28.02.2012
Une vision de la femme
Les ex et la campagne présidentielle. Hier soir, sur une télé d'info continue, c'était le thème de l'édito politique quotidien. Cecilia ex-Sarkozy qui, deux fois ces derniers jours, a dit aux médias combien elle croyait aux chances électorales de son ex. Et Ségolène Royal qui, ce mardi pour le deuxième jour consécutif, arpente le Salon de l'agriculture où elle va croiser son ex, François Hollande, dont elle ne manquera pas de faire à nouveau l'éloge. Le confrère éditorialiste en déduisait qu'au moins la course à l'Elysée avait ça de bon de ramener la paix dans des ménages hier brouillés à mort.
En l'entendant, on trouvait tout de même assez macho cette vision utilitariste de la femme, prise comme faire-valoir d'un homme.
Une heure plus tard sur une autre chaîne, François Hollande s'en prenait au «manque d'élégance» de Nicolas Sarkozy. Qui, le matin même, sur une radio, avait ironisé sur l'actuelle compagne du socialiste, Valérie Trierweiler. Parce qu'elle travaille pour une télé de Vincent Bolloré, ce milliardaire qu'on a beaucoup reproché à Nicolas Sarkozy de fréquenter.
Là encore, on avait un mouvement de recul. Devant cette vision de la femme soit punching-ball (s'en prendre à son adversaire en ciblant sa compagne), soit pauvre créature à défendre (Valérie Trierweiler elle-même ayant réagi dès hier matin à la pique sarkozyste, a priori il n'y avait pas besoin d'en rajouter).
On repensait à tous ces «merveilleux!» et autres «fabuleux!» que Carla Bruni avait lancés, il y a dix jours aux micros et aux caméras, en guise de commentaires des prestations de campagne de son mari désormais candidat. Le faire-valoir, à nouveau.
On réalisait alors que, la semaine prochaine comme tous les 8 mars, c'était la Journée internationale des Femmes. On se demandait si, en France, en haut lieu y compris, on n'avait pas encore des progrès à faire, en termes de vision des intéressées.
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24.02.2012
Un spectacle
Quand la campagne présidentielle commence à ressembler aux jeux du cirque.
Hier soir, 5,9 millions de personnes étaient toujours devant leur petit écran vers 23 heures, pour regarder l'affrontement qui était programmé à cette heure-là sur France 2: entre les deux grandes gueules de la campagne que sont la frontiste Marine Le Pen et le populiste Jean-Luc Mélenchon. Le pugilat, finalement, n'a pas eu lieu, la première refusant de débattre avec le second, jugé pas à sa hauteur et grossier merle. Sans doute nombre de téléspectateurs ont-ils été bien tristes de ne pouvoir voir – voir, comme voyeur – ces deux fortes têtes s'entredéchirer à pleines dents, tels de grands fauves.
Parlant d'animaux, ces téléspectateurs frustrés hier soir de sang et de larmes se rabattront sur les innombrables images, elles plus bucoliques – folkloriques? – , auquel on va avoir droit, ce week-end. Qui est celui de l'ouverture du Salon de l'Agriculture, Porte de Versailles à Paris. A moins de 60 jours des présidentielles, «la plus grande ferme de France» va évidemment voir défiler plus de personnalités politiques que jamais: pressées de se faire immortaliser en train de flatter la croupe des vaches et d'ingurgiter des quantités fort peu diététiques de saucisson et de fromage.
La course à l'Elysée, c'est décidément, aussi, un grand spectacle. Plus ou moins bon, c'est selon.
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22.02.2012
Une insatisfaction persistante
Grosse agitation des journalistes et des politiques, ces jours-ci. A propos des sondages. Toute la question est évidemment de savoir si l'entrée en campagne de Nicolas Sarkozy, mercredi dernier, a fait, ou non, bouger les lignes. Pour l'instant, ce n'est pas clair – et même parfaitement contradictoire. Selon certains instituts, le Président-candidat ne parvient pas à rattraper son retard sur le socialiste François Hollande. Selon d'autres enquêtes, au contraire, à peine deux points les séparent désormais, pour le premier tour.
Beaucoup moins commentée mais plus intéressante, trouve-t-on: cette confirmation de l'insatisfaction d'une grande partie de l'électorat envers la manière dont se déroule la campagne. En janvier, déjà (relire ici), plus de sept Français sur dix avaient déploré qu'elle n'apporte que des réponses jugées très éloignées de leurs préoccupations: emploi, pouvoir d'achat, etc. Un mois plus tard, rien n'a changé. 59% des Français considèrent (ici) que, jusqu'à présent, cette présidentielle ne donne pas lieu à une campagne de qualité.
Ce sentiment critique «est davantage perceptible parmi les cibles se montrant traditionnellement les plus intéressées par le débat politique: les hommes (61% vs 56% des femmes), les cadres (66%) et les personnes les plus diplômées (66% des personnes de niveau Bac+4 et plus vs 56% parmi celles ayant un diplôme inférieur au baccalauréat)», note l'institut LH2. Qui souligne aussi que «les ouvriers, dont les attentes sont fortes aujourd’hui, se montrent également très critiques: 62% estiment que la campagne n’est pas de bonne qualité».
Faut-il faire un lien? Lundi soir, le premier volet de la série d'émissions en prime time que TF1 consacre à la présidentielle a été un échec retentissant, en termes d'audience. Elle avait le centriste François Bayrou et l'écologiste Eva Joly comme invités. Elle n'a été suivie que par 2,2 millions de téléspectateurs. Soit seulement 8,9% de parts de marché. Soit, d'après les spécialistes, «le pire score de la chaîne en prime time depuis 1991».
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30.01.2012
Un gros retard français
Dès samedi, l'Elysée l'a annoncé, par un communiqué pas peu fier. Dimanche, l'entretien télé de Nicolas Sarkozy serait «disponible dans la soirée en rediffusion, traduit en langue des signes», sur son site internet. Et de préciser: «Cette initiative répond aux demandes d’associations de personnes sourdes et malentendantes».
En lisant ce communiqué, on s'est dit que, les sourds et malentendants étant des électeurs comme les autres, sans doute nombre d'entre-eux devaient vouloir suivre en direct l'intervention du chef de l'Etat, plutôt que d'attendre sa traduction en langues de signes, dans la soirée. Tous ceux-là n'ont eu d'autre choix que de se rabattre sur le télétexte.
En Belgique, en revanche, d'après le souvenir assez précis qu'on en a gardé, les allocutions du Roi, comme d'ailleurs tous les programmes d'information, sont diffusés avec, apparaissant en temps réel en bas de l'écran, un traducteur-interprète qui les restitue simultanément en langue des signes. Cela doit bien faire une vingtaine d'années que cela existe.
Samedi, dès lors, l'Elysée n'avait pas vraiment de quoi se vanter, dans son communiqué. La France, en effet, affiche un gros retard en la matière.
Mais sans doute n'est-il jamais trop tard pour bien faire.
PS: Cela dit, on trouve qu'hier soir, le grand parti sarkozyste a été un peu mou du genou. L'UMP, en effet, n'a diffusé que 16 communiqués de presse différents, saluant la prestation télé du chef de l'Etat. Seize, à comparer avec les 24 communiqués que le même parti avait consacrés jeudi à François Hollande. Besoin de vitamines?
11:43 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : télévision, sarkozy, handicapés, belgique
08.12.2011
Un bon goût discutable
Léger mouvement de recul en prenant connaissance de la dernière initiative en date d'«Action contre la Faim» (ACF). Ce n'est pas le travail de cette ONG qui est en cause, ni bien sûr l'enjeu global de l'aide aux pays du Sud. C'est le coup de com' qu'elle a monté pour sa prochaine manifestation caritative.
Il s'agit... d'«un dîner gastronomique haut de gamme». D'un dîner autour de «menus exclusifs» concoctés par ... les deux chefs finalistes de l'émission de télé à succès «Top Chef», sur M6. Les fonds récoltés à cette occasion seront reversés à l'association.
On ne la sent pas trop, cette mise en relation entre la futilité des concours culinaires télévisés et l'horreur des famines meurtrières. On le trouve d'un goût très discutable, en fait, ce cousinage entre, d'une part, des gourmets tentant de gagner la notoriété à coups de menus caloriques, télégéniques et chics, et, d'autre part, des populations dénutries au point d'en crever.
On a d'ailleurs eu un mouvement de recul assez similaire le week-end dernier. Quand, leurs défilés achevés sur TF1, les Miss France 2011 ont été appelées en renfort par les animateurs du Téléthon, sur France Télévisions. La plastique si parfaite de ces dames mise au service du buzz au profit de ces enfants au physique souvent si difficile que sont ceux du Téléthon... Là encore, le rapprochement était très bien intentionné, et il se faisait au profit d'un objectif caritatif très louable. Mais on était, comment dire..., un peu mal à l'aise.
11:28 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : activisme, international, télévision, médias, gastronomie
28.10.2011
Un double comique
Ils sont comiques, au PS. Hier, ce parti a fustigé l'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy avant même qu'elle ait lieu: non sur le fond, mais sur sa forme. Car l'émission a été entièrement réalisée par une boîte de prod' privée. Engagée pour l'occasion par l'Elysée, c'est elle qui l'a conçue, scénarisée, filmée, puis vendue aux chaînes de télé qu'ils l'ont diffusée. Pour le PS, c'est d'autant moins acceptable que cette boîte de prod' est une filiale du groupe Lagardère, dirigé par un proche de Nicolas Sarkozy.
Ce qui est comique, c'est que François Hollande n'est pas loin... d'avoir fait pareil, dernièrement. C'était l'autre jour, dans notre onzième arrondissement de Paris. Il tenait son dernier meeting de campagne dans la salle de spectacles du "Bataclan". Ses communicants y ont interdit toute prise de vue filmée par les médias. C'est une société engagée par le candidat socialiste qui a assuré la captation et la réalisation des images du meeting, ainsi que sa retransmission exclusive en direct, par signal vidéo, aux médias couvrant l'événement. En 2007 déjà, lors de sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy faisait pareil pour tous ses grands meetings, afin de contrôler au maximum son image.
Ils sont comiques, à l'UMP. Hier, l'intervention télévisuelle présidentielle a reçu son lot habituel de critiques pour son caractère extrêmement encadré par l'Elysée (qui choisit les journalistes-intervieweurs, etc.). Pour beaucoup, un tel cadenassage de ce programme par le pouvoir fait qu'il relève moins de l'information que de la communication, moins de l'interview que de la tribune.
Ce qui est comique, c'est que les communiqués de presse louangeurs envoyés par l'UMP après l'émission ont eux-mêmes, involontairement et donc si maladroitement, confirmé le caractère artificiel, voire fictif, de cette supposée confrontation entre chef d'Etat et journalistes. En effet, ces communiqués vantaient «l'allocution» de Nicolas Sarkozy. Un terme qui, comme on l'a vérifié ce matin au «Robert», renvoie à celui de «discours», dénué donc de la moindre contradiction...
12:19 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, médias, télévision, journalisme, communication, langue française
12.10.2011
Une mauvaise foi fatigante
On commence à la trouver casse-pieds, cette mauvaise foi de la majorité envers les primaires socialistes. C'est ce qu'on s'est encore dit hier après-midi, en entendant le ministre de la Fonction publique, le néo-centriste François Sauvadet, comparer ce processus à «une émission de téléréalité du type «La Ferme des célébrités».
Alors, on a bien sûr parfaitement le droit de ne pas considérer ces primaires comme l'alpha & l'oméga de la Vème République, comme la huitième merveille du monde politique. On peut même s'agacer de ce pas de plus franchi dans la starification du débat d'idées, ce vedettariat compétitif et télégénique avec tous ces à-côtés si fatigants: logorrhée de petites phrases et de sondages, etc. Pourquoi pas peut-on même juger, comme Nicolas Sarkozy l'a fait hier, que rajouter ainsi deux tours partisans et primaires à l'élection en deux tours instaurée par de Gaulle n'est pas conforme à l'esprit des institutions. Tout cela peut faire d'intéressants débats.
Mais tout de même: «La Ferme des célébrités».
Aurait-on fait partie de ces 2,5 millions d'électeurs qui, dimanche, ont pris sur leur week-end pour aller voter qu'on trouverait très insultant d'être ainsi rabaissé au rang d'amateur de crétineries télévisuelles.
Serait-on de ces millions de téléspectateurs qui, intéressés par le débat d'idées, s'apprêtent à regarder ce soir le grand duel Hollande-Aubry qu'on trouverait vraiment méprisant d'être comparé à l'amateur de la télé-réalité du samedi soir, symbole s'il en est de vulgarité.
La vulgarité, finalement, elle est dans ce genre de critiques à l'emporte-pièce.
15:31 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gouvernement, personnalités, télévision
19.09.2011
Un «soupçon de connivence»
Hier, soir, Claire Chazal aurait-elle dû se mettre en retrait du 20 Heures de TF1 et passer le relais à un(e) collègue pour la fameuse interview de Dominique Strauss-Kahn? Puisque la journaliste a elle-même reconnu publiquement la «tendresse» qu'elle éprouve envers Anne Sinclair, une femme qui, selon elle, a géré de manière «assez admirable» les mésaventures de son époux. C'est évidemment la question qui, pendant tout le week-end, a agité la classe politico-médiatique parisienne. Et qui, ce matin, continuait à alimenter le débat. Ainsi, le néo-centriste Hervé Morin, pour ne citer que lui, a relayé les «soupçons de connivence» existant à ses yeux entre l'interviewé et l'intervieweuse.
Chaque journaliste agit selon sa conscience. Nous, en tout cas, aurait-on été dans la situation de Claire Chazal que, clairement, on se serait mis de côté. Mais on est bien conscient d'être dans une position très confortable pour ainsi l'asséner, tant on n'était pas et on ne sera probablement jamais dans ce cas de figure.
Ladite interview était-elle connivente? Sur le moment, il ne nous a pas semblé que, globalement, elle avait été menée avec indignité. Sauf qu'à trois moments précis, on a quand même été assez mal à l'aise pour notre éminente consoeur.
Quand, d'entrée de jeu, elle a salué son invité avec un «Bonsoir Dominique Strauss-Kahn» dit d'un ton si doucereux qu'il a pu donner l'impression d'être affectueux.
Quand, à aucun moment, elle n'a fait grief à son interlocuteur de se livrer, sur des points factuels, à une lecture très personnelle, donc partielle et partiale, du rapport du procureur new-yorkais l'ayant innocenté.
Et quand, à la fin de l'entretien, tout le monde a pu constater que jamais la question qui tue n'avait été explicitement posée: «Ce soir, Dominique Strauss-Kahn, présentez-vous vos excuses?» En soi, cette carence si voyante fait naître le soupçon qu'elle résultait d'une négociation préalable avec l'interviewé. Ce qui, le cas échéant, serait bien sûr injustifiable, journalistiquement.
11:05 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : médias, journalisme, télévision, strauss-kahn
23.05.2011
Une excellente affaire
Les médias français tardent, non pas à tourner la page de l'«affaire DSK » – comment le pourraient-ils? Elle est retentissante et ne fait que commencer – , mais, du moins, à revenir à un traitement rédactionnel quantitativement normal de cette actualité. Dimanche soir, c'était vraiment flagrant.
Ce week-end n'a pas apporté beaucoup d'éléments factuels fondamentalement neufs, dans cette affaire. Hier, néanmoins, les JT de 20 Heures en ont à nouveau fait des tonnes à son propos. La palme est revenue au 20 Heures de TF1. Qui a consacré 4 minutes – soit une éternité, dans la conduite ultra-minutée d'un JT – à un rappel en images de cette affaire. Alors que, si récente, elle est bien sûr toute fraîche encore dans la mémoire du public. La séquence n'apprenait strictement rien de neuf: faite d'images et de commentaires déjà servis tant de fois aux téléspectateurs ces derniers jours. Mais elle a sans doute permis à TF1 de garder pendant quelques précieuses minutes supplémentaires pas mal de téléspectateurs devant le petit écran.
Car, comme on le pressentait dans ce blog dès lundi dernier, le «cas DSK» est évidemment une aubaine pour les médias. Et ils ont bien cela à l'esprit, au moment de déterminer leurs choix rédactionnels.
Dès le lendemain de l'arrestation de l'ex-patron du FMI, les quotidiens français ont vu s'envoler leurs ventes au numéro: +93% pour «Libération», par exemple. Les sites web d'information ont enregistré des records de fréquentation: ainsi, 12 millions de pages vues (deux fois plus que d'habitude) en une seule journée sur lefigaro.fr. Le soir où la chaîne d'info continue BFMTV a retransmis en direct l'audience du tribunal new-yorkais amené à statuer sur la remise en liberté provisoire de l'intéressé, elle a été regardée par plus d'1 million de téléspectateurs: deux fois plus qu'habituellement à cet horaire. Le même engouement a profité aux JT des télés traditionnelles: les premiers jours du scandale, les 20 Heures de TF1 comme ceux de France 2 ont gagné chacun un million de téléspectateurs supplémentaires.
C'est enfoncer des portes ouvertes que de le rappeler, mais sans doute cela ne fait-il jamais de mal non plus: les entreprises du secteur des médias ne sont pas des philanthropes. Comme toutes les autres sociétés, elles veulent et doivent au minimum être rentables, au mieux faire des profits. Dès lors, en période d'actu chaude comme aujourd'hui, l'info, plus que jamais, c'est, aussi, du business.
10:40 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : médias, journalisme, télévision, economie
26.04.2011
Un grand basculement (5)
Peut-être devrait-on, un de ces soirs, convier Eric Besson à la maison. L'asseoir courtoisement dans le canapé du salon. Et l'inviter à regarder un moment avec nous la télévision. Pour le ministre de l'Industrie et de l'Economie numérique, qui vient de faire le point sur la question, l'opération de basculement des 12 millions d'habitants de la région parisienne vers la télé numérique a été un immense succès. Il en est d'autant plus ravi qu'il s'agissait d'un «défi de taille» et d'«une étape majeure dans le processus conduisant à l’extinction complète de la télévision analogique et à la généralisation de la TNT le 30 novembre 2011». Un succès, donc. Mais, pour nous, c'est un flop.
On avait raconté cela en mars (ici, là, là ou là), dans ce blog: dès le début, chez nous (à savoir, tout de même, en plein centre de Paris), cette TNT n'a jamais bien marché. Maintenant, c'est encore pire: on n'a carrément plus de télé. Depuis une quinzaine de jours, c'est l'écran noir. Et l'affichage de messages variables: «Pas de signal!», «Short cut in antenna circuit!», etc. Même l'achat, samedi chez Darty, d'un bidule dénommé amplificateur de signal n'a pas réglé le problème. «Vous n'êtes pas le premier à qui cela arrive», nous racontait le vendeur du magasin: «Depuis le 8 mars, les gens n'arrêtent pas de défiler: cela cafouille visiblement pas mal, cette TNT».
Depuis dix ans qu'on habite à Paris, on n'avait jamais eu le moindre problème avec la télé. Il a donc fallu le basculement à la TNT pour que, par hasard, tout commence à foirer. Débourser quelques centaines d'euros pour faire venir un antenniste, ou pour acheter un nouveau poste? Vu le niveau général des programmes et donc l'usage (à 99% informatif: professionnel) qu'on a de la télé, on n'est pas sûr de vouloir franchir le pas. Se taper une énième fois la queue chez Darty? On commence à avoir envie de faire autre chose le samedi après-midi. Qui sait si, finalement, on ne va pas se contenter désormais de regarder les JT et programmes d'info sur le net. Enfin, quand ça marche bien: là aussi, vu notre expérience de ces quinze derniers jours, il y a beaucoup à dire...
Du coup, cette mirifique «révolution numérique» pourrait bien, pour nous, se conclure plus prosaïquement. Par 1) la télé rangée à la cave, et donc plus de place et moins d'ondes électromagnétiques à la maison 2) une bonne centaine d'euros économisés chaque année, vu qu'on n'aura plus la redevance à payer.
Sans doute, dans la vie, ne fait-on jamais que les révolutions, cathodiques y compris, que l'on peut...
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22.03.2011
Un grand basculement (4)
La TNT, suite et fin. Bouclons ce sujet en parlant de ce qui devrait être l'essentiel: le fond, les programmes de cette vingtaine de chaînes gratuites dont bénéficient à présent 12 millions de Parisiens et de banlieusards – du moins, quand la technique le veut bien. On en a vite fait le tour.
De la pub, de la pub de la pub. Des clips. Des jeux. Des talk-shows directement pompés de la télé américaine. Des caméras cachées idem venues d'outre-Atlantique. Des films déjà vus et revus. Du fait divers – à la Hondelatte: des «Faites entrer l'accusé» du pauvre. Des dessins animés. Des séries américaines vieillottes («Dead Zone», «Stargate SG1», etc). Et des séries françaises si improbablement franchouillardes qu'elles en deviennent involontairement comiques; la palme revenant à «Commissaire Valence» – Bernard Tapie en flic: ahlalaaaa, la fiction française... On ne risque pas de passer davantage de soirées devant la télé.
Tout, cependant, n'a pas l'air d'être à jeter. Trois chaînes d'info continue: c'est pratique quand on rentre du boulot trop tard pour les grands JT du soir – mais elles sont si répétitives, et contiennent tant de pubs et de bulletins météo... Deux chaînes parlementaires, mais elles ont l'air très très bavardes. France 4: pourquoi pas. France 5 qui ne partage plus son canal avec Arte: bien.
Et France Ô, la télé publique des DOM-TOM. Là, on est ravi. Un peu de couleur, un peu d'air! Car, et c'est le principal reproche qu'on lui ferait, cette TNT est si désespérément hexagonale, si platement franco-française. Sur la vingtaine de chaînes gratuites proposées au téléspectateur, pas une n'est en langue étrangère. Normal, sans doute, pour une audience française encore si souvent unilingue. Mais, si la télé est «une merveilleuse fenêtre ouverte sur le monde», comme il se dit parfois, là, avec la TNT, c'est raté:on n'y trouve même pas TV5 ou France 24.
Au total? La TNT «va provoquer trois phases chez le public: une euphorie, puis une déception, et enfin une habitude», avait prophétisé Frédéric Mitterrand, le ministre de la Culture de Nicolas Sarkozy. Nous, on a pris de l'avance: on a déjà zappé le premier stade.
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21.03.2011
Un grand basculement (3)
Après la séquence de la semaine dernière entièrement consacrée au nucléaire, on reprend la chronique, plus anecdotique, de la vie à Paris. En revenant sur ce basculement vers la télé numérique que, le 8 mars, ont vécu 12 millions d'habitants de la région parisienne. Une dizaine de jours plus tard, on en est déjà revenu, nous, de cette TNT. Une calamité, n'est-on pas loin de penser. Et encore, sans parler du fond (on y reviendra): juste de la forme, de la technique - visiblement pas au point.
La qualité de l'image? Qui était censée préparer la télé HD (haute définition)? Une pitié. Quasiment en permanence, elle comporte des stries ou zébrures pixellisées. Pas rarement, l'écran est totalement pixellisé, le programme devenant du coup invisible. Le confort sonore? Très relatif. Les pixellisations s'accompagnent systématiquement d'une métallisation assez insupportable du son, quand le programme n'est pas carrément inaudible. La fiabilité de la technique? Risible. Rien qu'en dix jours, on a eu droit à une collection assez impressionnante d'avaries. Chaînes inaccessibles temporairement ou pendant des soirées entières alors qu'au même moment, d'autres chaînes fonctionnent parfaitement. Chaînes qui fonctionnement très bien puis qui, sans crier gare, se déconnectent subitement, affichant un «Pas de signal!» on ne peut plus agaçant. Télécommande du décodeur fréquemment inopérante: on a beau appuyer sur n'importe quelle touche, même la touche arrêt, rien ne se passe, ne reste plus qu'à débrancher puis à rebrancher l'appareil en espérant que cela aille mieux après, ce qui n'est pas forcément toujours le cas. Et on en passe.
Les autorités et les médias se réjouissant à l'unisson du «grand succès» du passage de la région parisienne à la TNT, on s'est dit qu'on n'avait juste pas de chance: que, peut-être, il y avait un gros problème de réseau dans la rue ou dans l'immeuble. On s'est donc renseigné. Et bien non, pas du tout: officiellement, tout va bien. .
Ce qui n'a pas empêché TF1, l'autre soir, de diffuser, dans un JT de 20 Heures, un petit sujet consacré à ces «plusieurs milliers de foyers» qui, en France, depuis leur basculement au numérique, sont confrontés aux mêmes problèmes que nous. Problèmes qui, si on a bien compris, dériveraient du réseau, de l'antenne télé collective, et/ou du câble reliant celle-ci aux prises télé dans les logements. Et qui, pour être résolus, nécessitent la visite d'un antenniste (facturée quelques centaines d'euros), à moins que l'on préfère l'installation d'une parabole (idem).
Encore bravo.
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10.03.2011
Un grand basculement (2)
Trois jours plus tard, on n'a toujours pas découvert le monde mirifique de la télé numérique. Pas le temps, ni l'envie, de se prendre la tête avec de la technique après les journées de boulot; on verra cela calmement ce week-end. En revanche, on a eu le temps de s'étonner. S'étonner, car autant on a eu droit à un concert de louanges des autorités sur la grande réussite, paraît-il, de ce passage de la région parisienne à la TNT, autant elles ont peu évoqué, trouve-t-on, les arnaques qui accompagnent ce basculement de la France vers la télé du futur.
Pourtant, des tas d'individus peu scrupuleux s'en mettent plein les poches, à la faveur de cette révolution télévisuelle. Au détriment singulièrement de personnes âgées, souvent complètement dépassées par ces questions techniques.
Ainsi, racontait «France Soir» fin février, ce retraité qui s'est laissé convaincre de prendre un crédit pour acquérir un décodeur d'une valeur de... 5000€ – on en trouve chez Darty dès 30€ . Le démarcheur de la société, qui s'est aujourd'hui volatilisée, lui avait certifié que, sans cet appareil, il ne pourrait plus regarder la télé. Depuis, en plus, ce décodeur hors de prix ne fonctionne plus. Mais le service après vente de la société qui le lui a vendu ne répond pas: la ligne téléphonique n'est plus attribuée.... Ou cette petite vieille qui a dépensé 250€ pour faire régler l'antenne-râteau sur son toit, alors que, bénéficiant d'une parabole, elle aurait pu se passer de ce réglage: l'antenniste venu chez elle s'est évidemment bien abstenu de le lui signaler... Ou encore, dénonçait l'autre jour «Que Choisir», ces antennistes qui, en région parisienne, ont facturé jusqu'à 2000€ la vérification de la compatibilité des antennes-râteau de copropriétés, alors que cette opération est «normalement facturée de 300 à 500 euros pour un immeuble standard»...
Sans oublier cette énormité dénoncée (ici), il y a plus d'un an déjà, par cette même association de consommateurs. «Des centaines de milliers d'adaptateurs TNT imparfaitement configurés ont été mis sur le marché». Ces 300.000 à 500.000 adaptateurs défectueux n'ont pas tenu compte de l'évolution de la table de numérotation des chaînes télévisées. Dès lors, quand cette nouvelle table entrera en vigueur, soit ces appareils «seront complètement perdus, dans l'incapacité de retrouver les chaînes». Soit «les chaînes ne seront plus numérotées correctement». Soit «une partie seulement d'entre elles continueront d'être reçues». Encore bravo.
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07.03.2011
Un grand basculement
Ce soir, c'est le grand soir pour une douzaine de millions d'habitants de la région parisienne. Pas le grand soir révolutionnaire. N'en déplaise à Marine Le Pen, qui, hier, commentant ce fameux sondage l'ayant placée en tête du premier tour des prochaines présidentielles, y a vu un «signe du réveil des peuples français», qu'elle a implicitement comparé au réveil des peuples arabes. Nicolas Sarkozy mis sur le même pied que Ben Ali, Moubarak ou Kadhafi... on aura décidément tout entendu. Pas le grand soir révolutionnaire donc, mais le grand soir télévisuel. Puisque, ce soir à minuit, tous les écrans de télé de la région capitale vont s'éteindre. Pour, normalement, se rallumer dans la matinée de mardi en ayant basculé de l'hertzien au numérique – des détails, si cela vous passionne, ici.
Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'on n'est ni très optimiste, ni très enthousiasmé par ce basculement.
Pas très optimiste sur le fait que notre télé marchera encore demain matin. Déjà, ces derniers jours, alors pourtant qu'on avait pris la précaution d'être épaulé par de bonnes âmes moins technophobes que nous, on n'a même pas réussi à relier ce poste au décodeur de l'offre triple-play qui, depuis qu'on y a souscit, traînait dans le placard. Malgré ce décodeur pourtant censé assurer le basculement au numérique, malgré deux aller-retours chez Orange, malgré d'innombrables euros dépensés à son service d'assistance téléphonique, malgré tout cela, cela ne marche pas: on a l'image numérique, mais un grésillement incessant en guise de son. On va donc se taper la queue ce midi chez Darty pour acheter un décodeur TNT proprement dit, sans même beaucoup d'espoir que lui au moins fonctionne. Et, ce soir, on va encore passer trop de temps à essayer de gérer cela.
En maugréant sans doute un peu. Car elle ne nous fait pas grimper au rideau d'enthousiasme, cette si mirifique télé numérique. On en serait bien resté à nos six chaînes nationales en hertzien, en fait. Vu l'usage, essentiellement informatif, qu'on a de la télé – Drucker, Ardisson-Ruquier-Zemmour, «D&Co» ou «Les Experts»: on a autre chose à faire. Et ce ne sont pas les programmes des «19 chaînes nationales et, dans certaines zones, les 7 chaînes locales» que promet la campagne de pub en faveur de la TNT qui, a priori, nous emballent.
Mais bon, sans doute est-cela le grand progrès sociétal, en France en 2011: le basculement à la télé numérique.
11:35 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : télévision, technologie, médias, paris
10.02.2011
Une sobriété
Aujourd'hui, parlons un peu des journalistes et de Nicolas Sarkozy. Puisque, ce soir, c'est le grand soir (télévisuel) pour le Président. Qui, sur TF1, passe son «grand oral», comme on dit à Paris. Enfin, si tant est que convienne ce terme «grand oral», généralement associé au stress. Pas sûr que Nicolas Sarkozy aura à stresser ce soir. Puisque, en guise d'interlocuteurs, il n'aura face à lui que des Français probablement tétanisés et Jean-Pierre Pernaut: l'ineffable présentateur du 13 Heures de TF1, qui n'est pas connu pour être un extrême-gauchiste.
Au fond, Jean-Pierre Pernaut est-il de ces confrères qui se lèvent au moment où Nicolas Sarkozy pénètre dans le salon où l'attendent les journalistes qu'il a invités à sa conférence de presse? On pose la question, parce que, à l'Elysée l'autre jour, avec un sourire très très mi-figue, mi-raisin, Nicolas Sarkozy a entamé sa grande conférence de presse en se disant touché par les quelques journalistes qui s'étaient levés à son arrivée. Et en rassurant ceux qui étaient restés assis: la station debout n'est pas (encore?) jugée obligatoire à l'Elysée quand le Président paraît. On n'est pas (encore?) à la Maison Blanche – où la presse se lève à l'arrivée du Président, voire applaudit à la fin de sa prestation.
Et nous? Ce matin-là, si on avait eu le temps d'aller se montrer à ce grand raout médiatico-mondain, se serait-on levé à l'arrivée de Nicolas Sarkozy? Plutôt non, en fait.
Non pas qu'on soit un goujat. Mais une marque de politesse aussi ostensible nous semblerait inhabituelle au point de friser l'obséquiosité.
Tout comme, quand on couvre un meeting politique, on n'applaudit ni on ne hue un orateur. Tout comme on s'est toujours abstenu de militer dans un parti ou de signer une pétition. Tout comme on n'entamerait pas par un garde-à-vous une interview d'un haut gradé, à qui on ne donnerait pas du «Mon colonel», mais du «Monsieur», tout simplement. Tout comme ne nous viendrait jamais à l'idée de faire la bise à un(e) ministre, ou de partir à la plage à bord du jet privé d'un patron du CAC 40 dont on viendrait de publier le portrait.
En la matière, les soupçons de connivence entre la presse et les élites, les élites politiques singulièrement, sont tels – en France comme ailleurs – que la meilleure attitude, de la part des journalistes, nous semble être la plus grande sobriété, la plus parfaite réserve. On est là pour bosser. Pas pour les courbettes, ni pour l'affect.
17:04 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : presse, médias, journalisme, télévision, sarkozy
25.01.2011
Une faille
L'attentat meurtrier perpétré hier à l'aéroport de Moscou est-il possible à Roissy, à Orly ou, au-delà, dans n'importe quel aéroport de l'Hexagone? Après les images terribles aux JT d'hier soir, des Français, ce mardi, s'interrogent peut-être sur la sécurité aéroportuaire dans leur propre pays. Il faut dire que début janvier, la télé a jeté un fameux pavé dans la mare.
Vous avez peut-être vu cela: c'était dans le numéro du magazine «Envoyé spécial» intitulé «Police privée: sécurité au rabais». Dans plusieurs aéroports du pays dont Roissy, deux journalistes parvenaient à embarquer dans des avions avec, glissé dans leur bagage, un pistolet 9 mm démonté en sept pièces. Leurs sacs passaient aux rayons X, voire étaient inspectés, mais jamais leur arme n'était découverte. Ils avaient même pu la remonter sans le moindre problème dans un des avions utilisés pour ce test, filmé en caméra cachée.
Le syndicat des entreprises de sûreté aéroportuaire avait dénoncé la «recherche du sensationnel» à tout prix, par les médias obsédés par l'audimat. Mais des commentaires pas trop rassurants avaient-été entendus lors de la (mini-)polémique ayant suivi la diffusion de l'émission. Ainsi, cette déléguée syndicale de la société qui assure la sécurité de l'aéroport de Marignane – à Marseille donc et pas à Paris, mais pas sûr que la situation diffère à Roissy ou Orly.
Interrogée, sur une radio, à propos de cette faille retentissante de sécurité, elle avait eu ces mots. «Les agents de sécurité travaillant dans les aéroports ne cessent de demander davantage de moyens et d'effectifs. Davantage de formation, aussi. Pour apprendre à détecter une arme, les agents ne reçoivent qu'une formation de 14 heures. C'est court mais c'est une bonne base, car c'est surtout l'expérience de terrain qui compte. Le problème, c'est que, dans toutes ces sociétés de sécurité privées opérant dans les aéroports, il y a beaucoup de turn over. Les agents les plus expérimentés, sous contrat de travail à durée indéterminée, sont souvent remplacés par des nouveaux: engagés eux à durée déterminée, moins chers donc pour leur entreprise, mais n'ayant aucune expérience». A l'entendre, cette grande rotation du personnel dans le secteur de la sécurité privée – où les emplois sont souvent mal payés et pénibles (horaires de travail, etc.) – peut avoir un impact sur la sécurité.
D'ailleurs, faites l'expérience la prochaine fois que, à Roissy ou à Orly, pour accéder à la zone de départ des avions et des achats détaxés, vous passez les portiques de sécurité. Observez l'âge moyen des vigiles qui vous contrôlent. Vous pourrez constater, ainsi qu'on l'a déjà fait tant de fois, que, dans la majorité des cas, ces agents sont très jeunes.
Alors, il va de soi que cela ne doit pas amener à mettre d'office en doute leur compétence – la valeur n'attendant pas le nombre d'années, etc, etc. Il n'empêche, en termes de sécurité, sans doute cela ne ferait-il pas de mal si davantage de personnel plus âgé et donc expérimenté encadrait ces jeunes qui apprennent leur métier.
12:09 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sécurité, transports, social, télévision
29.09.2010
Une lourdeur
Cocorico. La France est championne du monde. La Polynésie, en effet, vient de battre le record du monde... du plus long collier de fleurs, trophée qui était jusqu'alors détenu par les îles Hawaï. C'est un collier de 160.000 fleurs de tiaré, long de 2.695 mètres, qui a permis à la Polynésie de l'emporter. Ce matin, en entendant cette nouvelle à la radio, on s'est dit que son infinie légèreté contrastait très agréablement avec la lourdeur du climat actuel.
Lourdeur de la litanie des infos pénibles. Hier encore, l'Insee a chiffré (ici) à 13 % la part de la population française vivant sous le seuil de pauvreté – ce qui fait au bas mot 7,8 millions de personnes. Parmi elles, nombre de familles monoparentales, 30 % des familles de ce type étant considérées comme pauvres. Rien de grave ni d'intéressant puisque, d'année en année, le nombre de pauvres reste globalement stable en France. C'est ce qu'assuraient hier soir, sur France 3, quelques beaux esprits très satisfaits, discourant dans le talk-show de Frédéric Taddéi – qui, décidément, certains soirs, devrait soigner davantage la composition de ses plateaux.
Lourdeur aussi de la manière dont certains à Paris tournent en dérision le climat d'alerte antiterroriste actuel. On se l'est dit hier soir encore, en prenant le métro à l'heure de sortie des bureaux. Une fois de plus, que ce soit sur la ligne 5, la 10 ou la 13, les rames étaient pareillement et insupportablement bondées. Sur le quai d'une station, énervés de ne pouvoir entrer dans le wagon vu la foule qui s'y trouvait déjà, deux jeunes passablement alcoolisés – molosses au pied et canettes de bière en main – tentent de faire sortir des gens en hurlant: «Alerte à la bombe, messieurs-dames! Tout le monde descend!» Silence de mort dans la rame. Personne ne bouge: annoncée par de tels olibrius, la dite alerte n'est évidemment pas crédible. La blague n'a fait rire personne. A la même heure à l'autre bout de Paris, des gens à l'humour aussi lourd faisaient une fois de plus évacuer pour rien la tour Eiffel de ses milliers de touristes, en annonçant faussement aux autorités la présence d'un colis piégé.
11:39 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sécurité, transports, paris, social, pauvreté, folklore, télévision
28.06.2010
Une (auto)censure
Restons dans le monde de la pub, qu'on évoquait vendredi. Si les autorités se voient souvent reprocher de ne pas agir assez pour réduire le volume global de messages assénés aux citoyens consommateurs, elles influent, parfois, sur le contenu de ces messages. On en trouve une illustration dans le bilan, plutôt positif, que vient de tirer le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) de la charte conclue en 2009 entre le ministère de la Santé et les publicitaires, charte «visant à promouvoir une alimentation et une activité physique favorables à la santé dans les programmes et les publicités diffusés à la télévision».
C'est la fameuse campagne «manger-bouger». Qui, dans les spots publicitaires, invite les consommateurs à ne pas grignoter entre les repas, à ne pas manger trop sucré, gras et/ou salé, etc. La charte interdit notamment aux publicitaires, dans leurs spots, d''«inciter à une consommation excessive», d'évoquer l'«image qui associerait la consommation d’aliments et de boissons à un loisir sédentaire lié à la vision d’un écran», ou de vanter un produit destiné aux enfants en leur laissant croire «que la prise d’un aliment peut produire un effet de nature à modifier leur vie quotidienne, en les faisant accéder à d’hypothétiques performances exceptionnelles». Concrètement,lit-on dans le rapport du CSA, depuis l'entrée en vigueur de la charte, plusieurs spots de pub n'ont jamais été diffusés à la télé française. Car, contraires à ces nouvelles règles déontologiques, ils ont été (auto)censurés par les organes de régulation du secteur de la pub.
Parmi ces pubs qu'on ne verra jamais à la télé, ce spot pour un groupe de musique dans lequel «on voyait des jeunes gens au cinéma avec un sac de popcorn sur les genoux». Ou un spot pour un distributeur d’ameublement dans lequel «on remarquait un verre de soda posé à coté du personnage principal, qui consultait son ordinateur portable à domicile». Ont pareillement été recalés des spots pour une console de jeu vidéo («le plan présentait une assiette contenant des toasts sur la table située devant les enfants et leurs parents»), pour un éditeur de téléphonie («la publicité mettait en scène un homme consommant, de manière excessive et passive, des pizzas devant la télévision») ou pour un soda («on présentait un jeune homme activant le jeu interactif mis en place par l’annonceur sur son écran, tout en tenant une canette à la main»). A défaut donc de limiter la quantité de pub, les autorités veillent à leur qualité. C'est déjà ça. Ou pas?
11:47 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, télévision, santé
08.03.2010
Une femme
Parlons de la Parisienne aujourd’hui, puisque c’est la Journée internationale de la Femme. Tarte à la crème, ce 8 mars? A l’attention des sceptiques ou critiques –.plus fréquemment des mâles que des femmes, au demeurant – , la mairie de Paris rappelle que cette journée, «symbole des combats féministes, reste aujourd’hui d’une brûlante actualité: les violences faites aux femmes, les inégalités salariales et professionnelles sont des réalités tenaces, y compris en France».
A Paris à première vue, selon les statistiques, les femmes sont mieux loties que dans le reste du pays. Les Parisiennes, en effet, ont un niveau éducatif et professionnel nettement supérieur à la moyenne nationale. Ainsi, «la part des cadres et professions intellectuelles supérieures atteint 31% chez les Parisiennes pour 9 % en France». Et «le taux de chômage des Parisiennes est de 11,9%, pour 15 % en France». Il n’en demeure pas moins que «les Parisiennes sont nettement plus à temps partiel (21%) que les Parisiens (9,4%) et un peu plus en emploi précaire». En outre, «les femmes n'ont pas bénéficié de la création d'emplois générés dans les secteurs à forte valeur ajoutée». Et à Paris, «le salaire horaire net moyen des hommes est en moyenne supérieur de 35,8 % à celui des femmes».
Bref, il y a encore du boulot pour l'égalité.
C’est ce que rediront pendant toute cette année les militantes du Mouvement de libération de la femme (MLF), qui fête son quarantième anniversaire. C’était en 1970, un 26 août. «Elles n’étaient pas nombreuses pour aller déposer une gerbe sous l’Arc de Triomphe à Paris à la femme inconnue du soldat inconnu. Pas nombreuses mais déterminées et insolentes et drôles. Quelque temps plus tard, elles furent des centaines, des milliers à être déterminées et insolentes et drôles et efficaces, pesant sur la société, la contraignant à changer».
Sinon, autres temps autres mœurs, plutôt que de s’intéresser à ces femmes qui firent l’Histoire sociale du pays, France 4 se concentre sur un cliché collant à la peau de la Parisienne, mais dans un domaine infiniment plus léger. Fin du mois, en effet, la chaîne de télé diffuse un documentaire intitulé «Les Parisiennes sont les plus belles femmes du monde (enfin c’est ce qu’on m’a dit…)». Ce film se veut «la première typologie des Parisiennes pour les hommes qui veulent enfin comprendre l’incompréhensible». Mais la Parisienne, avec tout le mythe qui l’entoure, existe-t-elle vraiment? Le réalisateur n’a pas l’air d’en être sûr, puisque, pour appréhendrer cette réalité féminine capitale, il n’a pu faire autrement que de la scinder en plusieurs portraits différents: «Distinguer la femme délicieusement hautaine des beaux quartiers de la fille au gobelet en plastique (celle qui boit de la bière près du canal St Martin); comprendre la femme rouée de Saint Germain des Prés autant que l’étudiante qui sait si bien transformer son inexpérience en ingénuité; découvrir le charme de la femme à poussette (que l’on croise au sud de la capitale, dans la Mac Laren Belt) comme celui de l’inconnue magnétique (que l’on croise dans toute la ville)».
De la citation qui précède, on retiendra non l’accumulation de clichés passablement sexistes (femme rouée, ingénue, etc.), mais la confirmation que la Parisienne en tant que telle n'a pas l'air d'exister, puisqu’elle est infiniment plurielle comme on dit. Ce doit être la bonne nouvelle de la journée.
11:04 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, femmes, social, activisme, télévision
25.02.2010
Une vedette
Restons un jour encore dans le domaine de la publicité, mais beaucoup plus pacifique. Il n’est plus question cette fois de soldatesque boueuse et transpirante, mais au contraire de folklore sentant bon la fraîcheur et la ruralité bucoliques. On veut parler du retour de… la mère Denis, cette icône mémorable de la pub hexagonale.
Cela a vraiment fait beaucoup de buzz en France, cette semaine. C’est donc le grand retour de la célèbre lavandière qui, dans les années 70 et 80, fit les belles heures – «Ah oui, c’est vrai ça!» – de la pub télé pour le fabricant de lave-linge Vedette. Vingt ans après, sa bonne bouille et son physique généreux et campagnard s’affichent en ce moment, en photo murale géante sur le flanc d’un immeuble donnant sur le périph’. Avec ce slogan bien de saison à un mois des élections régionales: «Votez mère Denis!» Et une adresse web renvoyant à la page de fans de l’intéressée.
La dénommée Jeanne-Marie Le Calvé épouse Denis n’est évidemment pour rien dans ce retour fracassant. Puisque, depuis 1989, elle repose en paix dans un petit cimetière du Calvados. Sa réapparition en grand format est une opération de teasing publicitaire du groupe d’électroménager Fagor-Brandt, propriétaire de la marque Vedette. Un gros coup de marketing donc. Une opération notamment de marketing viral, comme on dit. Qui est en train de marcher du tonnerre – pour preuve ce matin, quand on googlisait le slogan de l’affiche, «Rendez nous Mère Denis!», on obtenait … 250.000 résultats!
250.000! Comme quoi, on en parle, de cette campagne de pub. Les Français seraient-ils en demande de futilité, en ce moment?
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