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06/04/2016

Un intérêt à préciser

Télévision, TechnologiesCocorico du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), . Car, ces jours-ci , la France a franchi «avec succès» une nouvelle étape dans la modernisation de la télé numérique. Désormais, les téléspectateurs peuvent «bénéficier sur tout le territoire métropolitain de quinze chaînes nationales gratuites supplémentaires et de chaînes locales diffusées en qualité Haute Définition, grâce notamment à la généralisation de la norme de compression MPEG-4».

Sans doute est-ce merveilleux.

Ce que le CSA ne dit pas, c'est que ce nouveau changement est très profitable aussi pour les chiffres officiels relatifs à la consommation des ménages, et donc pour l'économie. Puisque, cinq ans seulement après le passage de l'Hexagone à la télé numérique, il a de nouveau conduit d'innombrables téléspectateurs à devoir aller acheter, dans les magasins, les éternels adaptateurs indispensables pour pouvoir continuer à regarder la télé.

Pas davantage, n'est explicité par le CSA ou par le gouvernement l'intérêt qu'il y a à regarder désormais en haute définition des programmes qui, en général, d'un niveau qualitatif, restent tout de même très perfectibles. Merci donc, trop aimable, pour ce changement de forme. Mais à quand enfin la révolution de fond, dans la télévision?

Nous, en tout cas, de cette télé française, on se passe très bien, depuis que notre téléviseur n'a pas survécu au passage à la TNT (relire ). Désormais, sur l'ordinateur ou le smartphone, on regarde uniquement les JT, les grands programmes d'information, et un peu de télé d'info continue. Puis, on passe à autre chose: à d'autres activitéset toujours avec plaisir.

18/02/2016

«Une complaisance»

Médias, Télévision, Santé"Le Petit Journal", l'émission vedette des soirs de Canal+, se prend une remontrance du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). Un soir d'automne, deux bouteilles de bière avaient été ouvertes et consommées sur le plateau de ce talk-show. Posées en évidence sur la table, elles avaient «été visualisées de nombreuses fois». Le présentateur avait «incité son invitée à trinquer et à boire». Cette consommation avait été «mise en valeur par des propos à caractère humoristique». Et, à aucun moment, pendant la séquence, n'avait été diffusé le moindre message de prévention contre l’abus d’alcool.

Ce faisant, juge le CSA, Canal a méconnu la disposition du Code de la santé publique qui prohibe toute propagande directe ou indirecte en faveur des boissons alcoolisées, à la radio comme à la télé. Sans compter que «l’exposition significative dont la bière a bénéficié tout au long du programme (a) traduit une forme de complaisance de l’éditeur à l’égard de la consommation de cet alcool». Le CSA a d'autant moins apprécié qu'il avait déjà mis en garde cette même émission, à une précédente occasion, sur ce sujet. Il avait alors prié "Le Petit Journal" de «faire preuve d’une grande vigilance» en la matière.

Cela n'a pas empêché Canal de récidiver. Puisque, comme le regrette le CSA, «sous couvert d’humour et de divertissement», cette chaîne a «diffusé à nouveau une émission qui contrevient à la réglementation» et à la «protection du consommateur». On peut donc supposer que ce deuxième «appel à la prudence» lancé par le "gendarme de l'audiovisuel" sera le dernier. La prochaine fois, il sanctionnera.

09/02/2016

Une gêne, visiblement

Encore une réouverture d'un établissement de l'Est parisien qui a été frappé par les attentats du 13 novembre. Mais cette réouverture-là fait moins l'unanimité, et les médias n'en font pas des tonnes à son sujet. Comme si tout le monde était un peu gêné.

Le restaurant "Casa Nostra", dans notre onzième arrondissement: rue de la Fontaine au Roi. Il a fait scandale quand, dans la foulée des tueries, des médias l'ont accusé – tournage en caméra cachée à l'appui – d'avoir vendu à la presse à sensation des images de vidéosurveillance du soir du 13 novembre. Cela conduisit la mairie de Paris à ne pas lui verser la subvention qu'elle a allouée aux autres commerces mis à l'arrêt par les attentats.

Le gérant de l'établissement a porté plainte en diffamation contre l'émission de Canal+ qui a fait ses choux gras de l'affaire. A l'en croire, les images qui l'incriminent ne sont qu'«un montage». L'homme estime avoir été piégé. Ces jours-ci, il tente une contre-offensive médiatique (, par exemple). La Justice tranchera.

En attendant, visiblement, on ne se bouscule pas, dans son restaurant. Alors que le grand public se précipita dans chacun des autres établissements endeuillés par les tueries, dès qu'ils rouvrirent.

01/02/2016

Un choix discutable

TF1 investit notre quartier Saint-Sabin. Via une société de production audiovisuelle, la chaîne de télé a fait interdire le stationnement dans trois rues de cette partie du onzième arrondissement. Pour y procéder au tournage de scènes en vue d'un prochain épisode de "Profilage". Sa série policière à succès, visiblement: les épisodes de la saison 6 ont été regardés par «7.2 millions de téléspectateurs en moyenne, soit 30% de part de marché, dont 31% des femmes de moins de 50 ans».

Jusque là, rien que de très banal, dans une ville comme Paris où ont lieu à peu près dix tournages chaque jour. Habituel, si ce n'est que les trois artères concernées par ce tournage en particulier (rues Saint-Sabin et Nicolas Appert, Boulevard Richard Lenoir) sont précisément... celles qui ont servi de cadre à l'attentat du 7 janvier 2015: celui perpétré contre "Charlie Hebdo".

Du coup même si, évidemment, il faudra un jour tourner la page , est-il bienvenu de tourner un téléfilm policier dans un tel décor? Là même où, il y a un an seulement, des tueries tout sauf fictives ont eu lieu? Là où, par exemple, un policier a été abattu comme un chien: achevé de balles tirées à bout portant, alors qu'il gisait sur la chaussée? Est-ce vraiment de bon goût?

Ce matin, en tout cas, on s'est d'autant plus posé la question en passant devant l'immeuble de la rue Appert où se trouvait la rédaction de "Charlie". On y a constaté, médusé, que, aux pieds du bâtiment, venaient d'être enlevés l'ensemble des fleurs, bougies, dessins et écrits qui, il y a quelques jours encore, s'amoncelaient sous la plaque commémorative inaugurée en début d'année.

Ce "mémorial" était dans un état globalement correct. Pas pire, en tout cas, que celui qui, à quelques mètres de là, subsiste devant le Bataclan. Du coup, une interrogation. L'a-t-on nettoyé uniquement car il aurait fait tache sur les images à tourner pour TF1? En somme, a-t-on balayé un peu de l'histoire d'un quartier – histoire si dramatique, en plus –, juste pour pouvoir raconter de belles histoires aux amateurs de séries policières d'un soir?

14/09/2015

Une certaine élégance

Télévision, Journalisme, PersonnalitésLe chiffre est tombé ce matin, et il était très attendu dans le petit monde médiatico-politique. Plus de 10 millions de Français ont, hier soir, regardé le dernier JT de 20 Heures de TF1 présenté par Claire Chazal.

Une longévité exceptionnelle (24 ans à la barre du 20 Heures) conclue donc par une audience record. Mais qui sait cet audimat faramineux était-il en partie motivé par un certain voyeurisme – l'intéressée allait-elle avoir la larme à l'oeil?

Mais non: son au revoir – même si jamais, avez-vous remarqué, elle n'a prononcé les mots «Au revoir», «A bientôt» ou «Adieu» – était parfaitement digne, a-t-on trouvé. Peut-être un rien longuet au moment du clip d'hommage qui a été diffusé en guise de générique de fin, mais globalement teinté d'une certaine élégance. Et au moins a-t-on évité la familiarité à la PPDA («Je vous embrasse tous»), qu'à l'époque, on avait trouvée assez déplacée.

A en croire un sondage publié hier, les Français avaient une bonne opinion de la présentatrice, ils trouvaient qu'elle faisait bien son travail au 20 Heures, mais, pour autant, ils ne la regretteront pas spécialement à cette fonction. Aux dernières nouvelles, mais les choses peuvent évoluer vite, elle conserve son bureau à TF1, compte demeurer dans cette maison, et est en attente d'une nouvelle affectation.

20/05/2015

Une décontraction très nouvelle

Quand les magazines de papier glacé entrent en collision avec les débats à l'Assemblée. Hier après-midi, les députés sarkozystes ont mené la charge contre le gouvernement, qu'ils accusent de «complicité hypocrite» avec le «proxénétisme procréatif». C'est tout le débat à propos de la GPA, ou gestation pour autrui: le recours à l'étranger, par des Français, à des mères porteuses. Et voilà que ce matin, dans «Gala», un animateur télé de la chaîne M6 s'affiche, tous sourires (), avec son petit Elliot: enfant de trois mois issu d'une GPA menée aux Etats-Unis.

Ce n'est pas la première fois qu'une personnalité cathodique française a recours à une mère porteuse, mais jamais auparavant (à moins que cela nous ait échappé) cette démarche n'avait été rendue publique aussi ouvertement, et assumée avec autant de décontraction.

Du coup, il sera intéressant de voir si le gouvernement va faire semblant de rien. Ou, au contraire, faire en sorte que des poursuites soient diligentées contre l'intéressé. Puisque, théoriquement, il est passible de peines de prison et d'amende (voir ici). Intéressant aussi de voir la consigne que Nicolas Sarkozy va donner à ses troupes. Les envoyer descendre en flammes cet animateur télé? Ou, au contraire, ne pas faire trop de vagues sur ce cas précis, pour ne pas risquer de se mettre à dos l'électorat des jeunes accros à ce genre de programmes télévisés ainsi qu'à l'humour potache qu'affectionne ce présentateur.

Reste à voir également si un "coming out" de ce type est de nature, ou non, à faire évoluer le jugement que porte l'opinion sur le recours aux mères porteuses. Un jugement qui a basculé, à l'occasion de la grande bataille de 2013 sur le «mariage gay». Auparavant, les Français n'étaient pas spécialement opposés à la GPA. Mais, à présent (voir , par exemple), ils la désapprouvent majoritairement.

06/05/2015

Une «maladresse», on va dire

Une chaîne de télé française rappelée à l'ordre à propos d'un commentaire déplacé relatif à des citoyens belges. Ce n'est pas si fréquent, et pourtant cela vient de se passer.

Hier soir, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a fait savoir () qu'il était intervenu auprès de LCI: la chaîne d'info continue du groupe TF1. En cause, un sujet qu'elle a diffusé en boucle, relatif au scandale d'évasion fiscale qui éclabousse la banque suisse HSBC. Le journaliste de LCI, évoquant le type de clients de la banque impliqués dans cette affaire, a cru bon de les énumérer de la sorte: «Dans cette banque-là, il y avait des trafiquants d’armes internationaux, des trafiquants de drogue. Il y avait des gens qui ont financé Al-Qaïda. Il y a des diamantaires juifs d’Anvers qui avaient des comptes très importants à Genève».

Pour le "gendarme de l'audiovisuel", «faire état de la judéité des personnes mises en cause, dans une énumération faisant référence à des trafiquants d’armes, de drogue et des personnes ayant financé Al Qaïda, peut contribuer à alimenter les amalgames et à encourager les discriminations». Or, LCI et toutes les radios et télés françaises en général sont contractuellement tenues de «respecter les différentes sensibilités politiques, culturelles et religieuses du public» de «ne pas encourager des comportements discriminatoires en raison de la race, du sexe, de la religion ou de la nationalité», et de «promouvoir les valeurs d’intégration et de solidarité».

Le CSA attribue cet écart, non à une volonté délibérée, mais à la «maladresse» du commentateur concerné. Préférons, en effet, pour le bon moral de tout le monde dans ce pays, voir les choses sous cet angle.

10/04/2015

Un ministre un brin décalé

Télévision, International, Art de vivre, Gouvernement, Personnalités, Fabius, TerrorismeL'agenda ministériel toujours délicieusement décalé de Laurent Fabius – sujet éternel d'émerveillements, pour ce blog (relire par exemple ici ou ).

Quelques heures à peine avant que TV5 Monde, hier, soit attaquée par les hackers du groupe Etat islamique – qui ont réussi à la paralyser pendant près d'une journée –, le ministre des Affaires étrangères était au siège de cette télé francophone internationale. Il lui rendait une petite visite, pour rehausser de sa présence le lancement, par ce groupe, d'une nouvelle chaîne thématique. Dédiée... à l'art de vivre.

Mais oui. Baptisée «TV5MONDE Style HD», sous-titrée en anglais, en mandarin et en arabe, cette chaîne sera diffusée dans un premier temps au Moyen-Orient/Maghreb et en Asie-Pacifique. «Sa programmation sera consacrée à l'art de vivre français et francophone dans toutes ses dimensions», s'extasie le quai d'Orsay. Pour qui cette télé, «vitrine de nos savoir-faire et de l'excellence de nos créateurs et de nos entreprises, s'inscrit pleinement dans les objectifs du ministère des Affaires étrangères, en termes d'influence, de diplomatie économique et d'attractivité touristique de la France».

C'est merveilleux. Et cela détend assurément l'atmosphère, dans ce contexte d'actualités internationales si délétères.

Sauf que, donc, les égorgeurs d'Irak et de Syrie ont complètement parasité le lancement de ce bijou télévisuel HD, que le monde entier envie certainement à la France.

L'histoire ne dit pas si, du coup, Laurent Fabius va une nouvelle fois se rendre au siège de TV5, pour y faire la promo du bon goût hexagonal. Ou si, non, une fois mais pas deux, il va à présent se consacrer à des matières diplomatiques et internationales plus essentielles.

06/03/2015

Une visibilité toujours aussi faible

Femmes, Audiovisuel, Télévision, Radio, PresseCe vendredi matin, à quelque jours du 8 mars, trois femmes, membres du gouvernement Valls, ont pris leur petit-déjeuner ensemble. Aux côtés de ces ministres de la Culture, des Affaires sociales et des Droits des femmes, un panel de professionnels de l’audiovisuel, de parlementaires, et de dirigeants du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA).

A l'ordre du jour des discussions, l'éternel sujet de «la place des femmes dans les médias». Il n'a sans doute pas fallu beaucoup de cafés et de croissants pour que ces convives fassent un même constat accablé: la situation, dont on parle pourtant depuis des années, tarde décidément à s'améliorer.

Pour preuve, la dernière analyse en date du contenu de 1200 heures de programmes (hors publicités et bandes annonces) diffusés par seize chaînes hertziennes. Elle a quantifié à 36% seulement la place que les femmes y ont occupée, par rapport aux hommes. C'est encore moins que l'année précédente (37%). Or, s'il faut le rappeler, dans la population française, les femmes sont toujours largement majoritaires (52%), par rapport aux hommes.

Du coup, dernièrement, le CSA a adopté une délibération qui renforce les obligations des médias, notamment en termes de visibilité des femmes à l'antenne. «On ne peut pas vivre en 2015 dans une démocratie où la moitié de la population est considérée comme subalterne» par les médias, a justifié la journaliste Françoise Laborde, ex-membre du «gendarme de l'audiovisuel».

Femmes, Audiovisuel, Télévision, Radio, PresseCela dit, une opportunité va rapidement se présenter aux gouvernants, qui leur donnerait l'occasion d'au moins faire symboliquement progresser le dossier. La présidence de France Télévisions doit bientôt être renouvelée. Qui sait, nommer une femme à la tête du groupe audiovisuel public pourrait contribuer à sortir tout ce petit monde de l'entre-soi masculin?

 

PS: La presse écrite et la radio, cela dit, ne sont pas fondées à faire la leçon à la télévision, sur la question. 20% des intervenants qui apparaissent sur le petit écran en tant qu'experts (=interrogés pour leurs compétences) sont des femmes – contre 80% d'hommes. A la radio et dans les journaux, ce taux féminin chute à 17% et 15%, respectivement.

11/12/2014

Une si grande amabilité

Le groupe Canal+ adore visiblement Nicolas Sarkozy. Ou, en tout cas, il table sur sa victoire à l'élection présidentielle de 2017, et donc essaie d'emblée de se faire bien voir par lui.

Pour preuve, sa chaîne de télé D8 diffuse ce soir «Little french songs in America». Il s'agit d'un documentaire sur les coulisses de la tournée aux Etats-Unis de Carla Bruni. Nicolas Sarkozy lui-même y apparaît, bien sûr. Et, évidemment, sous un jour éminemment favorable, bien dans le ton dominant du documentaire: si aimable.

Il y a un an, déjà, la même chaîne D8 avait diffusé, en prime time, un documentaire sur le couple Sarkozy-Bruni, signé par une amie intime de l'ex-Première Dame: la réalisatrice et ex-top model Farida Khelfa. Le film – le publi-reportage, devrait-on plutôt écrire – relatait la vie quotidienne et familiale du célèbre couple. Il dégoulinait tellement de complaisance envers l'ex-Président qu'à l'époque, il avait fait beaucoup jaser.

Bis repetita, donc, ce soir. A nouveau, Canal contribue au «story-telling» sarkozyste.

Le procédé devient si voyant qu'on ne trouverait pas complètement idiot que le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) enfin se prononce sur la chose. Ces publi-reportages successifs de D8 ne doivent-ils pas être pris en compte dans le calcul du temps d'antenne consacré par cette chaîne à la droite sarkozyste?

01/12/2014

Une obligation permanente de «mesure»

Télévision, Médias, JournalismeElles continuent décidément de faire débat, les règles qui obligent les télés françaises à traiter dignement y compris les actualités les plus dramatiques et macabres: les actes et faits de guerre, et, plus globalement tout ce qui a trait à la souffrance humaine. Pour preuve, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) vient à nouveau d'intervenir à deux reprises sur la question. Il s'agit encore et toujours de cette charte qu'on a déjà évoquée dans ce blog (relire ici ou , par exemple). Elle interdit notamment aux télés de «présenter de manière manifestement complaisante la violence ou la souffrance humaine», et leur impose de faire preuve de «mesure» lorsqu’elles diffusent des images «concernant une victime ou une personne en situation de péril ou de détresse».

Cela oblige souvent les chaînes à recourir au floutage. Ce que n'a pas totalement fait, cet été, I>Télé. A l'occasion d'un reportage sur la Syrie, elle a diffusé des images non floutées de cadavres de soldats, gisant au sol. Ce qui lui a valu une plainte. Le CSA a cependant dédouané la chaîne. Car les visages des victimes, eux, étaient bel et bien floutés, un avertissement sur le caractère choquant de la séquence avait été préalablement adressé aux téléspectateurs, la diffusion était «justifiée par les nécessités de l’information», et les journalistes avaient «fait preuve de réserve s’agissant de l’authenticité des images diffusées». Le plaignant, dès lors, a été débouté.

En revanche, le «gendarme de l'audiovisuel» a été plus nuancé s'agissant d'une séquence relative à un fait divers diffusée dans le magazine «Enquête exclusive», sur M6. Elle montrait les derniers instants d'une jeune touriste en vacances à l'île de La Réunion, victime d'un grave accident de canyoning. Ses proches avaient saisi le CSA, «profondément meurtris» d'avoir vu, à la télé, l'agonie de l'intéressée. M6 n'a pas été rappelée à l'ordre, car elle avait correctement flouté le visage de la victime. Néanmoins, «comprenant le désarroi que la diffusion de cette séquence a suscité chez les plaignants», le CSA a fait en sorte que la séquence ne soit plus jamais rediffusée, et qu'elle soit même retirée de l’offre de programmes disponibles en télévision de rattrapage.

07/11/2014

Un certain mérite

Personnalités, TélévisionIls ont du mérite, les Français. Hier soir, ils ont été 7,9 millions à regarder la grande soirée spéciale de mi-mandat de François Hollande, sur TF1. Une émission sans relief ni intérêt particulier, mais qui comptait beaucoup de déjà-vu et énormément de déjà dit.

7,9 millions, c'est un audimat honorable, sans plus. Par comparaison, l’interview de Nicolas Sarkozy sur France 2, le 22 septembre dernier, avait rassemblé 8,5 millions de téléspectateurs. C'est toutefois un score inespéré, pour François Hollande. Vu son impopularité record, il pouvait craindre que ses concitoyens désertent en masse le petit écran. Sans doute une part de voyeurisme populaire (Va-t-il parler de Valérie Trierweiler et de ses escapades en scooter? Va-t-il se faire descendre en flammes par les Français choisis pour dialoguer avec lui?, etc.) explique-t-il ce résultat d'audience pas trop mauvais.

Il a du mérite de garder le moral, François Hollande. Lui qui, dès le lendemain matin de son grand show radiotélé de mi-mandat, est d'ores et déjà détrôné, à la Une des flashs horaires des radios et de la conduite des télés d'info continue. Détrôné par... les déboires judiciaires de Nabilla, la bimbo de la téléréalité.

Mais sans doute ne faut-il jamais désespérer de rien.

06/11/2014

Un désenchantement, un désintérêt?

Le temps passe, et tout s'efface. En mai 2012, François Hollande était «le Président des bisous», comme il s'était lui-même décrit. En novembre 2014, alors qu'il est exactement à la moitié de son quinquennat, il n'est plus que le chef d'Etat le plus impopulaire de toute la Ve République, avec à peine un Français sur dix qui lui fait encore confiance. Et, ce jeudi 6 novembre, sur cette même place de la Bastille qui, il y a trente mois, le 6 mai 2012, avait fêté sa victoire pendant toute la nuit (relire ici), les lycéens manifestent. Contre «les violences policières» selon eux à l'origine de la mort d'un jeune manifestant écologiste, il y a quinze jours dans le Tarn.

Ce soir, à la télé, l'homme de l'Elysée va tenter de rebondir. Essayer de remonter la pente, lui qui a dégringolé dans les abysses de l'impopularité – mais peut-il vraiment tomber encore plus bas? Le désenchantement populaire à son égard est tel qu'il n'est même pas assuré de faire un bon audimat. Nombre de téléspectateurs risquent bien de zapper, de ne même pas s'intéresser à ce qu'il va dire pour se justifier et pour tenter de se relancer.

Au passage, si effectivement les téléspectateurs fuient TF1, ce sera une double perte, pour la chaîne privée. Elle qui, déjà, pour laisser la place à cette soirée présidentielle spéciale, a annulé quatre coupures publicitaires avant, pendant et après l'émission. Soit une perte nette de 2 millions d'euros.

01/10/2014

Un sens de l'à-propos

Santé, Social, Economie, Publicité, TélévisionBien joué, bien vu. Hier, pendant toute la journée, tous les médias ont évoqué la grande journée de protestation des professions réglementées contre le projet de réforme les concernant, et notamment la «Journée portes closes» des pharmaciens, qui s'opposent entre autres à la vente de médicaments (sans ordonnance) en grandes surfaces. Après avoir pris note de cette actualité, les Français sont rentrés chez eux, ont allumé leur poste de télé, et... ont pu assister à la contre-offensive du groupe Leclerc.

Ce géant de la distribution (100.000 salariés et 650 magasins dans l'Hexagone) s'est livré à un véritable matraquage publicitaire. Pendant toute la soirée, sur toutes les chaînes de télé, le même spot a été diffusé. Il met en scène un couple, Madame revenant d'avoir fait les courses chez Leclerc, et Monsieur lui demandant si elle a bien pensé à y acheter ses médicaments (des patchs à la nicotine, notamment). Elle répond que non, parce que l'enseigne n'a toujours pas reçu l'autorisation d'en vendre. Pourtant, ce faisant, le consommateur pourrait «se soigner moins cher», pourtant un docteur en pharmacie ayant fait 6 ans d'études est à la tête de chacune des parapharmacies Leclerc, etc., etc. Slogan final: dans cette France qui persiste à octroyer aux pharmaciens le monopole de la vente des médocs, «on marche sur la tête!»

Il y aurait pas mal de choses à dire sur le fond de ce message publicitaire, qui se décline aussi sous forme de pétition (). Mais, sur la forme, force est de reconnaître qu'il est assez efficace. Et avoir relancé cette campagne hier précisément – et si massivement – , témoigne d'un réel sens de l'à-propos. Ou comment tenter de contrebalancer, dans la tête de dizaines de millions de téléspectateurs, tous les discours en sens inverse qu'ils ont, pendant toute la journée, lus, vus et entendus dans tous les médias, à propos de la journée d'action des pharmaciens.

Santé, Social, Economie, Publicité, TélévisionVu le tarif des spots de pub en soirée, cela dit, cette contre-offensive a dû coûter très cher. On imagine que Leclerc veillera bien à ne pas répercuter le coût de cette campagne sur les prix de vente qu'il pratique dans ses supermarchés. Sinon, pour le coup, avec ses 45 milliards d'euros de chiffre d'affaires, on marcherait vraiment sur la tête.

16/09/2014

Une sèche mise en garde

Journalisme, Médias, Télévision, JusticeLes journalistes français abusent-ils de la caméra cachée? En tout cas, ils en usent, et pas qu'un peu. Rien que hier soir, dans le seul JT de 20 Heures de France 2, on a eu droit à trois (trois!) sujets tournés de cette manière. En abusent-ils? Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) vient d'adresser une mise en garde cinglante à la chaîne de télé D8 (groupe Canal+).

A propos d'un reportage diffusé fin mai, et intitulé «J’ai infiltré une section du Front national». Il suivait, en caméra cachée donc, un candidat du FN menant campagne pour les élections municipales. Aux yeux de la chaîne, le recours à cette technique de tournage était justifié car le parti avait refusé sa demande officielle de reportage. Le CSA, en revanche, a jugé que posaient problème à la fois la dissimulation du journaliste sous une fausse identité, l'utilisation de la caméra cachée dans des lieux et au cours de moments strictement privés, et l'apparition à l'écran de personnes insuffisamment floutées, donc parfaitement reconnaissables. Et de rappeler que «le recours aux procédés permettant de recueillir des images et des sons à l'insu des personnes filmées ou enregistrées doit être limité aux nécessités de l'information du public». Sous-entendu: cela ne peut servir à des fins de mise en scène racoleuse de l'info.

Sans aucun sous-entendu, lui, et même très frontalement, le FN, hier, réagissant à cette décision du CSA, a dénoncé «les méthodes barbouzardes», «les procédés abjects» et «le manque de déontologie» de l'émission dont question, ainsi que de la chaîne de télévision. Qu'il a accusées de pratiquer du «journalisme inféodé»: «loin de toute neutralité», de se livrer à «de la propagande politique, sous prétexte d’information». Le parti de Marine Le Pen a porté plainte, et entend bien que les juridictions pénales aillent dans le même sens que le gendarme de l'audiovisuel.

12/09/2014

Un univers toujours aussi masculin

Femmes, Médias, Télévision, Radio, JournalismeCela n'a décidément pas progressé, en un an. Comme chaque année, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a fait analyser () quelle était la place occupée par les femmes dans les programmes d'information des chaînes de télé et de radio, en France. Et le bilan n'est pas plus mirobolant que celui qui avait été dressé l'an dernier, déjà très mitigé (relire ici).

Au global, de l'étude des programmes informatifs des télés et radios généralistes (TF1, France Télévisions, Canal+, RTL, Europe 1, etc.) et des chaînes d’info continue (BFM TV, iTélé, LCI), il ressort que «la présence des femmes reste marginale». Ainsi, pour les télés généralistes, si «le taux moyen des femmes intervenant à l’antenne dans les journaux de 20 heures et d’avant soirée a dépassé, en 2014, le seuil des 20%, alors qu'il était de 18,9% en 2013», «la place des femmes intervenant dans les sujets, qu’elles soient témoins ou expertes, en plateau ou en reportage, reste marginale».

De même, si la médiatisation des personnalités féminines a un peu progressé (20,2%, contre 17,8%), les femmes «restent tout aussi peu visibles à l’antenne Elles sont quatre fois moins présentes que les hommes, et les trois quart de ces personnalités féminines sont des politiques». En outre, «à l’inverse des hommes, elles sont totalement absentes de certains domaines comme la religion, la santé ou la société». En revanche, pour ce qui est de la répartition des sujets traités par les journalistes selon qu'ils soient masculins ou féminins, est à nouveau confirmée la vieille règle selon laquelle «les femmes restent toujours un peu plus présentes sur les sujets de société, de santé et d’éducation, moins sur les sujets concernant le sport ou les sciences et la technique» – eux traités en majorité par des journalistes hommes.

Plus que jamais, donc, les médias audiovisuels restent un univers avant tout masculin. C'est d'autant plus singulier que, dans le même temps, la profession journalistique, elle, année après année, ne cesse de se féminiser – et c'est valable aussi ailleurs qu'en France.

Ainsi, «la population des femmes journalistes est en constante augmentation depuis 2000, et a progressé dans tous les secteurs d’activité (presse, télévision, production audiovisuelle)». Parmi les détenteurs de la carte de presse en France, on compte désormais 46% de femmes et 54% d’hommes: On approche donc, tout doucement, de la parité.

Femmes, Médias, Télévision, Radio, JournalismeEn revanche, on est encore très loin de l'égalité pour ce qui concerne la répartition hommes-femmes des postes à responsabilités, dans les médias: les fonctions de direction y sont occupées à 62% par des journalistes hommes, contre 37% seulement par des femmes.

Et on ne parierait pas que le rapport 2015 du CSA sera franchement meilleur.

07/07/2014

Un sujet de discorde? Pas vraiment

Sports, Télévision, Art de vivre, Femmes, HommesLes Bleus de retour à la maison, la France ayant été battue par l'Allemagne. Un malheur n'arrivant jamais seul, les Français ne peuvent même pas se consoler de leur élimination en se disant qu'au moins, la diminution de la frénésie footeuse à la télé, qu'elle va entraîner, ramènera la paix dans les ménages. La fin, donc, du plan: Monsieur rivé devant sa télé et surtout à ne pas déranger, Madame se morfondant en rêvant de regarder un autre programme. Et bien non. Car, s'il faut en croire un sondage (mais oui, on fait même des sondages là dessus...), cette compétition n'a pas spécialement tendu les relations de couple, dans l'Hexagone.

Ainsi, avant l'entame de ce tournoi, seules 8% des femmes françaises en couple disaient le redouter, et 73% des couples estimaient que cette compétition n'allait changer en rien leur quotidien. Ce serait surtout les célibataires, en fait, qui s'imagineraient que cet événement sportif et télévisuel perturbe la vie des ménages. Encore mieux: 64% des hommes en couple assurent préférer passer une soirée en amoureux plutôt qu'être scotché seul devant la télé, à regarder du foot.

On est, toutefois, un peu sceptique sur ce dernier chiffre. Au vu de l'hystérie, très majoritairement masculine, dont on a été témoin à Paris, ces dernières semaines – pas grand-chose ne semblait être en mesure de détourner les mâles du petit écran.

30/05/2014

Une sidérante inaction

Santé, Tabac, Télévision, Radio, GouvernementPas mal d'agitation médiatique, en France ce matin. A propos d'un «grand Plan anti-tabac» que présenterait la ministre de la Santé, dans quinze jours. Entre autres mesures envisagées, l'anonymisation des paquets de cigarettes, avec du gore (des photos de pathologies liées au tabac) à la place des logos des marques. Ou l'interdiction de l'usage de la cigarette électronique dans les lieux publics.

Pourquoi pas. Pourquoi pas, mais...

Mais cela fait plus de trois mois que, chaque jour, des dizaines de millions de Français continuent de voir et d'entendre en boucle, dans les médias radio-télé, des spots de pub en faveur de cette e-clope. Plus de trois mois plus tard, la demande de clarification qu'avait faite le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) au gouvernement (relire ici) n'a toujours pas, visiblement, été suivie du moindre effet.

C'est à ce genre de détails que l'on est fondé à se demander, parfois, si ce pays est vraiment géré.

09/05/2014

Un respect très inégal

International, Médias, Journalisme, TélévisionLe Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) est intervenu (ici) auprès de la télé d'info continue i>Télé. Pour un reportage qu'elle a diffusé, consacré à la guerre en Centrafrique, et qui montrait notamment un homme en train d'être lynché. A cette occasion, la chaîne a manqué deux fois à ses obligations. Elle n'a pas flouté le visage de la victime, et a donc enfreint l'interdiction de «présenter de manière manifestement complaisante la violence ou la souffrance humaine, lorsque sont diffusées des images de personnes tuées ou blessées». Et elle a omis de «veiller à ce que la diffusion de sons et/ou d’images difficilement soutenables soit systématiquement précédée d’un avertissement explicite au public, destiné à protéger les personnes les plus vulnérables de leur éventuel impact».

Les médias audiovisuels français, en effet, sont astreints à un certain nombre d'obligations (), quand ils informent de conflits internationaux, de guerres civiles, ou d'actes terroristes. Dans leur pratique quotidienne, cela dit, ils respectent très inégalement cette charte.

Ainsi, ils se plient majoritairement à l'obligation qui leur est faite de «préserver la dignité des personnes prises en otage, notamment lorsque leur image ou tout autre élément permettant de les identifier est utilisé par les ravisseurs». C'est pourquoi, quand les médias diffusent des vidéos ou des photos d'otages, documents provenant de leurs ravisseurs, les visages de ces otages apparaissent le plus souvent floutés.

International, Médias, Journalisme, TélévisionEn revanche, les télés françaises se contrefichent visiblement de leur obligation de respecter la dignité également des personnes réagissant à la mort de leurs proches. On l'a encore bien vu, et doublement, dernièrement. Quand, à tous les JT et pendant plusieurs jours, ont défilé les images des familles éplorées par le naufrage du ferry coréen et, précédemment, par la disparition de l'avion malaisien. Si la recommandation du CSA avait été respectée à la lettre, les visages de ces personnes endeuillées auraient systématiquement dû apparaître floutés, à l'antenne.

On se demande d'ailleurs où était l'organe régulateur de l'audiovisuel, tous ces jours-là. Puisque, à moins que cela nous ait échappé, il n'a jamais réagi à ces infractions.

Encore bravo.

26/03/2014

Un moyen de pression

Cela tombe mal, pour France Télévisions. Moins de cinq jours avant le dénouement des élections municipales, le syndicat Force ouvrière a déposé un préavis de grève pour dimanche. Du coup, si, d'ici à la fin de la semaine, ce syndicat et la direction du groupe audiovisuel ne sont pas parvenus à s'entendre, c'est carrément la grande soirée électorale de dimanche qui pourrait ne pas pouvoir être diffusée. Le syndicat motive ce moyen de pression par son mécontentement concernant les modes de rémunération des intermittents du spectacle employés par le groupe audiovisuel.

Une soirée électorale annulée à la télévision: ce serait, sauf erreur, une grande première, en France. Dimanche dernier, plus de 8 millions de Français avaient suivi la soirée électorale du premier tour, sur les chaînes du service public.

Cela dit, au vu du taux de participation historiquement bas qui caractérise ce scrutin, on doute un peu que, en cas d'annulation de la soirée de dimanche prochain, le téléspectateur-électeur moyen s'en trouve durablement inconsolable.