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24/06/2014

Un début d'évolution de fond?

Mine de rien, c'est peut-être tout un secteur de l'économie parisienne qui commence à changer. Et à s'humaniser, dans ses pratiques sociales. En tout cas, c'est la deuxième fois que des travailleurs en grève obtiennent gain de cause, alors qu'ils opèrent dans un secteur où, pas rarement, la loi de la jungle prédomine, l'employé ayant juste le droit de la fermer.

Dans l’Est de Paris (les environs du Boulevard de Strasbourg et le quartier Château d'Eau), les employées de deux salons de beauté afro sont entrées en résistance. Elles étaient payées au lance-pierre: au pourcentage et au compte-goutte, quand leur patron le voulaient bien. Ce statut professionnel ultra-précaire ne facilitait bien sûr pas leurs démarches en vue d'une régularisation, s'agissant d'étrangères sans-papiers. Dernièrement, après avoir fait grève pendant plusieurs jours, elles ont obtenu un contrat de travail en bonne et due forme, et des modes de rémunération légaux. Au printemps, déjà, un mouvement social analogue avait eu pour cadre une boutique d'onglerie et de manucure du dixième arrondissement, cette fois dans la communauté asiate. Les employés y travaillaient sans avoir été déclarés (certains depuis plusieurs années), ils étaient payés à la tâche, et subissaient des retards de salaire pouvant s'étaler sur plusieurs mois. Pendant plusieurs semaines, ils ont occupé les lieux, jour et nuit. Et ont fini par obtenir un contrat de travail et des fiches de paie, y compris rétroactives.

Dans les deux cas, un syndicat, la CGT, s'est mobilisé aux côtés de ces grévistes, ce qui n'a pas peu contribué à leur victoire. Au passage, l'on peut noter que, à de rares exceptions près (ici, par exemple), ces actions syndicales de défense des travailleurs exploités, parfaitement louables, sont infiniment moins médiatisées que les mouvements de grève menés par ces mêmes organisations – voir, ces dix derniers jours, le rouleau compresseur médiatique sur la «prise en otages» des usagers des chemins de fer par la CGT notamment, la «capacité de nuisance» de ce syndicat, etc.

29/10/2010

Une gifle

Dans la controverse à propos de ces éventuels «policiers casseurs» qui auraient sévi dans les manifs dernièrement, à Paris notamment, il en est un qui, à la radio cette semaine, s'est pris une fameuse gifle (verbale) en pleine face: le leader du syndicat CGT Bernard Thibault. Il avait tiré au bazooka contre les policiers. En retour, il s'est pris carrément un missile de la part du syndicat policier Synergie. En substance, cela donnait ceci: «Les leçons de déontologie de M. Thibault aux policiers nous font bien rigoler, quand on voit les méthodes du propre service d'ordre de la CGT, qui fait le coup de poing pour trois fois rien».

 

Une gifle? Car le coup est asséné là où cela fait mal. Le syndicat communiste, en effet, comme tant d'organisations ou partis de gauche, n'est pas le dernier à recourir à des gros bras rarement habitués à faire dans la dentelle. Bernard Thibault est bien placé pour le savoir. L'an dernier, il a eu une grosse polémique à gérer, à propos d'un événement s'étant déroulé dans notre quartier de Paris.

 

C'était en juin 2009 à la rue Charlot, dans le Haut Marais. Dans l'immeuble de la Bourse du travail. A cette époque – on en avait parlé dans ce blog (notamment ici) – , les locaux normalement dévolus à l'activité syndicale étaient, depuis quatorze mois, occupés par des familles de sans-papiers réclamant leur régularisation et s'estimant insuffisamment soutenues par les syndicats. Ce jour-là, la CGT avait envoyé ses gros bras faire le ménage. Une cinquantaine de membres de son service d'ordre avait donné l'assaut au bâtiment et en avait expulsé manu militari – coups de matraque, lacrymo, etc. – les sans-papiers. Cette opération de commando avait suscité un tollé dans les milieux de gauche. Y compris dans d'autres syndicats (ici, par exemple), nombre de voix s'étaient élevées contre une opération «contraire aux principes fondamentaux de ce qui doit fonder un véritable syndicalisme», un «grave dérapage», «une stratégie de la brutalité, de l’intimidation et de l’humiliation», voire «un acte anti-travailleur raciste». Très embarrassée, la CGT avait fini par devoir limoger son responsable de la sécurité à l'origine de l'opération.

 

Dernière anecdote, d'ordre vestimentaire. Les opposants à ce raid syndical avaient notamment fustigé l'apparence qui, ce jour-là, était celle des gros bras de la CGT: de véritables «nervis en cagoule». Des nervis encagoulés, donc. Point de vue look, on n'est pas si loin du fameux «policier ninja». Ce présumé «policier casseur»  –  un militant anarcho-autonome finalement, selon les policiers l'ayant arrêté hier à Paris  – dont les agissements, l'autre jour à Bastille, avaient été à l'origine des accusations lancées par les syndicats contre les policiers. On ne dirait pas «Tel (syndicaliste) est pris qui croyait prendre», mais, enfin, on n'en est tout de même pas loin.

24/09/2010

Un soulagement

UnCri.jpgD’innombrables cris de colère dans Paris, hier. Innombrables, c’est le mot. Puisque, entre l’estimation des syndicats (300.000) et celle de la préfecture de police (65.000), l’écart est si énorme, si caricatural, qu’on se gardera bien de chiffrer le nombre de manifestants ayant, une fois de plus, défilé contre le projet gouvernemental de réforme des retraites. Jeudi, finalement, à l’issue d’une semaine très tendue par l’alerte antiterroriste, l’événement aura peut-être été… un non-événement. Car, si on entendit hier d’innombrables cris de colère dans la Ville lumière, il n’y eut aucun hurlement de terreur, aucune effusion de sang. Vu que, comme l’avait bien prédit le grand patron de la police mercredi, les terroristes n’ont pas profité de ces immenses rassemblements de foule pour faire exploser des bombes. Au-delà de la tournure que prendra ce conflit social dans les prochaines semaines, c’est déjà, dans l’immédiat, assurément un soulagement.

 

Les autorités en étaient tellement satisfaites qu’elles ont été jusqu’à se féliciter qu’«aucun incident notable» n’ait émaillé cette grande manifestation parisienne. Il y en a que ce constat à coup sûr irritera. A savoir les dirigeants du Medef : la plus grande organisation patronale hexagonale, qui soutient à fond le projet gouvernemental. Hier, en effet, l’immeuble de cette organisation, situé dans le septième arrondissement, a été assiégé par quelques dizaines de militants anarchistes. Drapeaux noirs brandis rageusement, insultes, jets de bouteilles, de pierres ou de canettes de bière, échauffourées, tirs de gaz lacrymogènes: cela a chauffé hier, dans les beaux quartiers. Mais donc, si l’on en croit les autorités, rien de tout cela n’a été très «notable». Les auteurs et les cibles de ce grabuge en prendront sans doute bonne note.