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07/02/2011

Un hommage, ou l'autre

Réunis en conseil municipal ces lundi et mardi à l'Hôtel de Ville, les élus parisiens vont reparler de la Tunisie. En effet, les alliés écologistes et communistes du maire, Bertrand Delanoë, proposent de donner à un lieu de la capitale (rue, place, etc.: à déterminer par la suite) le nom de Mohamed Bouazizi. Le 17 décembre, à Sidi Bouzid, ce Tunisien de 26 ans s'était immolé par le feu. Jeune diplômé sans emploi, reconverti dans la vente à la sauvette de fruits et légumes, il avait vu sa marchandise confisquée par la police. Son sort et son geste avaient ému la population de sa ville puis de son pays. Et avaient donné le signal de départ du mouvement de contestation qui emporta le Président Ben Ali et a ensuite essaimé dans le monde arabe.

Pour les partisans (ici) de la dénomination d'un lieu parisien en l'honneur de ce jeune Tunisien, il «est l'un des symboles tragiques de cette révolution, symptomatique de ces dizaines de Tunisiens qui ont malheureusement payé de leur vie leur combat pour la démocratie, la justice et la liberté». Mohamed Bouazizi pourrait même être comparé à Jan Palach, cet étudiant tchécoslovaque qui s'immola par le feu à Prague en janvier 1969, pour protester contre l'invasion de son pays, six mois plus tôt, par les chars soviétiques.

Si cette suggestion est adoptée par les élus parisiens, ce serait un fameux changement de ton de la part de la capitale. Car, lorsqu'il était maire de Paris (1995-2001), le RPR Jean Tiberi était une de ces nombreuses personnalités politiques françaises qui ne tarissaient pas d'éloges envers Ben Ali. L'atteste, par exemple, le discours (ici) qu'il prononça quand il reçut l'autocrate tunisien à l'Hôtel de Ville, en 1997. Jean Tiberi crut bon de rendre hommage à son «autorité» et sa «grande sagesse», à sa «politique de modération et d’équilibre». Ce qui a «permis à la Tunisie d’être un exemple de stabilité et de s’imposer dans le concert des nations», ce qui a fait naître le «miracle tunisien». Suivit cette louange qui vaut son pesant d'or – ou de plomb – s'agissant d'un pouvoir ayant toujours réprimé l'expression de la moindre opposition: «Nos pays respectifs ont fait, l’un et l’autre, la preuve que la vraie richesse d’une nation réside dans la qualité de ses citoyens et dans sa capacité à leur permettre d’exprimer le meilleur d ‘eux-mêmes». Ou cet autre hommage: «La Tunisie, comme la France, a œuvré pour un monde d’entente et de liberté».

Si effectivement, demain, un lieu de Paris est baptisé en hommage à Mohamed Bouazizi, Jean Tiberi s'affichera-t-il à la cérémonie d'inauguration de la plaque commémorative en l'honneur d'une des innombrables victimes du tyran qu'il encensa jadis?