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08/04/2016

Un court-circuit, symptomatique

C'était couru d'avance, mais, visiblement, la mairie de Paris n'avait pas anticipé cela. La principale actualité de la semaine, dans la "Ville lumière", a été quelque peu court-circuitée par le climat social et revendicatif agité du moment, en France.

L'inauguration en grandes pompes de la "Canopée". L'immense structure (18.000 écailles de verre, 7.000 tonnes de poutres métalliques) qui recouvre désormais le futur nouveau Forum des Halles, lui toujours en cours de réaménagement. Sitôt ce mastodonte architectural dévoilé au public, il a été investi par les intermittents du spectacle. Eux qui sont chroniquement mobilisés ne jouent pas un petit rôle dans le mouvement actuel de revendication (les "Nuits debout", etc.) parti de Paris et qui, depuis, a fait tache d'huile en province et même en Belgique.

Ces intermittents s'inquiètent notamment de l'avenir de leur régime d'assurance chômage. Il est déficitaire et doit être renégocié, d'ici à l'été – avec, sans doute, de douloureuses économies à la clé. L'occasion était donc trop belle, pour eux, de «prendre possession de cette énième vitrine clinquante de la Ville de Paris: plus d’un milliard d’euros de budget, dont 14% de dépassement» par rapport aux estimations initiales. L'occasion aussi, en ces temps de mobilisation de la jeunesse contre la précarité, de se montrer dans «une immense zone de chalandise qui regroupe nombre d’entreprises et de magasins qui exploitent au quotidien des précaires (étudiants, travailleurs pauvres, personnes sans papiers), obligés d’accepter des boulots pourris pour survivre».

Paris, Architecture, Urbanisme, Social, Activisme, CultureLe coup de force des intermittents, cela dit, s'il a fait grimacer des élus de Paris, n'a globalement pas gâché la fête. Ni n'a empêché les Parisiens d'affluer dans ce centre commercial qui, bientôt, sera complètement relifté.

Une méga opération urbanistique qui, on peut le noter au passage, ne réussit toujours pas à faire l'unanimité. La pompe et les flonflons des discours d'inauguration n'ont pas fait taire les critiques qui, depuis le début, accompagnent ce projet. A propos de son gigantisme, de son coût, de sa physionomie, et des nuisances que le chantier a entraînées, pour le quartier. Chantier débuté dès 2011, et qui ne s'achèvera pas avant 2018 – on n'a donc pas fini d'en parler.

06/10/2015

Une cause pas si désespérée

Sainte Rita, patronne des causes désespérées, dit-on. Et bien non: pas si désespérées que cela, semble-t-il.

Pour preuve, la petite église qui, à Paris, est dédiée à cette sainte. Située dans le quinzième arrondissement, elle est fameuse pour les célébrations religieuses bien particulières qui s'y déroulent. Des bénédictions... d'animaux. Des milliers de chats, de chiens, de perruches et d'autres animaux de compagnie – un jour, on y vit même... un chameau – ont déjà été bénis à Sainte Rita. Qui, en plus, hier, a miraculeusement échappé à la démolition.

Elle fait l'objet d'un permis de démolir, au profit d'un immeuble de logements sociaux et d'un parking. Les travaux devaient commencer lundi. C'était compter sans la détermination des opposants à ce projet. Bien déterminés à «faire barrage de leurs corps» aux démolisseurs, ils ont réussi à leur faire rebrousser chemin. Finalement, le sort de la paroisse se jouera au tribunal.

Le plus comique était de voir, parmi ces manifestants, des élus de la droite sarkozyste parisienne. Membres, donc, d'un parti qui est toujours très prompt à condamner les trublions et autres sauvageons, mais qui, là, jouaient les gros bras. Bombant leur torse fièrement ceint de l'écharpe tricolore, ils promettaient, devant une nuée de caméras, d'aller jusqu'à s'opposer physiquement aux démolisseurs, s'ils osaient pénétrer dans l'église.

L'histoire ne dit pas si ces activistes si atypiques étaient prêts à aller jusqu'à arracher leurs chemises à ces pauvres ouvriers, comme à de vulgaires hauts dirigeants d'Air France, s'ils avaient tenté de forcer le passage.

04/06/2015

Une validation, comme prévisible

Ségolène Royal s'incline. Ce matin, comme c'était très largement prévisible, la ministre de l'Ecologie a confirmé qu'elle ne s'opposerait pas – si tant est qu'elle en avait le pouvoir – à la délivrance prochaine, par l'Etat, des permis de construire relatifs au projet controversé d'extension du stade de Roland Garros. Délivrance à laquelle, hier soir, Manuel Valls s'est engagé pour «d'ici à la fin de la semaine».

«Je suis membre du gouvernement, donc je ne vais pas faire de polémiques, je ne vais pas en rajouter. Je respecte la discipline gouvernementale», a expliqué la ministre. Qui, à la télé (), n'est même pas apparue trop gênée de sa propre reculade. Pour la forme, elle a taclé (un peu) la Fédération française de tennis pour n'avoir «pas voulu examiner sérieusement les solutions alternatives» à son projet, qui auraient permis de préserver le jardin botanique des Serres d'Auteuil. Les associations de défense de l'environnement, elles, promettent de ne pas se laisser faire: elles tenteront de recourir en justice contre ce feu vert gouvernemental.

Bien sûr, l'exécutif a attendu que ledit tournoi parisien batte son plein, pour confirmer son arbitrage final le concernant. Au-delà des grands arguments à long terme qu'il avance (la candidature de Paris aux JO de 2024, etc.), sans doute se dit-il que cette décision-là au moins sera populaire, auprès des aficionados de tennis et des millions de téléspectateurs qui, chaque jour, suivent les matchs à la télé. La stratégie et le timing décisionnels sont un peu gros, mais, effectivement, ils devraient marcher.

01/06/2015

Une première, spectaculaire

Arts, Culture, UrbanismeUn peu de culture, pour bien commencer la semaine. Et un peu d'art urbain, en l'occurrence.

Les choses ont l'air de bouger un peu dans ce domaine, en France. Peu après les fresques éphémères sur la façade même de l'immeuble du ministère de la Culture (relire ), un artiste a, pour la première fois, été autorisé à intervenir sur le bitume du périphérique: le boulevard périurbain le plus fréquenté d'Europe.

A la hauteur du quai d'Ivry, dans le treizième arrondissement, sur une surface de quelque 4500m², l'artiste allemand baptisé 1010, spécialiste du trompe-l'oeil en trois dimensions, a utilisé 200 litres de peinture pour créer une sorte d'immense cratère multicolore, sur le tablier central d'un échangeur promis à la démolition. Les usagers du périph' ne roulent pas sur sa création. A cet endroit, en effet, la circulation a été neutralisée, au profit d'une déviation provisoire. Il n'empêche, sur leur passage, les automobilistes peuvent avoir un aperçu de ce vertigineux cratère. Mais c'est surtout des immeubles en hauteur voisins que l'effet, paraît-il, est spectaculaire.

Là encore, le geste artistique est éphémère. Ce vieil échangeur cèdera bientôt la place à un nouveau quartier de logements, de bureaux, de commerces, d'équipements publics de proximité, et d'espaces verts.

Ce futur quartier Bruneseau Nord, c'est son nom, fait partie de l'immense projet urbanistique baptisé Paris Rive Gauche. Il consiste à revitaliser 930 hectares de terrains (soit rien de moins que le dixième de la superficie totale de la capitale), dans le Sud-Est de Paris. «Bruneseau, quartier emblématique du Paris de demain», dixit la mairie. Sa création, en tout cas, a donné lieu à une première artistique – et sans doute est-ce déjà cela.

29/05/2015

Un fameux désaveu

Elle peine, décidément, dans les grands dossiers d'urbanisme: Anne Hidalgo.

La maire PS de Paris vient de se faire mettre en minorité, concernant le projet très controversé d'agrandissement du stade de Roland Garros (relire , par exemple). Malgré son avis défavorable, les élus parisiens ont voté deux textes des Verts (voir ici), réclamant qu'on ne passe pas en force, sur ce dossier. C'est une fameuse gifle, pour la maire de Paris.

Une de plus. Elle qui, pareillement, avait déjà subi un identique désaveu à propos du projet de l'immense Tour Triangle. Et qui s'était pris un camouflet de la Justice dans le dossier emblématique de la nouvelle Samaritaine.

Anne Hidalgo fait semblant de rien. Pour preuve, comme si de rien n'était, le site web de la mairie, dès sa page d'accueil, fait toujours une pub faramineuse pour ce futur nouveau Roland Garros. Et, sur ce site, il faut vraiment bien chercher avant de trouver trace de ce vote en forme de camouflet. La maire compte sur Manuel Valls pour, malgré cette hostilité, délivrer les permis de bâtir. Les opposants au projet, eux, espèrent toujours que la ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, sorte de son silence, sur ce dossier: monte au filet, en somme.

Pendant ce temps, jeu set et match, le tournoi de tennis bat son plein.

18/05/2015

Un trait d'union, bienvenu

On peut n'y voir qu'une passerelle, sans grand intérêt. On peut aussi considérer que c'est l'amorce du début de la réduction de la fracture entre Paris et sa banlieue: deux territoires qui se côtoient, mais qui manquent si souvent de pont et de lien entre eux.

Le périphérique ne coupe dorénavant plus totalement la «Ville lumière» des communes situées de l'autre côté de ce boulevard. Pour la première fois, en effet, une passerelle piétonne a été aménagée au-dessus de ce périph'. Elle relie Paris et Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. Longue de 65 mètres, pesant 120 tonnes, réservée aux piétons et aux vélos, elle surplombe désormais le boulevard périrurbain le plus fréquenté d'Europe.

Les habitants pourront donc aller et venir beaucoup plus aisément qu'auparavant d'une rive à l'autre de la rocade. L'espoir est que cela crée des liens, non seulement individuels, mais aussi collectifs.

Bien.

06/01/2015

Un nouveau délai, un nouvel affront

Anne Hidalgo se prend décidément une gifle après l'autre, en matière d'urbanisme et d'architecture. Quelques semaines après avoir dû mettre entre parenthèses le projet de méga-Tour Triangle, la maire de Paris a subi hier un nouvel affront relatif cette fois à la future nouvelle Samaritaine. Certes, la rénovation des anciens grands magasins de la rue de Rivoli est un projet privé: du groupe de luxe LVMH – qui met d'ailleurs le paquet pour la cause: près d'un demi-milliard d'euros de budget. Mais il a toujours été soutenu à bout de bras par la maire de Paris et par son équipe.

Qui, dès lors, ont fait la grimace, hier. Puisque le chantier a subi un nouveau coup d'arrêt. Au printemps, déjà, le tribunal administratif, saisi par des associations de défense du patrimoine, l'avait fait cesser (relire ). A l'automne, la cour d'appel avait permis qu'il reprenne. Mais cet hiver, hier, la même cour a confirmé l'annulation d'un des permis de construire litigieux, et a donc de nouveau suspendu les travaux – lire par exemple ici et . C'est encore et toujours l'esthétique, très contemporaine, du bâtiment de la rue de Rivoli qui pose problème.

A présent, c'est le Conseil d'Etat qui va se saisir du dossier, et le trancher en dernier ressort. Cela prendra au minimum plusieurs semaines, voire probablement quelques mois. Résultat des courses: les anciens grands magasins ne sont pas près de rouvrir, eux qui sont pourtant fermés depuis 2005 déjà. Au tout début, leur réouverture était envisagée pour 2013. Puis, on parla de 2015. A présent, ce n'est pas prévu avant 2017. Au plus tôt.

Là encore, donc, sur ce dossier comme sur celui qu'évoquait ce blog hier, on n'est pas sorti de l'auberge.

18/11/2014

Un vieux réflexe, si primaire

Les hommes, décidément, ne changent pas. Les mâles, veut-on dire. On a pu le remarquer une nouvelle fois dans les commentaires médiatiques consacrés à la séance agitée qu'a vécue le Conseil de Paris, hier midi. Si par extraordinaire cela vous avait échappé, le fameux projet de Tour Triangle, que ce blog a déjà beaucoup évoqué, a été rejeté, par 83 voix contre 78. Mais la maire, Anne Hidalgo, a introduit un recours contre ce vote. Car, alors que le scrutin avait été déclaré secret, les opposants à la tour (dont la sarkozyste Nathalie Kosciusko-Morizet), protestant contre cette procédure opaque, ont exhibé leurs bulletins de vote devant les caméras. Du coup, aux yeux d'Anne Hidalgo, le scrutin est entaché d'irrégularité et son résultat doit être annulé.

Beaucoup d'agitation sur le sujet dans les médias pendant toute l'après-midi hier, et pendant toute la soirée, et ce matin encore. Avec, tel un réflexe pavlovien, à nouveau ces mêmes ricanements à connotation sexiste, dans la bouche de commentateurs masculins.

Ces railleries à propos de «ce duel de femmes impitoyable» Morizet vs Hidalgo. Un «crêpage de chignons» mâlement analysé avec des sourires en coin, sur le mode «Ca chauffe, décidément», quand la politique est faite par des femmes. On a même eu droit, dans ces doctes éditoriaux, à un «C'est une Espagnole!». Lancé par un commentateur goguenard faisant référence aux origines ibères de la maire, donc bien dans la lignée des clichés les plus éculés sur les Espagnols par nature au sang chaud.

Tout au long de la campagne pour les élections municipales, déjà (relire ), la lutte de ces deux femmes pour le fauteuil de maire avait eu droit à une abondance de commentaires et de réflexions machistes.

Rien ne change, somme toute.

14/11/2014

Un chantier «insupportable»

Alors que l'on s'approche du moment fatidique de la décision – début de la semaine prochaine – concernant la construction, ou non, de la fameuse Tour Triangle (voir ), le plus gros chantier urbanistique de l'ère Delanoë fait reparler de lui. A savoir, le réaménagement du Forum des Halles, dans le quartier Châtelet. Un projet gigantesque s'il en est, puisque son coût total dépasse le milliard d'euros et qu'il nécessite au moins huit années de très lourds travaux.

Paris, UrbanismeOn reparle de ce chantier, parce que ses riverains n'en peuvent visiblement plus. Cela fait déjà quatre années qu'ils le subissent. Outre qu'il est mouvementé (relire ici), il se déroule parfois y compris en soirée, la nuit et le week-end. A leurs yeux, cet aménagement en cours provoque des nuisances qui ont acquis désormais un «caractère insupportable». Une pétition a donc été lancée, à l'attention de la mairie, en vue d'obtenir des dédommagements pour les dommages subis. Au bénéfice des particuliers habitant le quartier, elle réclame le remboursement des taxes locales qu'ils ont payées en 2013. S'agissant des commerçants des environs immédiats du chantier, «dont la survie est menacée» du fait des perturbations qu'il entraîne, une compensation financière est demandée, correspondant à la chute de leur chiffre d'affaires.

La mairie n'a pas encore réagi. Sûr qu'elle va accueillir de gaieté de coeur ces revendications financières, elle qui se débat déjà dans une situation budgétaire très tendue.

22/10/2014

Une probable mise au frigo

Architecture, Urbanisme, ParisCela ressemble furieusement à un enterrement de première classe.

Au début de l'été, semblait enfin sortir des limbes le vieux et fameux projet de la Tour Triangle: un immeuble de 42 étages et 180 mètres de haut à construire dans le quinzième arrondissement de Paris – on avait évoqué cela à l'époque: relire . Mais, à présent, ses promoteurs sont sans doute en train de déchanter. En début de semaine, en effet, la maire de Paris, Anne Hidalgo (PS), a tenu des propos qui ne sont pas de nature à leur donner espoir que cette méga-tour sera prochainement construite.

Plus précisément, elle a confirmé qu'elle ne tiendrait pas rigueur à ses alliés Verts de voter contre ce projet, lors du Conseil de Paris de la mi-novembre. A titre personnel, la maire est favorable à la tour. Mais l'accord de majorité qu'elle a signé avec les écologistes avant le second tour des élections municipales avait, dès le départ, acté le différend des deux partenaires, sur le sujet. Depuis, aucun des deux alliés n'a changé d'avis. Bien forcée de le constater («C'est le jeu de la démocratie...»), Anne Hidalgo, du coup, vient de confirmer que le prochain vote en sens contraire des élus parisiens PS et Verts sur la question n'affecterait pas la poursuite de leur alliance de majorité. Le mois prochain, donc, les écolos joindront leurs votes hostiles à ceux des élus de droite et du centre, qui s'opposent eux aussi à cette construction. Dès lors, on voit mal comment le projet ne s'en trouverait pas enterré pour un bon bout de temps.

C'est l'ex-maire, Bertrand Delanoë, qui doit faire la grimace, lui qui était favorable à cette tour. A moins que, à présent, tout ces débats urbanistiques parigo-parisiens lui semblent bien gris et accessoires. Vus depuis son exil balnéaire sur les rivages ensoleillés de Tunisie, à Bizerte – l'heureux homme.

25/06/2014

Un débat (un peu) rouvert

Paris, Urbanisme, ArchitectureC'est une petite phrase qui n'est pas passée inaperçue, dans les milieux de l'architecture et de l'urbanisme à Paris. Elle concerne les immeubles de grande hauteur. Un tabou, dans la «Ville lumière», a fortiori depuis la construction, en 1976, de l'assez hideuse tour Montparnasse (210 mètres de haut). Petite phrase qu'a prononcée cette semaine la maire, Anne Hidalgo: «Je ne fais pas des tours une obsession ou un tabou». Et son adjoint au Logement d'ajouter, encore plus explicitement: «Nous ne nous interdisons pas de recourir à des immeubles de 50 mètres. Hauteur ne rime pas avec dégradation de la qualité de la vie».

On pourrait en rester là, pour le moment. En effet, le sujet est très sensible chez les écologistes, qui font partie de la majorité municipale.

En tout cas, le «Pacte logement pour tous» qu'a présenté la maire lundi ne s'avance guère sur l'autorisation éventuelle de la construction de gratte-ciel. Tout au plus glisse-t-il, au passage, que «la question de la hauteur (des bâtiments) mérite d'être à nouveau posée aujourd'hui». Et rappelle-t-il que «surélever le bâti» est «une longue tradition parisienne: depuis Henri IV et jusqu'aux années 1970, les règles en matière de hauteur des immeubles parisiens n'ont cessé d'évoluer».

Paris, Urbanisme, ArchitectureCes velléités de relancer le débat permettent, en tout cas, de signaler que s'est enfin débloqué, au printemps, le dossier d'une tour que la crise économique avait, depuis plusieurs années, mis entre parenthèses: la Tour Triangle. A la mi-mai, en effet, une demande de permis de construire a officiellement été déposée, pour ce projet de gratte-ciel de 42 étages et 180 mètres de haut, que le groupe Unibail-Rodamco souhaite édifier dans le quinzième arrondissement. Ce dossier est donc désormais en cours d'instruction à la mairie.

Ce projet pourrait bien rester à jamais – ou un bon bout de temps, à tout le moins – à l'état de vue de l'esprit. Les riverains continuent d'être très remontés (là) contre lui, y voyant «un fiasco urbanistique». Et le bon score réalisé par les Verts aux dernières élections municipales ne plaide a priori pas beaucoup en faveur de son éventuelle autorisation.

14/05/2014

Une gifle, qui fait grand bruit

C'est la victoire du pot de terre contre le pot de fer. Victoire à laquelle pas grand monde ne s'attendait, et donc qui a fait grand bruit à Paris, hier après-midi. Le tribunal administratif a annulé l'un des permis de construire de l'immense chantier de réaffectation des anciens grands magasins de La Samaritaine, projet dont on avait encore parlé dernièrement (relire ici).

Ce sont deux associations de défense du patrimoine (ici et ) qui avaient introduit le recours accepté mardi. Il concernait la partie du chantier jouxtant la rue de Rivoli, que les requérants trouvait «dénaturée» par une spectaculaire façade ondulante de verre (visible ), prévue dans le projet. Or, le plan local d'urbanisme interdit formellement toute «rupture» architecturale avec le tissu urbain environnant. Les concepteurs du projet, eux, vantaient, une «enveloppe (qui) réinterprète, avec son mouvement ondulatoire, le rythme vertical des façades parisiennes», et «réfléchit allégoriquement la pierre haussmannienne des immeubles alentour». Les juges, s'ils ont salué les qualités architecturales de l'ensemble envisagé, ont considéré que cette façade ondulante était bel et bien «dissonante» par rapport aux édifices voisins, majoritairement en pierre de taille.

Les plaignants, aux anges, voient dans ce jugement «une grande victoire pour l'avenir de Paris, dont les nouvelles constructions devront s'intégrer dans le tissu urbain». La mairie, qui s'opposait à ces recours, va faire appel de la décision. Qui est une fameuse gifle pour elle, tout comme pour le groupe de luxe LVMH: propriétaire des lieux, et qui finance à grands frais (460 millions d'euros) le projet.

La partie concernée du chantier est à l'arrêt, l'appel du jugement n'étant pas suspensif. Tout comme n'était pas suspensif le recours qu'avaient introduit les opposants au projet. Ce qui, ces dernières semaines, a permis... la démolition d'une bonne partie des bâtiments du XIXe siècle, aux façades préhaussmanniennes, dont la sauvegarde était précisément demandée.

25/02/2014

Une opposition qui ne désarme pas

Cela fait des années qu'on parle du réaménagement des anciens grands magasins La Samaritaine, dans le quartier Rivoli. Il s'agit d'un énorme projet urbanistique: un des plus gros concernant le centre de Paris – avec, bien sûr, le chantier du Forum des Halles. Mais, visiblement, les opposants à ce projet ne désarment pas. Pour preuve, hier, pendant une bonne partie de la journée, le Conseil d'Etat a examiné les recours qu'ils ont introduits contre le permis de construire délivré en 2012. Et les débats furent chauds.

Ces opposants (comités de quartier et associations de défense du patrimoine) ont remporté une manche, purement formelle. Mais l'on risque de devoir encore attendre un bon mois avant de connaître l'épilogue de ce feuilleton juridique.

De toute manière, la messe est-elle dite? Ces recours ne sont pas suspensifs. Dès lors, en attendant, ils se poursuivent, ces travaux pudiquement dissimulés par des grandes bâches. Les opposants craignent la démolition de plusieurs immeubles du XIXe siècle, et même de deux maisons du XVIIIe. Le groupe de luxe LVMH, auteur du projet, assure que toutes les mesures nécessaires à la conservation du patrimoine ont été prises. Si non, alertent les opposants, «ce serait la première fois depuis la démolition des Halles», sous Georges Pompidou, que l'on détruirait «un îlot entier au coeur de Paris. Il y a comme une malédiction dans ce secteur...»

09/12/2013

Une concorde, pour la galerie

François Hollande et Nicolas Sarkozy donc côte à côte, demain: aux funérailles de Nelson Mandela. Puisque l'ancien Président a accepté l'invitation que lui a faite son successeur, ce week-end.

Les deux hommes trouvent un intérêt dans cette apparition ensemble. Pour François Hollande, c'est l'occasion de battre (un peu) en brèche le procès en «sectarisme» et en «anti-sarkozysme primaire» que la droite lui fait, depuis qu'il a accédé à l'Elysée. Quant à Nicolas Sarkozy, cela ne peut faire de mal à son image que, pour une fois, il soit vu sur la scène internationale autrement qu'à l'occasion des conférences grassement rémunérées qu'il donne devant le gotha mondial de la finance.

L'impression de concorde nationale que donnera l'apparition ensemble des deux rivaux de la présidentielle de 2012 sera évidemment très factice, voire hypocrite. Et rien ne dit qu'elle durera davantage qu'une journée, y compris sur un sujet aussi consensuel qu'est le grand homme d'Etat africain. Lundi prochain, en tout cas, on aura l'occasion de voir si l'harmonie républicaine est encore de mise.

Quand, au conseil municipal de Paris, le maire socialiste, Bertrand Delanoë, soumettra au vote des élus sa proposition de baptiser du nom de Nelson Mandela le futur jardin des Halles réaménagées. C'est peu dire qu'un éventuel vote unanime gauche-droite sur la question trancherait fameusement avec l'âpreté du climat politique actuel, dans la capitale: alors que la campagne fait rage en vue des élections municipales de mars prochain.

30/08/2013

Une nouvelle promenade

Un peu de détente, pour bien terminer la semaine. Et/ou pour, qui sait, donner une idée d'activité de week-end.

C'est un lieu de Paris assez fascinant, mais que peu d'habitants – et donc, a fortiori, de touristes étrangers – connaissent. Ou, s'ils le situent, pour en avoir déjà entendu parler, ils n'y vont guère. C'est ce que l'on appelle «La Petite Ceinture». Une ancienne voie de chemin de fer d'une trentaine de kilomètres de long, qui, depuis le Second Empire, parcourt une bonne partie de la capitale, mais qui n'est plus exploitée depuis quarante ans. Outre qu'elle ménage de jolis points de vue sur la ville, c'est un havre de calme, un poumon de verdure, et même un lieu de contre-culture (art urbain, performances artistiques, événements festifs, etc.) précieux.

La mairie a eu la bonne idée d'ouvrir au grand public ce lieu qui, jusqu'à présent, était grillagé une bonne partie de l'année, excepté lors des Journées du patrimoine. Fin août, a été inaugurée une première tranche de ce parcours ferroviaire désormais réaménagé. Seuls 900 mètres sont concernés, mais un demi-kilomètre d'aménagement supplémentaire est en chantier, et d'autres pourraient suivre dans les années à venir.

Un volet particulièrement appréciable de ce projet d'aménagement est le parti pris de ne pas exagérément artificialiser les lieux: de laisser tout de même à la nature ses droits (entretien le moins intrusif possible de la végétation, absence de luminaires troublant le rythme biologique de la faune locale, etc.)

Bien.

26/06/2013

Un réquisitoire, indigné

C'est un article de presse qui n'est pas passé inaperçu, dans le quartier République. A propos du réaménagement de la place parisienne du même nom, qu'on évoquait l'autre jour. Globalement, cette nouvelle place a l'air plutôt saluée par les riverains. Mais le très conservateur journal "Le Figaro" (qui n'a jamais beaucoup aimé le maire socialiste, Bertrand Delanoë), lui, depuis la fin du chantier, publie un entrefilet incendiaire après l'autre, sur le sujet. Le dernier article en date, signé par un docte chroniqueur ès Arts, constituait un réquisitoire si enflammé qu'on l'a trouvé assez comique.

«Esplanade sans âme, comme on en voit partout», projet «consternant», «banalité esthétique criante», «négation de la dimension historique» des lieux, «désastre», «vandalisme officiel», le procureur n'y est pas allé de main morte. Pour conclure par une chute absolument tragique: «L'une des plus belles places françaises du XIXe siècle, haut lieu de notre histoire au XXe siècle, vient de mourir sous nos yeux».

Sans pour autant être absolument enthousiasmé par cette République nouvelle, on a un peu de mal à partager l'indignation, qui plus est à un si haut degré, de notre éminent confrère. Mais sans doute est-ce parce que nous n'y connaissons rien. Pas davantage que tous les gens du quartier, qui se gardent bien d'ainsi s'emporter. Se souvenant de l'enfer à bagnoles que cette place était devenue, au fil des ans. Sans jamais trop gêner, pour autant qu'on s'en souvienne, les beaux esprits du "Figaro".

18/06/2013

Une nouvelle place, plutôt réussie

Paris, Urbanisme, Patrimoine, Transports Plutôt bien: la nouvelle place de la République, telle qu'elle a été inaugurée ce week-end, après dix-huit mois de gros travaux de réaménagement. Auparavant rond-point à voitures en permanence bruyant, agité et pollué, la place qu'avaient créée Napoléon III et le baron Haussmann dans les années 1855 est désormais devenue la plus grande esplanade piétonne de la «Ville lumière»: 280 mètres sur 120. Et, n'en déplaise aux prédictions des Cassandre, le trafic, dorénavant interdit sur un de ses flancs, semble y trouver son compte, du moins si l'on en juge à l'absence d'embouteillages hier soir, pourtant à l'heure de sortie des bureaux.

Certes, à ce stade, cette gigantesque esplanade paraît encore très vide. Les riverains et passants, visiblement, ne se la sont pas encore appropriée, comme s'ils étaient un peu intimidés par l'immensité des lieux. Et la petite centaine d'arbres plantés, très jeunes, devront encore attendre plusieurs années avant d'habiter l'espace. Mais, dans cette nouvelle configuration, l'énorme statue de la République, sa fontaine, ses lions et ses allégories de la Liberté, de l'Egalité et de la Fraternité, le tout ayant été joliment restauré, en imposent indéniablement plus qu'avant. Et témoignent du soin apporté au rémaménagement des détails comme la qualité et le goût du dallage, ou la beauté des bancs publics (en chêne, et d'une forme résolument contemporaine). Même les inévitables bouches d'aération du métro (pour la gigantesque station située sous la place) ont été reprofilées de manière à être moins hideuses.

Paris, Urbanisme, Patrimoine, Transports Pour que le projet soit parfaitement réussi, peut-être aurait-on pu travailler davantage sur les différences de niveau, afin d'atténuer cette impression d'immensité. Y aurait aussi contribué l'aménagement, ça et là, d'espaces un peu plus intimes, où le regard se perd moins le vide – mais sans doute de tels recoins étaient-ils jugés risqués, comme lieux potentiels d'insécurité. Dans l'ensemble, cependant, «Répu» ainsi remaniée paraît avoir tous les éléments pour, à terme, s'intégrer dans la ville de manière plus paisible et conviviale qu'auparavant.

Bien.

19/12/2012

Un feu vert

Des années que le dossier trainait dans les armoires de l'administration. Et, finalement, sans crier gare, la nouvelle vient de tomber, au débotté. Le feu vert a enfin été donné au méga-projet de restructuration de "La Samaritaine": les mythiques anciens grands magasins parisiens.

Vaste sujet, dont on a déjà pas mal parlé dans ce blog – relire notamment ici ou là. Et vaste enjeu urbanistique pour le quartier, que la reconversion de cet immense vaisseau abandonné depuis tant d'années (2005), et occupant une place centrale – pour ceux qui connaissent: tout l'îlot entre le quai du Louvre, la place de l’Ecole et les rues de Rivoli, de la Monnaie et de l’Arbre Sec.

Patrimoine, Urbanisme, Paris, Economie, Luxe Le dossier d'urbanisme fait miroiter «un projet visant à concilier l’équilibre économique d’une opération privée avec les enjeux économiques, sociaux, architecturaux, patrimoniaux et environnementaux de la capitale». Concrètement, le nouvel ensemble totalisera très précisément 69.284 m² de surfaces. Des commerces, des bureaux, des logements sociaux, une crèche, sans oublier un hôtel, dont l’entrée principale sera sur le quai du Louvre.

Détail qui intéressera les inconditionnels de grandioses vues parisiennes: le toit-terrasse sera accessible à tous, «grâce à un accès encadré, afin de permettre au public de découvrir le panorama exceptionnel de la Seine, de l’Ile de la Cité et de la rive gauche de Paris».

En ce qui concerne le look de cette "Nouvelle Samaritaine", le maître d'oeuvre promet que ses façades feront l’objet «d’une attention particulière et d’un traitement différencié, spécifique et adapté, entre conservation et restauration du XVIIe siècle et de styles majeurs du début du XXe siècle, et création résolument contemporaine du XXIe siècle». En tout, ce sont 460 millions d'euros qu'investira le groupe de luxe LVMH dans ce projet, dont l'ouverture est annoncée pour courant 2015.

On est bien curieux de voir cela.

30/11/2012

Un danger public?

Cela commence à faire beaucoup. Deux mois plus tard, le Forum des Halles attend toujours la réouverture de sa grande piscine, une des plus fréquentées de Paris, victime fin septembre de chutes de morceaux de plafond (relire ici). Un dégât collatéral dû au méga-chantier de réaménagement de ce centre commercial, en cours en ce moment? Depuis mercredi, de plus en plus de monde en est persuadé.

Mercredi, jour où un incident du même acabit s'est à nouveau produit, cette fois en bordure de la Place de la rotonde. Deux parpaings se sont écroulés carrément devant l'entrée du cinéma UGC. Par chance, il était 9 heures du matin, et donc il n'y avait pas grand monde à cet endroit. On n'ose imaginer ce que cela aurait donné si cette chute de pierres avait eu lieu un samedi après-midi, à l'heure de la séance. Les travaux de démolition en cours au-dessus de la dalle ont dû être immédiatement interrompus. Ils ne reprendront que «sous le contrôle de l’expert judicaire». Un rapport a été demandé à l’architecte de sécurité de la préfecture.

Si l'on récapitule, ce chantier a donc déjà donné lieu à deux parpaings écroulés devant un cinéma, des bouts de plafond tombés dans une piscine, des «fissures sans gravité» dans un gymnase contigu, sans oublier un faux-plafond effondré dans un magasin H&M, en septembre 2011. Le tout, certes, sans jamais causer la moindre victime. Il n'empêche, comme l'a dit cette semaine le maire du premier arrondissement, «dans la rubrique des déboires, cela fait beaucoup».

Il ne faudra pas s'étonner, si les incidents de ce type continuent de se succéder, que le Parisien moyen en vienne à considérer ce chantier comme un vrai danger public.

12/09/2012

Un mauvais timing

Paris, Environnement, Santé, Transports, Urbanisme, ActivismeLe long de la Seine, depuis la rentrée, les Parisiens disposent d'une nouvelle promenade piétonne: entre le square de l’Hôtel de Ville et le bout du quai Henri IV. C'est la première réalisation concrète du vaste projet municipal de restructuration des voies sur berges. Et cela énerve visiblement beaucoup le lobby des automobilistes.

Ainsi, hier, l'association «40 millions d'automobilistes» a renforcé sa mobilisation contre ce projet, qu'elle juge inepte d'un point de vue tant économique qu'écologique ou social. Selon elle, face un «réseau de transports en communs hypersaturé, il est tout à fait utopique de croire en la réduction du nombre d'automobilistes». «40 millions d'automobilistes » a donc lancé une vaste pétition pour s'opposer à ce grand projet urbain.

Pourquoi pas; c'est parfaitement son droit. Et tous les arguments de ces automobilistes ne sont pas d'office à rejeter. Ainsi, «augmenter les temps de parcours en automobile signifie en parallèle l’acceptation du renforcement d’un clivage entre habitants de Paris intra‐muros et ceux des zones urbaines limitrophes, plus accessibles financièrement en termes de logement».

Juste, sur la forme, en termes de timing de communication, «40 millions d'automobilistes» aurait pu/dû mieux choisir le jour de son ramdam médiatique.

Car il a coïncidé avec la publication d'une étude scientifique, portant sur l'impact de la pollution atmosphérique (et donc, en partie, automobile) sur la santé des habitants des grandes villes. Confirmation: cette pollution coûte cher, à la fois en vies humaines et en argent public. Un seul chiffre, frappant, pour illustrer cela: si, à Paris, les normes annuelles européennes en matière de pollution étaient parfaitement et en permanence respectées, le Parisien moyen bénéficierait d'un gain d'espérance de vie de près de 6 mois (*).

Paris, Environnement, Santé, Transports, Urbanisme, Activisme6 mois d'existence en plus. Voilà qui, peut-être, relativise quelques dizaines de minutes supplémentaires passées dans les embouteillages.

 

(*) Dans les neuf villes françaises étudiées par les chercheurs, le gain annuel total représenterait... 91.000 années de vie. Ce qui n'est pas rien, tout le monde en conviendra.