18/06/2013
Une nouvelle place, plutôt réussie
Plutôt bien: la nouvelle place de la République, telle qu'elle a été inaugurée ce week-end, après dix-huit mois de gros travaux de réaménagement. Auparavant rond-point à voitures en permanence bruyant, agité et pollué, la place qu'avaient créée Napoléon III et le baron Haussmann dans les années 1855 est désormais devenue la plus grande esplanade piétonne de la «Ville lumière»: 280 mètres sur 120. Et, n'en déplaise aux prédictions des Cassandre, le trafic, dorénavant interdit sur un de ses flancs, semble y trouver son compte, du moins si l'on en juge à l'absence d'embouteillages hier soir, pourtant à l'heure de sortie des bureaux.
Certes, à ce stade, cette gigantesque esplanade paraît encore très vide. Les riverains et passants, visiblement, ne se la sont pas encore appropriée, comme s'ils étaient un peu intimidés par l'immensité des lieux. Et la petite centaine d'arbres plantés, très jeunes, devront encore attendre plusieurs années avant d'habiter l'espace. Mais, dans cette nouvelle configuration, l'énorme statue de la République, sa fontaine, ses lions et ses allégories de la Liberté, de l'Egalité et de la Fraternité, le tout ayant été joliment restauré, en imposent indéniablement plus qu'avant. Et témoignent du soin apporté au rémaménagement des détails comme la qualité et le goût du dallage, ou la beauté des bancs publics (en chêne, et d'une forme résolument contemporaine). Même les inévitables bouches d'aération du métro (pour la gigantesque station située sous la place) ont été reprofilées de manière à être moins hideuses.
Pour que le projet soit parfaitement réussi, peut-être aurait-on pu travailler davantage sur les différences de niveau, afin d'atténuer cette impression d'immensité. Y aurait aussi contribué l'aménagement, ça et là, d'espaces un peu plus intimes, où le regard se perd moins le vide – mais sans doute de tels recoins étaient-ils jugés risqués, comme lieux potentiels d'insécurité. Dans l'ensemble, cependant, «Répu» ainsi remaniée paraît avoir tous les éléments pour, à terme, s'intégrer dans la ville de manière plus paisible et conviviale qu'auparavant.
Bien.
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19/12/2012
Un feu vert
Des années que le dossier trainait dans les armoires de l'administration. Et, finalement, sans crier gare, la nouvelle vient de tomber, au débotté. Le feu vert a enfin été donné au méga-projet de restructuration de "La Samaritaine": les mythiques anciens grands magasins parisiens.
Vaste sujet, dont on a déjà pas mal parlé dans ce blog – relire notamment ici ou là. Et vaste enjeu urbanistique pour le quartier, que la reconversion de cet immense vaisseau abandonné depuis tant d'années (2005), et occupant une place centrale – pour ceux qui connaissent: tout l'îlot entre le quai du Louvre, la place de l’Ecole et les rues de Rivoli, de la Monnaie et de l’Arbre Sec.
Le dossier d'urbanisme fait miroiter «un projet visant à concilier l’équilibre économique d’une opération privée avec les enjeux économiques, sociaux, architecturaux, patrimoniaux et environnementaux de la capitale». Concrètement, le nouvel ensemble totalisera très précisément 69.284 m² de surfaces. Des commerces, des bureaux, des logements sociaux, une crèche, sans oublier un hôtel, dont l’entrée principale sera sur le quai du Louvre.
Détail qui intéressera les inconditionnels de grandioses vues parisiennes: le toit-terrasse sera accessible à tous, «grâce à un accès encadré, afin de permettre au public de découvrir le panorama exceptionnel de la Seine, de l’Ile de la Cité et de la rive gauche de Paris».
En ce qui concerne le look de cette "Nouvelle Samaritaine", le maître d'oeuvre promet que ses façades feront l’objet «d’une attention particulière et d’un traitement différencié, spécifique et adapté, entre conservation et restauration du XVIIe siècle et de styles majeurs du début du XXe siècle, et création résolument contemporaine du XXIe siècle». En tout, ce sont 460 millions d'euros qu'investira le groupe de luxe LVMH dans ce projet, dont l'ouverture est annoncée pour courant 2015.
On est bien curieux de voir cela.
11:33 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : patrimoine, urbanisme, paris, economie, luxe
30/11/2012
Un danger public?
Cela commence à faire beaucoup. Deux mois plus tard, le Forum des Halles attend toujours la réouverture de sa grande piscine, une des plus fréquentées de Paris, victime fin septembre de chutes de morceaux de plafond (relire ici). Un dégât collatéral dû au méga-chantier de réaménagement de ce centre commercial, en cours en ce moment? Depuis mercredi, de plus en plus de monde en est persuadé.
Mercredi, jour où un incident du même acabit s'est à nouveau produit, cette fois en bordure de la Place de la rotonde. Deux parpaings se sont écroulés carrément devant l'entrée du cinéma UGC. Par chance, il était 9 heures du matin, et donc il n'y avait pas grand monde à cet endroit. On n'ose imaginer ce que cela aurait donné si cette chute de pierres avait eu lieu un samedi après-midi, à l'heure de la séance. Les travaux de démolition en cours au-dessus de la dalle ont dû être immédiatement interrompus. Ils ne reprendront que «sous le contrôle de l’expert judicaire». Un rapport a été demandé à l’architecte de sécurité de la préfecture.
Si l'on récapitule, ce chantier a donc déjà donné lieu à deux parpaings écroulés devant un cinéma, des bouts de plafond tombés dans une piscine, des «fissures sans gravité» dans un gymnase contigu, sans oublier un faux-plafond effondré dans un magasin H&M, en septembre 2011. Le tout, certes, sans jamais causer la moindre victime. Il n'empêche, comme l'a dit cette semaine le maire du premier arrondissement, «dans la rubrique des déboires, cela fait beaucoup».
Il ne faudra pas s'étonner, si les incidents de ce type continuent de se succéder, que le Parisien moyen en vienne à considérer ce chantier comme un vrai danger public.
14:54 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, urbanisme, sécurité
12/09/2012
Un mauvais timing
Le long de la Seine, depuis la rentrée, les Parisiens disposent d'une nouvelle promenade piétonne: entre le square de l’Hôtel de Ville et le bout du quai Henri IV. C'est la première réalisation concrète du vaste projet municipal de restructuration des voies sur berges. Et cela énerve visiblement beaucoup le lobby des automobilistes.
Ainsi, hier, l'association «40 millions d'automobilistes» a renforcé sa mobilisation contre ce projet, qu'elle juge inepte d'un point de vue tant économique qu'écologique ou social. Selon elle, face un «réseau de transports en communs hypersaturé, il est tout à fait utopique de croire en la réduction du nombre d'automobilistes». «40 millions d'automobilistes » a donc lancé une vaste pétition pour s'opposer à ce grand projet urbain.
Pourquoi pas; c'est parfaitement son droit. Et tous les arguments de ces automobilistes ne sont pas d'office à rejeter. Ainsi, «augmenter les temps de parcours en automobile signifie en parallèle l’acceptation du renforcement d’un clivage entre habitants de Paris intra‐muros et ceux des zones urbaines limitrophes, plus accessibles financièrement en termes de logement».
Juste, sur la forme, en termes de timing de communication, «40 millions d'automobilistes» aurait pu/dû mieux choisir le jour de son ramdam médiatique.
Car il a coïncidé avec la publication d'une étude scientifique, portant sur l'impact de la pollution atmosphérique (et donc, en partie, automobile) sur la santé des habitants des grandes villes. Confirmation: cette pollution coûte cher, à la fois en vies humaines et en argent public. Un seul chiffre, frappant, pour illustrer cela: si, à Paris, les normes annuelles européennes en matière de pollution étaient parfaitement et en permanence respectées, le Parisien moyen bénéficierait d'un gain d'espérance de vie de près de 6 mois (*).
6 mois d'existence en plus. Voilà qui, peut-être, relativise quelques dizaines de minutes supplémentaires passées dans les embouteillages.
(*) Dans les neuf villes françaises étudiées par les chercheurs, le gain annuel total représenterait... 91.000 années de vie. Ce qui n'est pas rien, tout le monde en conviendra.
12:21 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : paris, environnement, santé, transports, urbanisme, activisme
09/07/2012
Une atmosphère «vagabonde et rustique»
«Une nouvelle ambiance végétale», due au recours à des plantes «vagabondes et rustiques». On se croirait dans un épisode de la série télé «La petite maison dans la prairie». Mais non: on est en plein Paris. Du moins, dans le Paris décrit par les grands communicants du maire, Bertrand Delanoë, qui en font toujours des tonnes pour montrer la «Ville lumière» sous un jour mirifique.
Cette nouvelle ambiance bucolique en pleine ville, ce serait celle, bientôt, des contrebas de l'Hôtel de ville, le long des quais de Seine. A l'issue des travaux d'aménagement prévus cet été, comme le long d'une bonne partie de la rive droite. Au programme: création de passages piétons, aménagement d'une piste cyclable, mise en place d'un nouveau mobilier urbain, etc. L'objectif? «Apaiser la circulation», aboutir à «un meilleur partage de la voirie». En clair, et au-delà de, à nouveau, ces grands mots de communicants? Réduire la place de la bagnole: par exemple en rétrécissant les voies de circulation. Le tout, dans la perspective du vaste projet de réaménagement des voies sur berges, qu'a revitalisé l'arrivée au pouvoir des socialistes, en mai (relire ici) – le précédent gouvernement avait mis le projet au frigo .
En attendant, et très prosaïquement, ces travaux auront pour impact de limiter la dimension de l'édition 2012 de Paris Plages. La mairie l'a confirmé, ce matin: cet été, il s'agira d'«une édition un peu particulière, puisque la manifestation devra, sur la voie Georges-Pompidou, céder du terrain devant le chantier». Dès lors, la plage à Paris, cette année, ce sera surtout et avant tout dans la zone entre le pont d’Arcole et les Tuileries.
Si la météo le veut bien. A ce stade, et comme déjà en juillet 2011, cela ne paraît pas donné.
12:13 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, urbanisme, transports, environnement, tourisme, communication, gouvernement
16/05/2012
Une première conséquence?
Le départ de Nicolas Sarkozy de l'Elysée, hier – et/ou celui de François Fillon de Matignon, ce matin – pourrait avoir une conséquence très visible et concrète sur la physionomie de Paris. En effet, cela pourrait débloquer un gros dossier urbanistique contre lequel, depuis des mois, la droite faisait barrage. De toutes ses forces.
Ce vaste projet, c'est l'aménagement des berges de la Seine (photos visibles ici). Aujourd'hui et depuis des décennies, ces voies sont dédiées au trafic automobile. Le projet prévoit de réserver ces berges en partie aux piétons. Mais la préfecture de police de Paris, le «bras armé» de l'Etat central dans la capitale, a toujours freiné des quatre fers contre cette interdiction des voitures le long du fleuve. Selon elle, cela va entraîner d'inextricables embarras de circulation dans une bonne part du centre de Paris.
En janvier dernier, François Fillon en personne avait mis son veto au projet. Or, l'Etat étant propriétaire des quais de Seine, son aval est indispensable pour modifier la nature de ces voies. Furieux, le maire (PS) de Paris, Bertrand Delanoë, avait dénoncé un «diktat inacceptable» de Matignon. Et qualifié d'«acte partisan» la décision de François Fillon – qui, à la faveur des élections législatives du mois de juin, se lance dans la politique locale parisienne.
François Hollande désormais à l'Elysée et Jean-Marc Ayrault à Matignon, ce gros dossier sortira-t-il enfin du placard où on l'avait enfermé? «On espère un déblocage rapide», s'est-on félicité, le week-end dernier, à la mairie de Paris. Où l'on envisage d'ores et déjà que les berges réaménagées soient ouvertes au grand public «au printemps 2013».
13:06 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, urbanisme, environnement, transports, personnalités
10/01/2012
Une année d'énormes travaux (encore)
Il va falloir supporter encore plus le bruit des bétonneuses et des marteaux-piqueurs, à Paris cette année – comme s'il n'y avait pas déjà assez de vacarme dans cette ville...
C'est ce qu'on s'est dit hier soir, en passant place de la République. Où, soit dit en passant, cela va aussi bouchonner, klaxonner, s'énerver et polluer encore un peu plus qu'avant, cette année.
Hier lundi, en effet, ont débuté les travaux de réaménagement de la grande place de l'Est parisien. L'idée est de la transformer en vaste et belle «esplanade piétonne arborée». «De nouveaux arbres, un bassin, un miroir d'eau», et une circulation automobile complètement chamboulée, qui ne fera plus le tour de la place, comme depuis toujours, mais sera reléguée sur un de ses flancs. Pourquoi pas. On verra. C'est au printemps 2013 qu'on jugera cela.
Le vacarme des travaux toujours, et pour encore un sacré bout de temps, au centre-ville cette fois: aux Halles.
L'immense chantier de rénovation et de réaménagement du complexe commercial et de ses alentours n'en est qu'à ses débuts: il ne sera pas achevé avant 2016. La mairie nous promet monts et merveilles. «Un nouveau jardin convivial ; un quartier piéton étendu et des voiries souterraines restructurées; un nouvel édifice inspiré de la nature, La Canopée, qui reliera la ville du dessus à la ville du dessous; des cheminements simplifiés et plus confortables; une gare RER plus vaste et plus fonctionnelle; un Forum plus lumineux et moderne; des accès au Forum réorganisés… Avec un cœur de la métropole à l’image d’une capitale accueillante, vivante et dynamique, voilà le Paris de demain qui prend forme».
Mais, dans le quartier, il y a aussi des gens (là) pour qui ce projet pharaonique (802 millions de budget) est «absurde», «hideux», «exorbitant» et «interminable»: un vrai «scand'halles», en somme. Du coup, la bagarre se fait aussi devant les tribunaux. Et, s'il fallait donner le score de cet interminable match urbanistico-juridique, on dirait que c'est égalité 1 partout.
Côté pile, le tribunal administratif a rejeté le recours qu'avait introduit le comité de quartier contre le protocole financier, juteux, passé entre la ville de Paris et le consortium privé pilotant le projet: une filiale des groupes Axa et Unibail-Rodamco.
Mais, côté face, la mairie vient de voir annulé en justice l'avenant qu'elle avait conclu avec l'architecte de la Canopée: ce toit de verre géant – péniblement verdâtre, trouve-t-on, mais les goûts et les couleurs... – qui, à 14 mètres de haut, surplombera les futures Halles.
Les juges ont estimé que cet avenant augmentait de façon exagérément importante le montant du contrat initial. Le jugement «n'a nullement pour effet de remettre en cause l'opération des Halles, ni de suspendre ou retarder le chantier de la rénovation, qui se poursuit dans le calendrier prévu», a précisé illico (ici) la mairie.
A Paris, c'est sûr, on n'a pas fini d'en parler, de ce chantier.
12:19 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, urbanisme, patrimoine, environnement, justice, transports
11/02/2011
Un déménagement?
Grosse agitation dans les milieux sportifs parisiens, en ce moment. Car, ce week-end, se joue le sort d'une institution du sport de la capitale française: Roland Garros. Dimanche, en effet, la Fédération française de tennis se prononce sur l'éventuel déménagement en banlieue du mythique stade de tennis de la porte d'Auteuil.
Pour faire court, «Roland», comme disent les gens (un peu) chics à Paris, se sent à l'étroit en bordure du Bois de Boulogne. Il estime que, pour pouvoir continuer à rivaliser avec les autres stades mondiaux des tournois du grand chelem, la superficie occupée par ses infrastructures doit passer de 8 à 14 hectares. Problème? Cela supposerait notamment d'empiéter sur le site contigu des Serres d'Auteuil, un magnifique ensemble architectural et botanique. Un site classé, et pour la sauvegarde duquel se sont mobilisés nombre de riverains, les Verts ainsi que quelques people (Françoise Hardy, etc.). Du coup, pour régler ces problèmes de place, c'est carrément la délocalisation de Roland Garros qui est envisagée. Trois sites ont remis un dossier à la Fédération de tennis: Marne-la-Vallée (où est déjà implanté Disney), Gonesse (près de l'aéroport de Roissy), et Versailles (dont la candidature, d'après les connaisseurs du dossier, tient la corde). En 1992 déjà, un gros débat avait eu lieu à Paris sur ce manque d'espace préjudiciable à Roland Garros, qui avait finalement reçu l'autorisation de s'agrandir.
Le maire de Paris bataille évidemment pour le maintien du stade à son emplacement actuel, et jure que c'est possible sans toucher à l'essentiel des Serres d'Auteuil. Les gros sponsors du tournoi parisien veulent eux aussi son maintien dans la capitale. Les stars du sport, elles, sont partagées.
Dans le camp des partisans du déménagement, outre Amélie Mauresmo, on trouve notamment Guy Forget («La proximité du château de Versailles serait un atout considérable»), Roger Federer («On a besoin de plus de place»), ou Lilian Thuram (qui, dans «Le Monde» d'hier soir encore, s'enthousiasmait pour la candidature de Marne-la-Vallée). En revanche, des sportifs comme Rafael Nadal ou Marion Bartoli n'imaginent pas un Roland Garros autre part qu'à Paris. C'est aussi le cas de Yannick Noah. Qui, ce matin, sur toutes les radios de France ou à peu près, jugeait inimaginable que des stars du tennis mondial puissent un jour devoir jouer «à Trifouillis-les-Oies», et non plus à Paris. Pour lui, «ce serait vraiment pas cool»..
Nous, en tout cas, en entendant au saut du lit le ton avec lequel l'ex-vainqueur de Roland Garros disait cela, c'était son parisianisme méprisant qu'on ne trouvait pas trop cool.
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Actualisation, dimanche
Le tournoi de tennis de Roland-Garros restera à Paris. La Fédération française de tennis a décidé dimanche matin du maintien du tournoi de Roland-Garros à Paris. La candidature de la capitale a obtenu la majorité des deux-tiers au vote de l'assemblée générale. (AFP)
11:48 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sports, urbanisme, paris
09/02/2011
Un feu vert
C'est parti! Hier, le Conseil municipal de Paris a donné son feu vert au projet urbanistique (voir ici, en simulation icono notamment) qui, ces prochaines années, modifiera le plus visiblement la physionomie de la Ville Lumière – sans oublier, tout de même, l'immense rénovation du Forum des Halles, qui ne fait que commencer. Il s'agit de la «piétonisation» (partielle) des voies sur berges: cette interminable autoroute urbaine qui, depuis l'ère Pompidou, fait chaque jour longer la Seine par des dizaines de milliers de véhicules (4000 par heure, exactement).
Bertrand Delanoë a eu toutes les peines du monde à convaincre (vaguement) la préfecture de police et, derrière elle, l'Etat central. Qui craignent comme la peste que, rive gauche en tout cas, la limitation de la place accordée à la circulation en contrebas des quais reporte sur ceux-ci un trafic infernal, et donc d'inextricables embouteillages et une effarante pollution. Pour la même raison, la droite et les milieux d'affaires parisiens enragent. Hier encore, l'UMP a dénoncé «l’amateurisme» d’un «projet aux conséquences néfastes» et d'une majorité qui, à la marge, a modifié «dans l’urgence et dans la précipitation son projet», mais sans que les problèmes de report de circulation aient, selon elle, été réglés. La droite dénonce encore, outre un «gâchis financier» (près de 40 millions d'euros), «l'absence totale de concertation». La Ville, en revanche, fait état d'«un certain nombre de réunions publiques, d’ateliers, d’expositions», ainsi que d'une consultation via le web. Et d'un sondage, qui a montré que 71 % de la population approuvait cette grande réalisation, soit «un large plébiscite». Ce à quoi l'UMP a réagi en consultant à son tour les habitants du 7ème arrondissement (dont l'ex-ministre Rachida Dati est la maire): eux, en revanche, ont voté massivement contre le projet.
Bien sûr, le résultat de ces consultations est si prévisible qu'il en perd de son intérêt. Quand, dans les 1400 sondés du panel de l'Ifop, figurent 1100 Parisiens, il ne faut pas s'étonner que l'avis global ressortant de l'enquête soit favorable au projet, puisque la majorité des Parisiens ne sont pas motorisés. Et quand votent les habitants du si chic 7ème, il ne faut pas s'étonner que ce soit contre le socialiste Delanoë, puisque cet arrondissement est un bastion de la droite.
Mais cela montre, en tout cas, que si d'aventure la droite revenait au pouvoir à Paris aux prochaines élections municipales (2014), elle pourrait revenir sur cette réalisation, et rouvrir donc, en tout ou en partie, les voies sur berges aux voitures. Ce qui est certain, en tout cas, c'est qu'à Paris, on n'a pas fini d'en parler.
11:48 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, urbanisme, delanoë, dati
06/10/2010
Une ouverture
Le Parisien moyen ne peut pas l'ignorer, tant la campagne de pub faite autour de cet événement a été massive ces dernières semaines sur les panneaux d'affichage en ville comme dans le métro. Ce 6 octobre donc, H&M ouvre sa grande boutique des Champs-Elysées, après deux ans d'une féroce bataille juridique et politique dont on a déjà beaucoup parlé dans ce blog (relire ici ou là, par exemple). La mairie, en effet, a freiné des quatre fers contre l'arrivée, sur «la plus belle avenue du monde», de l'enseigne emblématique du prêt-à-porter mondialisé et bas de gamme populaire. Selon elle, cette «textilisation» à outrance d'une avenue qui, d'année en année, est de plus en plus phagocytée par les boutiques de fringues nuira, à terme, à sa réputation, à son cachet et à sa qualité de vie (supposés). Pour mieux faire passer la pilule de cette implantation auprès de tous ses opposants, la grande marque suédoise a cassé sa tirelire en faisant appel à Jean Nouvel – l'architecte français si à la mode depuis vingt ans – pour relooker l'ex-immeuble du Club Med où est désormais installée l'enseigne.
La «textilisation» nuirait donc aux Champs, selon la mairie. Notez que c'est exactement l'argument inverse qu'ont brandi les courtiers immobiliers cet été. Quand a été confirmée la nouvelle de la dégradation des Champs, qui a perdu son titre de la rue commerçante la plus chère d'Europe (au profit de New Bond Street, à Londres). Du coup, ils régressent également au niveau mondial: l'avenue parisienne ne figure plus qu'au cinquième rang du palmarès des rues commerçantes les plus chères de la planète, loin derrière la Cinquième Avenue à New York ou Causeway à Hong Kong. Or, selon le courtier international à l'origine de ce palmarès, Cushman & Wakefield, c'est la mairie de Paris qui, en limitant sans cesse l'ouverture de magasins de prêt-à-porter sur l'avenue parisienne, a contribué à la dégringolade de sa cote immobilière internationale.
Puisque l'on parle de «textilisation» à outrance, il est un autre quartier de Paris dont la mairie ferait bien de s'occuper un peu plus activement: le Marais.
On en convenait ce samedi soir encore, avec les copains en compagnie desquels on passait dans ce quartier à l'occasion de la Nuit Blanche: le Marais est vraiment en train de se «saint-germainisé» à une vitesse affolante. Bientôt, comme à Saint-Germain des Prés, il faudra vraiment beaucoup chercher pour y trouver une épicerie, une librairie, un bistrot, un fleuriste, un resto, une pharmacie ou une boulangerie. Bientôt, il n'y aura plus là que des boutiques de fringues. Et des nuées perpétuelles de touristes débarqués par exemple des Champs Elysées – ravis d'avoir ainsi un quartier parisien supplémentaire entièrement dédié à leur shopping et à la fringue mondialisée: Gap, Zarra, H&M, etc.
11:38 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : mode, economie, urbanisme, paris
09/07/2010
Un lauréat
Le mois dernier, on avait évoqué (ici) le concours lancé par la mairie, visant à faire récompenser par les Parisiens «le meilleur de l’architecture contemporaine». Le concours a donné lieu à près de 30.000 votes sur le web. Ce premier «Prix Grand Public des Architectures Contemporaines» vient d'être décerné. Et il montre qu'à, l'occasion, les gens font preuve d'une certaine audace dans leurs choix architecturaux. En effet, l'immeuble récompensé est loin d'être anodin et consensuel.
Il est situé dans le coeur historique du Marais et accueille des logements sociaux. La partie la plus spectaculaire du projet a consisté à greffer une espèce de carcasse de métal cuivré, «comme un voilage aux reflets changeants», sur un vaste mur pignon auparavant complètement nu, sale, inutilisé et décrépit – comme on en voit tant à Paris. L'ajout de cette cuirasse métallique, «hommage à l'architecture du fer à Paris», a donné du volume à l'édifice, ce qui a permis d'agrandir les logements et de les relier par un réseau de balcons et de coursives. «La peau métallique, au-delà de l'homogénéisation de la façade, joue aussi le rôle de brise-soleil, de ventilation naturelle (diminution de 5°C dans les logements) et préserve l'intimité». Cette architecture contemporaine ne fait pas l'unanimité dans le quartier. Pour preuve, certains défenseurs du patrimoine, déroutés par cette si inhabituelle cuirasse métallique, ont rebaptisé l'immeuble «Le cuirassé Potemkine».
On peut, en effet, être séduit ou pas par la forme architecturale de ce projet lauréat. Nous en tout cas, s'agissant de sa finalité, à savoir implanter des logements sociaux y compris dans un quartier devenu aussi aisé que le Marais, on applaudit des deux mains. Si Paris s'était souciée depuis plus longtemps de la mixité sociale sur son territoire, le fossé ne serait pas, comme aujourd'hui, si béant entre arrondissements richissimes et quartiers défavorisés.
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09/06/2010
Un embellissement (impossible?)
Puisqu'on parlait hier d'architecture à Paris, le bâtiment le plus péniblement voyant (et le plus haut: 56 étages, 210 mètres) de cette ville pourrait bénéficier d'un lifting. On parle bien sûr de la tour Montparnasse. Fin mai, l'assemblée générale des (300!) copropriétaires de ce gratte-ciel a examiné un projet de rénovation prévoyant notamment le remplacement de sa façade, l'ajout de quelques centaines de m2 de bureaux, et la création, entre l'édifice et la gare Montparnasse, d'une galerie commerciale recouverte d'une verrière. Le tout étant destiné à faire de la tour et de ses environs «le moteur de la rive gauche de demain». Mais nombre de copropriétaires seraient effrayés par le coût du chantier, d'autant que l'édifice, ces dernières années, a déjà dû être désamianté. Dès lors, à supposer que l'accord à ce projet soit un jour donné, il faudra certainement encore plusieurs années avant qu'il soit mené à bien.
Les Parisiens devront donc vraisemblablement supporter longtemps encore la vue de ce mastodonte de verre et de béton. A l'époque où il avait été achevé, en 1973, il s'agissait de la plus haute tour d'Europe occidentale. Dix ans de débats houleux et autant d'années de chantier avaient précédé son inauguration. C'était André Malraux en personne, ministre de la Culture à l'époque, qui avait prôné son érection. Un gâchis urbanistique paradoxal, dans le chef de l'homme qui marqua l'histoire du patrimoine parisien en sauvant des quartiers historiques (comme le Marais) hier très dégradés et aujourd'hui si prisés? Pour Malraux, ces deux gestes n'étaient pas du tout contradictoires. Selon lui, en effet, Paris avait besoin de «nouveaux paysages», et c'était même l'indispensable contrepoint à la sauvegarde des ses quartiers anciens. Car «Paris n'a pas seulement des sites à défendre, il a des sites à créer».
A Montparnasse donc, 35 ans plus tard, on ne parle plus de «créer» mais d'embellir. Mais vu de quoi l'on part, pas sûr que l'éventuel embellissement de cette tour, aussi bien mené soit-il, parviendra à la rendre esthétiquement présentable et à la faire aimer des Parisiens.
10:47 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, architecture, urbanisme, patrimoine
08/06/2010
Un concours
Bonne idée que celle de la Ville de Paris d'organiser un grand concours (ici) permettant aux habitants de récompenser, d'ici à la fin juin, «le meilleur de l’architecture contemporaine en métropole parisienne». Non pas que le grand public soit spécialement compétent et formé pour juger en connaissance de cause des mérites de tel ou tel programme architectural – l'art de bâtir étant depuis longtemps le parent pauvre des programmes artistiques de l'Education nationale, pas seulement en France d'ailleurs. Mais inviter, via ce vote, l'opinion à s'intéresser d'un peu plus près à ce qui se construit jour après jour dans son environnement immédiat ne peut qu'exercer, par ricochet, une saine pression qualitative sur les bâtisseurs, les promoteurs et les décideurs. Et, vu la pauvreté assez générale des réalisations immobilières de ces dernières décennies en région parisienne (en banlieue, surtout), il y a encore des progrès à faire en la matière.
Pour autant, tout ce qui se construit à Paris et dans sa région n'est pas à jeter. Et ce «Prix Grand Public des Architectures Contemporaines» a le mérite de le rappeler. Ainsi, rien qu'en jetant un rapide coup d'oeil sur les réalisations parisiennes nominées parmi les «300 bâtiments remarquables» proposés au vote du public, on a repéré quelques noms d'architectes ou quelques réalisations qui, à notre humble avis, sortent agréablement du lot.
Par exemple, ce Frédéric Borel, nominé pour un projet dans la ZAC Rive gauche. Dans les années 90, au coeur de notre cher onzième arrondissement, rue Oberkampf précisément, cet architecte a réalisé un ensemble de logements et un bureau de Poste qu'on a toujours trouvé assez audacieux esthétiquement, mais sans pour autant être agressif et même assez bien intégré au tissu urbain existant. Idem un peu plus loin, dans le vingtième arrondissement pas loin de Ménilmontant, avec cet immeuble de trente logements dont on se dit, chaque fois qu'on passe devant, qu'il a autrement plus de personnalité, voire une certaine grâce élégamment élancée, que tant d'immeubles construits dans Paris ces derniers temps.
Parmi les autres réalisations parisiennes nominées et qu'on aime assez, cette passerelle Simone de Beauvoir qui a récemment été jetée au dessus de la Seine. Et qui, comme celle, un peu plus vieille, qui enjambe le fleuve à hauteur des Tuileries (mais sans avoir connu les mêmes problèmes techniques que cette dernière), a décidément belle allure. Ou le relifting intérieur du Forum des images, dans ce si affreux centre commercial des Halles. Alors que la déco et l'aménagement de tant de multiplexes de cinéma, à Paris comme ailleurs, sont hideux à pleurer, ce nouveau Forum des Images, lui, donne envie de se divertir et de se cultiver.
Quelques exemples qui, en fonction de l'humeur du jour, et en vertu de l'image de la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine, soit renforceront l'irritation envers la piètre qualité, hormis ces quelques exceptions, de la production architecturale de masse en région parisienne – mais aussi sans doute ailleurs. Soit donneront quelques raisons d'espérer.
10:47 Publié dans Dans la peau | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : architecture, urbanisme, paris
19/05/2010
Un bien mauvais départ
Il était annoncé comme le chantier urbanistique de la décennie à Paris: au minimum quatre années de travaux colossaux et un budget d'au bas mot 760 millions d’euros. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il commence bien mal, ce chantier. On veut parler du projet de rénovation du Forum des Halles et de ses alentours. Début de cette semaine, la mairie n'a eu d'autre choix que de décider de suspendre tous les travaux liés à la première phase du chantier, à savoir au réaménagement du vaste jardin des Halles jouxtant le méga-centre commercial. Mercredi dernier, en effet, le tribunal administratif avait, en référé, ordonné l'interruption de l'exécution du permis de démolir du jardin actuel. Selon lui, un «doute sérieux» pèse sur la légalité de l'autorisation municipale d'abattre notamment, dès le mois de juin, les quelque 300 arbres figurant dans l'actuel jardin Lalanne, l'enclos de verdure de 3000 m2 situé dans l'espace vert des Halles.
L'action en justice avait été lancée par un comité de riverains furieux contre «l'absurdité» écologique et urbanistique de ce volet du projet municipal. Ces habitants sont évidemment ravis, qui voyaient dans ce dossier une «accumulation d’erreurs, d’incurie, d’incompétence et de manque d’écoute». La droite parisienne elle aussi applaudit à cette «première victoire» remportée contre «le massacre du jardin des Halles». La Ville conteste le fond du jugement du tribunal. Et assure que, malgré ce bien mauvais départ, ce projet gigantesque, au final, «ne sera pas retardé». En attendant, les riverains, gonflés à bloc par cette victoire juridique, préparent une grande manifestation sur place samedi après-midi.
Dans le quartier, on n'a pas fini d'entendre parler de ce dossier. Et, vu la manière chaotique dont il a débuté, on ne peut même plus être trop sûr que ce méga-projet urbanistique ne va pas finir par tourner au calvaire politique pour le maire de Paris, Bertrand Delanoë.
11:28 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : paris, urbanisme, architecture, environnement
13/04/2010
Une cohérence?
Direction les Champs, aujourd’hui. Où le vieux débat sur la mutation de «la plus belle avenue du monde» a repris. Et notamment la controverse sur l’invasion que subirait cette artère de la part du prêt-à-porter bas de gamme: vieille récrimination du maire (UMP) de l’arrondissement (relire ici). Cette argumentation commencerait-elle à porter ses fruits? Une grande marque de jeans, en tout cas, vient d’en faire les frais.
La décision a été prise à la fin du mois dernier. Elle porte précisément le numéro de dossier 75-2010-18. Et émane de la Commission départementale d’aménagement commercial (CDAC) de la capitale: l’organe de la préfecture qui statue sur les demandes de création ou d’extension de magasins de vente au détail. Cette requête concernait la galerie dite des “Arcades des Champs Elysées”, et précisément l’emplacement qu’occupait le resto “Planet Hollywood”. Etait demandée l’«extension de l’ensemble commercial par la création d’un magasin spécialisé en équipement de la personne, pour une surface de vente de 895 m²». En clair? Une boutique de fringues. Le demandeur? La marque de jeans américaine Levi’s. Le verdict des autorités? Il figure en toutes lettres et en capitales dans le PV de la Commission: «DÉFAVORABLE».
Levi’s n’est donc pas la bienvenue sur les Champs. Soit. Mais cette décision est-elle bien cohérente, si l’on se souvient que des enseignes comme H&M et A&F (Abercrombie) ont, elles été autorisées l’an dernier à ouvrir des boutiques sur cette même avenue? En outre, si une marque comme Gap est présente depuis des années sur les Champs, pourquoi une autre comme Levi’s en serait-elle absente?
Ici, la logique cède probablement le pas à la politique. En effet, le refus opposé à Levi’s est sans doute censé mettre en lumière la volonté de la mairie de Paris de désormais s’opposer au grignotage des Champs par le secteur du textile, au détriment d’autres secteurs d’activités (bars-restaurants, cinémas, etc.). De tenter enfin d’enrayer la tendance qui, ces dernières années, a vu plusieurs quartiers de Paris à grande tradition culturelle (Saint-Germain des Prés, le Quartier Latin et à présent le Marais juif) progressivement colonisés par les boutiques de fringues.
Reste à voir si, juridiquement, sur les Champs, cela tiendra. Les avocats de Levi’s sont sans doute en train de se dire qu’ils ne partent pas perdants. En effet, la commission départementale avait jadis pareillement dit non à l’implantation d’A&F, avant d'être désavouée par la commission nationale la chapeautant. Quant à H&M, qui avait essuyé un refus tant à l’échelon départemental que national, elle avait fini par obtenir gain de cause au Conseil d’Etat. Du coup, la marque de jeans pourrait tenter de faire valoir en justice ces deux précédents. Sur les Champs-Elysées donc, on n’a pas fini d’entendre parler de ce dossier.
10:23 Publié dans Dans les coulisses | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : mode, economie, urbanisme, paris
06/04/2010
Un choix
La nouvelle a été confirmée ce week-end. C’est le fameux bureau d’architecture japonais Sanaa qui a été choisi pour restructurer un immense paquebot parisien à l’abandon: La Samaritaine, ce célèbre grand magasin vide depuis sa fermeture en 2005, et dont le projet de transformation fait débat depuis des années dans la capitale (relire ici ou là). Cette agence est internationalement reconnue; elle vient d’ailleurs de recevoir le Prix Pritzker, considéré comme le Nobel de l’architecture. Ces bâtisseurs seront d’autant plus attendus au tournant sur ce projet que, jusqu’à présent, rares sont les architectes de leur trempe internationale à s’être risqués et illustrés à Paris, dont la réglementation urbanistique et patrimoniale – à l’inverse de celle de Londres, par exemple – permet peu les prouesses architecturales.
Un choix a priori intéressant donc, voire prometteur. Mais qui ne va pas régler à lui seul tous les problèmes urbanistiques que la restructuration de La Sama ne manquera pas de poser. Il y a donc fort à parier que, d’ici à l’achèvement du chantier (fin 2013, au plus tôt), cela va encore pas mal tempêter, dans ce quartier.
Depuis un petit temps, en effet, les associations de défense du patrimoine (ici, par exemple) s’inquiètent. En jeu, l’avenir non du visage le plus connu de La Sama (l’emblématique immeuble Art Déco donnant sur la Seine, qui est classé), mais celui des édifices du grand magasin situés rue de Rivoli et dans les rues adjacentes. A cet endroit, les maîtres d'oeuvre du projet «ne s’interdisent aucun geste architectural», a déjà publiquement averti le directeur général de La Samaritaine. «Ces immeubles n’ont aucun intérêt architectural», a décrété, dans la foulée, sa directrice du patrimoine immobilier.
De passage rue de Rivoli ce week-end, et après avoir jeté un œil à ces bâtiments, on n’était pas trop sûr d’être d’office et à 100% d’accord avec ce constat en forme de condamnation. Il n’y a là rien d’architecturalement spectaculaire, en effet. Mais, tout de même, à notre humble avis, des façades assez typiquement parisiennes et s’inscrivant plutôt bien dans une perspective d’ensemble qui, depuis si longtemps, structure cette partie du boulevard. Le «façadisme» étant toujours la pire des solutions, le maintien de ces immeubles en l’état étant, paraît-il, techniquement très ardu, on est déjà assez curieux de voir la solution que ces brillants architectes japonais proposeront au quartier.
11:06 Publié dans Dans le viseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, patrimoine, architecture, urbanisme
04/02/2010
Une accélération
Ce sera le projet urbanistique de la décennie, à Paris: le réaménagement du Forum des Halles – si vous avez raté des épisodes et voulez voir le projet, c’est ici. Le chantier, pharaonique (760 millions d’euros, dont 500 à charge de la Ville), ne sera achevé qu'en 2016. Mais, dorénavant, on décompte les jours avant son démarrage, prévu dès ce mois de mars. Ces dernières semaines, les choses se sont même accélérées.
Fin janvier, s’est achevée l’enquête publique relative à la nouvelle gare prévue en sous-sol, destinée à remplacer la gare actuelle des Halles – une des plus grandes d’Europe: 800.000 usagers chaque jour. Peu auparavant, la commission d'experts en charge des cinq enquêtes publiques concernées à lui seul par ce projet colossal avait remis un avis globalement favorable à la Préfecture de Paris. Ce jeudi soir, enfin, les autorités tenteront de faire sauter l’un des derniers verrous: l’opposition de riverains (ici, par exemple) au réaménagement du Jardin Lalanne. Depuis près de trente ans, cet espace vert très fréquenté jouxte le Forum. Nombre de gens du quartier y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. Ces derniers mois, ils ont multiplié les manifestations et interpellations d’élus à son sujet. La réunion de ce soir pourrait donc bien être houleuse.
A supposer que le maire Bertrand Delanoë, ses urbanistes et les architectes du projet emportent l’adhésion des riverains, leur restera encore à calmer d’autres riverains mécontents, ou en tout cas assez inquiets: les exploitants des 380 commerces que compte l’actuel Forum. Commerçants qui, eux aussi, l’échéance du début du chantier s’accélérant, commencent un peu à s’agiter.
Et pour cause. A l’origine, il était prévu de procéder graduellement au lifting du centre commercial, de manière à ne pas devoir y fermer la moindre boutique pendant le chantier. Mais les architectes ont fini par découvrir que la structure du Forum devrait être consolidée pour pouvoir accueillir «la Canopée»: le nom donné à l’immense et donc très lourd toit de verre qui, culminant à 14,5 mètres de hauteur, recouvrira la galerie et la gare RER rénovées.
Au minimum, onze des piliers colossaux soutenant le Forum devront être renforcés. Comme ces piliers passent tous dans des magasins – et y compris en plein milieu de la FNAC des Halles, la plus grande de France –, autorités, architectes et techniciens s’avancent moins, désormais, sur la faisabilité de maintenir ouverts tous les commerces du Forum pendant la totalité des travaux.
Les commerçants n’en demandaient pas tant, eux qui craignaient déjà la désertification de la galerie pendant cet interminable chantier, vu les embarras de circulation qu’il ne manquera pas de causer – dans un quartier dont les abords, déjà, ne sont pas rarement embouteillés. A Paris, en tout cas, c’est sûr, on n’a pas fini de parler de cet énorme chantier.
10:59 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : paris, urbanisme, architecture, environnement
26/01/2010
Un réaménagement
Bertrand Delanoë sur les traces du baron Haussmann. En ce début d’année, est tombée une décision qui était très attendue dans notre quartier et y avait fait l’objet de débats passionnés. Elle concerne l’avenir d’une réalisation majeure, dans les années 1850, de l’urbaniste de Napoléon III, que le maire de Paris souhaite à présent remodeler: la place de la République – «Répu», comme les Parisiens surnomment affectueusement cet endroit. On est désormais fixé. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il va y avoir du changement aux pieds de la fameuse statue aux trois si belles allégories représentant la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.
Cette place a une superficie de 3,5 hectares, ce qui en fait une des plus vastes de la capitale. Populaire, elle n’en a pas moins un certain cachet architectural vu la qualité de nombre d’édifices qui l’entourent. Mais elle pourrait mieux fonctionner. L’espace vert et la fontaine situés en son centre pourraient être plus soignés. Et les Parisiens, d’habitude, n’aiment guère la traverser vu le flux permanent de véhicules qui tournent autour de cet immense rond-point – où, aux heures de pointe, l’on compte paraît-il plus de 2500 véhicules à l’heure.
Précisément, le pari du projet urbanistique qui a été retenu par la mairie en ce début d’année consiste à remplacer cet anneau de circulation par un seul grand axe à double-sens, qui, sur un de ses côtés, serait flanqué par une vaste esplanade. Le périmètre dédié au piéton serait «agrandi de plus de 50%», une voie serait réservée aux vélos, bus et taxis, bref «une reconquête audacieuse de l’espace public» est promise aux Parisiens à l’horizon 2013.
Pourquoi pas. Il y a toutefois une chose, dans ce projet de réaménagement, qu’on ne comprend pas trop. Déjà, dans le schéma actuel de la place, la fluidité du trafic automobile est toute relative. Si demain l’espace public dédié à cette circulation est encore réduit, comment fera-t-on pour éviter que cela se traduise avant tout par davantage d’embouteillages et donc, pour les riverains, par davantage de vacarme et de pollution? A moins que les autorités tablent sur une diminution de la circulation automobile globale à Paris d'ici à 2013 – mais sur quelles bases, une telle prévision? Sauf à penser qu'il s'agirait de forcer cette diminution voulue du trafic en dégoûtant les automobilistes par des aménagements leur compliquant sans cesse la vie. Ce qui, politiquement, pourrait encore se justifier. Mais alors, et c'est un Parisien non-motorisé qui pose la question, ne serait-ce pas plus clair et plus courageux de le reconnaître franchement?
11:15 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, urbanisme, patrimoine, voitures
09/09/2009
Une adresse
Un peu d’air rue de Rivoli! Bon sang, cela va faire du bien. On ne parle pas de l’atmosphère ultra-polluée de cette artère perpétuellement embouteillée du cœur de Paris qui, comme par miracle, aurait tout à coup été assainie. Mais d’une respiration néanmoins salutaire qui, désormais, va rythmer sa vie. Jusqu’à présent, en effet, cette rue était quasi intégralement dévolue au commerce. Avec, en prime, ces dernières années, une pénible tendance à la multiplication de ces si affligeantes boutiques de souvenirs pour touristes. Dorénavant, il y aura toujours autant de commerces rue de Rivoli, mais on y comptera aussi un immense espace culturel.
59, rue de Rivoli. C’est l’adresse de ce nouveau «site de création contemporaine». Dans cet immeuble, ont pris place une trentaine d’ateliers d’artistes autogérés et deux niveaux entiers d’exposition destinés au grand public. S’y côtoieront des disciplines artistiques aussi diverses que la peinture, la sculpture, la vidéo, photo, la danse, le chant ou le mime.
L’inauguration du 59 est le happy-end d’un feuilleton qui, des années durant, tint en haleine l’actualité parisienne. Le premier épisode de cette saga débuta il y a dix ans. Quand, en 1999, un collectif d’artistes à la rue envahit puis squatta cet immeuble laissé inoccupé depuis des années par ses propriétaires: la banque Crédit Lyonnais et l'Etat français. Les squatteurs y organisèrent des expos, des performances et des animations. Leur but? Transformer le squat en «squart» (mot né de la contraction entre squat et art). Le public applaudit et vint en masse. Le 59 devint vite le squat artistique le plus connu et le plus couru de Paris. L’Etat s’en mêla. Il porta plainte contre cette occupation des lieux et obtint gain de cause, la justice ordonnant l’expulsion des artistes. Mais le basculement de Paris à gauche, aux élections municipales de 2001, bouleversa à nouveau la donne: la ville acheta puis rénova le 59. Voilà donc, à présent, le résultat.
«Paris est une ville qui a toujours été ouverte aux créateurs les plus dérangeants. L'âme de Paris, c'est ça!», s’est exclamé Bertrand Delanoë hier, à l’inauguration de ce nouvel endroit. Avant de promettre de ne «pas normaliser» ce lieu artistique hier si alternatif et aujourd’hui rentré en partie dans le rang puisque les ex-squatteurs paient dorénavant un loyer (raisonnable) à la Ville. Les ex-squatteurs, quant à eux, lancent des fleurs au maire, qui a «évité l’erreur qui eût consisté à faire un coup médiatique en sauvant uniquement le squat Rivoli» mais a opéré «un véritable virage dans la politique culturelle de la ville», virage dans le sens d’une «volonté réelle d’ouvrir le dialogue et parfois de trouver des solutions» avec les artistes à la rue.
Le soin de juger ce dernier point, on le laissera aux artistes des autres squats-«squarts» parisiens qui, ces derniers temps, ont été évacués ou menacés de l’être – rien que dans l’Est de la capitale: la Forge de Belleville ou le 12 rue Candie, pour ne citer qu’eux. Si effectivement il y avait un «virage» dans le chef des autorités, en tout cas, il ferait date. Pour preuve, ces chiffres cités hier par le collectif du 59: «Sur les 490 squats d’artistes ouverts au cours des quinze dernières années à Paris, 472 ont été expulsés» par les forces de l’ordre.
10:50 Publié dans Dans le vent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, arts, culture, urbanisme
07/09/2009
Un anniversaire
Mine de rien, en catimini presque, Paris vient de commémorer un jalon de son Histoire urbanistique. Il y a quelques jours, en effet, on a fêté le trentième anniversaire de l’achèvement de l’énorme chantier des Halles. C’était le 4 septembre 1979 que le maire de l’époque, Jacques Chirac, avait inauguré l’énorme édifice. Et, du même coup, scellé la fin d’un gigantesque chantier – baptisé «le trou des Halles» par les Parisiens – qui, pendant des années, avait défiguré le cœur historique de la capitale.
Un chantier suivant l’autre, trente ans plus tard, un nouveau projet a été conçu pour le Forum et ses alentours. Si par extraordinaire vous ne l’aviez pas encore vu, c’est ici. Ce lifting sera assurément la réalisation urbanistique majeure de ces prochaines années à Paris. Il devrait se dérouler vers 2013 et coûter la bagatelle de 760 millions d'euros.
Il est frappant de constater combien les autorités parlent désormais assez peu de cette future réalisation. Comme si elles étaient gênées aux entournures et craignaient de raviver la polémique, habituelle dans ce quartier, concernant ce lieu si décrié. Il faut dire que, de tous les projets qui avaient été présentés, celui choisi était le plus consensuel, donc à maints égards le moins emballant architecturalement.
Il faut dire aussi que, dans le quartier, la controverse ne s’est pas encore totalement apaisée. Régulièrement, les riverains remontent au créneau (ici, par exemple). Que ce soit pour déplorer la refonte de la placette actuelle entre le Forum et l’église Saint-Eustache, avec ses gradins sans cesse si animés. Pour regretter la disparition du jardin d’aventure tout proche, aujourd’hui très apprécié des enfants du quartier. Ou, concernant les commerçants cette fois, pour redouter l’impact de ces travaux pharaoniques sur le chiffre d’affaires de leurs magasins.
A Paris dès lors, d’ici à 2013, on n’a pas fini d’entendre parler de ce quartier. A fortiori bien sûr si la grande crise économique actuelle perdure, ce qui pourrait remettre en jeu la viabilité financière du projet des Halles…
10:38 Publié dans Dans la rue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paris, architecture, urbanisme



