est transformée en véritable cauchemar pour la ville de Paris.
D’abord, quatre jours à peine après son inauguration, elle dut fermer à cause d’une malfaçon affectant le carrelage du bassin. Plus de dix jours de travaux furent nécessaires pour réparer cela. Ensuite, fin octobre 2007, ce fut carrément la panique. Un jour, les responsables réalisèrent que la piscine flottante commençait à gîter dangereusement. Et menaçait donc, si rien n’était fait,… de s’enfoncer dans la Seine. Les pompiers furent appelés en urgence Une dizaine de véhicules et une cinquantaine de sapeurs, dont de nombreux plongeurs, se déplacèrent. Ils durent constater que la piscine flottante, en effet, … prenait l’eau! Il semblerait qu’à la suite d’une opération d’entretien des carénages de l’édifice, de l’eau se soit introduite dans les flotteurs du bassin, qui est construit sur des barges. Du coup, à nouveau de nombreux mois de travaux et de fermeture furent nécessaires.
La préfecture de police, après une visite de sécurité, vient de donner son feu vert à la réouverture de la piscine, qui aura donc lieu aujourd’hui. Les responsables de la mairie doivent se croiser les doigts et espérer qu’en termes d’avarie, la règle du jamais deux sans trois ne vaudra pas.
(*) Précisons, à l’attention des sportifs qui voudraient cet été aller faire quelques longueurs dans ce cadre sublime, que «Joséphine Baker» n’est pas du tout une piscine pour nager: bassin pas très grand (25m x 10m), lignes de nage rarement délimitées par des flotteurs, monde fou dans l’eau à longueur de journées, marmaille qui braille en pagaille, etc. C’est donc plus un endroit pour, au choix, barboter, frimer, mater, bronzer (sur un très beau solarium en teck), faire un spa (oui madame), admirer le panorama (évidemment fantastique), ou tout cela à la fois. Mais cela plaît beaucoup, manifestement: l’été, les queues à l’entrée sont souvent longuettes. Et ce malgré un prix d’accès plus élevé que celui des autres piscines municipales.
11:10 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Paris, Sports, Tourisme
12.06.2008
Une promenade
La tribu des skateurs de Paris est aux anges – tribu très nombreuse soit dit en passant, alors qu’on a l’impression que le roller (grande mode parisienne du début des années 2000) marque un peu le pas. Aux anges, car «Skate or Die» est sorti hier en salles. Ce film d’action narre les tribulations de deux skateurs qui sont un jour les témoins involontaires d’un homicide, et qui, du coup, sont pris en chasse dans Paris par les assassins. La course-poursuite en skate dans la ville est, paraît-il, époustouflante, et les cascades impressionnantes. Les deux rôles principaux sont tenus par deux skateurs parisiens qui ont tenté leur chance à un casting et ont été choisis alors qu’ils n’avaient aucune expérience cinématographique – mais visiblement beaucoup de talent en planche à roulettes.
C’est l’occasion ou jamais, si vous avez le temps ou l’envie de vous octroyer une petite pause détente, de visionner (ci-dessous) un film amateur dénommé «Parisien», qui connaît depuis quelques mois son petit succès sur le net, où il a déjà été vu par plus de 170.000 personnes. Ce court-métrage montre un skateur élégant (look plus trentenaire BHL qu’ado baggy) en train de déambuler en skate dans les rues de Paris, lors d’une promenade qui le conduit des grands boulevards jusqu’à Montmartre en passant par les Halles, les Champs, le musée d’Orsay, le Trocadéro, le Louvre ou le Palais Royal – et même le métro.
L’escapade urbaine, joliment filmée, a une gentille bluette en fond musical, qui adoucit agréablement le vacarme de la planche sur le macadam – qu'on a toujours rangé parmi les bruits urbains les plus agressifs. Le film rappelle surtout combien, même et y compris filmé au ras du bitume et à hauteur des pots d’échappement, Paris est une ville qui a énormément de charme.
10:30 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Paris, Sports, Cinéma, Musique, Internet
10.06.2008
Une clameur
C’était hier soir, en plein centre de Paris. A un moment, une énorme clameur a retenti. S’est échappée des fenêtres des appartements, le plus souvent ouvertes vu le beau temps. Et s’est répandue de rue en rue. On se disait bien que cela devait être lié au foot. Mais on ne comprenait pas trop le tumulte vu qu’à cette heure, si on avait bien saisi, la France avait déjà achevé depuis belle lurette son mauvais match. On s’est mis la radio à l’oreillette, histoire ne serait-ce que de ne pas mourir idiot si on était écrasé par une voiture en traversant au prochain carrefour. Et on a découvert que la dite ovation avait salué en fait la victoire des Pays-Bas.
Mais les gens exultant hier soir dans Paris étaient trop nombreux pour être des touristes hollandais. C’est donc plutôt la défaite de l’Italie qui, à ce moment, était applaudie par les Français. L’Italie, ce maudit pays qui, il n’y a pas si longtemps, priva l’Hexagone de la Coupe du Monde. Et plongea la France dans un mémorable psychodrame national avec l’épisode du coup de boule de Zidane. Sportivement, a-t-on déduit, un peu déçu, de cette clameur, le peuple de France est décidément très rancunier et pas très fair-play.
Il est très prudent aussi – limite timoré, pour le coup. Cela saute aux yeux quand on se promène les soirs de match dans Paris. Lors de la Coupe du Monde, la plupart des bistrots de la capitale avaient décoré leurs vitrines avec des scènes ou des joueurs de foot, des grands écrans avaient été installés un peu partout, et les drapeaux tricolores étaient omniprésents. Hier soir, en revanche, peu de monde, peu d’ambiance et encore moins de drapeaux. Les Français, dont tous les sondages indiquent qu’ils ont en ce moment le moral au plancher, ont l’air d’être très pessimistes en ce qui concerne le football également.
Ce qui n’empêche qu’ils refont les matchs en boucle et à longueur de journées. C’est devenu une grande spécialité française, la solution de facilité journalistique par excellence: donner la parole au public, qui est invité à commenter après coup le match du jour ou de la veille. Cela s’appelle l’interactivité entre les médias et l’opinion. C’est la grande mode. Le matin par exemple, dans les tranches d'info à la radio, il n'y a quasiment plus que cela.
En termes informatifs, évidemment, cela n’a strictement aucun intérêt d’entendre M. Machin jouer au sélectionneur, M. Trucmuche se croire entraîneur et Mme Michu noter les joueurs. C’est même souvent insupportable. Il n’y a rien de plus fatigant que ces donneurs de leçons qui utilisent le «On» («On aurait dû…», «On n’a pas eu de chance… », «On a été gêné par la chaleur…», etc.), qui savent toujours tout mieux que tout le monde, qui sont si prompts aux lazzis. Alors que le seul exploit de ces sportifs de canapé a été de se goinfrer de bières et de chips devant leur télé.
10:55 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Sports, Football, Paris, Médias, Télévision
04.06.2008
Un incident
L’incident s’est déroulé au Stade de France, à l’occasion du match de préparation à l’Euro entre la France et la Colombie. Le comité de soutien à Ingrid Betancourt, la Franco-Colombienne détenue en otage en Colombie depuis des années, voulait profiter de cette occasion pour sensibiliser l’opinion au sort des otages, sans perturber le moins du monde le match. Mais à leur arrivée au stade, les militants de ce comité ont vite compris qu’ils n’étaient pas les bienvenus.
Leurs pancartes ont été confisquées par les services de sécurité. Pour pouvoir gagner les tribunes, ils ont dû enlever leurs tee-shirts arborant le portait d’Ingrid Betancourt et le slogan «No más secuestros» («Plus jamais de prise d’otages»). D’autres tee-shirts formant le mot «Libertad», que les militants étaient parvenus à faire entrer dans le stade, ont ensuite été confisqués. Finalement, si la banderole «Ingrid, Courage» a bien pu être déployée par des supporteurs, le lâcher de colombes qui était prévu a dû être annulé.
Du coup ce matin, les membres du comité de soutien à Ingrid Betancourt ne peuvent que se dire «amers et confus»: «Nous ne pouvons pas comprendre que l’on nous interdise de réclamer la libération des otages, sans la moindre agressivité ni la moindre politisation du thème. Nous trouvons incroyable que les valeurs de courage et d’abnégation, si chères au sport, aient été laissées de côte pour mieux rendre absents Ingrid et les otages de ce match».
Sans doute quelques bonnes âmes vont-elles encore justifier l’attitude des forces de sécurité en ressortant le couplet du sport qui ne doit jamais être mêlé à la politique. Il n’empêche, on en arrive à des situations tout de même insensées dans les stades français. Des banderoles haineuses traitant de dégénérés les habitants de toute la partie nord du pays peuvent y pénétrer sans problèmes et y être déployées, ou des caméras de vidéosurveillance tomber miraculeusement en panne (comme ce fut le cas au stade de Bastia) lorsque des abrutis déploient des banderoles avec des slogans racistes, panne qui du coup ne permet pas leur identification. En revanche, des messages de soutien à des compatriotes martyrisés à l’étranger y sont purement et simplement déclarés indésirables. Curieux pays, décidément.
11:15 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Sports, Football, Activisme, Paris, International
02.06.2008
Un macho
Sur TF1 déjà, pendant des années, ce journaliste nous avait infligé, à longueur de numéros du «Droit de Savoir», des publireportages exagérément virils à la gloire des forces de l’ordre. A présent, à la tête du club de foot, il confirme qu’il ne détonnera en rien dans le monde si macho du sport parisien.
Pour preuve, dans cette interview (très mâlement titrée «Il faudra m’obéir ou partir»), à la question de savoir s’il écoutera son instinct en tant président du PSG, Charles Villeneuve a eu cette réponse sidérante: «L’instinct, le sens… Je laisse ça aux femmes. Moi, je ne suis pas une gonzesse…»
Mais comment donc peut-on encore dire des âneries pareilles? Toutes ces antiques théories sexistes sur l’hémisphère gauche et l’hémisphère droit du cerveau, sur les pauvres femmes qui seraient cérébralement réduites à l’intuition, au sensitif et à l’imaginatif alors que les hommes, eux, seraient par nature doués pour le raisonnement et pour l’intellect, tout cela est évidemment complètement remis en cause par les scientifiques et donc totalement dépassé depuis d’innombrables années. S’il écoutait un peu moins son instinct de macho, Charles Villeneuve aurait eu le droit de le savoir.
10:45 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Femmes, Sexisme, Sports, Football, Télévision, Paris
26.05.2008
Une course
C’était dimanche. C’était le lieu de rendez-vous de pas mal de Parisiens mordus de course à pied, qui auraient été ravis de courir hier les 20 kilomètres de Bruxelles – une course manifestement assez populaire y compris en France – mais qui s’y étaient pris trop tard et n’avaient donc pu s’inscrire. C’était un semi-marathon. Cela se passait en banlieue parisienne… sur une base aérienne de l’armée, au cœur donc d’un immense domaine militaire, protégé sur tout son long par d’imposantes clôtures de barbelés. Et c’était assez drôle.
L’ambiance, en effet, rappelait immanquablement le film «Top Gun». Il y avait en fond sonore, et à tue-tête, de la mauvaise musique de variétoche telle que celle écoutée par Tom Cruise dans le bar où il essaie d’emballer sa supérieure. Il y avait, évoluant dans ce décor spartiate (vestiaire à ciel ouvert sur le tarmac, pas de douches, ravitaillements réduits au minimum, etc.), des militaires en treillis patrouillant en jeeps ou en compagnie de molosses patibulaires, des officiers aviateurs impeccables et multi-galonnés, et des athlètes galbés comme des médaillés olympiques. Il y avait aussi un cockpit d’avion de chasse dans lequel on pouvait s’asseoir et se faire photographier, un stand où l’armée de l’air essayait d’appâter de futures recrues, et même une tombola où l’on gagnait des baptêmes de l’air.
On n’avait jamais couru, auparavant, sur les pistes d’un aérodrome. Ce fut assez impressionnant d’aligner, sur 21 bons kilomètres, les plaques de bitume invariablement toutes identiques et rigoureusement ponctuées de diodes lumineuses bleues. Sur les bas-côtés des pistes, parmi les graminées, des coquelicots poussaient et des lapins gambadaient. L’horizon de cet aéroport, si infiniment plat et ras à perte de vue, ne mettait que plus en valeur les constructions boursouflées d’un ciel tourmenté de nuages d’orage.
Nombre de participants à cette course étant visiblement des militaires, le niveau a été assez rapide. Les quinze premiers kilomètres ont été sublimes. Déjà, d’habitude, il n’y a rien de tel, pour se laver l’esprit de ses soucis, que de se concentrer pendant environ 1 heure et demi sur le seul rythme de ses foulées (inspirer sur deux pas, expirer sur trois pas, et ainsi de suite, un nombre incalculable de fois). Mais là hier, le silence impressionnant qui régnait aux confins de cette base militaire immense n’était que plus propice à l’évasion des préoccupations. Les quatre kilomètres suivants ont été plus pénibles. Les deux derniers ont été carrément atroces. A de tels degrés d’épuisement, on implorerait tous les Dieux de la terre, on maudirait même père et mère pour que cela s’arrête.
La ligne d’arrivée franchie, sous un soleil de plomb et dans un état second, on est resté une à deux minutes limite groggy, comme anéanti par la violence physique de l’effort, prostré et persuadé qu’on n’arriverait jamais plus à se relever. C’est ensuite seulement, quand le pouls se calme, quand le souffle s’apaise, que la sensation la plus fabuleuse qui soit s’immisce petit à petit. Puis, de seconde en seconde, envahit le corps et l’esprit. C’est à ce moment qu’on le sent: on revit. Ressentir ce plaisir si intense est, chaque fois, un moment vraiment fascinant.
11:40 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Sports, Santé, Armée, Défense, Belgique
07.05.2008
Un changement
Il y eut d’abord l’âge d’or du sarkozysme: les premiers mois de mandat du nouveau chef d’Etat. A l’époque, toutes les télés de France retransmettaient quasi en boucle les images du Président en train de faire son jogging. On voyait et revoyait cela tellement souvent la télé que le Président avait l’air de s’entraîner à longueur de journées. Il y eut successivement le jogging version capitale avec François Fillon dans les rues de Paris, le jogging version virile avec les gardes du corps aux alentours du Fort de Brégançon, le jogging version plagiste de luxe à Malte entre deux siestes sur le yacht du milliardaire Vincent Bolloré, le jogging version comique à New York en compagnie d’un Bernard Kouchner rubicond et essoufflé, etc., etc. La surexposition médiatique et la surexploitation politique de ce sport étaient telles qu’on déplora vite un dégât collatéral. A l’époque, le footing était si connoté UMP qu’il n’était pas rare que de simples quidams en train de s’adonner à la course pied soient subitement apostrophés par des «Allez Sarkozy!» (ou les variantes: «Plus vite, Sarko!», etc.) lancés par des passants hilares et moqueurs. On n’invente rien. C’est tellement véridique qu’on a personnellement vécu cela plusieurs fois - alors que, physiquement, on n’a pas grand-chose en commun avec le Président ;-). Et on connaît des coureurs à qui est survenue la même mésaventure. C’était tout simplement le dernier cliché à la mode: n’importe quel coureur à pied votait forcément UMP et ne rêvait que de singer l’hôte adoré de l’Elysée.
Cela, c’était il y a quelques mois. Mais cette époque appartient au passé. Avez-vous remarqué? On ne voit plus du tout d’images de Nicolas Sarkozy en train de pratiquer la course à pied – si on ne se trompe pas, le dernier grand footing télévisuel présidentiel remonte à la fin décembre 2007, à Louxor. Du coup, comme par magie, tous les coureurs à pied de France peuvent à nouveau pratiquer leur sport favori en toute quiétude, sans crainte d’être chambrés. Il ne viendrait plus à l’idée de quiconque de héler un coureur avec le nom du Président: la plaisanterie apparaîtrait définitivement datée.
Dimanche, lors d’un long (et sublimement estival) entraînement au Bois de Vincennes, on se réjouissait de cette tranquillité de sportif retrouvée. Entre deux foulées, toutefois, on se disait qu’avec les grands communicants de l’UMP et ce merveilleux athlète résidant à l’Elysée, on ferait mieux de rester sur nos gardes. De fait. On est tombé depuis, avec un peu de retard, sur une opération promotionnelle organisée il y a peu par les Jeunes UMP. Tenez-vous bien… un grand «Footing pour les Réformes» (de splendides photos ici). Du coup, on craint à nouveau le pire.
11:20 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Sports, Médias, Télévision



