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26/05/2015

Une belle affiche

Justice, Cinéma, Gouvernement, Personnalités, TaubiraLe film n'a pas eu la Palme d'or, dimanche soir. Mais l'affiche pourrait être belle, ce soir.

«La Tête haute», qui a fait tant parler de lui au Festival de Cannes, raconte l'histoire d'un jeune en rupture familiale et sociale ainsi que d'une juge pour enfants et de son éducateur, ceux-ci se battant pour qu'il ne sombre pas encore davantage dans la délinquance. Le rôle de la magistrate est interprété par Catherine Deneuve. Comédienne qui, ce soir, pourrait bien s'afficher avec... le membre certainement le plus haut en couleurs du gouvernement Valls.

Sur le coup de 19h30, en effet, la ministre de la Justice, Christiane Taubira, a prévu de se rendre au cinéma "Etoile Saint Germain", à Saint-Germain-des-Prés. Elle y assistera à la projection de «La Tête haute», suivie d'un débat. Des professionnels de la justice des mineurs participeront aux échanges, de même que des jeunes qui sont pris en charge par la Protection judiciaire de la Jeunesse, ainsi que l’équipe du film.

Est-ce pour ménager le suspense? La présence de la diva du cinéma français – par ailleurs icône, depuis tant d'années, de Saint-Germain des Prés – n'a pas été précisément annoncée, par le cabinet de la garde des Sceaux. Mais sûr que, auquel cas, la rencontre des deux femmes, vu leur forte personnalité à chacune, ne manquerait ni de relief, ni de piquant.

 

PS: On n'est jamais assez prudent. Comme il y aura vraisemblablement pas mal de journalistes à cette séance de ciné particulière, et vu que, dans la salle et sur scène, des mineurs délinquants seront présents, le service de com' du cabinet Taubira a bien pris soin de conditionner l'accréditation des représentants des médias à leur engagement formel de «respecter les dispositions en vigueur concernant l’anonymat des mineurs». La grande ordonnance de 1945 sur la justice juvénile et la loi de 1881 sur la presse interdisent «de divulguer toute information concernant l'identité et la personnalité des mineurs délinquants». Dès lors, à l'"Etoile Saint Germain" ce soir, les médias seront tenus de «garantir, lors de la diffusion, l’anonymat physique et patronymique de tous les mineurs filmés et de leur famille». Pas mal de floutage en vue, du coup.

02/06/2014

Un clivage, si caricatural

Marine Le Pen plus énervée que jamais, ce matin. Au lendemain – c'est bien sûr lié – de l'annonce de l'arrestation, vendredi à Marseille, du jeune jihadiste qui fait figure de suspect n°1 de la tuerie antisémite perpétrée au Musée juif de Bruxelles, le week-end dernier. Sur une radio, la patronne du Front national a vitupéré contre la politique pénale, carcérale et antiterroriste du gouvernement, qu'elle juge à peu près digne des Bisounours. Et de réclamer notamment la création de centres de détention de haute sécurité, où seraient systématiquement enfermés tous les jihadistes avérés ou en devenir. Ce n'était pas dit, mais cela y faisait un peu penser: créer des sortes de Guantanamo, en somme.

D'un autre côté, le même matin, dans un autre média (les colonnes du journal «Le Parisien»), la ministre de la Justice, Christiane Taubira, défend sa réforme pénale. Que les députés commencent à examiner demain – dans un débat qui sera forcément incandescent. A l'inverse, la garde des Sceaux ambitionne, elle, de sortir du tout carcéral. Car, aux yeux du gouvernement, imaginer, dans certains cas, des alternatives à la prison permettra, précisément, d'éviter que des petits délinquants s'y islamisent et radicalisent. Comme ce fut le cas du tueur présumé de Bruxelles.

Le contraste entre ces deux visions des choses, si diamétralement opposées, est décidément saisissant. C'est noir ou blanc. Alors que, sans doute, l'approche idéale doit se situer quelque part dans une zone grise: nuancée, pragmatique, loin des positions de principe clivées et intangibles. Et au-delà des agitations médiatiques du moment.

Ce que l'actualité enfiévrée ne permettra probablement pas, et c'est assez dommage.

10/05/2013

Un mot, plutôt qu'un autre

Comme chaque 10 mai depuis l'année 2001, ce vendredi est, en France, la Journée nationale de commémoration de l'abolition de l'esclavage. Qui sait François Hollande en profitera-t-il pour houspiller la droite et/ou lui reprocher de ne pas vouloir l'épauler dans l'accomplissement d'une de ses promesses électorales. Il s'agit de sa volonté de supprimer le mot "race" de la Constitution française – on en a déjà parlé, dernièrement: relire ici. Cette réforme nécessite un vote à la majorité des trois cinquièmes, au Congrès de Versailles. Dès lors, sans les voix de la droite, la gauche n'est numériquement pas en mesure de la faire passer.

Au sujet des mots qui fâchent et de cette page si douloureuse de l'Histoire, il est un autre terme qui est dans le collimateur de la gauche. D'ailleurs, la ministre de la Justice Christiane Taubira – qui est à l'origine de la loi de 2001 sur cette journée commémorative du 10 mai – a demandé à ses services de ne plus recourir à ce mot, dans les circulaires et documents officiels.

Il s'agit, pour distinguer la France continentale de celle d'outre-mer, du terme "métropole". Ses détracteurs veulent qu'il soit proscrit dans les usages officiels, car ils lui voient une connotation coloniale. Ce que confirme, du reste, «Le Robert»: il définit la métropole comme étant, dans cette acception, un «Etat, territoire d'Etat, considéré par rapport à ses colonies, aux territoires extérieurs». En ce sens, il serait nettement préférable de dénommer la France continentale en utilisant le terme "Hexagone" – lui complètement neutre, historiquement.

Pourquoi pas.

Si ce n'est que, bien sûr, la droite va une fois de plus se gausser du «politiquement correct de la gauche bien-pensante», selon son expression désormais consacrée.

08/02/2013

Un poète très courtisé

Un peu de culture, pour bien terminer la semaine. Et ces vers qu'on a beaucoup entendus, à Paris cette semaine: «Nous les gueux/ nous les peu/ nous les rien/ nous les chiens/ nous les maigres/ nous les Nègres/ Qu’attendons-nous/ pour jouer aux fous/ pisser un coup/ tout à l’envi/ contre la vie/ stupide et bête/ qui nous est faite?» Signé Léon-Gontran Damas. Un poète guyanais qu'adore la ministre de la Justice Christiane Taubira, elle aussi d'origine guyanaise. Poète qui – mais oui, tout arrive – a eu droit de cité... à l'Assemblée nationale.

La droite UMP, en effet, a tenté de récupérer ce chantre de la négritude. A voulu l'annexer à son combat contre le «mariage gay» et contre, plus globalement, la volonté des minorités de «chercher à imiter les majorités», dans une «volonté d’identification jusqu’à l’artificiel, jusqu’au factice». «Ce poète a très souvent exprimé l’idée que les différences entre les personnes ne devaient pas être niées, mais assumées, acceptées et promues», a ainsi plaidé le député et ex-ministre UMP Hervé Mariton. «Bref, il considérait que la différenciation était préférable à l’identification». Et d'interpeller Christiane Taubira: «Vous qui citez un poète prônant que, face à des situations différentes, l’on refuse une assimilation ne correspondant pas à la réalité des choses, pourquoi cautionnez-vous cette construction extravagante» du «mariage gay»?

Le sang de la bouillante garde des Sceaux n'a fait qu'un tour. «Je n’avais jamais assisté à tel détournement de son œuvre!», a-t-elle fulminé. «Effectivement, Damas est le poète de la différence et du respect. Mais, chez lui, jamais la différence n’est un prétexte justifiant l’inégalité des droits! Ne pas accorder l’égalité des droits, ne pas reconnaître la liberté, cela revient à dire aux Français: "Qu’attendez-vous pour jouer aux fous contre la vie stupide et bête qui vous est faite"!»

Soucieux de ne pas allonger encore un peu plus des débats qui, déjà, n'en finissent pas, le président de l'Assemblée a alors clos cette petite discussion littéraire, remerciant l'UMP d'avoir «permis la rencontre de la justice et de la poésie». Et les députés ont repris leurs travaux parlementaires, autrement plus austères.

07/02/2013

Un «grand Las Vegas», bientôt?

Société, Etrangers, Tourisme, InternationalOn l'écrivait dans ce blog, l'autre jour: quand, dans les années 70, la responsabilité parentale sur les enfants fut étendue à la mère (et plus seulement au père), à l'Assemblée nationale, sur les bancs de la droite, certains assurèrent que cette réforme allait avoir des «effets graves», voire précipiter «la dissolution de la famille». Il n'en a rien été. Dans quelques décennies, il faudra voir si s'est concrétisée, ou pas, une autre menace sociétale que la droite française brandit, en 2013 cette fois. Celle d'une France transformée en... «grand Las Vegas du mariage»: victime d'un incontrôlable «tourisme matrimonial» international.

C'est ce que certains députés UMP disent craindre, à propos d'un des volets du projet de loi ouvrant à tous le mariage et l'adoption. Il permet le mariage en France des homosexuels résidant dans des pays où cette orientation est interdite et réprimée. Pour des députés sarkozystes, cela risque de soumettre l'Hexagone à des «flux migratoires» ingérables: «La France ne peut pas accueillir tous les fiancés du monde».

«Spéculations sans aucun intérêt», a balayé la ministre de la Justice, Christiane Taubira. «Mais de quoi avez-vous peur?», ont rugi des députés de gauche. Peur «de hordes de fiancés qui viendraient nous envahir? De cortèges de voitures enrubannées en train de klaxonner à nos frontières, en attendant de se précipiter dans nos salles de mariage? Soyons raisonnables!» Et d'accuser les sarkozystes de «discours réellement très inquiétants»: «Pendant cinq ans, vous avez sans cesse invoqué les flux migratoires et la peur des immigrés. A la peur de l’étranger, vous ajoutez maintenant la peur de l’homosexuel étranger!», s'est étranglée la députée et ex-ministre communiste Marie-George Buffet. Pour qui la droite ferait mieux de trouver «formidable que la France, à travers cette loi, donne à voir au monde entier sa conception de la liberté et de l’égalité: montre que l’on peut vivre autrement que dans la répression et le harcèlement des homosexuels».

«Angélisme!», a hurlé la droite. Qui n'en démord pas: le pire (nuptial) est à venir.

L'avenir le dira. Ou pas. On verra.

06/02/2013

Un climat tendu, un mot malvenu

Les médias français ont fait grand cas, hier soir, d'un fou rire de la ministre Christiane Taubira, lors du débat, à l'Assemblée nationale, sur le projet d'ouverture à tous du mariage et de l'adoption. Il ne faudrait pas croire, pour autant, que cette discussion parlementaire se passe dans un climat détendu. Par rarement, elle est émaillée d'incidents. On en a encore eu une illustration ce week-end.

Quand un député UMP, opposé donc à cette réforme, n'a rien trouvé de mieux que d'entamer une de ses interventions par ces mots: «Je fais partie des Français normaux, et ils sont aujourd’hui très inquiets». Immédiatement, ce fut le tollé. «Normal? Ca veut dire quoi?», «Scandaleux!», ont hurlé des députés socialistes. «Lorsqu’on se présente comme un citoyen ou un homme normal dans un débat tel que celui-ci, cela signifie-t-il qu’il y en a un certain nombre qui sont anormaux? Le sous-entendre est inacceptable!» Ce à quoi, sur les bancs sarkozystes, on a réagi de la sorte: «Et le Président normal?» Allusion à la façon dont, au printemps, François Hollande, alors candidat à l'Elysée, avait, un temps, présenté le style présidentiel qui serait le sien, s'il était élu.

Ledit député UMP n'en a pas moins fini par se corriger: «Je suis un député classique, si cela vous convient mieux. C’est-à-dire un député normal. Et, comme nombre d’autres Français, je fais partie de ceux qui sont inquiets aujourd’hui».

"Normal". D'un point de vue lexical, il n'y a rien à redire à l'utilisation de ce mot si on le prend dans son acception qui est relative à la norme: à un comportement majoritaire, donc. En revanche, évidemment, il est une autre acception du terme "normal" qui pose problème, quand on emploie ce mot dans un tel débat. L'acception que notre «Robert» définit comme suit: «Qui n'est affecté d'aucune modification pathologique».

Dès lors, clairement, parler de «Français normaux», dans un tel contexte, est très malvenu. Au minimum.

05/02/2013

Une opposante de choc

Personnalités, Histoire, Société, Jospin, TaubiraCes derniers jours, elle a mené une offensive médiatique en règle (ici, ou, par exemple) contre le projet de loi ouvrant l'adoption à tous les couples – dont l'Assemblée est en train de débattre. La philosophe Sylviane Agacinski. Qui, si par extraordinaire cela vous avait échappé, n'est autre, à la ville, que l'épouse de l'ex-Premier ministre socialiste Lionel Jospin ( (1997-2002).

Du coup, évidemment, son hostilité ne manque pas de sel, s'agissant d'une réforme portée par le PS. Et son activisme aux côtés de la droite commence visiblement à en agacer certains, au gouvernement.

On l'a bien vu ce week-end. Après que Sylviane Agacinski eut dénoncé une récente circulaire de la ministre de la Justice, Christiane Taubira, un document qui, selon elle comme pour la droite, ouvre la porte à la légalisation, en France, de la gestation pour autrui (les mères porteuses) – ce que le gouvernement dément. «Elle a le droit de faire les analyses qu’elle veut», a maugréé la ministre Taubira, à l'Assemblée. «C’est une éminente philosophe, mais il est certain que, sur les questions de droit, il lui faut probablement procéder à quelques vérifications...»

Entendant cela, le chef de file des députés UMP, Christian Jacob, s'est esclaffé: Je me doute que vous avez un petit passif avec la famille Jospin depuis 2002...», a-t-il lancé à Christiane Taubira. C'est une allusion à sa candidature à l'élection présidentielle de 2002. Elle y avait remporté 660.000 voix. Or, Lionel Jospin n'avait été devancé que de 195.000 suffrages par Jean-Marie Le Pen. Du coup, les jospinistes lui ont toujours attribué une part de responsabilité dans la non-qualification du socialiste pour le second tour, le 21 avril 2002.

C'était il y a plus de dix ans. Malgré ce laps de temps, certaines plaies ne seraient-elles pas encore totalement cicatrisées, au sein de la gauche française?