29.10.2010
Une gifle
Dans la controverse à propos de ces éventuels «policiers casseurs» qui auraient sévi dans les manifs dernièrement, à Paris notamment, il en est un qui, à la radio cette semaine, s'est pris une fameuse gifle (verbale) en pleine face: le leader du syndicat CGT Bernard Thibault. Il avait tiré au bazooka contre les policiers. En retour, il s'est pris carrément un missile de la part du syndicat policier Synergie. En substance, cela donnait ceci: «Les leçons de déontologie de M. Thibault aux policiers nous font bien rigoler, quand on voit les méthodes du propre service d'ordre de la CGT, qui fait le coup de poing pour trois fois rien».
Une gifle? Car le coup est asséné là où cela fait mal. Le syndicat communiste, en effet, comme tant d'organisations ou partis de gauche, n'est pas le dernier à recourir à des gros bras rarement habitués à faire dans la dentelle. Bernard Thibault est bien placé pour le savoir. L'an dernier, il a eu une grosse polémique à gérer, à propos d'un événement s'étant déroulé dans notre quartier de Paris.
C'était en juin 2009 à la rue Charlot, dans le Haut Marais. Dans l'immeuble de la Bourse du travail. A cette époque – on en avait parlé dans ce blog (notamment ici) – , les locaux normalement dévolus à l'activité syndicale étaient, depuis quatorze mois, occupés par des familles de sans-papiers réclamant leur régularisation et s'estimant insuffisamment soutenues par les syndicats. Ce jour-là, la CGT avait envoyé ses gros bras faire le ménage. Une cinquantaine de membres de son service d'ordre avait donné l'assaut au bâtiment et en avait expulsé manu militari – coups de matraque, lacrymo, etc. – les sans-papiers. Cette opération de commando avait suscité un tollé dans les milieux de gauche. Y compris dans d'autres syndicats (ici, par exemple), nombre de voix s'étaient élevées contre une opération «contraire aux principes fondamentaux de ce qui doit fonder un véritable syndicalisme», un «grave dérapage», «une stratégie de la brutalité, de l’intimidation et de l’humiliation», voire «un acte anti-travailleur raciste». Très embarrassée, la CGT avait fini par devoir limoger son responsable de la sécurité à l'origine de l'opération.
Dernière anecdote, d'ordre vestimentaire. Les opposants à ce raid syndical avaient notamment fustigé l'apparence qui, ce jour-là, était celle des gros bras de la CGT: de véritables «nervis en cagoule». Des nervis encagoulés, donc. Point de vue look, on n'est pas si loin du fameux «policier ninja». Ce présumé «policier casseur» – un militant anarcho-autonome finalement, selon les policiers l'ayant arrêté hier à Paris – dont les agissements, l'autre jour à Bastille, avaient été à l'origine des accusations lancées par les syndicats contre les policiers. On ne dirait pas «Tel (syndicaliste) est pris qui croyait prendre», mais, enfin, on n'en est tout de même pas loin.
12:06 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : police, sécurité, syndicats, etrangers, paris
24.09.2010
Un soulagement
D’innombrables cris de colère dans Paris, hier. Innombrables, c’est le mot. Puisque, entre l’estimation des syndicats (300.000) et celle de la préfecture de police (65.000), l’écart est si énorme, si caricatural, qu’on se gardera bien de chiffrer le nombre de manifestants ayant, une fois de plus, défilé contre le projet gouvernemental de réforme des retraites. Jeudi, finalement, à l’issue d’une semaine très tendue par l’alerte antiterroriste, l’événement aura peut-être été… un non-événement. Car, si on entendit hier d’innombrables cris de colère dans la Ville lumière, il n’y eut aucun hurlement de terreur, aucune effusion de sang. Vu que, comme l’avait bien prédit le grand patron de la police mercredi, les terroristes n’ont pas profité de ces immenses rassemblements de foule pour faire exploser des bombes. Au-delà de la tournure que prendra ce conflit social dans les prochaines semaines, c’est déjà, dans l’immédiat, assurément un soulagement.
Les autorités en étaient tellement satisfaites qu’elles ont été jusqu’à se féliciter qu’«aucun incident notable» n’ait émaillé cette grande manifestation parisienne. Il y en a que ce constat à coup sûr irritera. A savoir les dirigeants du Medef : la plus grande organisation patronale hexagonale, qui soutient à fond le projet gouvernemental. Hier, en effet, l’immeuble de cette organisation, situé dans le septième arrondissement, a été assiégé par quelques dizaines de militants anarchistes. Drapeaux noirs brandis rageusement, insultes, jets de bouteilles, de pierres ou de canettes de bière, échauffourées, tirs de gaz lacrymogènes: cela a chauffé hier, dans les beaux quartiers. Mais donc, si l’on en croit les autorités, rien de tout cela n’a été très «notable». Les auteurs et les cibles de ce grabuge en prendront sans doute bonne note.
09:35 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : social, syndicats, activisme, sécurité, paris



